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22 juillet 2017

The Jane Doe Identity

Certains amateurs de frissons ont reconnu en The Jane Doe Identity (titre "français" de The Autopsy of Jane Doe, allez comprendre...) un film d'horreur efficace remplissant parfaitement son office : faire peur. On ne peut pas vraiment les contredire mais nous pouvons toutefois regretter que le deuxième long métrage du norvégien André Øvredal ne soit que ça, une petite frayeur non déplaisante, car il aurait pu être bien mieux encore. En effet, la majeure partie du film installe une ambiance pesante et singulière dans laquelle on se fond avec délice. Les Tilden, père (Brian Cox) et fils (Emile Hirsch), médecins-légistes doués, doivent autopsier le cadavre d'une femme non-identifiée (et donc nommée, génériquement, Jane Doe) et trancher sur la nature de sa mort, son corps immaculé les laissant dans l'expectative la plus totale. Au cours de ladite autopsie (tout le film consiste en cela, comme quoi le titre original n'était pas si mal...), les Tilden vont de surprise en surprise tandis que des phénomènes étranges et angoissants se produisent autour d'eux. Un huis clos efficace se met alors en place dans le laboratoire très austère des médecins-légistes, bloqués dans leur vieux sous-sol par une tempête qui fait rage à l'extérieur. 




Avec une belle économie de moyens et sur un rythme bien calculé, le réalisateur, déjà auteur du relativement sympathique The Troll Hunter, parvient sans souci à nous immerger dans son ambiance lugubre et à nous rendre impatients d'assister aux découvertes successives des personnages principaux, campés avec sérieux par deux acteurs crédibles en père et fils, Brian Cox et Emile Hirsch. Ainsi, sur les 80 petites minutes que dure le film, les 50 premières sont donc très bonnes. Hélas, elles aboutissent à un dernier tiers très décevant, où la tension minutieusement développée auparavant s'effondre petit à petit. Le voile se lève sur la dénommée Jane Doe, sur son origine et les raisons de son étrangeté, des actes de plus en plus irréversibles se déroulent en sous-sol, d'autres cadavres se pointent, du sang se met à couler, des visions, des fantômes et d'autres événements chelous s'enchaînent mais, avec ça, toute notre curiosité s'estompe. En même temps que celle du cadavre vedette, l'identité du film apparaît enfin dans son entièreté et il ne s'agit pas, malheureusement, de la franche et modeste réussite que l'on aurait pu espérer, mais bien d'un petit coup de flip pas désagréable, qui assurera une soirée de frayeurs inoffensives, sans réellement laisser de trace ni titiller notre imaginaire. Vite vu, et avec plaisir, mais vite oublié aussi. Dommage...


The Jane Doe Identity d'André Øvredal avec Emile Hirsch, Brian Cox et Olwen Catherine Kelly (2017)

18 juillet 2011

The Troll Hunter

Étrange film et, plus largement, étrange état du cinéma de genre nordique... J’ai récemment vu The Troll Hunter d'André Øvredal et Rare Export de Jalmari Helander : le premier nous arrive tout droit de Norvège et le second, de Finlande. Cela m’a amené à établir un drôle de constat. Ces deux films, similaires sur bien des points, ont fait parler d’eux sur la Toile bien avant leurs sorties en salles, et je parie que The Troll Hunter, en particulier, n’a pas fini de faire causer. Il s’agit en effet d’un film assez plaisant, divertissant, et je suis sûr qu’il continuera à séduire bon nombre de spectateurs, et ce, sûrement un peu au-delà du cercle des amateurs de cinéma fantastique ou d’horreur. The Troll Hunter (Trolljegeren en VO, réintitulé ainsi pour être encore plus accessible) se présente comme un film "à la Projet Blair Witch", c'est-à-dire un documenteur où l’on suit une petite et très jeune équipe de tournage bien décidée à mettre en boîte le premier film sur le quotidien d’un chasseur de trolls aguerri.



Hé oui, car les trolls, ces géants originellement issus du folklore scandinave, existent bel et bien ; et un homme, dirigé par une très obscure organisation tenue secrète par le gouvernement norvégien, a pour métier de les éliminer quand ils s’aventurent un peu trop près des habitations humaines. La méthode pour exterminer ces trolls, mais aussi leurs particularités physiques, leurs habitudes, pour faire bref, toute la mythologie liée aux trolls, nous est progressivement présentée, et c’est là l’un des aspects les plus sympathiques du film. A l’image de Rare Exports : A Christmas Tale (dans son titre intégral) qui revisite le mythe du Père Noël en faisant de lui tout autre chose qu'un vieillard gentil et bedonnant, The Troll Hunter remet au goût du jour le folklore nordique, d’une façon plutôt intelligente et efficace, puisque ces films nous font voir ces mythes sous un angle nouveau : ils les modernisent tout en revenant à leurs racines. Les trolls de ce film n’ont ainsi rien à voir avec ceux des œuvres de Tolkien croisées au cinéma dans Le Seigneur des Anneaux, il s’agit des trolls ancestraux de la mythologie nordique, vivant dans les forêts ou les grottes des montagnes, capables de mesurer des dizaines de mètres, empestant la salpêtre et suintant du cul, etc.



On est ainsi en présence de deux films à la fois très américains, dans leurs influences et leurs formes, mais qui se veulent paradoxalement très ancrés dans leurs folklores nordiques, la première chose venant systématiquement parasiter la seconde, qui est toujours la plus réussie et intéressante. The Troll Hunter se regarde aisément, c'est même pas mal. Mais alors... Cette caméra subjective, portée au poing, ça devient d’un chiant... Ce qu’il y a de plus regrettable, c’est que le film soit emballé dans des apparats de faux documentaires se voulant crédible alors qu’à côté de ça, on fait complètement fi de la cohérence du montage et de la mise en scène. Si un film comme Cloverfield s'essaie, et échoue lamentablement, à cet exercice, The Troll Hunter est quant à lui une sorte de bras d’honneur constant adressé à cette crédibilité, traînée dans la boue à chaque instant. Bon, évidemment, ça n’est pas là l’essentiel, que ça tienne debout ou pas, on s’en fiche pas mal, mais tout de même : pourquoi insister sur la pseudo-véracité du film alors qu'il est d’un manque de crédibilité formelle flagrant à chaque seconde ? J’avoue donc m’être posé cette question, mais je précise néanmoins que le côté faux-documentaire sert le plus souvent un effet comique qui excuse un brin cette maladresse.



Ces deux films sont en effet ouvertement comiques, ce qui n'est point désagréable et amène un peu d'air frais. Ils ont aussi l'avantage de nous conter les aventures de personnages plutôt attachants, chose infiniment rare pour le genre. Quand Rare Exports met en scène les personnages attendrissants d’un gamin bien décidé à percer le mystère du Père Noël et d’une bande de paysans gaffeurs et peureux ; The Troll Hunter nous dépeint le portrait intéressant d’un homme investi corps et âme dans sa tache, littéralement rongé par son travail, et qui se définit par celui-ci : chasseur de trolls. Et surtout, malgré leurs défauts, ces films nous proposent tout de même quelques images assez marquantes. Ainsi, on se souviendra facilement de l’allure du Père Noël de Rare Exports, qu’il ne faut certainement pas montrer aux plus jeunes, à moins de vouloir la paix pendant les fins d’années. On gardera encore plus longtemps en tête la dernière traque d’un troll géant enragé dans The Troll Hunter. Je ne sais pas combien le film a coûté ni rien, mais cela m’étonnerait que son budget soit comparable aux productions américaines les mieux loties, et pourtant, les effets spéciaux sont ici extrêmement réussis, bien meilleurs que dans la plupart des blockbusters hollywoodiens, ils méritent d'être salués. Le film trouve grâce à eux un certain pouvoir de séduction, voire même d’émerveillement, chose également devenue fort rare devant des effets spéciaux numériques. Les trolls de The Troll Hunter ont de la gueule. C’est indéniable. Et on pourra également se rappeler de ce moment assez remarquable où l’on assiste à la calcification d’un troll, qui se transforme donc soudainement en une statue rocheuse lorsque le chasseur projette sur lui des ultra-violets. Dans un autre genre, loin des fonds verts et des effets numériques : les paysages enneigés de Norvège ne sont pas en reste et ils participent également à donner une identité visuelle plutôt sympathique à ce film.



Rare Export et The Troll Hunter sont donc deux films plutôt originaux malgré leurs volontés dommageables de s’américaniser pour sans doute essayer de plaire au plus grand nombre. Tous deux tournent en dérision le genre horrifique et jouent avec ses codes, rappelant parfois le cinéma de Joe Dante. Ils font ça sans trop forcer le trait, pour ne jamais risquer de tomber dans la parodie. Pour toutes les raisons énoncées dans mon article, ces deux films suscitent facilement la curiosité. Mais s’il peut plus facilement plaire, The Troll Hunter peut aussi agacer, notamment à cause du fait regrettable qu’il soit tourné à la façon de Cloverfield. Avec plus de recul et en voyant les choses sous un angle plus négatif, on peut aussi se dire que ces deux films ne valent pas grand chose et qu'ils sont avant tout des sortes de publicités indignes pour leurs pays, des œuvres bâtardes bien décidées à ménager et à satisfaire un public habitué aux crétineries venues d'Hollywood.


The Troll Hunter d'André Øvredal avec Otto Jespersen, Hans Morten Hansen et Tomas Alf Larsen (2011)