6 octobre 2020

Les Insectes de feu

J’avais 12 ans quand j’ai découvert ce film. A l’époque, j’avais deux phobies : les insectes et le feu. Autant dire que sur moi, ce film a eu un effet bœuf. Quand j’étais jeune ado, j’aimais avoir les chocottes gratos et j’adorais donc tout particulièrement mater des films de ce genre. J’aimais voir mes plus grandes peurs emprisonnées derrière mon écran de télévision, domptées et inoffensives. Ou du moins c’est ce que je croyais pendant que je visionnais ces films car quand, la nuit tombée, venait le moment d’éteindre la lumière, je regrettais d’avoir voulu faire mon malin. Je ne trouvais pas le sommeil et je repensais immanquablement à ces terribles insectes de feu. Ces blattes incandescentes échappées des entrailles de la Terre suite à un séisme de magnitude 8,9 sur l'échelle de Teddy Richert. Ces cafards démoniaques qu'un savant fou choisit d'étudier du matin au soir et du soir au matin, quitte à s'y brûler les ailes, ou au moins les pinceaux, quitte à y fumer son couple et y laisser sa vie, trop obnubilé à l'idée de percer le secret de ces vermines, de résoudre l'énigme de ces briquets à six pattes, de ces zippos à deux antennes. Telle est l'histoire de ce film phare de mes années 90, sorti en 1975.
 
 
  

Ce film est l’œuvre de Jeannot Szwarc, bien plus connu dans le métier sous le nom de « Jeannot Laissebéton » puisque c’est ce qu’il répétait systématiquement quand on lui demandait d’épeler son véritable patronyme. Jeannot Szwarc est l'un des premiers cinéastes français dont le talent, vite repéré par les producteurs américains, s'est principalement exprimé à Hollywood. C'est lui, l'homme plein de courage et d'abnégation, qui a eu le cran de passer derrière tonton Spielberg pour réaliser la première suite des Dents de la mer, à mon sens supérieure à l'original (le requin finit électrifié par un Romy Schneider à cran, et j'ai dans ma chambre un poster géant de cette scène culte). On lui doit également Hercule et Sherlock, avec Chris Lambert et Rick Anconina dans les rôles de deux chiens réincarnés en flics. Jeannot Szwarc a donc trois de mes films fétiches à son actif. Trois films importants pour moi, qui ont marqué ma petite vie de cinéphile. Mais revenons donc à nos Insectes de feu, et à la raison pour laquelle ce film continue de me hanter jour et nuit.
 
 

 
On évolue au quotidien avec dans nos poches des gadgets électroniques susceptibles de prendre feu à tout moment. Nos maisons sont pleines d’appareils électrifiés qu’une simple étincelle suffirait à faire exploser. Pour ne rien gâcher à cet effrayant tableau, je suis chaque jour froqué en survêt’, vous savez, ces fringues particulièrement moches mais amples et confortables, fabriquées dans une matière qui s’enflamme en un clin d’œil : le polyuréthane. Ils nous fondent littéralement dessus quand une petite escarbille vient s’y poser. Ils font de nous des grands brûlés en l’espace de quelques centièmes de secondes. S’il y a bien une chose que je redoute, c’est la combustion spontanée. On évolue au jour le jour avec toutes ces menaces qui nous entourent. Pour ces raisons, j’ai fait le choix personnel de ne plus évoluer. Je n’évolue plus depuis que j’ai 12 ans. Mais par conséquent, j’ai toujours peur des insectes, encore davantage du feu et je continue à mater des films de merde. Celui-là est mon pire cauchemar.


Les Insectes de feu de Jeannot Szwarc avec Bradford Dillman, Joanna Miles et Richard Gilliland (1975)

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