15 juin 2018

It Comes at Night

Très remarqué à sa sortie suite à une campagne promotionnelle bien menée et même présenté par la presse comme un "chef-d'oeuvre de l'horreur", c'est avec une certaine impatience que je me lançais dans It Comes at Night, le second long métrage du jeune cinéaste américain, Trey Edward Shults, dont le premier film, Krisha, avait déjà fait parler de lui outre-Atlantique mais demeure malheureusement invisible par chez nous. Le réalisateur s'aventure ici sur le terrain archi rebattu du genre post-apocalyptique, nous y suivons une petite famille cloîtrée dans une grande maison perdue dans la forêt, alors qu'une mystérieuse épidémie a ravagé le monde extérieur. L'arrivée d'une nouvelle famille va dérégler leur mécanique bien huilée. Dès les premières minutes, le film de Trey Edward Shults est un régal pour les yeux. La photographie est superbe. L'éclairage est toujours parfaitement géré, malgré la difficulté de suivre les personnages dans leurs déplacements, torche à la main, dans une maison constamment plongée dans le noir. La réalisation est elle aussi très soignée, la caméra, légère, flotte, navigue joliment et n'a aucune difficulté à nous plonger dans ce qui apparaît progressivement comme un huis clos des plus minimalistes. Les acteurs prennent également leurs rôles très au sérieux, à commencer par Joel Edgerton, avec ici des faux airs de Kurt Russell dans The Thing et très convaincant dans la peau du père dictant avec autorité la vie de toute la petite troupe.




Bref, tous les ingrédients semblent réunis pour prendre son pied et avoir effectivement affaire à une pépite du cinéma d'horreur indépendant américain, comme celui-ci nous en réserve quelques-unes chaque année, à condition d'être aux aguets. Et j'aurais adoré aller dans le sens des commentateurs les plus enthousiastes. Hélas, force est de reconnaître qu'au bout d'un moment, l'ennui dépasse très largement notre intérêt pour cette oeuvre trop aride qui ne réussit pas à nous chambouler en traitant d'une peur fondamentale, celle de l'étranger, et dont l'ambiance n'est guère assez singulière pour suffire à nous captiver. Trop de films du même acabit sont sortis sur nos écrans ces dernières années, à tel point qu'il serait même laborieux de chercher à les citer, et It Comes at Night échoue à s'en distinguer clairement. Au bout d'une heure de film, on se dit qu'il ne se passe vraiment rien. On en a marre d'assister aux cauchemars répétitifs de cet adolescent travaillé par la venue d'une femme plutôt charmante (Riley Keough), inquiet de tomber malade à son tour et soucieux du devenir de son chien qui a fui dans les bois. On s'en bat tout simplement les glaouis. Et, quand survient le générique final, on ne peut s'empêcher de se dire "Tout ça pour ça ?!". Si It Comes at Night est très joliment empaqueté, il ne renferme rien de particulièrement intéressant et nous fait un peu le même effet que le récent The Witch. Dommage. Trey Edward Shults a peut-être du talent, mais on espère qu'il aura aussi quelque chose à nous raconter la prochaine fois.


It Comes at Night de Trey Edward Shults avec Joel Edgerton, Christopher Abbott, Carmen Ejogo et Riley Keough (2017)

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