2 avril 2014

Première victoire (In Harm's Way)

On se plaint beaucoup, et pour cause, des traductions françaises actuelles des titres de films américains. Mais ce problème n'est pas neuf. En 1965 déjà, In Harm's Way, littéralement "Sur la trajectoire du mal", ou "Dans une sale passe", voire à la limite "Dans la grosse merde", a été traduit en France par Première victoire… Allez piger. Les opérations de sabotage des distributeurs français ne datent pas d'hier. Même si en l'occurrence on peut comprendre que lesdits distributeurs aient eu quelque difficulté à définir ce drôle de film de guerre, signé Otto Preminger, qui s'ouvre sur un bal des officiers, enchaîne avec l'attaque de Pearl Harbor, pliée en cinq minutes, puis passe très vite aux retrouvailles d'un père et de son fils, enchaîne sur les romances parallèles de ce père et de ce fils avec deux infirmières avant de tracer dans le Pacifique sans que la ligne directrice du récit ne soit jamais clairement définie et quitte à ce que tout un tas d'éléments très divers s'emboîtent sans forcément faire suite.


 John Wayne essaie d'expliquer le script à ses sous-officiers.

Voyez plutôt : la femme de Kirk Douglas, ivre, le trompe la veille de l'attaque sur Pearl Harbor puis crame aussi sec dans un accident de voiture, sans qu'il n'en soit jamais plus question ensuite. Le fils de John Wayne perd sa jeune compagne, qui se suicide après avoir été violée par Kirk Douglas, lequel, rongé par la culpabilité, part également se suicider, mais en héros : il se jette sur un navire ennemi avec son chasseur, façon kamizake, un comble... John Wayne perd ensuite son fils et séduit une infirmière dont le mari est porté disparu. Le mari de l'infirmière revient mais elle continue de baiser avec John Wayne tout en recommençant à coucher avec son mari, lequel, après une attaque, finit par sauver John Wayne, qui l'en remercie. C'est à se demander si ce film, à la fois mineur et fascinant par sa structure narrative éclatée, n'est pas l'ancêtre des séries guerrières orchestrées par Spielberg, Band of Brothers ou The Pacific, et avant elles du Patient Anglais et des drames romantico-militaires fleuves avec pléthore de stars au casting. "Sur la trajectoire du mal" eut bel et bien fait un meilleur titre... Sauf que Preminger sait non seulement filmer mais aussi, et contrairement à un Anthony Minghella, tenir à distance toute surcharge nocive de pathos larmoyant.


Première victoire d'Otto Preminger avec John Wayne, Kirk Douglas, Patricia Neal, Tom Tryon, Paula Prentiss, Dana Andrews et Henry Fonda (1965)

7 commentaires:

  1. Bon, au final, il est bien ou pas ce film ?

    Nan, parce que "savoir filmer", c'est une chose, mais si l'histoire est à chier, c'est même pas la peine...

    Sinon, la légende... :D

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    1. Il n'est pas mal. Mineur mais assez étonnant.

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  2. Regard indépendant5 avril 2014 à 12:02

    Du coup je me suis décidé à voir enfin ce film qui n'avait jamais croisé ma route. Sur l'ensemble je suis d'accord, le film a des faiblesses, mais de beaux moments, une interprétation solide (Wayne émouvant), la musique de Goldsmith. Sur le détail, il n'est pas inutile que Wayne explique le scénario. L'infirmière dont tombe amoureux Wayne est jouée par Patricial Neal et il la courtise avec élégance. Celle dont le mari disparait puis revient, c'est la belle Paula Prentiss et elle est vigie. Wayne ne la rencontre que pour lui annoncer la disparition du mari. Sinon, je regrette aussi que l'on ne voit pas plus Barbara Bouchet et c'est vrai que la structure du film est assez étonnante, comme s'il manquait des morceaux.

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    1. J'avoue avoir confondu Patricial Neal et Paula Prentiss pour n'en faire qu'un personnage. Et je n'ai pas été choqué une seconde que l'infirmière devienne vigie en cours de route, ce qui en dit long sur le potentiel d'embrouillement du script, et sur sa capacité à mettre à l'épreuve la crédulité du spectateur.

      La rapidité de la disparition de Barbara Bouchet et le silence qui entoure cette disparition sont un vrai mystère. A croire, effectivement, que des scènes entières ont été sabrées au montage...

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    2. Le premier plan... La merveille ! Les casquettes d'officiers alignés sur la table, en rang d'oignons... et la caméra qui suit longuement la musique.
      Ah. Un Preminger mineur (encore que), ça reste beau. Et majeur !
      (comme celui que nous fait pépé Otto sur l'affiche de Saül Bass).

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  3. Je suis en gros d’accord avec votre critique mais elle me laissait « espérer » une espèce de navet, ce qui n’est pas vraiment le cas. C’est vrai que le film est éclaté, assez foutraque, mais, en fin de compte, les morceaux s’agencent plutôt bien (sauf les séquences du début, complètement absurdes, avec Barbara Bouchet, la femme de Kirk Douglas) et sans l’aide de sous-titres genre « Flotte japonaise, 4 décembre 1942, 2 h12 », « Toulebonne, PC américain, 3 avril 1943, 15 h 21 ». Je crois que vous faites une erreur : le mari de l’infirmière Patricia Neal (mari qui a épousé une vahiné) ne revient pas et elle ne recommence pas à coucher avec son mari Tom Tryon. Celui-ci n’est pas et n’a jamais été son mari (elle pourrait être sa mère !) ; il est est l’époux de Paula Prentiss et tout va bien entre eux. Quoi qu'il en soit, je suis assez content que vous m'ayez donné envie de voir le film. Merci, donc.
    Je voulais surtout vous dire que sur le DVD (Paramount DVD Collection), lorsque le titre du film apparaît (sans préavis, c’est la première image), celui-ci est traduit pas LA MAISON DES OTAGES !!! Cette traduction n’est d’ailleurs guère plus absurde que « Première victoire ».

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    1. Surpris (et heureux) d'avoir pu donner envie de voir ce film. La critique pouvait effectivement suggérer un semi-navet, ce que "In Harm's Way" n'est certes pas.

      "Regard Indépendant" avait déjà signalé mon erreur sur Patricia Neal et Paula Prentiss. J'ignore si cette confusion est à mettre sur le compte de l'éclatement narratif du film ou sur celui de mes piètres capacités de physionomiste.

      Quant au titre "La Maison des otages", il n'a carrément aucun sens !

      Merci pour ton commentaire.

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