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17 juin 2013

Bienvenue parmi nous

Patrick Chesnais est un peintre célèbre en pleine dépression. Époux de Miou-Miou, père de deux blaireaux et déjà papi, il songe très sérieusement à mettre fin à ses jours et va même s'acheter un flingue chez Dédé Bénureau. Peu de temps après avoir tenté une énième fois de se faire sauter le caisson, une jeune fille paumée (interprétée par Jeanne Lambert) s'introduit dans sa voiture alors qu'il est arrêté à un feu rouge. Il ignore encore que cette fille va remettre en question son existence et faire se redresser chez lui certaines choses qui sommeillaient mollement dans son futal depuis la naissance de son deuxième enfant. Voici le point de départ d'une sorte de buddy-movie d'arrière-grand-père à moitié mort, qui vous transportera de l'Île d'Oléron au Marais Poitevin, en passant par La Rochelle et Rochefort. Le film de trop, pour Jean Becker, qui n'a depuis longtemps (ses débuts) strictement rien à raconter, mais continue tout de même à tourner, coûte que coûte, à filmer le vide, permettant tout de même parfois à un acteur en roue libres de briller. Ici, la star s'appelle Patrick Chesnais, et sachez que cette phrase me choque aussi.


Pat' Duchesnay a décidé de devenir acteur après une carrière de patineur artistique menée de main de maître en compagnie de sa soeur sous les couleurs du Canada, puis de la France. Merci Pat'!

Toutes les 10 minutes, Patrick Chesnais pète un câble, que ce soit face à Jacques Weber, une chaise pliante, une voiture récalcitrante, ou Miou-Miou... Tout le monde subit le courroux de Patrick Chesnais. Ça sent l'impro à plein nez et, si vous êtes d'une humeur rayonnante au moment où vous lancez ce film, vous sourirez peut-être à moitié devant les colères de Chesnais. Jean Becker a su faire sortir de ses gonds son acteur star et c'est là le seul intérêt de son film abominable. Il faut aussi reconnaître que le cinéaste franchouillard a su tester et mettre à rude épreuve la maîtrise de soi de sa vedette moustachue face à une jeune actrice suffisamment familière pour multiplier les situations ambiguës. Plusieurs fois, l'acteur se retrouve dans une situation embarrassante causée par des afflux de sang non contrôlés, irriguant son organe copulateur, épuisé, mais toujours aux aguets. Lors de leur première nuit à l'hôtel, Patrick Chesnais, gentleman prudent, a bien pris deux chambres séparées, mais cela n'empêche pas Jeanne Lambert de venir l'aguicher en petite chemise de nuit. On voit donc à ce moment-là Patrick Chesnais retenir tous ses démons avec le plus grand mal. Il porte alors une chemise ouverte jusqu'au nombril, nous dévoilant son torse glabre et bien entretenu, mais cet accoutrement ne le met pas seulement à son avantage, car il trahit aussi cruellement l'état d'alerte rouge auquel fait face le vieil homme. Peut-être trop ouverte, sa chemise laisse apparaître l'extrémité d'un gland fatigué battant son torse au diapason du rythme cardiaque de notre vedette. La petite chose rougeâtre dépasse très légèrement du tissu vert-mélèze du vêtement et nous adresse un regard-caméra faisant véritablement froid dans le dos. C'est un moment fort qui marquera au fer rouge votre mémoire de cinéphile.


Matez le discret coup d’œil lubrique de Pat' Chesnais en direction de cette jeune femme, malgré les trop nombreuses couches de vêtements qui l'affublent et cachent les nombreux atouts de sa féminité.

Plus tard, Chesnais se retrouve à la plage avec la jeune Lambert. Au moment où elle dévoile son maillot de bain une-pièce intégral, on voit bien le regard déçu de Patrick Chesnais : pour lui, monokini signifie "topless + mini-string". Patrick Chesnais saisit alors l'occasion pour citer Julien Courbet comme sa plus grande influence en peinture et invite la jeune fille à poser dans le plus simple appareil pour que son "gros pinceau" puisse "l'immortaliser à son zénith". Un peu gênée, elle refuse, mais, pas totalement indifférente à l'attention d'un vieillard au regard forcément connaisseur et assez excitée à l'idée d'imaginer son portrait accroché au mur d'un petit musée de village, elle promet d'y réfléchir. Souhaitant dévoiler à son tour sa tenue de plage, un bermuda Waïkiki aux couleurs délavées, Patrick Chesnais met à nouveau tout le monde mal à l'aise lorsqu'il se rend compte qu'il pourrait tenir sans les mains la serviette nouée à la taille qui lui permet de se changer à l'abri des regards indiscrets. Après s'être laborieusement dépatouillé de cette situation délicate en prenant soudainement la fuite vers l'eau glaciale de l'océan, Chesnais revient le sourire aux lèvres : un rapide coup d’œil l'informe que la bête s'est calmée et s'est recroquevillée sur elle-même, agressée par une chute de température imprévue. Chesnais ne s'attend malheureusement pas à gâcher, une bonne fois pour toutes, ses maigres chances auprès de la jeune fille en laissant déborder de son vieux bermuda dégueulasse, lorsqu'il étend ses guiboles cabossées sur une chaise longue, des roustons particulièrement extensibles et partiellement recouverts de longs poils blancs frisés. Dos au mur, l'acteur choisit de désamorcer la situation en avouant très clairement à Jeanne Lambert qu'elle "le fait bander". Le film ne proposera dès lors plus aucun moment de ce genre, ce qui est assez brusque dans la diégèse du métrage.


Juste pour vous ruiner cette image plutôt avenante : vous trouvez pas qu'elle ressemble beaucoup à Lafesse ? Rappelez-vous la tête de Lafesse en train d'interviewer une vieille quelconque dans une ville quelconque, mettez-la à la place de la tête de cette jeune fille. C'est la même tête, nonobstant les cheveux.

Bienvenue parmi nous est aussi l'occasion de constater que Jean Becker n'a pas croisé un seul jeune depuis les années 80. On a donc droit à des bandes en blousons noirs et en mobylette, à une Jeanne Lambert affublée d'un perfecto et d'un shorty en jean, et à une BO faite des plus grands hits de Police et Niagara. C'est consternant et touchant à la fois. Le vieux cinéaste aux films rances ne se rend pas du tout compte qu'il est complètement déconnecté du monde extérieur et continue de nous fournir des téléfilms d'un autre âge, sans aucune sorte d'intérêt. Pire encore, il s'auto-cite, visiblement très fier de lui, en nous montrant Jeanne Lambert pleurer devant L'Eté Meurtrier (et cette fois-ci, je n'invente rien !). Il s'adresse un autre clin d’œil personnel lors d'un insert terrible nous montrant la main hasardeuse de Chesnais tentant de croquer sa propre caricature sur une table basse. C'est lamentable. Reconnaissons tout de même que c'est le premier film de Jean Becker depuis 20 ans qui ne se termine pas par la mort bien pratique de l'un des personnages principaux. Forcément, puisqu'il ne s'y passe rien, strictement rien ! On en vient à espérer voir un bout de peau de la petite Jeanne Lambert. Elle est la highlight du film et ne pourrait l'être d'aucun autre film. Elle joue affreusement mal. De son vrai nom, Jeanne Lafesse, elle est la fille de Jean-Yves Lafesse, le célèbre farceur de la petite lucarne. Tout en se cachant derrière un nom de scène passe-partout, elle profite au quotidien des portes que lui ouvre le carnet d'adresse de son papa, notamment dans les nombreuses villes moyennes de province qu'il a arpentées des années durant. Elle ne vaut pas cher, elle non plus...


Bienvenue parmi nous de Jean Becker avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou-Miou et Jacques Weber (2012)

15 septembre 2011

True Lies

Il était bon ce film ! Il n'en sort plus des films comme ça. Des films d'action de deux heures trente qui tiennent la distance et qui savent ménager leurs effets, répartir les moments de bravoure, déployer un large éventail d'arguments excitants. On passe du rire aux larmes dans ce spectacle pyrotechnique ultra sexy, dans ce feu d'artifice d'humour et d'action mené tambour battant, taillé sur mesure par son ami cinéaste (James Cameron) pour LA star de l'époque : Arnold Schwarzenegger, le seul homme qui n'a jamais eu son prénom sur une affiche mais dont le nom de famille s'est répandu dans toutes les chambres d'enfants du monde.



Aujourd'hui notre idole est dans la mouise. Après avoir été gouverneur de Californie en gérant plutôt bien sa boutique, l'acteur avait des projets de films plein la tronche, mais il a été rattrapé par son passé qui a pris la forme d'un gaillard de 10 ans bâti comme son papa, véritable sosie pré-pubère d'Arnold à l'âge adulte, bodybuildé comme un camion et carré comme une maison, doté d'une mâchoire à broyer les ordures : c'était au départ un petit spermatozoïde que Schwarzenegger avait abandonné dans le giron de sa femme de ménage mexicaine. Cette dernière a sonné à la porte du gouverneur, à la Maison Blanche, avec son rejeton de trois mètres de haut prénommé Conan, pour rencontrer l'épouse de Schwarzy. Aucun mot ne fut échangé entre la femme de chambre et la femme du gouverneur, nièce de Kennedy et mariée à l'acteur depuis des lustres. Elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre, dans un sanglot tragique, l'épouse légitime comprenant à la seule vue du "petit", que Schwarzy avait butiné dans d'autres ruches. Le divorce fut prononcé aussitôt et la carrière de l'acteur est mise sur Pause. Il paraît qu'une armée de mini-Schwarzy somnolent en prenant des forces dans les Rocheuses, déplaçant les montagnes, et menaçant tôt ou tard de nous cueillir, pour ensuite annexer les États-Unis d'Amérique à l'Autriche. Bref notre vedette des années 90 est sacrément dans la merde car son image a pris une gifle au pays des puritains qui ne savent pas apprécier les vrais mecs.



Retour au film sans transition. Les critiques français ont toujours rappelé : "ça reste un remake !". Certes, True Lies est une version testostéronée de La Totale de Claude Zidi. Ou quand Miou-Miou devient Schwarzy et quand Lhermitte prend les traits et les formes de la bombastic Jamie Lee Curtis. A l'original préférez la copie revue et corrigée par le génie James Cameron, alors à son zénith, qui accumulait les super films divertissants comme on n'en fait plus, comme il n'en a plus fait dès qu'il s'est passionné pour les poiscailles, les bateaux coulés et les schtroumpfs géants. Aux extrémités de ce que ce film avait de mieux à proposer, deux scènes inoubliables qui ont marqué les années 90 et tout l'imaginaire des adultes d'aujourd'hui. Commençons par la séquence olé-olé du film, que vous trouverez sur youtube ou n'importe où. Jamie Lee Curtis interprète une mère de famille qui va tenter de percer à jour le secret de son espion de mari pour le pousser à révéler son véritable métier. Breeef, à un moment elle fait un strip-tease haletant face à son époux, Schwarzy en personne, qui arrache les accoudoirs de son fauteuil, dévore sa propre lèvre et transforme son futal en vaste éponge à liquide séminal devant son épouse endiablée. Cette scène a prouvé que passé 45 balais et en dépit d'un visage abscons, une femme peut toujours rendre taré à la seule aide de son corps de feu et de quelques galipettes un peu osées. Mais quel corps... Repéré dans les 70s par un John Carpenter libidineux, ce corps s'est révélé dans la pleine possession de ses moyens à l'occasion de la comédie pour enfants Un fauteuil pour deux, et Cameron l'a remis à flot (avant de s'attaquer à de plus grosses épaves) dans cette scène forcément culte de True Lies.



Autre scène, autres mœurs. Cette fois-ci on tend vers plus de subtilité. Le personnage incarné par Schwarzy a une dent contre un arnaqueur à la manque qui s'en prend à sa femme, un concessionnaire de bagnoles joué par Bill Paxton, plus inspiré que jamais dans ce rôle sur mesure. Pour prendre ce tocard à son propre jeu, Schwarzy fait semblant de s'intéresser à une voiture de course et demande à faire un tour au volant du bolide en compagnie du vendeur magouilleur, assis sur le siège passager et baratinant son client comme pas deux. En plein ride, et au cours d'une discussion, Schwarzy, de plus en plus agacé par l'autre, véritable petite frappe et gros vantard, lui décoche soudain un revers du poing en pleine gueule, le laissant pour mort, canné sur le coup, le visage en miettes. Le coup semble être parti tout seul tant Schwarzy a l'air à bout. L'acteur est en roues libres et le coup est si franc, massif, rapide, que la doublure de Paxton y a certainement laissé la vie, ou au moins son visage, à jamais abandonné dans l'appui-tête de la Chevrolet. Mais très vite on découvre que ce n'était qu'une rêverie de Schwarzy, qui en réalité a su contrôler ses nerfs et se contentera de filer la chiasse à son interlocuteur à l'aide de quelques dérapages non-contrôlés. Cette scène est bluffante. Même en l'ayant déjà vue on se laisse prendre au piège, ça fonctionne à bloc.



Qui n'aime pas Schwarzy ? Qui peut me jurer, en me regardant dans le blanc des yeux, qu'il ne porte pas Mister Olympia 1970, 1971, 1972, 1973, 1974, 1975 et 1980 dans son cœur ? Ce film en grande partie comique, qui demeura longtemps l'un des plus couteux de l'histoire du cinéma, participa à la gloire du géant de fer, grâce entre autres à une course-poursuite à cheval sur les toits de New-York, où la star rivalisait de vitesse avec un mustang en cavalant sur ses quatre pattes. Même si l'œuvre s'achevait sur une autre image inoubliable, difficile à évacuer et complètement débile, qui montrait un avion rafale faisant du surplace face à un building, on peut parler d'un sacré film, qui aura scellé l'amitié entre le cinéaste et l'acteur, lesquels avaient déjà collaboré pour le grand Terminator. Après ses déboires conjugaux et médiatiques, il paraîtrait de source sûre que Schwarzenegger serait allé se "détendre la tête" dans la villa sous-marine de James Cameron, le multi-milliardaire hydrocéphale, son pote de toujours.


True Lies de James Cameron avec Arnold Schwarzenegger, Jamie Lee Curtis et Bill Paxton (1994)