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1 septembre 2015

Burying the Ex

Burying the Ex est le dernier film de Joe Dante et espérons pour lui que ce ne sera pas vraiment le dernier. Le cinéaste de 68 ans a dû se lever un beau matin en croyant avoir une idée de génie puis s'en est allé la partager avec des producteurs qu’il sait débiles. "Hé les mecs, imaginez que votre copine soit un zombie ! Ce serait un truc de dingue, non ?!" Non. Eh bien c'est pourtant le pitch de ce film indé qui n'a strictement aucune sorte d'intérêt.
Ce petit paragraphe vous rappelle peut-être quelque chose. C’est peu ou prou le même que celui qu’a écrit Félix il y a quinze jours pour vous parler de Life After Beth. Je n’ai même pas vu ce film descendu par mon acolyte, et pourtant je n’ai cessé d’y penser devant le dernier lontrajmé de Joe Danté, dont le scénario est autrement dit aussi naze que convenu.


C'est un peu gratuit et pas magnifique. Mais je peux comprendre qu'on ait envie de faire tourner ça à Anton Yelchin.

Le rôle principal est tenu par Anton Yelchin, ancien athlète russo-américain qui a dû arrêter sa carrière à cause d’une carence en muscles, et qui parvient peu à peu, de film de merde en film de merde, à se frayer un chemin dans le cinéma américain. Il interprète ici Max, un jeune geek, vendeur dans une boutique dédiée à l’horreur, casé avec Evelyn (Ashley Greene), une fille plutôt pas mal par rapport à lui mais insupportable, parce que voyez-vous elle est écolo et qu’elle se fout du cinéma bis, en gros. Blasé de partager sa vie avec elle, notre bonhomme décide de la quitter, mais le jour de la rupture, sa future ex se fait bousiller par un bus et meurt sur le bitume. Après quelques jours de deuil, Max se remet sur vié grâce à Olivia (Alexandra Daddario, célèbre pour n’avoir laissé planer aucun mystère quant à ses attributs féminins dans une scène de la série True Detective qui depuis fait les choux gras de sites spécialisés). C’est une jeune gothique sympathique, fan des grands classiques du cinéma d’horreur et de junk food. Sauf que Max et Evelyn s’étaient jurés de rester ensemble pour toujours et à jamais, devant une sorte de jouet à l’effigie du diable livré sans avoir été commandé dans la boutique de Max : un équivalent de Zoltar dans Big, sauf qu’au lieu de faire d’Anton Yelchin un adulte, ce qui aurait été sympa pour lui, le diablotin en plastique va faire d’Evelyn une zombie.


Après avoir fabriqué des chaises dans Like Crazy et conduit une bagnole en relief dans Dying of the Light, Anton Yelchin confirme son goût pour les moyens de locomotion à risque dans Burying the Ex, où il sublime la trottinette.

Et le film, qui choisit très tôt un ton de comédie (et ne jouera pas vraiment d’un choc entre le « rire » et le malaise, contrairement au récent et médiocre The Voices de Marjane Satrapi, auquel on songe parfois), déroule ainsi son petit programme sans anicroches et sans saveur. Evelyn se sait revenue d’entre les morts mais ne s'en émeut guère et entend seulement brûler la vie par les deux bouts, ce qui implique notoirement de se faire ravager au pieu aussi souvent que possible. La demoiselle était d’ailleurs déjà très chaude avant de claquer, tout comme l’autre prétendante de Max, Olivia. Les deux femmes partagent ces trois caractéristiques : elles ont de gros roberts (comme leurs noms l’indiquent, Greene porte un double E, Daddario un double D), aiment s'adonner aux plaisirs de la sexualité et ont un incompréhensible béguin pour Anton Yelchin (dont le teint blanchâtre révèle un excédent alimentaire en lactose). Ce dernier ne s’étonne pas longtemps de voir sa morte revenir frapper à sa porte, mais il rechigne tout de même à s'accoupler, car elle n’est pas de la première fraîcheur. Tout son dilemme sera de ménager les attentes d’Evelyn (qui souhaiterait le manger) et d’Olivia (itou mais in a good way).


Réveil après une scène de plumard à l'arrière d'une bagnole. Anton Yelchin est allé acheter des céréales pour accompagner son lait matinal.

Joe Dante nous a certes habitués à mieux. Mais il lorgne sur son époque, notre triste époque, et son film est plein de ce second degré qui anesthésie une bonne partie du cinéma de genre américain depuis des lustres maintenant, et qui ne fait plus sourire personne depuis longtemps. Le personnage d’Evelyn est une vraie tête à baffes, disons-le, mais on la prend en sympathie le temps d’une scène, au début du film, avant sa mort, lors de la première rencontre entre elle et Max d’un côté, et Olivia de l’autre, qui tient une sorte de bar à lait (avec des bzèzes pareils, c’était une voie toute tracée, milk-shake au lait entier directement du producteur au consommateur). Dans cette séquence, Max s’étonne de ce que sa compagne ne connaisse pas le nom de tout un tas de pseudo héros populaires, comme celui de Fruit Brute*, une mascotte de boîte de céréales américaines (équivalent du tigre docker Tony de Kellogg's©‎, du lapin Quicky de Nesquik©‎, du clébard ivrogne Pico de Chocapic©‎, ou du mariachi camé Pépito, de Belin©‎), et il doit lui expliquer tout ça devant Olivia, qui quant à elle ne connaît que ça. Jusqu’à ce qu’Evelyn s’énerve et traite Olivia de pétasse qui se croit géniale parce qu’elle vend de la daube à des gens qui ont les mêmes références culturelles moisies qu’elle. Un point pour la jobarde.


Joe Dante guinche de l'oeil vers tous les films d'horreur qu'il kiffe. Il doit aimer L'Exorciste, alors il nous envoie une bourrade amusée dans les côtes. On le regarde faire, avec un sourire poli.

Le film, à l’image de la boutique de Max et de celle d’Olivia (qui ne font plus qu’une à la fin), est un conglomérat de citations clins d’œil qui ne servent qu’à faire du coude au spectateur à intervalles réguliers dans tout ce fatras de dérision. Ils sont nombreux à bénéficier d’un petit coucou : Corman, Burton, Lewton, Romero (pape du film de zombie dont le nom apparaît sur un camion au début du film, sous la mention ô combien explicite de "Romero & Sons", avant que Max et Olivia n’aillent, beaucoup plus tard, batifoler dans un cimetière où l’on projette La Nuit des morts-vivants), et tant d’autres, à commencer par Dante lui-même, puisqu'il affirme que ce film est pour ses fans (on retrouve le vieux Dick Miller, acteur fétiche du cinéaste, dans le mini-rôle d'un vieux flic grincheux). Le problème c'est que Dante convoque tous ces blazes plus ou moins illustres et toutes ces références pour torcher une petite farce insignifiante. Dommage.


J'avais pas l'air plus frais devant le film.

* j'ai appris, en me renseignant vite fait sur ce personnage, et la mort dans l'âme, que Quentin Tarantino a conservé une boîte de ces céréales après 1983, date à laquelle on a cessé de les fabriquer, pour pouvoir citer la marque dans ses films, ce qu'il a fait à trois reprises. Maintenant que j'y pense, je crois me souvenir d'un paquet de Fruit Brute sur la table du banquet donné par DiCaprio à la fin de Django Unchained.


Burying the Ex de Joe Dante avec Anton Yelchin, Ashley Greene, Alexandra Daddario, Oliver Cooper et Dick Miller (2015)

23 mai 2011

Entre les murs

En 2008, bonne ambiance sur la Croisette. Président dilettante, Sean Penn avouera trois mois après le festival n'avoir vu que deux films de la sélection. Faut dire que le jury avait mieux à faire. Quatre hommes, quatre femmes, quatre couples. Pas besoin de faire un dessin ni de préciser que c'est le malheureux petit Apichatpong qui a tiré le gros lot, à savoir Marjane Statrapi. En tout cas la présence en tant que jurées de Natalie Portman et d'Alexandra Maria Lara aura facilement détourné le président et ses hommes des films et de la compétition, on les comprend. Mais ça n'enlève rien à la qualité du film primé, le premier français lauréat à Cannes depuis 1987 et Sous le soleil de Satan de Pialat. Créant la surprise, le film quasi-documentaire de Laurent Cantet a séduit le jury à l'unanimité. Étonnant qu'un film où l'on passe deux heures enfermé dans la salle de classe d'un collège français tendant vers la ZEP ait pu toucher l'ensemble d'un jury cosmopolite dont les membres n'ont jamais mis les pieds dans un collège. Nul doute que cela tient à l'universalité du sujet et à la force d'immersion de la mise en scène : Cantet semble choper la vérité et le naturel sur le vif, d'où l'aspect documentaire du film et sa capacité à nous captiver. C'est étonnant mais Entre les murs (retitré "Intramuros" au Québec), même pris en cours, même déjà vu, a le don de nous scotcher, comme Die Hard 3 de McTiernan, avec lequel il partage de nombreux points communs, mais nous n'en dirons pas plus.


Sur le tournage, Laurent Cantet, avoue qu'il a "eu peur" et qu'il a pensé à "instaurer des quotas", des propos que je refuse de "conditionner".

Tous les personnage du film sont intéressants et attachants. A la fin on signerait volontiers pour une année scolaire de plus avec eux. Et quand Souleymane passe en conseil de discipline et se fait exclure du collège, on est triste pour lui, pour nous aussi parce qu'on ne le verra plus, et on se dit qu'il mériterait tellement mieux. Cantet arrive à faire d'un conseil de discipline un bon moment de cinéma, ce qui n'était pas donné. Il arrive même un instant à nous donner envie d'enseigner dans ce genre d'établissement et d'avoir affaire à ces élèves bourrés d'énergie, impertinents et même carrément épuisants. On plaint le professeur en même temps qu'on aimerait être à sa place, et ça c'est fort. On peut prétexter que ça ne se passe peut-être pas tout à fait comme ça dans une classe comme celle-là, n'empêche qu'on a la conviction en regardant le film d'être face à la vérité et que le cinéaste nous plonge au cœur des choses.


François Bigoudi alias l'Enclume du PAF

Ce film réussit en outre le prodige de nous intéresser à François Bégaudeau, écrivain, chanteur, acteur, journaliste, réalisateur, critique, producteur de cinéma français et ex-prof de français en ZEP, né le 27 avril 1971 à Luçon, en Vendée. J'avoue avec mon air con et ma vue basse qu'aussitôt après avoir vu le film j'ai acheté le roman de Bégaudeau qui l'a inspiré. Ça ne m'était plus arrivé depuis Les Dix commandements de Cecil Blount DeMille, qui m'avaient poussé en 1956 à acheter la Bible, roman illisible et décousu qui m'a franchement déçu. Le livre de Bégaudeau était pas mal mais il n'avait pas les qualités d'un film : un film ça se mate en une heure et demi, sur un écran... bref il n'avait pas les qualités toutes bêtes d'un film. Son livre n'avait pas le corps du film, c'était un squelette et Cantet en a fait un obèse sympathique et inoubliable. Aussi mon amour pour Bégaudeau n'a duré que deux semaines, après quoi je me suis rendu compte qu'il était sur toutes les télés du monde, prompt à donner son avis sur tout avec un aplomb un peu puant. En revanche je regrette de ne pas avoir pu me foutre un nouveau Cantet sous la dent depuis cette Palme méritée. D'habitude on dit : "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles", mais on se fait un peu de souci pour le réalisateur qui n'a pas donné signe de vie depuis son prix. Espérons qu'il n'a pas été confondu avec Bertrand Cantet, le chanteur meurtrier de Noir Désir qui a ramassé sa femme.


Entre les murs de Laurent Cantet avec François Bégaudeau (2008)