18 juin 2020

USS Indianapolis

On attendait tous avec impatience l'adaptation de la sinistre destinée de l'USS Indianapolis, ce croiseur américain qui, après avoir livré les composants des bombes atomiques, fut torpillé par un sous-marin nippon et coula rapidement, laissant plus de mille hommes en plein océan, à la merci, notamment, des requins. Ce récit de survie tétanisant avait déjà été sublimé sur grand écran par le fameux monologue de Robert Shaw dans Les Dents de la Mer, l'une des meilleures scènes du film de Spielberg, un moment terrible que l'on garde tous en mémoire, magnifié par des acteurs au sommet de leur forme. Mario Van Peebles s'attaquait donc à du lourd et, comme on pouvait malheureusement s'y attendre, le résultat n'est pas du tout à la hauteur. On peut tout de même saluer le courage du cinéaste, bien déterminé à mettre en image cette histoire et à n'omettre aucun détails malgré un budget clairement insuffisant. Dès la première scène, une attaque aérienne sur un croiseur dirigé par le capitaine McVay (Nicolas Cage), on a l'impression de voir la cinématique d'un jeu vidéo ayant très mal vieilli. Les effets numériques sont tout bonnement hideux. Ils nous amènent à croire que, certes, les moyens étaient insuffisants mais qu'en outre, les deux ou trois zonards chargés des effets spéciaux derrière leurs ordinateurs étaient incompétents. Ça fait mal aux yeux... 




Soucieux d'adapter l'intégralité de la page wikipédia consacrée au naufrage de l'USS Indianapolis, Mario Van Peebles consacre la dernière demi-heure du film au procès du capitaine McVay, tenu coupable d'avoir oublié de zigzaguer pour esquiver les torpilles adverses. C'est intéressant, puisque c'est une partie plus méconnue de l'Histoire, mais cinématographiquement, c'est nul et non avenu. Le réalisateur aurait dû se focaliser essentiellement sur la survie de l'équipage dans l'océan, il aurait dû nous faire ressentir la douleur de ces pauvres gars abandonnés, tour à tour victimes d'hallucinations, de déshydratation, d'hypothermie et, bien sûr, des attaques de requins. Ce passage-là occupe peut-être le tiers du film, mais il paraît totalement insignifiant, on ne tremble jamais, on ne sent guère le temps qui passe, les longues journées qui s'enchaînent au milieu des grands blancs, et les nuits qui devaient paraître encore plus interminables... Inutile de dire que les mots de Robert Shaw dans le classique de Spielby faisaient un tout autre effet. 




Dans le rôle du capitaine McVay, Nicolas Cage fait tout son possible. Il y croit dur comme fer. Il met, dans ce film, le même amour qu'il insuffle habituellement à ces séries b de bas étage dans lesquelles il traîne sa vieille ganache. La star aurait mérité une œuvre à sa démesure. Peu de coups d'éclat de sa part sont à signaler ici. L'acteur paraît également paralysé par le sérieux du projet. Par ailleurs, Van Peebles fait preuve d'un manque de finesse atterrant. Sa mise en scène peu inspirée et les dialogues lourdingues sèment bêtement des indices sur la destinée de l'USS Indianapolis et paraît même s'en amuser. "Ne devrait-on pas zigzaguer pour éviter les torpilles ?" dit naïvement l'un des subalterne de Cage à son supérieur. "T'imagines si on finit dans la flotte, vieux ? Les requins vont se régaler... On sera le casse-dalle de ces charognards !" lance un marine précog à un collègue, avant que la caméra ne fasse la mise au point sur une mâchoire de squale qui encercle les deux hommes. Bref, tout ça pèse des tonnes. Et en plus, c'est bien long. Malgré les bonnes intentions évidentes de Mario Van Peebles (qui reste au demeurant un type sympa, toujours bien intentionné), USS Indianapolis est un triste film. 


USS Indianapolis de Mario Van Peebles avec Nicolas Cage et quelques guignols gravitant autour de lui (2016)

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