16 octobre 2018

Jessie

Il y a des films après lesquels j'ai besoin de me réconcilier avec le cinéma. Il y en a d'autres après lesquels je dois aussi me réconcilier avec l'humanité toute entière. Jessie (Gerald's Game, en vo) fait partie de ceux-là. Il s'agit d'une adaptation signée Mike Flanagan du roman éponyme de Stephen King. Le pire, c'est qu'on ne peut pas vraiment jeter la pierre à Mike Flanagan, ce réalisateur américain spécialisé dans l'horreur qui a actuellement le vent en poupe : ses films sont de plus en plus appréciés et il vient de sortir une série très bien accueillie sur la toile, The Haunting of Hill House. Le gars fait le taff en y apportant une certaine application. Le souci, c'est qu'il met en image une histoire putride sortie tout droit d'un cerveau malade qui ne sait plus quoi inventer de moche et de tordu pour se faire remarquer et contenter ses lecteurs.




On suit donc les mésaventures de Jessie (Carla Gugino), une pauvre femme qui se retrouve coincée seule dans une baraque isolée après avoir été menottée à une tête de lit lors d'un jeu amoureux initié par son con de mari (Bruce Greenwood) qui n'a rien trouvé de mieux à faire que de nous taper une crise cardiaque en pleine dispute conjugale (la dame n'était finalement pas si open à toutes les dérives de son conjoint). Pour compléter le tableau, un clébard inquiétant et amateur de chair plus ou moins fraîche s'invite à la fête... A partir de cette situation, qui se met en place très vite, Mike Flanagan faisant également preuve d'efficacité, on doit donc subir la longue bataille psychologique de Jessie, accompagnée de son lot d'hallucinations, qui discute tour à tour avec son double ou le fantôme de son mari. La première l'encourage à s'en sortir tandis que le second lui rabâche toujours les mêmes conneries démotivantes. Des flashbacks se font de plus en plus envahissants et viennent contrarier le côté très simpliste et minimaliste de ce qui aurait pu se présenter comme un nouveau film de survie miteux au pitch tenant sur un post-it.




Une psychologie de comptoir essaie donc d'enrichir le background sordide de notre triste héroïne, dont on apprend qu'elle n'a peut-être pas fini par hasard avec un type aux fantasmes sexuels légèrement déviants (les schémas classiques du King...). Une scène choc, particulièrement gore et dégoûtante, qui a fait beaucoup causer sur les réseaux sociaux (buzz réussi, bien joué), ouvre la dernière partie du film avec la libération de Jessie, contrainte à s'auto-mutiler salement pour s'extirper de là. Enfin, un dernier retournement de situation grotesque permet de voir tout cet immondice sous un autre angle qui n'a hélas rien de plus malin et qui atteste simplement d'une volonté néfaste de toujours faire pire et plus horrible, Stephen King nous apprenant, encore une fois, que les monstres existent bel et bien. Houlala, dans quel monde affreux vivons-nous. Un monde où nous pouvons effectivement voir de tels films !




Bref, vous l'aurez compris : rien de neuf sous le soleil. Aurais-je pu aimer cette bobine horrifique particulièrement tendue si je l'avais découverte adolescent ? C'est parfois la question que je me pose face à de tels festivals d'horreur tortueuse. Mais non, je ne crois pas, oh que non. Faut dire que ça manque un peu de subtilité et de mystère, tout ça. Sans parler de style... Stephen King devrait vraiment se foutre au vert. Il a suffisamment donné. Je ne lui laisserai pas la garde de mes neveux. Et Mike Flanagan se met encore davantage hors-jeu à mes yeux, lui dont le film breakthrough, The Mirror (aka Oculus), le seul que j'avais eu la curiosité de m'envoyer jusque-là, ne m'avait pas convaincu et donnait déjà dans la surenchère horrifique de bas étage. Espérons que sa série, adaptation de Shirley Jackson et donc plutôt tournée vers l'horreur gothique, soit d'une autre eau...


Jessie (Gerald's Game) de Mike Flanagan avec Carla Gugino et Bruce Greenwood (2018)

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