3 août 2017

La Rue de la mort

On pourrait être un tantinet déçu en découvrant La Rue de la mort motivé par la joie de retrouver le couple formé par Farley Granger et Cathy O'Donnell dans Les Amants de la nuit de Nicholas Ray, l'un des plus beaux couples de cinéma dans l'un des plus beaux films. Déçu parce que Cathy O'Donnell, qui incarnait un personnage particulièrement fort et émouvant dans le film noir de Nick Ray, tient un rôle assez secondaire dans celui d'Anthony Mann. Elle n'est que la jeune épouse enceinte, douce et amoureuse, de Joe, ce jeune coursier ambitieux et naïf qui cède à la tentation de dérober 30 000 $ à un avocat auquel il livrait le journal pour assurer un meilleur avenir à son fils sur le point de naître et satisfaire son égo de futur père de famille. Le film se focalise donc largement sur l'homme du couple, qui décide rapidement d'aller se dénoncer auprès de celui qu'il a volé (sans savoir que cet argent est lié à un crime sordide), mais qui se retrouve comme deux ronds de flan quand il découvre, après coup, soit après avoir promis de rendre le pognon, que le barman à qui il avait confié le paquet contenant le pactole a mis les voiles.




Toutefois, la déception est de courte durée face au plaisir de suivre les mésaventures de ce cher Farley, aussi fragile et enclin à une dévorante culpabilité ici que dans La Corde d'Albert Hitchcock. Joe est finalement trop honnête et innocent, au point de se jeter dans la gueule du loup sans qu'on lui ait rien demandé, pour s'en tirer sans mal face à plus gros et plus malin que lui. Le film met en scène, d'un bout à l'autre, un homme seul, et traqué, dans la ville. L'introduction et la voix-off (surprenante, dite par un flic) nous présentent d'ailleurs en premier lieu l'immense New-York en vue aérienne, celle qui écrase les hommes, les travailleurs, les couples modestes. Mais ça ne se limite pas à un discours social, cependant très présent, c'est aussi et comme toujours chez Mann l'occasion de s'amuser dans un formidable décor de cinéma, un espace à explorer, un lieu dans lequel évoluer, et cela donne en particulier la très belle course poursuite finale, à l'aube, dans une New-York désertique, où le cinéaste réalise des vues en plongée prenant les artères de la ville en enfilade pour suivre les déplacements des véhicules. Anthony Mann semble prendre un même plaisir à filmer les avenues new-yorkaises que les montagnes et forêts de ses westerns, pour en faire un terrain de jeu cinématographique géant.


La Rue de la mort d'Anthony Mann avec Farley Granger et Cathy O'Donnell (1950)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire