7 juillet 2016

Frankenhooker

Frankenhooker, de Frank Henenlotter (étrange comme le titre ressemble à son nom), est une reprise du mythe de Frankenstein, plutôt fauchée, vaguement gore, légèrement sexy et un peu conne sur les bords. C'est l'histoire d'un jeune type, Jeffrey Franken, genre savant fou du dimanche, qui broie sa fiancée avec une tondeuse à gazon télécommandée de son cru, sans faire exprès. Du coup, le garçon, déprimé et à moitié fou, très bavard aussi (il parle tout seul dans plusieurs scènes), va essayer de ramener sa chère et tendre à la vie. Il a conservé le joli minois de sa bienaimée décapitée, et dîne régulièrement en tête-à-tête avec elle. Pour la réanimer, il décide d'aller se servir en organes et en membres féminins de choix dans le bar à putes (d'où le titre) d'un quartier malfamé de New-York. L'idée, c'est de neutraliser les prostituées avec des pilules de crack augmenté, sauf que cette drogue a finalement la vertu étrange de faire littéralement exploser ses victimes.




Le résumé ci-dessus donne un bon aperçu du grand n'importe quoi du scénario. Mais tout ça passe sans problème. La seule vraie bizarrerie dans cette affaire, ce sont les scènes où le héros utilise une perceuse pour se "vriller le cerveau", quand il commence à dérailler. On le voit s'enfoncer la mèche de sa perceuse dans le crâne, prendre son pied, et retrouver une sorte de stabilité aussitôt après. Pourquoi pas. Mais il ne saigne pas en se perçant la tête, la tige d'acier enfoncée dans son ciboulot jusqu'à la garde ne laisse aucune trace, pas la moindre plaie. Et ça, j'y crois pas une seconde. Ces scènes fichent toute ma croyance de spectateur en l'air. On accepte sans ciller les morceaux du cadavre de la fiancée conservés dans une glacière pleine de liquide violet, les cachets de drogue qui font exploser, la foudre qui ranime un être fait de membres disparates cousus grossièrement, la femme ravivée dont la personnalité est un pot-pourri de celles des putes démembrées qui lui servent désormais de châssis, et le reste. Mais la crédulité a des limites. Comme quand les enfants écoutent des histoires complètement folles et absurdes sans broncher mais se butent face à un détail qui ne fait pas vrai.




Mais ça n'empêche pas d'apprécier l'ensemble, pour ce qu'il est. Quelques scènes restent bien en mémoire : celles où le jeune savant dessine patiemment les plans de sa future créature ; celle, assez longue, où les putes volent en éclat sous l'effet de la drogue surpuissante (la caméra s'amusant à suivre le trajet d'une jambe tranchée) ; celles où la fiancée ressuscitée (la jolie Patty Mullen, playmate de profession, qui avait dévoilé ses charmes avant de jouer dans ce film, je laisse à chacun le soin d'aller vérifier) déambule dans New-York, affublée d'une démarche et de mimiques délectables ; le moment où Zorro, le maquereau bodybuildé vexé d'avoir paumé ses employées, dévisse la tête de la Frankenputain d'un coup de poing ; et l'ultime scène du film, où les morceaux de putes non utilisés s'amalgament et forment des monstres répugnants (pas si loin de certaines créations de Rob Bottin pour The Thing), sortes d'amas de femmes déstructurés, concupiscents et hilares, prêts à se venger du gros bœuf qui les avait marquées au fer rouge d'un Z qui veut dire Série Z.
 
 
Frankenhooker de Frank Henenlotter avec James Lorinz et Patty Mullen (1990)

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