30 juillet 2016

Hangover Square

Quand on lui demandait les trois secrets pour réaliser un bon film, John Brahm répondait : "Réussir le début, bien torcher le milieu, et pas chier la fin". C'est exactement ce qu'il s'employa à faire avec Hangover Square, beau film noir, oublié aujourd'hui, et pourtant fièrement porté, de toutes les façons possibles et à bouts de bras, par l'acteur Laird Cregar, un géant aux traits épais et au regard de bête traquée. Ce dernier venait de jouer dans The Lodger du même Brahm, où il incarnait Jack l'éventeur. On est alors en 1945 et c'est Cregar qui insiste pour que le studio achète les droits du bouquin de Patrick Hamilton, c'est lui qui rend le personnage principal inoubliable et c'est lui qui laisse sa peau dans l'entreprise, à seulement 31 ans. Impressionnant dans le rôle d'un petit compositeur du début du XXème siècle (avec les gros doigts du fin poète, dans le genre Guillaume Apollinaire) doublé d'un tueur qui s'ignore, Cregar crève l'écran à chaque instant, et plus encore quand Brahm mitonne des scènes aux petits oignons. 



L'introduction, avec le meurtre au couteau d'un vieil antiquaire dont le visage effaré et hurlant surgit à l'écran comme le meurtrier dans la boutique, et comme la séquence elle-même, sortie de nulle part, juste avant que l'échoppe ne s'embrase, lance le récit sur des charbons ardents. Et le feu, qui dévore le héros de l'intérieur et laisse son visage en sueur, ne manquera pas dans cette histoire, puisqu'il est de retour dans la terrible scène centrale, où le cadavre d'une jeune femme manipulatrice (Linda Darnell) est placé au sommet d'un bûcher lors d'une fête londonienne sous le regard enchanté d'une foule qui ignore tout de ce qu'elle acclame, et à la fin, tandis que notre compositeur monstrueux, après son ultime confrontation avec un agent de Scotland Yard (interprété par ce cher George Sanders), termine de jouer sa partition (signée Bernard Herrmann) au beau milieu d'un théâtre en flammes, dans ce qui s'avère être un finale magistral.


Hangover Square de John Brahm avec Laird Cregard, George Sanders et Linda Darnell (1945)

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