5 avril 2015

Hidden

Ça, c'est du cinoche ! Sorti en l'an de grâce 1987, Hidden est un titre chéri par les amateurs et mis en boîte par Jack Sholder, un discret et sincère artisan du cinéma de genre puisqu'on lui doit notamment la première suite de Freddy (La Revanche de Freddy), Alone in the Dark (antérieur au jeu vidéo du même nom), ou encore Whishmaster 2 (postérieur à Whishmaster 1). Jack Sholder est clairement le genre de réalisateur qui tourne à un rythme à peine suffisant pour se garantir un frigo bien garni mais qui, à n'en pas douter, fait son métier avec toujours beaucoup de professionnalisme et de bonne humeur. Parfois, il lui arrive même d'être soudainement inspiré par le scénario qu'il a pour mission de mettre en image. C'est en tout cas ce qui a dû se produire lorsqu'il s'est attelé au sympathique script rédigé par le bien nommé Jim Kouf, une sorte de mix jouissif entre Terminator et The Thing, dans lequel un extraterrestre sème la pagaille et les cadavres dans les rues de LA, passant d'un corps à l'autre, pris en chasse par un flic de mauvais poil (Michael Nouri) et un mystérieux agent du FBI (Kyle MacLachlan), contraints à collaborer.




Dès les premières minutes, qui nous offrent une longue, cocasse et explosive poursuite en bagnole, le décor est planté et nous sommes fixés : Hidden vise notre plaisir le plus simple et immédiat. On prend d'emblée notre pied ! Du début à la fin, sans réelle faute de rythme, le film de Jack Sholder s'avère d'une efficacité indéniable. C'est un plaisir à partager ! On se régale d'abord de suivre les pérégrinations de cet extraterrestre grincheux, aux mœurs étranges et aux lubies absurdes, n'acceptant de rouler qu'en Ferrari, friand de belles pépées et accro à la musique pop-rock typiquement 80's, au point de se trimballer dans les rues ou au resto avec un transistor sur l'épaule ! Devant cela, on pense aux meilleurs moments de Men In Black, notamment quand l'hôte de l'alien est prise de maux de ventre incontrôlables et cherche à se soulager coûte que coûte. Nul doute que le film de Barry Sonnenfeld, sorti exactement 10 ans plus tard, lui doit beaucoup.




On sait aussi apprécier le côté buddy-movie qui se met en place progressivement, avec dans un premier temps les rapport tendus mais amusants du flic et de l'agent du FBI, avant que ceux-ci se découvrent des atomes crochus et que le film nous quitte sur une belle et ultime preuve d'amitié, lors d'une conclusion qui pourrait presque être un peu niaise si, auparavant, nous ne nous étions pas attachés à ce si sympathique duo. L'alchimie des deux acteurs principaux n'y est pas pour rien, les fans de Twin Peaks seront ravis de retrouver l'agent Cooper, Kyle MacLachlan est parfait ; son acolyte Michael Nouri n'est pas en reste, avec son allure nonchalante et sa tronche très cool, typique de certains héros de films américains de cette période. Les deux hommes prennent un plaisir communicatif à interagir et à chasser ensemble l'imprévisible alien.




Car Hidden n'oublie donc pas d'être drôle, ne l'est pas qu'un peu, et l'humour y est toujours bien senti, notamment quand il est amené par des dialogues écrits avec délice, auxquels le doublage français, comme on savait les faire à l'époque, parvient à rendre justice (je pense surtout aux petits mots doux que s'échangent les flics au commissariat portant sur la femme de l'un ou la sœur de l'autre, c'est très bête mais ça marche à tous les coups !). Il y a aussi une scène terrible, dans tous les sens du terme, mettant en vedette un chien devenu particulièrement hargneux puisque hôte temporaire de l'alien. Je vous en dis pas plus, c'est une scène à voir... Je pense surtout aux nombreux fans de chiens qui nous lisent...




Et pour ne rien gâcher, les effets spéciaux, bien que rares, sont vraiment réussis. Réalisés sans ordinateur mais grâce aux petites mains talentueuses d'autres artisans bien intentionnés, ils n'ont pas pris une ride ! Sans nostalgie mal placée, nous pouvons être sûr qu'aujourd'hui, pour un budget équivalent, c'est-à-dire limité, on aurait droit à des CGI moisis dès leur création... Les quelques apparitions de l'alien sont ainsi particulièrement marquantes et contribuent à ce que le côté horrifique du film soit au diapason. L'alien n'a pas une allure spécialement originale, mais il est dégoûtant, et c'est bien le principal. Le voir s'extirper de la bouche de sa première victime pour s'introduire dans celle d'un homme impuissant, alité à l'hosto, nous procure très tôt les premiers frissons espérés.




A partir d'un pitch a priori extrêmement basique qui pourrait le condamner à demeurer dans l'ombre de dizaines d'autres références auxquelles on pense logiquement, Hidden parvient très vite à emporter l'adhésion grâce à son scénario généreux, qui enchaîne les scènes de bravoure tout en laissant une bonne place à l'humour, mené tambour battant et garantissant 90 minutes réellement jouissives. Je n'ai pas l'habitude d'employer ce mot dont je me tiens d'ordinaire éloigné. Cela fait deux fois ce coup-ci. Ça doit vouloir dire quelque chose ! Couronné d'un grand prix mérité au festival d'Avoriaz en 1988, Hidden est une petite pépite du cinéma d'horreur de la fin des années 80, un film que l'on revoie encore avec un plaisir évident, et communicatif. 


Hidden de Jack Sholder avec Kyle MacLachlan, Michael Nouri et Claudia Christian (1987)

24 commentaires:

  1. Ça file trooooop envie! Bon article! Sur ma wishlist Amazon.fr :)

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  2. Bel hommage à Monoel de Oliveira dit Luis Figo!!! #RIP

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  3. J'connaissais pas ce site ! Merci pour le lien

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  4. Ça donne terriblement envie !

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  5. Pour la protection de la forêt amazonienne.
    -
    Jamais entendu parler de ce film sinon ; ça sera pour ce soir merci.

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  6. Un pitch basique ça n'existe pas, en particulier quand il est fourré au chocolat

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  7. « Je pense surtout aux nombreux fans de chiens qui nous lisent » :D :D :D

    Bon souvenir de ce hideux 'Hidden', en effet...

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  8. Il est cool ce film ouais! Juste l'intro à la GTA est tellement cool et rock'n roll que le reste est un peu fade à côté, non? M'enfin oui, très agréable

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  9. Effectivement, j'ai eu la meme pensée : la bestiole joue à gta pendant tout ce film. Bon par contre, ça sent l'article du gros nostalgique qui en a parlé pendant des heures avec ses potes de collèges à l'époque. Moi meme, j'ai eu un petit coup de nostalgie et après avoir lu cet article je me le suis rematé... mais bon, franchement, c'est pratiquement aussi bidon que toutes les briques hollywoodiennes actuelles.

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  10. Pas d'accord. Il ne s'agit pas de surévaluer ce film, mais je l'ai moi aussi revu hier et l'on y trouve quelque chose qui manque à la plupart des « briques hollywoodiennes actuelles » (du moins à celles que j'ai vues) : un sens du rythme qui n'est pas de type GTA, pour sa part. À savoir : rapidité des transitions d'une scène à l'autre, et savoir prendre son temps à l'intérieur des scènes. Sans vouloir remettre la (depuis longtemps défunte) série B à toutes les sauces, c'est ce type de contraste rythmique qui faisait le prix — et le plaisir — des meilleurs films relevant de cette catégorie de production.

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  11. Pas d'accord non plus. Certes, j'ai laissé la nostalgie s'exprimer aussi dans cet article. Mais j'avais également revu le film avant de me lancer. Il supporte très bien la revoyure, je le trouve encore très plaisant. Et il n'a vraiment pas grand chose à voir avec les grosses saloperies hollywoodiennes actuelles...

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  12. Bah, je ne sais pas, je dois avoir du mal avec toutes ces fusillades "à l'américaine" où ça tire pendant des heures pour pas grand chose. Les rapports simplistes et incohérents des personnages. Les clichetons à tout va. Le voile doré de l'alien flic. Le seul fun pour moi, c'est l'alien méchant, il faudrait un film avec lui en perso principal. Mais peut-être que je me trompe concernant le rapprochement entre ce film et les BHA (ou SHA), je vous l'accorde.

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  13. Je suis pas sûr que les saloperies actuelles soient pires que les saloperies des années 80, si? En tout cas ce film est loin d'être une brique, il y a un vrai ton, très sympathique, qui ramène plus aux séries B de Joe Dante qu'aux blockbusters tout pourris.

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  14. Damned, là je cale sur ces nouveaux acronymes. Et quand je regarde « BHA » dans Wikipedia, je me vois proposer :
    Hydroxyanisole butylé, un additif alimentaire,
    Buddha Air, selon la liste des codes OACI des compagnies aériennes
    Bahía de Caráquez en Équateur, selon la liste des codes AITA des aéroports
    Je ne pense pas que ce soit ça...

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  15. Je crois que la différence est plutôt quantitative (toujours plus de briques, toujours plus grosses, chères et déréalisées) que qualitative, en effet...

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  16. Et puis aussi, y'en a déjà plein dans "la grande aventure lego". Des briques. pfouyaya, fatigué moi.

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  17. Il y en avait déjà dans la première version du 'Village des damnés' :

    http://3.bp.blogspot.com/-LFtAdGXhgnY/UfcTPHoZbCI/AAAAAAAAcxg/Rw-iWxEQt-A/s1600/vlcsnap-2013-07-28-09h57m17s91.png

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  18. À propos de 'Men in Black', j'ai eu l'occasion de le revoir dernièrement en VF, et lui aussi tient sacrément bien le coup. Cerise sur le gâteau, c'est un de ces films dont le doublage en français est en lui-même très réjouissant (et pas du tout involontairement). Si toutes les productions Marvel pouvait aussi bien harmoniser humour, spectacle et modestie... En outre, le film ne cesse de rappeler l'importance du « petit » (le prince des Arkyliens logé dans la tête du vieux monsieur, l'indicateur-bouledogue, la galaxie dans le médaillon, etc.), d'une façon assez étonnante dans une superproduction a priori vouée à « l'énorme ».

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  19. Ah oui, ça tient bien MIB ? J'ai l'impression que ce film a pris un coup de vieux terrible, qu'il était déjà vieux en sortant en fait, un peu ringard, d'une ringardise quasi malaisante (la faute aussi à une musique glauque au possible). D'ailleurs les épisodes 2 et 3 (ce dernier je l'ai découvert tout récemment, il est d'un chiant...) sont si fidèles au premier qu'ils font encore plus vieillots, d'autant plus vieillots veux-je dire qu'ils sont plus récents. Bref.

    Hidden n'a pas tellement morflé pour sa part, en effet, rien de tellement ringard là-dedans, à part Kyle MacLachlan, qui l'a toujours été je crois. Du moins à mes yeux.

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  20. C'est sûr, les deux suites sont totalement dénuées d'intérêt. Au point que quand j'ai lu dans ton commentaire la mention du 3ème, j'ai dû me creuser la tête et aller lire le résumé : j'avais complètement oublié que je l'avais vu ! Je crois que cela m'est rarement arrivé d'oublier à ce point un film.


    Mais le premier opus, je continue à beaucoup l'aimer. En revanche, une des faiblesses du film, c'est le personnage féminin, interprété par Linda Fiorentino. Dans un premier temps, c'est au contraire un atout : l'actrice a beaucoup de charme et son personnage est drôle (drôlerie à laquelle la VF, encore une fois, n'enlève rien, bien au contraire). Mais à un moment donné le film ne sait vraiment plus quoi en faire et l'abandonne quasiment, de façon assez triste.

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  21. T'as bien aimé Hidden alors ?
    Je pense que les petites tirades dans le commissariat ont dû te plaire. :)

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  22. Les tirades sont sympathiques. Mais je l'ai vu en VO et elles sont peut-être plus tordantes en VF.

    Le film est bien sympa aussi, notamment grâce à l'alien, diablement bien fait, et dont le comportement est unique en son genre. J'ai beaucoup apprécié le fait, aussi, que le combat extra-terrestre ne soit pas plus expliqué, parce qu'on s'en fout royalement, et même, ça ajoute à son mystère et le rend d'autant plus plaisant.

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