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14 novembre 2016

L'Affaire SK1

L'Affaire SK1, premier film de Frédéric Tellier, nous montre en parallèle la traque policière et le procès du tueur qui a terrorisé l'est parisien dans les années 90, Guy Georges. Il s'agit d'une nouvelle tentative ambitieuse de polar à la française, n'hésitant pas à aller puiser son inspiration dans des faits réels assez récents et cherchant à provoquer le vertige chez le spectateur plongé dans une enquête qui n'en finit pas et placé face au portrait d'un monstre au visage humain. On aurait aimé s'enthousiasmer pour ce film mais force est de constater que s'il parvient sans souci à captiver son auditoire et qu'il nous rafraîchit la mémoire sur le déroulé de cette enquête, il ne restera guère gravé dans nos mémoires de cinéphiles. Loin de là. 




Il y a quelque chose d'assez pathétique dans la volonté ostentatoire de Frédéric Tellier de créer une fascination pour le 36, quai des Orfèvres. Il n'y a rien à faire, ça ne prend pas. Ça sonne faux. On ne marche pas. Et nous ne sommes pas étonnés d'apprendre que M. Tellier était directeur artistique du film lourdingue d'Olivier Marchal. On ne croit pas à cette équipe de flics obsédés par leur enquête qui passent leurs week-ends ensemble en bateau pour mieux resserrer les liens et dont les vies privées sont totalement bouffées par le boulot ; on ne croit pas à ces personnages à peine dessinés qui s'encouragent les uns les autres à coups de tirades très stéréotypées et parfois grotesques : "Faut qu'on la résolve cette affaire, merde !", "On gratte, on gratte, on gratte ! On secoue le cocotier et on verra ce qu'il en tombe !". Les dialogues sont un sérieux handicap, ils paraissent beaucoup trop écrits, quand ils ne tombent pas tout simplement dans la caricature. "Toutes ces horreurs que tu voies au 36, j'ai peur que ça t'abîme..." dit la femme du flic à son mari rongé par l'enquête. Les acteurs ont tous un mal fou à réciter leurs répliques de façon crédible, même ceux que l'on a déjà vu très bon ailleurs (je pense par exemple à Olivier Gourmet). Raphaël Personnaz a beau tout essayer, avec la barbe ou rasé de près, il n'a toujours pas le charisme ni les épaules pour porter un tel film. Mais il n'est pas vraiment à blâmer. 




C'est bien Frédéric Tellier qui se montre incapable de développer la tension nécessaire et, surtout de donner du souffle à son petit bébé. L'affaire SK1 s'étale sur plus d'une décennie, mais nous ne ressentons jamais cette impression du temps qui traîne, qui passe, qui s'accumule comme les cadavres de jeunes filles retrouvées égorgées et violées. Tellier aligne les vignettes en s'appliquant à reconstituer l'affaire au plus près, mais il sacrifie le suspense, oublie de créer une atmosphère, de faire du cinéma. Devant L'Affaire SK1, on pense davantage à un reportage soigné d'M6 qu'à un de ces grands thrillers américains auquel Tellier aimerait tant ressembler. Quand il s'intéresse à Guy Georges et tente timidement de dresser un portrait psychologique du tueur, Tellier donne de nouveau l'impression d'effleurer son sujet, d'échouer dans l'essentiel. Jamais nous ne ressentons ces sentiments contradictoires d'attirance et de répulsion pour ce serial killer que visent apparemment le cinéaste. C'est bien dommage. Tout cela reste tout à fait regardable et un peu mieux qu'un épisode de Faites entrer l'accusé, mais ça n'est pas vraiment du bon cinéma...


L'Affaire SK1 de Frédéric Tellier avec Raphaël Personnaz, Adama Niane, Nathalie Baye, Olivier Gourmet, Michel Vuillermoz et Christa Theret (2014)

25 mars 2015

Une nouvelle amie

Chaque année on sait qu'on finira dans le mur : devant le dernier Ozon. Chaque année on s'attaque à la critique du film pendant le film, et chaque année on commence à écrire de plus en plus tôt pendant la projection. Bientôt on commencera à rédiger avant d'avoir appuyé sur play... L'argument du film ? Vous le connaissez. Romain Duris aime se travestir. Sa plus grosse réplique, déballée les larmes aux yeux, résume bien l'affaire : "Je me souviens de ce qu'on nous disait enfants : les garçons naissent dans les choux, les filles naissent dans les fleurs. Eh ben moi je suis né dans un chou-fleur". Silence de rigueur après ça. Logiquement on devrait laisser un blanc typographique de huit kilomètres de long pour exprimer tout ce qu'on ressent. L'amie de Duris, Anaïs Demoustier, quant à elle, trouve ça brillant. Durant tout le film, elle suit son collègue dans tous ses délires schizophrènes, jusqu'au point de non-retour. Un électron libre (Raphaël Personnaz dans le rôle d'un perso super naze), gravite autour de cette amitié nocive pour les spectateurs comme pour les acteurs. 


Tous les acteurs et actrices français se battent encore pour tourner avec Ozon. WTF ?

Dès les premières images, François Ozon s'accapare, une fois de plus, le très lourd héritage hitchcockien. Chaque scène contient une flopée de références à ce vieil Albert Hitchcock, qui fait une apparition dans le film ! Ce n'est d'ailleurs pas le seul caméo puisque Ozon lui-même débarque tout sourire dans une scène au ciné où il vient caresser le jarret dodu de Romain Duris, tendant, sous l'oeil fébrile de la caméra, une main toute manucurée du feu de Dieu. Autant dire que personne ne ressort grandi de cette entreprise. Hitchcock en sort sali, Ozon, ridicule, et le cinéma français traîné dans la boue. Anaïs Demoustier pour sa part ne démérite pas. Elle est courageuse de supporter les facéties de Duris qui, dans les scènes où elle retire le haut, prétend qu'elle lui fait revoir à la hausse son propre poitrail : "un petit push-up et je t'étale".


Toujours difficile de filmer une scène de tennis. Ozon rend ça plus facile pour les autres.

Difficile de se passionner pour ces personnages, leurs problèmes de roustons coincés dans la jarretelle et leurs petits secrets freudiens à trois francs. Comme souvent chez Ozon, et comme dans l'immense majorité des films français actuels, tous ces personnages préfabriqués vivent en outre dans des palaces trop vastes, se perdent dans leurs propres cuisines équipées comme celles de Francis Reblochon. Ras la casquette de ces apparts de jobastres, où la porte du moindre placard semble pouvoir conduire vers une nouvelle dimension et où l'on peut vivre confortablement à deux dans le frigo. Assez de ces garages monumentaux, dont l'architecture est inspirée de la pyramide du Louvre, et qui abritent des décapotables rouges certes cinégéniques mais qu'on a envie de rayer du pot au capot. Foin de ces trentenaires actifs qui chaque soir se mitonnent des putains de banquets royaux, dégustés en tête à tête sur des tables en marbre. Tout cela, on pourrait l'avaler avec un grand sourire si Ozon ne nous donnait pas la sensation de traverser un trou de ver. On est face à un objet filmique si merdeux que l'intensité de sa chienlit empêche toute forme de lumière ou de rayonnement de s'en échapper.


Une nouvelle amie de François Ozon avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz et Aurore Clément (2014)