Affichage des articles dont le libellé est Marielle Heller. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marielle Heller. Afficher tous les articles

21 avril 2020

L'Extraordinaire Mr. Rogers

Ce film devrait pouvoir être délivré sans ordonnance dans toutes les pharmacies. On tient là un remède d'une efficacité radicale contre les insomnies. Dès les premières minutes, il vous enveloppe dans une ambiance feutrée qui vous prépare au sommeil le plus profond et réparateur. On ne sait pas où le film nous amène et cette désorientation, mêlée à un désintérêt rapide pour ce qui nous est montré, participe à notre endormissement. Si l'on résiste au vingt premières minutes, ce qui est déjà une belle performance, on comprend que Marielle Heller, la réalisatrice du plutôt sympathique Les Faussaires de Manhattan, nous retrace cette fois-ci l'amitié entre l'actuel entraîneur de l'Olympique de Marseille, André Villas-Boas, et l'animateur d'une émission télé pour enfants qui fut longtemps la personnalité préférée des américains, Mister Rogers, campé par l'inévitable Tom Hanks.




Tu m'étonnes que ce type-là ait eu du succès... Son show devait anesthésier les gosses un vieux coup et soulager bien des parents. C'est mortel ! Il y a quelque chose, dans la diction de Tom Hanks, dans sa manière de poser chaque mot calmement et de respecter systématiquement des blancs entre chacune de ses phrases, qui est terriblement apaisant, qui nous berce à un point... Pendue aux lèvres de sa star, la caméra de Marielle Heller est toute ramollie, on croirait mater un film d'un autre âge. Le rythme, la musique, tout est soporifique en diable, tout est là pour faire de ce film un sédatif surpuissant auquel il semble impossible d'opposer la moindre résistance.




Il y a même un pur moment d'hypnose vers la moitié du film, histoire d'achever les plus coriaces qui auraient encore un œil à demi ouvert. C'est une minute de silence, demandée par Tom Hanks et respectée au centième près par la réalisatrice. Cette scène s'achève par un travelling avant très lent vers le visage souriant et serein de l'acteur, impérial, qui, à mi-parcours, oriente son regard plein de bonté, de bienveillance, vers la caméra. Ses yeux d'un bleu si doux viennent alors transpercer notre cerveau pour mieux chatouiller l'hypothalamus et nous administrer le coup fatal. Sous le saint patronage de Tom Hanks, qui aurait encore mérité un Oscar pour cette performance littéralement hypnotique, les beaux rêves sont garantis.




Franchement, j'ai pas détesté, j'ai pioncé comme un bébé loir à poings fermés, et il n'y a rien de condamnable dans la démarche de Marielle Heller et de ses acteurs qui consiste à nous proposer un rencard en or avec Morphée. Je me suis réveillé en me sentant tout neuf, requinqué comme jamais. Pas de bol, c'était l'heure de se coucher. J'ai aussitôt fait de L'Extraordinaire Mr. Rogers mon film de chevet. Non pas parce que je le kiffe particulièrement, mais juste pour le garder sous le coude, littéralement posé sur ma table de nuit, en cas de souci, pour être sûr de bien faire mes nuits.


L'Extraordinaire Mr. Rogers (A Beautiful Day in the Neighborhood) de Marielle Heller avec Tom Hanks et Matthew Rhys (2020)

4 août 2019

Les Faussaires de Manhattan

Je n'attendais vraiment rien de ce film que j’ai regardé sans trop y croire, je craignais surtout d'y retrouver une Melissa McCarthy en quête de reconnaissance critique dans un rôle dramatique inhabituel, méconnaissable et transformée pour les besoins d'un énième biopic sans grand intérêt. Il n'en est rien ! Dès la première scène, où l'insolence bien connue de McCarthy s'exprime déjà, mes doutes ont été dissipés. L'actrice, appréciée pour son abattage comique hélas bien mal mis en valeur par ses dernières comédies, incarne ici Lee Israel, une écrivaine sans le sou qui se lance dans une vaste entreprise de contrefaçon pour boucler ses fins de mois. S'appuyant sur ses talents de biographe et sa capacité hors norme à se fondre dans les personnalités qu’elle imite, Lee Israel va produire un très grand nombre de lettres falsifiées d'écrivains et d’acteurs décédés pour les revendre ensuite au prix fort à des collectionneurs. Elle sera aidée dans son activité par son ami Jack Hock (Richard E. Grant), un cocaïnomane homosexuel excentrique d’agréable compagnie.




Contrairement à ce que la transformation physique de McCarthy et sa nomination (méritée !) pour l’Oscar de la meilleure actrice pouvaient laisser penser, Can you ever forgive me ? n’est pas un fade biopic comme Hollywood en produit à la chaîne ces dernières années. Si le film de Marielle Heller ne se distingue pas par l’inventivité de sa mise en scène, il surprend agréablement par son ton, très léger, et sa façon assez humble de s’inscrire d’emblée dans le registre de la comédie dramatique. On suit avec plaisir les exactions de Lee Israel, un personnage attachant que Melissa McCarthy parvient à faire pleinement exister sans toutefois oublier de nous gratifier de ces quelques saillies comiques dont elle a le secret. L’actrice réussit à nous faire rire une paire de fois et porte le film à bout de bras, sans jamais en faire des caisses, en étant impeccable et juste dans la peau de cette drôle de femme à la morale somme toute défendable et compréhensible. Son duo avec Richard E. Grant fonctionne très bien et la réalisatrice porte un regard simple et délicat sur ces deux marginaux qui, entre d'autres mains, auraient pu servir de prétexte à aborder lourdement des sujets plus en vogue. Contre toute attente, Can you ever forgive me ?, très platement réintitulé Les Faussaires de Manhattan pour sa sortie française, est donc un petit film très agréable qui certes ne laissera pas une trace indélébile mais fait passer un bon moment. 


Les Faussaires de Manhattan (Can you ever forgive me ?) de Marielle Heller avec Melissa McCarthy et Richard E. Grant (2018)