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5 avril 2017

The Keeping Room

Nous avions quitté Daniel Barber il y a près de sept ans, dans les ruelles sombres de Londres, en espérant ne plus jamais recroiser sa route. Il venait de nous livrer Harry Brown, un polar aux relents nauséabonds dans lequel Michael Caine jouait au vigilante du troisième âge pour faire régner l'ordre dans son quartier. Nous retrouvons aujourd'hui le cinéaste britannique au sud des États-Unis, animé de bien plus nobles intentions, et très joliment accompagné puisque le premier rôle de son western revient à Brit Marling. Notre dernière rencontre avec l'actrice américaine était également un mauvais souvenir, nous nous étions effectivement arrêtés au très mauvais I Origins, où elle incarnait une pénible chercheuse pas crédible pour un sou. Elle se retrouve ici à la tête d'un excellent western indépendant, qui réussit à tirer parti de la petitesse de son budget à travers un scénario aussi concis qu'intelligent, et qui vient se ranger aux côtés des films de genre originaux, simples et efficaces, dans lesquels nous l'avions appréciée à ses débuts. The Keeping Room apparaît donc comme une double réhabilitation pour le réalisateur et son actrice.




Dans un film constamment sous tension, Daniel Barber met en scène trois femmes aux prises avec une paire de soldats alcooliques et violents, en pleine guerre de sécession. Augusta (Brit Marling) et Louise (Hailee Steinfeld, croisée dans un autre western, le True Grit des frères Coen) sont deux sœurs isolées qui partagent, avec Mad (Muna Otaru), esclave noire-américaine, un domaine du Sud des États-Unis frappé par la désertification humaine, la misère, voire la famine, et que menace l'avancée des troupes de l'Union. Deux éclaireurs de l'armée yankee débarquent justement dans le coin et trucident tous ceux qu'ils croisent. Le film se concentre sur la lutte entre les trois femmes, d'un côté, et les deux hommes, de l'autre, et fait preuve d'un féminisme bien pesé d'un bout à l'autre.




Le plus beau moment du film est sans doute cette séquence où les deux agresseurs jettent un cocktail Molotov dans la maison barricadée et où Augusta se défait de sa chemise pour éteindre le début d'incendie, avant d'affronter les assaillants torse nu et fusil à l'épaule. La scène, a priori, était glissante. Le réalisateur fait plus que bien de ne rien dévoiler du corps de son actrice et de ne laisser peser aucun soupçon sur la plus petite velléité de voyeurisme ou d'érotisme, préférant ériger son héroïne en espèce d'amazone, défendant sa maison et les siennes de toutes ses forces. C'est une séquence très forte, que l'on aurait souhaitée plus longue, mais qui aurait peut-être perdu au change.




Le film réussit par ailleurs à donner son importance à la plupart des personnages, que l'on pense au monologue de Muna Otaru, qui incarne l'esclave quasi-affranchie du domaine, où cette dernière raconte les viols subis sur une autre plantation, ou à l'échange final entre Augusta et Moses (Sam Worthington, qui s'en tire mieux que d'habitude), l'un des deux éclaireurs nordistes. La fin peut surprendre, voire faire grincer des dents, mais elle sonne assez juste, pointant d'une part à quel point les dégâts causés par la violence masculine à l'égard des femmes s'étendent au-delà, et jusqu'aux hommes, et disant bien, d'autre part, que pour toute femme, à cette époque-là et par-delà les époques, partout et toujours, en temps de guerre la survie relève quoi qu'il en soit du miracle.


The Keeping Room (Dans le silence de l'Ouest) de Daniel Barber avec Brit Marling, Muna Otaru, Hailee Steinfeld et Sam Worthington (2014)

9 septembre 2015

Harry Brown

Michael Caine EST Harry Brown, un marine à la retraite qui vit dans un immeuble hideux au beau milieu d'un quartier hyper chaud d'une banlieue toute pourrie de Londres. Il perd successivement sa vieille femme malade d'un cancer et son meilleur ami, un petit vieux sympa et sans défense froidement abattu par une bande de jeunes délinquants dans l'un des tunnels lugubres du tierquar. Tout est vieux, pourri et mort là où habite Sir Michael Caine. Celui-ci n'a alors plus rien à perdre et, déterminé comme jamais et animé par une rage profonde, il décide de venger la mort de son meilleur ami en "nettoyant" la cité à grands coups de flingue. Harry Brown devient un vigilante du troisième âge à l'efficacité redoutable, au service d'une société aux abois qui n'en demandait pas tant.




Comme vous pouvez vous en douter, le film est politiquement et moralement ultra douteux. Plus ou moins aidé par les flics, qui ont de toute façon strictement la même manière que lui de régler les problèmes, Michael Caine liquide donc toute la jeunesse délinquante de son quartier exsangue. A la fin du film, celui-ci peut enfin revivre dans le calme et la sérénité. Le soleil refait même son apparition ! On pourrait détester le film pour ces idées nauséabondes et ridicules. En interview, le réalisateur Daniel Barber, l'homme d'un seul film, et sa vedette Michael Caine, le genre de mec qu'on aurait tendance à respecter, se défendent pourtant d'avoir simplement voulu dépeindre avec réalisme la violence qui règne dans ces zones urbaines délaissées. Ça ne change rien aux impressions écœurantes que leur film véhicule...




J'ai tout de même regardé ce thriller bas du front en étant plutôt captivé pendant la majeure partie, mais au bout d'un moment, le film tourne un rond. Ça devient même un peu n'importe quoi sur la fin, lorsque Michael Caine, un flingue pointé sur l'une des pires racailles de son tierquar, déclare "Tu le vois celui-là ? J'ai mon couteau dans ma poche, j'ai ma bite dans mon slip, j'ai mon soufflant sur ton front : je vais te faire un troisième œil et un deuxième trou du cul" et que l'intéressé lui répond "Fais-toi plaisir. Ma femme a été assassinée, mon fils a été buté, ma propre sœur a dressé une meute de loups pour tuer ma propre mère. Rien ne va plus. Les jeux sont faits. Va z'y, bute-moi. Puis tringle-moi si le cœur t'en dit, tringle mon cadavre ! Comme on dit par chez nous : over my dead body !" J'ai eu la sensation que tout avait été dit cinq petites minutes auparavant, au moment où Michael Caine part se coucher après avoir fait chuter l'espérance de vie de toute la Grande-Bretagne, en crachant "Maintenant le tierquar est plus killtran".




Heureusement, le film jouit du charisme toujours intact de Michael Caine et d'une atmosphère oppressante et poisseuse qui fait froid dans le dos. C'est en effet pas tous les jours que l'on voit un grabataire faire des trous de 40cm de diamètre dans des corps humains, le sourire jusqu'aux oreilles. Y'a pas à dire, Michael Caine reste "the king of cool"... En revanche, si c'est ce truc-là "The best british film of the year" comme l'indique l'affiche ici choisie, alors le cinéma britannique est vraiment très malade...


Harry Brown de Daniel Barber avec Michael Caine, Emily Mortimer et David Bradley (2011)