9 février 2020

Le Temps d'un week-end

Quelle idée de revoir ce film aujourd'hui ?! Je ne sais pas ce qui m'a pris... En plus, c'est long : 2h40 au compteur. Le Temps d'un week-end vous flingue une soirée et vous donne effectivement l'impression d'avoir cramé deux jours avec une paire d'abrutis. Il fait partie de ces films hollywoodiens des années 80-90 qui n'ont pas supporté le poids du temps et qui sont périmés depuis belle lurette. Ce qu'il y a d'amusant, c'est qu'ils mettent malgré eux en valeur le cinéma américain des années 70 et toutes ses pépites qui continuent de briller aujourd'hui. Scent of a Woman, en VO, est d'un académisme tel que cela a beaucoup plu à l'Academy, avec une poignée de nominations à la clé et même une razzia aux Golden Globes en l'an de grâce 92. Comme quoi, ces institutions savent distinguer les films qui restent...




Il s'agissait d'ailleurs de la consécration tant attendue pour le grand Al Pacino, enfin récompensé d'un Oscar après quatre nominations infructueuses pour des rôles autrement plus mémorables (Le Parrain, Une Après-midi de chien, Serpico, And Justice for All). Terrible ironie de la vie... L'acteur n'est pourtant pas spécialement bon là-dedans. Il en fait des caisses dans la peau d'un personnage monocorde et ennuyeux au possible, un vétéran devenu aveugle et acariâtre dont un étudiant doit s'occuper le temps d'un week-end pour financer sa scolarité. Imprévisible et chiant, l'aveugle récalcitrant amène son jeune garde à New York pour un séjour de folie, entre palaces, teupus et grands restaurants. Le projet secret du colonel retraité étant de se tirer une balle après avoir tiré sa crampe et profité une dernière fois des petits plaisirs de l'existence (principalement la bouffe et les femmes, donc). L'étudiant, incarné par un assez fade Chris O'Donnell, dont la carrière explosera ensuite en plein vol devant la caméra de Joel Schumacher dans la peau du célèbre acolyte de l'homme chauve-souris, essaie tant bien que mal de s'opposer aux envies suicidaires de son aîné...




Aux commandes de ce triste remake d'un film italien de 1974 signé Dino Risi, nous retrouvons, annonce fièrement l'affiche de l'époque, "le réalisateur du Flic de Bervely Hills", Martin Brest. Mais n'espérez pas vous marrer cette fois-ci. Cet homme a aussi réalisé Midnight Run, un buddy-road-movie bien de son temps dans lequel Robert De Niro pétait régulièrement les plombs, un film devenu culte que je trouve également très surcôté (je ne me souviens pas m'être marré une seule fois). Martin Brest fait son taff, sans chichi, aussi platement que possible. Une musique sirupeuse accompagne et vient surligner la moindre émotion, histoire d'alourdir encore tout ça, de nimber cette histoire fastidieuse d'une atmosphère surannée. On est content de retrouver un Philip Seymour Hoffman alors en pleine forme dans le rôle d'un jeune étudiant un peu con. Et ne soyons pas si dur avec Pacino, son charisme, certes diminué, porte le film à bout de bras. Il apporte par intermittences un peu de piment, mais il tutoie aussi régulièrement le ridicule quand il ponctue ses phrases de "Oouh-ah" pathétiques et supposés être drôles.




Le Temps d'un week-end est un vieux film. Je n'aime pas dire ça car il n'y a pas de "vieux films" comme il n'y a pas de "vieux tableaux", de "vieux livres" ou de "vieilles pièces de théâtre". Mais Le Temps d'un week-end est un film rance, dépassé, obsolète, faisandé. C'est sans doute le plus vieux film dans lequel ait joué Al Pacino. C'est un film qui a passé l'arme à gauche, qui a disparu, il s'est éteint sans un bruit, loin des regards, dans son sommeil, et n'existe plus. Plutôt fier de lui, Bo Goldman, le scénariste, a déclaré : "S'il y a une morale au film, c'est que si nous restons toujours ouvert et disponible aux contradictions surprenantes de la vie, nous trouverons toujours la force d'avancer". Une leçon... Merci mec ! Un film oublié et voué à le demeurer. 


Le Temps d'un week-end (Scent of a woman) de Martin Brest avec Al Pacino et Chris O'Donnell (1992)

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