20 octobre 2019

The Clovehitch Killer

Il y a des petits films comme ça dont on a envie de vanter les mérites plutôt que de se concentrer sur leurs défauts. The Clovehitch Killer (le tueur au nœud de cabestan) est le premier long métrage du cinéaste américain Duncan Skiles, alors soyons sympa. La découverte inattendue de son film a clairement été une bonne surprise. Sorti directement en vidéo cet été dans l'anonymat le plus total, ce thriller feutré nous propose de suivre un ado de 16 ans qui se met à enquêter sur son propre père : il le soupçonne d'être le serial killer ayant sévi dans la ville il y a dix ans et qui n'a jamais été coffré. Le père en question est pourtant un chef de famille propre sur tous rapports, chrétien dévoué, à la tête de la bande de scouts du patelin. Le spectateur se doute évidemment que, sous un vernis si clean, peut se cacher un monstre comme l'Amérique pavillonnaire en regorge si l'on en croit son cinéma. Nous sommes immédiatement charmés par la façon qu'a le réalisateur de filmer cet environnement si familier, on apprécie la jolie lumière dans laquelle baigne ce film qui, comme beaucoup d'autres, s'intéresse donc à l'horreur sous-jacente de ce genre de bleds a priori tranquille.





La première partie du film est entièrement consacrée aux investigations et aux questionnements de l'ado (solidement joué par Charlie Plummer, déjà croisé dans Tout l'argent du monde), vite épaulé par une jeune fille de son âge fascinée par l'affaire. Les preuves s'accumulent contre le père mais celui-ci parvient toujours à se justifier et à nous faire douter. Ce personnage énigmatique est incarné par un impressionnant Dylan McDermott, un acteur généralement abonné aux seconds rôles de beaux gosses dans des comédies ou des séries qui, transformé physiquement, parvient ici à entretenir le trouble quant à sa réelle personnalité. Cette première partie, assez longue, s'avère plus laborieuse que la deuxième, dans laquelle nous suivons cette fois-ci le père et découvrons la vérité. Celle-ci nous est révélée le plus simplement possible, à la suite d'un basculement de point de vue fluide et bien pensé. Le film, qui jusque-là nous intriguait vaguement, parvient alors à être assez dérangeant et à capter toute notre attention.





Dans son ultime chapitre, le cinéaste choisit de rompre la continuité du récit pour nous faire retourner en arrière, sur les pas de l'adolescent que nous avions temporairement quitté. Ce choix s'avère encore une fois très intelligent et permet d'entretenir le suspense. Nous sommes même carrément scotchés à ce Clovehitch Killer durant ses trente dernières minutes. Duncan Skiles atteste d'un vrai talent de cinéaste et réussit à faire décoller son scénario en beauté, en signant un film assez étonnant et singulier. Ne rentrant jamais vraiment dans le bon gros thriller pur jus, le réalisateur inscrit davantage son premier long dans la catégorie de ces œuvres forcément troublantes qui nous invitent à nous plonger dans le quotidien d'un tueur en série, en nous plaçant dans une position malaisante face à la trivialité de ses gestes et sa normalité apparente.





Refusant le glauque et le malsain, déjouant les attentes d'un public habitué aux sensations fortes, la démarche de Duncan Skiles est tout à fait louable. Elle accouche néanmoins d'un film un peu trop sage et trop propre, sans réelle atmosphère. Malgré ces vraies qualités et ces choix malins, on ne peut s'empêcher de penser à ce qu'aurait pu être The Clovehitch Killer si Duncan Skiles était mieux parvenu à nous saisir émotionnellement. Un serial killer est passé dans ce petit bled banal des États-Unis, laissant une douzaines de cadavres derrière lui, des morts auxquels la population locale rend régulièrement hommage, mais jamais nous ne ressentons assez fort cette espèce de traumatisme ambiant. Les exactions passées du tueurs apparaissent comme bien peu de chose. Le film aurait un tout autre impact si, en plus du trouble familial central, nous ressentions également la peur des habitants, encore présente, pour ce tueur jamais arrêté.





L'autre problème, également de taille, est que nous ne ressentons aucun véritable chamboulement chez le personnage principal, cet adolescent en plein doute dont on comprend dès la toute première scène qu'il se méfie de son propre père. D'emblée, leur relation apparaît bizarre, un peu malsaine, quelque chose se trame, se sait déjà. Sans non plus passer d'un extrême à l'autre, nous aurions peut-être été plus affectés si le revirement avait été plus notable. Le réalisateur choisit de traiter du traumatisme psychologique chez les proches des serial killers, il ne s'intéresse pas aux familles des victimes mais à celle du tueur. C'est un choix assez original qui pourrait être judicieux mais qui n'a sans doute pas toute la portée qu'il espérait. Si ces différents points avaient été mieux traités, The Clovehitch Killer aurait pu être un thriller tout à fait remarquable, comme il en sort très peu chaque année. Tel qu'il est, il en reste pas moins hautement recommandable et constitue une agréable découverte. 


The Clovehitch Killer de Duncan Skiles avec Charlie Plummer et Dylan McDermott (2018)

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