22 septembre 2019

Une Intime conviction

Pour son premier long métrage, le réalisateur Antoine Raimbault s'est intéressé à l'affaire Suzanne Viguier, une disparition non élucidée qui donna lieu à deux procès, en 2009 et 2010, ayant à chaque fois abouti à l'acquittement du mari de la disparue, Jacques Viguier, soupçonné sans preuve solide à l'appui. Plus particulièrement, le cinéaste dépeint l'obsession d'une femme, Nora, personnage fictif, incarnée par Marina Foïs, jurée lors du premier procès et bien déterminée à démontrer l'innocence de l'accusé. Cuisinière de son état et mère célibataire d'un garçon d'une dizaine d'années, Nora va sacrifier vie professionnelle et familiale pour s'impliquer à fond dans le deuxième procès, en réussissant d'abord à convaincre l'avocat Eric Dupond-Moretti, joué par Olivier Gourmet, de défendre Jacques Viguier, quant à lui campé par Laurent Lucas. Sur un rythme soutenu et sans temps mort, nous suivons le combat clandestin de Nora dans sa quête de justice qui vire progressivement à l'obsession pure et dure. Proposant son aide à l'avocat, celui-ci n'hésite pas à la solliciter et à s'appuyer essentiellement sur ses trouvailles, réalisées au cours de ses longues écoutes d'enregistrements téléphoniques, mais leur travail en tandem ne se fera pas sans accrocs...





Antoine Raimbault parvient rapidement à nous captiver pour cette histoire, sans jamais user des viles ficelles d'émissions de télé racoleuses consacrées à ce type d'affaires judiciaires. Nous collons aux basques de Nora, nous sommes entraînés par son énergie et sa détermination hors norme. La mise en scène est simple et sans chichi, elle se consacre à l'essentiel et a surtout le grand mérite de ne pas tomber dans cet autre piège qui tendait les bras au réalisateur : une reconstitution par flashbacks des événements antérieurs marquants de cette affaire, comme le jour de la fameuse disparition ou le verdict du premier procès, qui aurait forcément nuit au dynamisme du récit. Le cinéaste fait preuve d'une certaine intelligence en donnant tout l'espace nécessaire à la parole et à ses acteurs, tous en grande forme.





On a rarement vu Marina Foïs aussi convaincante, on oublie complètement ses autres rôles et on ne voit qu'une bonne femme résolue, totalement absorbée par son enquête, prête à se mettre en danger pour que la vérité fasse jour, quitte à basculer dans le fantasme et à finir par désigner un autre coupable trop facilement. Face à elle, Olivier Gourmet est impressionnant, notamment lors de scènes de plaidoiries très réussies où nous sommes littéralement pendus à ses lèvres. Eric Dupond-Moretti peut se sentir sacrément honoré d'avoir été ainsi représenté à l'écran. Dans un rôle diamétralement opposé puisqu'il doit avoir trois petites lignes de dialogues en tout et pour tout, Laurent Lucas est impeccable, sa présence, son attitude, son regard trouble et perdu ont quelque chose de fascinant, d'insaisissable, tout ce qu'il fallait pour interpréter un tel personnage.





On suit tout ça avec entrain et on en ressort agréablement surpris d'avoir vu un film de procès français à l'efficacité indéniable. Après coup, on s'interrogera toutefois sur certains aspects du scénario, dont la morale n'est peut-être pas tout à fait irréprochable quand il jette le doute sur le personnage de l'amant à travers les conclusions d'une Nora devenue trop excessive et qui sera d'ailleurs violemment recadrée par Dupond-Moretti. On peut également se demander quel est l'intérêt d'avoir absolument voulu fabriquer un lien entre Nora et l'accusé, par l'intermédiaire du personnage de la jeune nounou, fille de Jacques Viguier. Ça ne sert pas à grand chose, le désir de justice du personnage principal paraissant avant tout gratuit, chevillé au corps suite à son implication dans le premier procès. Ces détails un peu gênants sont évidemment liés à la difficulté inhérente à l'adaptation d'une affaire judiciaire réelle, qui plus est récente, et aux écueils d'autant plus nombreux que cela induit. Par ailleurs, Antoine Raimbault s'en sort plutôt avec les honneurs et si son premier film ne marquera peut-être pas l'année cinématographique, il offre un regard assez intéressant sur les coulisses de la justice et nous maintient en haleine de bout en bout. 


Une Intime conviction d'Antoine Raimbault avec Marina Foïs, Olivier Gourmet et Laurent Lucas (2019)

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