7 avril 2016

Les Huit salopards

Script faisandé, vérolé, pas étanche, à fuite, piraté, mais script néanmoins filmé. Et franchement y'avait pas de quoi chialer à l'idée que quelqu'un le foute sur le net... Commençons par le positif : le dernier Tarantino est nettement moins énervant que les précédents. Et ce pour une raison simple : il est absolument vide de tout. Y compris de ces velléités de justicier qui animaient récemment Tarantino et achevaient de plomber ses dernières fèces filmiques destinées à réparer les horreurs de l'Histoire avec l'intelligence et la finesse d'un mauvais écrit du brevet d'histoire-géographie-enseignement moral et civique rédigé par un adolescent ayant tiré un trait sur l'obtention du DNB depuis la fin du CP. Autre louange : le main theme signé Morricone est cuisiné aux petits oignons. C'est tout pour le big up. Le premier plan du film est le plus agréable : pas d'acteurs, pas de dialogues, juste la musique d'Ennio Morricone. Dès que la carriole s'arrête, stoppée par Samuel L. Jackson, tout s'écroule. Tarantino retombe dans ses travers : dialogues surécrits, répliques d'une pauvreté terrible censées faire mouche, acteurs grimés à la truelle qui en font des caisses à coups d'accent juteux ou de chansonnettes "cool", effets de ralenti hideux, pseudo-tension aussitôt mutée en torpeur absolue, etc.




L'histoire se résume à une fusillade dans une auberge. Pourquoi ? Parce qu'un type veut libérer sa sœur. Ce qui donne à Channing Tatum l'occasion de ne pas briller, dans le pire rôle qui soit. Et pour gratiner cette triste affaire, Tarantino met en place un vague whodunit dont tout le monde se tape royalement. Peu importe qui a empoisonné le café, qui veut libérer Jennifer Jason Leigh... n'importe quel personnage pourrait crever à n'importe quel moment sans que cela nous fasse ni chaud ni froid tant ils sont dépourvus de toute histoire, de tout intérêt ou de toute qualité. D'ailleurs, quand Samuel L. Jackson se fait ratiboiser les burnes, on n'éprouve aucune forme de surprise, ou d'empathie pour lui, alors que Tarantino lui consacre la plupart de son temps. Notamment la grande scène du film, le moment de bravoure, le dialogue déjà culte avant d'avoir été écrit, qui ferait pitié même dans la bouche d'un collégien... après avoir fait un vague buzz de cinq minutes en cours de mathématiques. Ce moment accablant où le nordiste Jackson, pour pousser un vieil officier sudiste (Bruce Dern) à dégainer son arme et ainsi le tuer en tout légitimité, raconte à ce dernier comment il a forcé son fils à crapahuter tout nu et à sucer sa queue. Et tout ça dans un 70mm tout feu tout flamme qui ne sert rigoureusement à rien, surtout sur notre télé de poche.




Ce dialogue rejoint quelques autres lignes fameuses signées Tarantino ces dernières années, elles aussi dignes de la cour de récréation d'un collège en détresse : rappelez-vous de la longue conversation mythique entre Kill et Bill à la fin de Kill Bill à propos de cette prise de judo légendaire qui force l'adversaire à se chier dessus, et de ce débat insipide sur Batman et Superman. Pas de quoi se relever la nuit. Sans parler de Boulevard de la mort, et de toute l'anecdote autour d'une femme tombée connement dans un ravin... Ceci dit, avec sa longue tirade sur sa bite sucée par un type tout nu, Samuel Jackson tient peut-être le pompon... Ah si, autre point positif : on a beaucoup plus entendu parler du film avant sa sortie qu'après.


Les Huit Salopards de Quentin Tarantino avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Bruce Dern, Tim Roth et Michael Madsen (2016)

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