12 octobre 2015

Hors de prix

Je suis retombé sur ce film hier, diffusé sur France 2. C'était ça ou France-Danemark sur TF1. « Retombé », c’est bien le mot. Et plus dure fut la chute. Je me souviens avoir découvert Hors de prix en compagnie de mon acolyte à une époque où nous partagions les mêmes murs, les mêmes tomes de gruyère et, parfois, les mêmes dessous. Un jour, Félix a dû me dire quelque chose comme : « Mec ! j’ai pécho Hors de prix et ça m'a pas coûté cher. Avec Audrey Tautou ! Wow ! ». Le soir même, nous nous sommes lancés dans le film sans appréhension, avec confiance au contraire, munis du seul espoir de passer un chouette moment devant une comédie finaude et sympathique, réalisée par Pierre Salvadori, qui nous avait offert l’excellent Les Apprentis, portée par Gad Elmaleh, comique de métier, et potentiellement surélevée par les charmes d’Audrey Tatum. C’est typiquement le genre de soirée qu’on ne peut pas trop foirer, sur le papier. On avait tout pour se mettre bien.


La robe de Gad Elmaleh (si je me fie à l'affiche, c'est le nom de l'actrice) a changé de couleur entre le poster et le film, énième preuve qu'on ne peut se fier à rien.

Mais au bout de quoi, cinq secondes ? dix secondes ? un quart d’heure à tout casser ? pas longtemps en tout cas, je nous vois d’ici, on a dû se mater en chiens de faïence, se scanner mutuellement, avec des rayons X de haine dans chaque pupille, des kilo-tonnes d’amertume arrimés aux commissures des lèvres, et accessoirement un moribond dans chaque caleçon. Comment ne pas en vouloir à la terre entière face à un tel spectacle. Pour résumer : Audrey le Toum' joue une pute qui se vend aux vieillards pleins aux as les plus offrants. Gad Elmaleh, lui, joue un employé d’hôtel qui couche avec elle en se faisant passer pour un milliardaire. Tautou, dont le personnage est une vraie connasse, découvre finalement le pot aux roses et demande à Elmaleh de remballer le matos. Elmaleh justement, dont le personnage est un pur débile, se ruine ensuite pour tirer sa pute encore une ou deux fois. Sur la paille, il finit par devenir gigolo lui aussi. Tout en essayant de faire cracher leurs riches victimes au maximum, les deux prostitués jouent de connivence et finissent par tomber amoureux. Fin de l’histoire. Et jusqu’au bout du supplice, pas l’ombre d’une vanne. Aux côtés du vague atout charme Tautou*, Gad Elmaleh joue pieds et poings liés. On a l’impression qu’il s’est fait bodysnatcher, qu’il est incapable d’exprimer quoi que ce soit. Selon certaines sources proches du comédien, ce dernier était en communication, par voie d’oreillette, avec les ravisseurs de ses parents, qui l’insultaient en continu et lui demandaient une gigantesque rançon tout en lui disant de ne rien laisser paraître sous peine de tailler les crayons de son père et de buter son chien. Triste film quoi qu'il en soit, sorti au milieu de pas mal d’autres du même genre, qui semble nous dire : c’est la crise, tout tourne autour du pognon, tout chlingue autour de vous, et c’est pas ce soir que vous allez prendre votre pied.

* battue à plate couture, la même année, par Isabelle Carré dans Quatre étoiles, film tout aussi triste mais au moins réveillé, à intervalles réguliers, par un François Cluzet allumé. L'acteur, à l'époque, transportait de temps en temps de la cocaïne dans son tube digestif. Précision : il n'était pas passeur, c'était simplement le moyen "le plus pratique" (sic.) que Cluzet avait trouvé pour trimballer ses doses de tournage en tournage. Régulièrement, notre acteur était victime d'un éclatement de body pack. Aucun de ces accidents n'a eu la peau de François, coriace s'il en est, mais 100 grammes de drogue dure dispersés en une fraction de seconde et sans prévenir dans son corps eurent des effets visibles et spectaculaires sur son jeu d'acteur, contribuant largement à sa résurrection artistique (toutes ces informations sont disponibles sur la page wikipédia du comédien).


Hors de prix de Pierre Salvadori avec Gad Elmaleh et Audrey Tautou (2006)

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