12 août 2015

Pourquoi j'ai pas mangé mon père

Je me sens tout petit devant ma feuille blanche car j'ai aujourd'hui une mission impossible : vous parler de Pourquoi j'ai pas mangé mon père. La question devrait plutôt être Comment ce film a-t-il pu voir le jour ? Comment 30 millions d'euros, soit l'équivalent de toutes les réserves d'or de Fort Knox, ont pu être consacrés à la concrétisation d'un tel projet ? Et, surtout, comment peut-on, avec autant de moyens, réaliser un document audiovisuel aussi laid dans le fond et dans la forme ? Malgré son seul bras valide, Jamel réussit à nous agresser les yeux et les oreilles. Il faut vraiment remonter à loin pour retrouver une œuvre aussi moche, bruyante et autocentrée. Les producteurs ont sans doute cru que le public se dirait "Dieu que les français ont progressé en termes d'animation numérique. Il s'agit du premier film tourné en Europe utilisant intégralement la performance-capture. Nous talonnons les Américains !" Sauf que devant le résultat on se dit seulement : "Diable que c'est laid".


Jamel se fantasme en précurseur de l'humanité. Il prétend avoir inventé le feu alors qu'il vient peut-être de tuer le cinéma.

Il sera difficile de regarder Jamel comme avant. Jusque-là, il faisait partie du décor, il parvenait à limiter son bagout juste ce qu'il faut, dans un numéro d'équilibriste assez adroit. Sa présence médiatique était épuisante mais mesurée. Il avait déjà été embarqué dans des merdes historiques, comme Angel-A, ses spectacles, pour rester gentil, n'ont jamais été très folichons, ses interventions télévisuelles, parfois drôles, sont toujours des plus consensuelles, mais Jamel s'était bien abstenu jusque-là de prendre un si grand risque en se lançant dans une telle entreprise dont il serait le seul responsable. Nous saluons cette audace, nous pouvons même reconnaître une certaine originalité dans cette démarche incroyable qui consiste, pour un acteur ultra populaire, à passer derrière la caméra, mais nous avons vraiment cru mourir devant le résultat.


 La main droite de Jamel n'est peut-être pas si amochée que ça...

Jamel signe ici son Tree of Life. Il nous raconte une version préhistorique et édulcorée de sa propre vie, celle que l'on connaît tous par cœur parce qu'il nous la ressort plus ou moins mise à jour à chacun de ses spectacles. Il s'attribue le beau rôle en passant pour le malin de la bande, tant mieux pour lui si cela flatte son égo. Omniprésent à l'image, Jamel est aussi survolté derrière son micro, ne faisant que hurler ses dialogues minables, éructer ses onomatopées ridicules et ses tics de langages fatigants rabâchés depuis ses premiers pas sur Canal. Il offre même un rôle à sa compagne, Melissa Theuriau, qui incarne Lucy, la première femme de l'humanité, rien que ça, et surtout la plus désirable. Luxe ultime, Jamel se paye Louis de Funès, qu'il n'a pas peur de faire revivre le temps d'une ou deux scènes ridicules grâce à un logiciel soi-disant capable de reproduire la voix du célèbre comédien français. Des mois de travail et un pognon fou pour une énième satisfaction personnelle qui tombe complètement à l'eau. Il faut une patience surhumaine ou un flingue braqué sur la tempe pour aller jusqu'au bout de son délire mégalo. Ce film jamais drôle et d'une laideur inouïe est un enchainement de clins d’œil et d'autoréférences lourdingues qui n'en finissent pas d'agacer, surtout quand l'accompagnement musical, d'une originalité à toute épreuve, vient en rajouter une couche en surlignant le trait déjà terriblement grossier de l'histoire qui nous est contée. 


Le film est hideux et répugnant à plus d'un titre.

Ce film ressemble à un don du sang qui aurait mal tourné. Au lieu de 500ml, on m'aurait pris mes 5L, me laissant exsangue, chaos couché, songeur face à la lumière blanche au bout du tunnel. J'ai regardé ce film cet été et jusque-là mes vacances se déroulaient à merveille, elles pouvaient être qualifiées d'idylliques. Il y a eu un avant et un après. Pendant mon sommeil me reviennent des flashs jaune pisse, vert pomme et marron merde, les couleurs dominantes de ce film d'animation. Une pensée pour les 3 millions de spectateurs que je considère comme les cobayes victimes d'une expérience étudiant les limites de la tolérance à la laideur dans tout ce qu'elle peut avoir d'auditif et de visuel.


Pourquoi j'ai pas mangé mon père de Jamel Debbouze avec Jamel Debbouze, Mélissa Theuriau, Arié Elmaleh (2015)

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