1 mars 2016

Spotlight

Vu. Pire début d’article possible. Mais c’est un peu le sentiment qui domine au moment de causer du film. Si cette critique dépasse le paragraphe d’intro, je serai sur le cul. C’est aussi ça la liberté de la presse, et le film en fait suffisamment l’éloge pour qu’on se le permette sans se sentir coupable. Tant mieux, parce qu’il n’y a pas masses de trucs à dire sur Spotlight, qui est aussi neutre que propre. Clean sheet. C’est un film d’enquête journalistique dans la veine des Hommes du président, bien ficelé, sans fioritures, qui va droit au but avec énergie et efficacité. Ca sent la vieille recette (d’ailleurs les décors et les costumes sont ceux d’un film des années 70 alors que ça se déroule au début des années 2000), mais c’est souvent dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs keftas. Que dire d’autre ? Le sujet peut-être ? Spotlight raconte l’histoire de Spotlight. Il s’agit, pour être plus précis, d’un petit groupe de journalistes, un cabinet d’investigation au sein du Boston Globe, qui, sous l’impulsion d’un nouveau directeur (le baryton Liev Schreiber, monolithique, beau gosse), enquête sur une histoire de pédophilie dans le diocèse de Boston et met au jour l’ampleur d’un phénomène à grande échelle. Le film accomplit sa mission avec les honneurs : il nous en apprend de bien bonnes.


Mark Ruffalo déploie toute une gestuelle pour attirer l'attention sur lui, y compris dans 
les scènes où il n'a rien à foutre là.

Verset 2 (je suis scié) : Il faut préciser que le film est certes sobre, et qu’on n’y trouve pas beaucoup de cinoche (pas beaucoup plus disons, sinon moins, que dans les précédentes réalisations de Tom McCarthy : The Visitor ou Les Winners), mais que c’est déjà pas mal de s’en tirer avec un truc droit dans ses bottes et rondement mené. 2h08 et on reste scotché de bout en bout grâce à un scénario qui file, aride, à la limite de l’austérité. Or ça devient agréable, par les temps qui courent, de voir un film hollywoodien qui reste concentré sur ce qu’il a à raconter (l’enquête en question et le boulot de journaliste de façon plus générale), sans tomber dans le pathos en allant s’attarder lourdement sur le témoignage des victimes ou sur les états d’âmes des enquêteurs. Le film a la bonne idée de ne pas virer au vieux déballage psychologique, et évite constamment de rajouter du drame au drame. Les acteurs restent aussi à leur place (même si Mark Ruffalo se la raconte pas mal entre une McAdams et un Keaton venus sagement travailler). Le travail sur les personnages est une autre qualité du film : pas de grande figure du bien ou du mal, pas de vilain intégral jeté en pâture au public, comme c'est de rigueur dans les habituelles daubes hollywoodiennes (alors que le sujet, 70 prêtres pédophiles couverts par un cardinal, s'y prêtait). Aucune figure simpliste, ni l'avocat véreux qui semble couvrir les curetons, ni le seul prêtre pédophile croisé par l'enquêtrice de la bande. Et, alors que pendant tout le film on se demande qui dans l'équipe a merdé vingt ans plus tôt en ne révélant pas le pot aux roses clés en main, la résolution de cette énigme n'est pas un prétexte pour jeter l'anathème sur un salop planqué sous un costume de héros, c'est bien plus simple et plus complexe à la fois.


 Ce con de Liev Schreiber joue enfin un type bien.

On pourrait facilement reprocher au film de se tenir un peu trop planté sur ses marques et de manquer d'ampleur, mais on préfère louer, sur un scénario pareil, qui appelle le défilé de grands acteurs rivalisant de hardiesse sur fond de grands sentiments, la petite mécanique bien huilée, modeste et sans gras mise en place par Tom McCarthy, qui ne donne pas dans le neuf sans non plus tomber dans l'hommage poussiéreux. Tout cela fait de Spotlight un honnête lauréat des Oscars 2016, un rien téléphoné et un peu plat mais loin de toute esbroufe ou de toute pseudo-performance pompeuse (suivez notre regard).


Spotlight de Tom McCarthy avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams et Liev Schreiber (2015)

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