23 février 2016

Dead Birds

Voilà un film d'horreur que j'aurais adoré vous recommander, car il est beaucoup plus aimable que la plupart des saloperies qui sortent aujourd'hui. La belle ambition de son auteur pourrait nous faire pardonner beaucoup de ses quelques maladresses. Hélas, force est de reconnaître que son étonnante mixture, mêlant le western rugueux au film de maison hantée minimaliste, ne tient pas la longueur et a fini par me perdre lâchement en cours de route. Tout commence pourtant parfaitement bien. Nous sommes immédiatement plongés en plein dans l'Ouest américain de la guerre civile. Un soleil de plomb écrase une petite ville misérable où le temps semble suspendu. Une bande de déserteurs arrivent. Ils préparent quelque chose : le braquage de la banque. Quelques plans particulièrement sanguinolents lors dudit braquage nous rappellent que nous ne sommes pas devant un banal western. Une fois le magot récupéré, notre bande de voleurs a un plan : passer la nuit dans une grande baraque abandonnée, surplombant une immense plantation en friche, avant de fuir pour le Mexique à l'aube. Mais cette baraque s’avérera être un abri bien peu reposant pour eux...





Après avoir commencé comme un western très sec, Dead Birds prend alors la tournure d'un pur film de trouille s'appuyant principalement sur l'ambiance que le réalisateur développe lentement. La tension naît d'abord des luttes intestines qui pourrissent les relations entre les différents hommes. Le doute s'installe au sujet du partage du butin et de sa surveillance durant la nuit. Un ancien esclave noir est pris pour cible par le plus obtus de ses compagnons d'infortune, campé par le toujours impeccable Michael Shannon, l'acteur fétiche de Jeff Nichols. La légitimité du leader de la bande (joué par Henry Thomas, le gamin d'E.T.) est contestée, ce dernier ne supporte plus sa culpabilité et les morts laissés derrière lui pour quelques sous, tandis que la seule femme du lot attire toutes les convoitises. A cela s'ajoutent les phénomènes et apparitions inexplicables dont sont témoins les personnages dans la maison. Et c'est malheureusement dans ce registre que le réalisateur, Alex Turner, s'en tire le moins bien. Si sa patience et le soin apporté à ses personnages s'avèrent payant dans le versant psychologique de son film d'angoisse et participe activement à faire grimper la tension, sa mise en scène dévoile ses tristes limites lorsqu'il s'agit de rompre avec la pure suggestion. C'est dommage, car son film ne manque pas d'intriguer et déploie une vraie atmosphère, lourde et incertaine, qui maintient durant longtemps l'attention. Celle-ci naît du rythme nonchalant mis en place par le réalisateur mais aussi par ces drôles de plans quasi systématiquement choisis pour filmer son gang de voleurs dès les premières minutes du film : des plans toujours légèrement inclinés, en contre-plongée, qui font que les acteurs apparaissent souvent avec un vide qui les écrase, les domine. Ils semblent immédiatement coincés, quelque part entre la vie et la mort, rongés par leur culpabilité et l'absence totale d'espoir. Leur sort paraît déjà jeté. Ce choix très étrange et déstabilisant confère au film une vraie singularité, et contribue donc grandement à ce qui fait son prix : son atmosphère pesante, lugubre.





On aurait donc sacrément aimé voir l'essai être totalement transformé et croire en l'existence d'un cinéaste doué et spécialiste du genre, jusque-là inconnu. Las, comme s'il avait peur du surplace, le scénario se disperse progressivement, levant laborieusement le voile sur une histoire de magie noire et de livre maudit qui pourrait être sympathique, en ce qu'elle rappelle de loin les écrits de Lovecraft, mais qui fait perdre au film tout son impact. On aurait largement préféré que Dead Birds se concentre sur son ambiance, sur cette terreur psychologique et suggestive qu'il parvient à créer avec brio et trois fois rien dans sa première partie, plutôt qu'il ne s'éparpille dans une intrigue sans queue ni tête, justifiant des scènes plus brutales et visuelles généralement ratées. Le film aurait largement gagné à être plus conceptuel et mystérieux, à abandonner son scénario boiteux, à préférer le silence morbide au grand déballage idiot. Une pirouette finale ne suffira pas à sauver les meubles et s'avérera même d'autant plus frustrante étant donné qu'elle ne fait pas vraiment sens avec les secrets découverts dans la baraque, mais aurait pu mieux s'incruster dans une intrigue purement cérébrale, où le but du jeu aurait simplement été de croire ou non dans les visions des personnages, en ayant la pétoche avec eux tout du long. Reste quelques belles idées, des images fortes (ce manoir perdu derrière cette plantation pourrie, cet épouvantail menaçant...) et le goût d'une atmosphère bien poisseuse, dans un humble mélange qui apparaît longtemps comme harmonieux et bien vu. Bien qu'il soit donc loin d'être vraiment réussi, Dead Birds encourage à continuer de fouiller du côté de l'horreur indépendante américaine, plutôt que de s'infliger ces films sans âme pour adolescents, qui se produisent à la chaîne.


Dead Birds d'Alex Turner avec Henry Thomas, Isaiah Washington et Michael Shannon (2005)

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