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30 septembre 2011

Spider-Man 2

Comme annoncé précédemment, nous laissons à nouveau la parole à notre invité de choix, j'ai nommé Arnaud, le rédacteur inspiré du toujours surprenant blog ciné Donc Acte !. Voici la suite de sa critique fleuve des Spider-Man de Sam Raimi !

Dr. Octopus (Alfred Molina) est victime de ses bras qui sont animés par une source d'énergie inépuisable et gratuite. Son opération rate dans les grandes largeurs. Il y perd sa femme. Il est sujet à la tristesse nostalgique, la colère et la vengeance. Il n'a plus de raison d'être. Les bras munis d'intelligence artificielle lui soufflent de mauvaises idées. Ils veulent retrouver leur fonction première. Doc Ock est un vilain romantique qui veut reproduire son expérience afin de réparer les dégâts passés. Spidy, de son côté, sauve des enfants en livrant des pizzas et sort d'un placard à balais au 42ème étage d'un building (il faut connaître New York pour que cela soit plausible). Il court après Mary-Jane Watson qui se fiance à un autre. Harry (James Franco), le fils d'Osborn, pote de Peter Parker, en veut à mort à Spidy d'avoir tué son père. Il veut donc découvrir l'identité de l'homme araignée.




Par respect pour le second opus que j'aime beaucoup, je me suis attardé à écrire un paragraphe sur le bêtisier du film. Dans ce bonus DVD, Ted Raimi, qui ne sait pas comment son frère cadre, s'échine à plier son corps en deux pour que son torse parvienne à hauteur de ceinture et reste à ce niveau. D'ailleurs, j'ai remarqué que Ted entre et ressort régulièrement du champ ; le studio devait en avoir marre de supporter le népotisme Raimien à tel point que Ted prétendait n'être sur le plateau qu'en spectateur plié en deux. Mon grand plaisir vient surtout du fait que Sam a reçu mes lettres de plaintes concernant le choix de Tobey Maguire après le premier opus. Il a essayé de remplir ma requête. Sam est parfois sympathique. Il s'est donné un rôle dans le film sous prétexte de caméo hitchcockien. Lorsque Peter ramasse ses livres par terre, Sam passe derrière lui et lui met un gros coup de sac-à-dos sur la tête. Il essaie même de lui arracher la tête avec la sangle. Échec pour une tentative d'assassinat qui est devenue une farce de tournage. Sniff.


Spider-Man 2 de Sam Raimi avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Alfred Molina et James Franco (2004)

29 septembre 2011

Hulk

Je n'ai pas prévu de parler de ce Hulk réalisé par Ang Lee, qui est, on est tous d'accord, l'un des films les plus laids et les plus bêtes de ces dix dernières années. Chaque plan est un gag. Chaque réplique est une insulte à l'intelligence de celui qui la dit et de ceux qui l'entendent. Chaque effet spécial est un tract contre le numérique, bref. Mais je me posais juste une question : quand Bruce Banner devient Hulk, il grossit énormément, sa musculature enfle et se démultiplie au point qu'il mesure soudain quatre mètres de haut sur deux mètres de large, chausse tout-à-trac du 78 et s'enorgueillit d'avoir des poignets de la taille de mes cuisses, pas de big up dans son cerveau mais ça il s'en tape, ce qui compte c'est que ses muscles démultipliés auront désormais raison de ceux qui l'embêtent, aussi tous ses vêtements se déchirent et éclatent sous l'impulsion de cet élargissement corporel massif, SAUF son haut de pantalon. Est-ce à dire que le corps du personnage grossit et forcit de pied en cap puissance 10 à l'exception de son zigouigoui ? Si tel est le cas, je comprends mieux l'énervement permanent et le caractère de cochon dudit Hulk.




Hulk d'Ang Lee avec Eric Bana, Jennifer Connelly et Nick Nolte (2003)

28 septembre 2011

Spider-Man

Dans le cadre de notre dossier spécial super-héros, nous avons demandé à l'insaisissable Arnaud, du super-blog Donc Acte !, de traiter le film de son choix, avec sa plume légendaire. Il n'a pas fait ça à moitié puisqu'il s'est emparé à bras-le-corps du cas Spider-Man ! Voici donc le premier volet d'une série d'articles signés par notre très cher confrère :

Réalisateur des trois Evil Dead, de Darkman, de Mort sur le grill et de Mort ou vif, Sam Raimi, qui ne s'était jamais coiffé de sa vie, a sorti le costard pour faire propre sur les tournages des trois Spider-Man. Il voulait être pris en compte par les executives des studios Marvel et Sony pour faire partie de la promotion des films. Auparavant, Sam Raimi était un boucher du cinématographe. Il traînait sur les plateaux en t-shirt, baskets et jean, taché de sang des pieds à la tête ; il aurait pu être confondu avec Ed Gein si ses frères (Ted et Ivan) ne lui avaient pas rappelé qu'il avait une famille à charge (eux) et qu'il valait mieux faire des films gores que planquer des cadavres de femmes sous son lit. Fan de comics, de télé, et déjanté, Sam a mis l'horreur au goût de Tex Avery dans une série de films excités exposant tripes, sueur et cris gutturaux. Sa caméra manquait de peu d'éborgner les acteurs et se perdait souvent toute seule en forêt sur une moto lors d'une pause pipi d'un de ses frangins qui la conduisait. Sam traitait avec passion des thèmes de l'isolement, de forces spirituelles néfastes, d'aliénation poussant au massacre, de découpage de bien-aimées, de sexe avec la nature, de duels en lunettes noires, de Liam Neeson recouvert de bandages, de Bruce Campbell en frimeur se vantant de ses mérites de tueur de démons au supermarché où il travaille et de népotisme. Mais, Sam avait des ambitions. Il voulait filmer Spider-Man ou quelque chose comme ça.



Depuis le milieu des 1990's, Sam a donc tourné trois œuvres pour des spectateurs sains d'esprit et produit deux séries télévisées pour se laver de son infamie des 1980's. Ainsi naquirent un film de base-ball avec Kevin Costner (qui reste 2h15 sur un monticule pour nous expliquer en flash-back comment il est arrivé là depuis le banc de touche), Xena, Hercule, The Gift et Un Plan simple. Ayant prouvé qu'il était bankable et capable de faire croire que Keanu Reeves avait des talents d'acteur, Sam a été choisi par Sony à qui il a donné son nom complet Samuel Marshall Raimi pour signer la trilogie Spider-Man.

David Koaaaap, le boy de Spielby, son go-to-guy (son type chez qui aller), qui lui fait le ménage, sort les enfants, signe les papiers de divorce, fait le tri dans les idées pourries du grabataire tonton et détruit Indiana Jones au passage a été drafté pour signer le script d'un premier opus bancal. Kirsten Dunst, pour son parfait minois de fille d'à côté qu'on rêve tous d'avoir, Vern Schillinger de la série OZ, pour son expérience de l'autoritarisme, et Willem Dafoe pour son sourire plein de dents de cannibale, sont de la partie. Il ne manquait qu'une paire de faux adolescents ayant été adolescent ou ayant joué un adolescent : Tobey Maguire allait nous imprimer sur pellicule sa sale tronche de merde (son expressif air de niais écarquillant ses yeux mouillés, souriant pour dévoiler son énorme pif au bout tout rond, laissant ses oreilles remplir les bordures du cadre cinémascope, traînant sa voix pénible et plaintive, rentrant la tête dans les épaules et ces dernières dans le corps, se tenant les bras longés contre son buste comme s'il prenait trop d'espace) et fut choisi pour incarner l'homme-araignée entre deux longs métrages tournés avec des chevaux ; quant à James Franco, il n'avait rien de mieux à faire. Alvin Sargent a signé un impeccable second script grâce à un superbe vilain, nommé Doc Ock (Alfred Molina) pour les intimes. Sam s'est chargé avec son tâcheron de grand frangin impérialiste Ivan le terrible Raimi et Alvin Sargent de plomber la série avec un troisième opus budgété pour des gosses qui n'en ont pas redemandé depuis.



Le premier opus traite du cas de Spidy de superbe façon. Il est opposé au bouffon vert. Les films de super-héros ont besoin d'un super-vilain ; la qualité de l'ouvrage en dépend. Dans Spider-Man, Spider-Man est évidement la superstar. Son évolution est réussie (faut-il supporter le faciès de Maguire). L'emphase est totale envers Parker. Malheureusement, la schizophrénie de Osborn est sacrifiée aux convenances du calendrier de l'homme araignée. Sur la première demi-heure, les traitements alternant les parcours de l'adolescent studieux et du scientifique poussé à bout se valent jusqu'à ce que l'évolution de Peter Parker soit privilégiée. Le bouffon vert reste alors en attente, comme s'il attendait que Spider-Man soit à la hauteur pour l'affronter. Une profonde bêtise et de nombreuses incohérences s'ensuivent :

  1. La schizophrénie du bouffon vert aurait pu donner lieu à des attaques plus violentes et imprévisibles. Cette psychose aurait pu créer une formation intéressante lors d'un combat pour un Spider-Man encore tendre.
  2. Le bouffon vert tente pitoyablement de corrompre Peter en se la jouant cool et fun sur un toit de New York. Ils ont apparemment élevé les cochons ensemble. Bouffy raconte à Spidy que les peuples brûlent leurs idoles. C'est son seul argument. Bouffy compte sur la peur d'un vaillant héros pour le faire tomber. C'est pas brillant. Bouffon vert est le pauvre pendant de Jekyll & Hyde façon combinaison verte mouleboule dont le masque tient sur un haut de fauteuil et il est le versant couillon du riche scientifique qui l'a vu naître.
  3. Pour représenter sa folie, Willem Dafoe parle à un fauteuil. Même Abel Ferrara, David Cronenberg, Alan Parker et Lars von Trier ne lui ont pas demandé chose aussi étrange en tant qu'acteur.
  4. D'où sort Bouffy dans le building en feu ? Comment savait-il que Spidy passerait par là ?
  5. Le repas de Thanksgiving est une farce : Peter, nerd qui passe son temps le nez dans les bouquins, annoncé futur prodige en science, ne comprend pas la réaction d'Osborn quand il voit la coupure sur son bras. Réaction qui dévoile pourtant totalement l'identité de Bouffy à Spidy... mais, heureusement pour Bouffy/Osborn/Dafoe, il faut que sa tante soit attaquée pour que Parker comprenne que le bouffon vert connait son identité, même s'il ne fait pas le raccord neuronal pour soupçonner Osborn d'être le méchant.
  6. La fin : Bouffy tient une nacelle remplie d'enfants dans une main et Mary-Jane Watson dans l'autre. Il propose un choix idiot pour corrompre Spidy en comptant sur l'échec de sauvetage d'un des deux partis lâchés qu'il tient à deux mètres de distance l'un de l'autre. Là où Nolan dans The Dark Knight mettait Batman face à un tel choix (Harvey Dent et l'ex de Bruce Wayne), le joker avait l'intelligence de mettre quelques kilomètres entre les deux points où ils étaient retenus captifs. Spidy, qui tire des toiles d'araignée de ses poignets, sauve donc les enfants et son amour secret.

Ce premier opus manque cruellement d'un bon méchant. Dans Spider-Man 2 l'équipe du film a travaillé à l'élaboration d'un sublime vilain, comme nous le verrons dans un prochain article !


Spider-Man de Sam Raimi avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst et Willem Dafoe (2002)

27 septembre 2011

Catwoman

Quand nous est venue l'idée de parler de ce film dans le cadre de la semaine thématique sur les films de super-héros, nous nous sommes pris de pitié pour Pitof. A quoi bon envoyer un énième moko sur cet homme qui en est déjà recouvert ? Il reste peut-être un spot sur son corps qui ne soit pas totalement enduit de merde et est-ce bien utile de lui assurer une résistance totale aux UVs ? Pitof avait déjà testé la lapidation en France avec Vidocq et ce con est allé voir quel goût avaient les pierres aux États-Unis d'Amérique en s'expatriant au pays de la liberté pour y exprimer son talent de surdoué des effets-spéciaux. Il n'y a rencontré qu'un nouveau caillassage en règle. Certainement que Pitof s'est reconverti dans le bâtiment, lui qui a reçu tant de parpaings dans la face, ou bien est-ce lui qui incarne La Chose, ce gigantesque amas de morve, dans Les 4 fantastiques, autre film de super-héros minable ?


Catwoman de Pitof avec Halle Berry, Sharon Stone, Benjamin Bratt et Lambert Wilson (2004)

26 septembre 2011

Batman Begins

Nônon Cocouan se joint à moi pour vous parler du premier volet de la nouvelle trilogie Batman signée Christopher Nolan, le directeur du fond monétaire hollywoodien.

Un jour viendra, dans plusieurs années, où des gens, les quelques chanceux qui seront passés à travers les gouttes, ou ceux qui seront tout simplement nés après la bataille, auront envie de combler leurs éventuelles lacunes cinéphiliques en voyant ce film, aguichés par Christian Bale dans le rôle titre, acteur charismatique et très doué qui monte en flèche en ce moment et atteindra peut-être, qui sait, des sommets dans quelques années. Mais ce sera sans compter sur la présence derrière la caméra de Christopher Nolan, l'homme qui a calfeutré la légende de Batman sous une chape de plomb, l'homme qui a donné le premier rôle le plus creux qui soit au pourtant excellent Christian Bale, l'homme qui a réalisé cette purge inégalable nommée Inception, bref le cinéaste le plus chiant, le plus sérieux, le plus plat, le plus ennuyeux et le plus surcoté du marché.



La première heure du film se focalise sur l'avant-Batman. Dès le départ Nolan (qu'on est tenté de prononcer "nullard") creuse donc sa propre tombe puisqu'il décide de se lâcher allègrement sur les raisons de la psychologie perturbée de Bruce Wayne. Cette psychologie d'une richesse à se taper la tête contre les murs, Timur Burton, auteur du tout premier Batman, nous l'avait pourtant déjà bien expliquée dans ses opus précédents (les parents plein aux as de Bruce Wayne, à ne pas confondre avec John, ont été assassinés par un voyou pour une paire de Ray-ban et c'est à cause de criminels démunis et trépanés que le personnage est devenu orphelin, donc la criminalité c'est mal et il faut la combattre en arborant un collant noir et un masque à petites oreilles). Burton avait même ajouté à cela quelques petits trucs intéressants sur l'identité, les origines du personnage et compagnie. Wayne veut donc se venger, ou plutôt faire régner la justice. Mais ça ne suffit pas pour Nolan, forcément. Le nouveau petit maître d'Hollywood fait son "Begins", il faut bien qu'il trouve des choses à mettre dans son reboot pour qu'il ne sente pas complètement le réchauffé. Du coup notre homme rajoute des tas de couches bien épaisses sur les traumatismes de Bruce à grands renforts de flash-back miteux (le pauvre gosse est tombé dans un puits de dix mètres de profondeur plein de chauves-souris, depuis il a peur des chauves-souris, et c'est à cause de ça qu'il chope les foies devant une pièce de théâtre avec des chauves-souris, qu'il demande donc à sortir de la salle, là ses parents sont tués, et à cause de tout ça il devient "Le" Batman, l'homme chauve-souris. Eurf). Peut-être que cette histoire, avec tous ses liens de cause à effet lourdingues, était déjà dans le comics, sauf que Christobal Nolan, bien conscient de nous servir là une soupe infâme à laquelle on a déjà goutée, se dit qu'il faut de toute façon rajouter des ingrédients. Il en fait donc des caisses dans le pathos et présente tout ça dans un vague désordre, histoire de nous faire croire qu'il est un grand cinéaste moderne qui met en place des récits complexes et que tout ce qu'il nous dégueule est inédit. Alors que concrètement on a droit à quoi ? A un Bruce Wayne tiré d'une prison type goulag et recueilli par une sorte de sage mystique guerrier (Liam Neeson) qui va le traîner en haut d'une montagne enneigée pour lui apprendre le kung-fu, lui enseigner à dépasser sa peur et sa colère pour faire régner la justice, le tout à grands coups de petites sentences philosophico-dogmatico-pragmatiques mêlant les préceptes de Mahatma Gandhi à ceux de Rocky 4. Le résultat n'est jamais qu'un amalgame foireux, long et chiant entre Star Wars et Karaté Kid.



La suite est un poil mieux (relativement à cette interminable introduction crétine à souhait), c'est-à-dire le moment où Bruce Wayne retourne au bercail, y retrouve sa vieille tante aveugle nommée Alfred (Michael Caine) et le black à moustaches qui lui fabrique ses gadgets (Morgan Freeman). Pas de quoi se taper le cul par terre non plus : les petites piques amicales entre vieux de la vieille et la présentation d'armes secrètes et discrètes façon James Bond, on a déjà vu ça 1000 fois. En prime Nolan ne fait malheureusement pas l'économie de personnages clichés et de petites répliques très connes répétées comme si elles étaient géniales (au début la fille, Katie Holmes - Nolan a le génie du casting, y'a pas à dire - lance à Bruce : "Ce n'est pas ton for intérieur qui compte, mais tes actions", et Batman répète cet enchaînement de mots compte simple au scrabble à la même fille à la fin du film, ce qui fait toujours son petit effet, pour lui faire piger qu'il vaut le coup et qu'il est das Batman). Quant au méchant (toujours Liam Neeson, qui s'est retourné contre son apprenti afin que ce dernier doive tuer le père dans une réécriture de Freud à se tailler les veines), il est ni plus ni moins pitoyable. C'est une chose que de vouloir lui attribuer des mobiles un peu plus originaux que le simple fait d'être salop gratuitement et pour entasser du blé, comme c'est souvent de rigueur dans les comic books, mais encore faut-il avoir une bonne idée à la place, et non pas ce truc ridicule du super-vilain qui veut faire régner la justice à coup de kärcher au prétexte qu'une ville vérolée doit subir la politique de la crème brûlée : cramer tout le monde et repartir de zéro sur des cendres. Ce mobile vieux comme le monde lui tient à cœur à notre gros vilain, censé être une sorte d'immortel à la Highlander vivant depuis des millénaires (et pour le coup incarné par un acteur jadis brillant mais aujourd'hui en lambeaux), qui avait déjà pratiqué cette politique de la table-rase à Londres, ravageant la ville par la peste et trouvant ça génial. L'idée n'est pas forcément inintéressante (encore que facile, comme ça l'est souvent lorsqu'il s'agit de convoquer des faits historiques pour donner une pseudo-épaisseur à un personnage) mais il aurait fallu écrire des dialogues un poil plus intelligents et composer un personnage de méchant légèrement plus consistant pour que tout ça ne se résume pas à une grosse boutade qui n'aboutit à rien, sinon à beaucoup de bruit pour rien.



Enfin bref, on ne peut même pas dire que "ça se mate d'un œil", car en fait ça ne se mate pas sans pioncer comme une souche. Et puis c'est globalement si risible... Enfin non, justement, on aimerait que ce soit "risible", au moins on pourrait se marrer un peu, parce qu'encore une fois Nolan est désespérément dépourvu d'humour ou de distance vis-à-vis de son triste sujet et fait preuve d'un sérieux assommant. Why so serious, Nolan ? Il se prend terriblement au sérieux alors que son film est loin d'avoir assez d'envergure pour ça. Idem pour Memento ou Inception, qui se croient géniaux. Autant de films qui auraient pu être bons et qui, sous l'égide de cet incapable, sont devenus de terribles saloperies. Et le pire c'est que Nolan est si sérieux et prétentieux qu'il a voulu rejouer le mythe cinématographique de Batman en mode mineur, sur un ton sérieux et sombre, dark en un mot... Il n'est apparemment pas au courant qu'il a les deux pieds dans un phénomène de mode pathétique qui consiste à essayer de revaloriser ce type de films en leur donnant une dimension soi-disant sombre, et qu'il va falloir faire un petit effort pour sortir vraiment du lot. Nolan est comme un gland alors qu'il avait tout dans son cabas : une sujet "fort" (Batman...) qui a déjà prouvé qu'il fonctionnait et qu'il pouvait générer un univers particulier et complexe ouvrant à tout l'imaginaire possible. Il a des montagnes de fric pour le faire, des petites mains qui vont bien, les acteurs qu'il veut (même si à Bale, Freeman et Caine s'opposent Katie Holmes et Cillian Murphy, le blanc-d'œuf humain), eh bien non, même avec tout ça il n'est pas foutu de pondre un film qui aurait un minimum de gueule. La fin de l'histoire est un enchaînement de conneries scénaristiques et d'action gonflante, qui conclue le film de la pire des façons, en fait un bel amas d'inepties et de foutage de gueule et ouvre idéalement vers le second opus, moins minable d'un point de vue narratif mais qui s'avère être un film assez infect : The Dark Knight.



Une petite remarque, pour terminer. Christian Bale a la particularité physique d'avoir une bouche très spéciale, il zozotte pratiquement, il a la lèvre supérieure qui redescend sur ses dents de devant et la lèvre inférieure qui rentre sous ces mêmes dents quand il parle, comme une sorte de lapin dégénéré, sauf son respect, et c'est un signe distinctif évident. Si on nous montrait un panel de plans serrés sur la bouche de tous les acteurs américains en vogue en train de déblatérer, on reconnaîtrait Bale Christian en premier et en un battement de cil. Or on ne voit que la bouche du Batman à cause de son masque, mais rien qu'en regardant sa bouche n'importe quel personnage qui connaît aussi Bruce Wayne devrait pouvoir deviner illico que c'est lui Batman, or les personnages font semblant de ne rien voir, et c'est d'un agaçant... Qu'on ne reconnaisse pas Superman en Clark Kent, ok, même si c'est le seul type à Metropolis de plus de trois mètres de haut et qui fait "TCHLONG" quand on lui tape sur l'épaule, mais là... Quitte à tenter de griller un acteur pour jouer ce rôle absolument creux, sans intérêt, lisse et chiant, il aurait fallu prendre un type qui n'a pas une bouche si facilement identifiable... Le trimard cache toute sa tronche pour pas qu'on le reconnaisse sauf sa bouche mais il possède le seul double-bec de lièvre de toute la ville ! C'est comme si Maiwenn jouait une super-héroïne au visage masqué mais à la bouche apparente, on aurait du mal à croire les personnages qui ne feraient pas le lien avec elle une fois écartée l'hypothèse de la bête du Gévaudan.


Batman Begins de Christopher Nolan avec Christian Bale, Liam Neeson, Morgan Freeman, Michael Caine, Katie Holmes et Cillian Murphy (2005)

23 septembre 2011

Hesher

Avant-propos crucial ! Ce film a été tourné il y a deux ans, il nous propose en tête d'affiche deux ex-enfants stars, dorénavant acteurs dans le vent : Joseph Gordon-Levitt et Natalie Portman, qui ont tous deux soufflé leur 30ème bougie récemment. Le premier, notamment grâce au carton d'Inception, est une star montante dont le faciès (mais pas la carrure vu qu'il est taillé comme une arbalète) permet à certaines demoiselles nostalgiques de ne plus autant regretter la disparition prématurée d'Heath Ledger. Quant à Natalie Portman, on ne la présente plus ! Elle est depuis longtemps une starlette de premier plan, mais ce n'est que depuis peu qu'elle a connu la consécration du petit monde sclérosé du cinéma grâce à sa prestation il est vrai remarquable dans Black Swan. Ces deux acteurs pourraient donc aisément permettre à ce film de connaître une sortie en fanfares. Et pourtant !



Hesher est sorti outre-Atlantique début mai, sans bruit, dans l'anonymat le plus complet. Et dans notre cher et beau pays, aucune date de diffusion n'est encore prévue. J'ai deux hypothèses. Soit tout ça est finement calculé, complètement fait exprès, il s'agirait d'une sorte de non-marketing pratiqué avec le vain espoir que Hesher gagne progressivement un statut enviable de petit film indé obscur et donc forcément culte, en misant tout sur le bouche-à-oreille. Culotté et risqué, mais pourquoi pas ! Autre hypothèse : il existerait un type, petit scribouillard indie, obstiné et convaincu, qui se serait fixé comme objectif de nuire à la reconnaissance de ce film. Un type qui s'opposerait corps et âme au succès que pourrait éventuellement rencontrer Hesher. Un grain de sable qui vient ruiner une petite mécanique d'ordinaire si bien huilée. J'ai vu Hesher, par un réseau de distribution alternatif et totalement gratuit, car ce sont les seuls qui permettent à l'heure actuelle de mettre la main dessus, et je ne vous cache pas que j'ai une nette préférence pour ma deuxième hypothèse. Elle est un peu plus farfelue, certes, mais ce genre de type, altruiste car soucieux qu'aucun de ses semblables ne s'inflige un tel film, ça pourrait tout à fait être moi. Alors j'ose espérer !



Hesher nous raconte les mésaventures d'un petit garçon blondinet (Macaulay Culkin) au caractère bien trempé qui vient de perdre sa maman dans un accident de voiture tragique (elle avait raté son avion). Son père (incarné par Dwight de The Office) n'arrive plus à remonter la pente depuis et la petite famille a élu refuge chez la grand-mère. Le garçon rencontre alors Hesher (Joseph Gordon-Levitt), un personnage hors norme. D'abord par son physique et son allure : aussi solitaire que perché, Hesher se trimballe toujours torse nue, voire en slibard kangourou dégueulasse, il arbore des tatouages débiles sur le torse et fait balancer ses cheveux longs et gras avec la grâce d'un orang-outang bourré à la bière au rythme de sa démarche de pithécanthrope. Hesher est aussi un cas social, pyromane de son état, qui passe son temps à arpenter les rues dans son vieux van pourri. Du jour au lendemain, l'imprévisible Hesher décide de s'installer sans prévenir chez la grand-mère. Au crépuscule de sa vie, celle-ci apprécie sa compagnie et l'accueille comme si c'était tout à fait naturel. Hesher entraînera rapidement le gosse dans quelques galères, tandis qu'une caissière de Super U, sous les traits familiers et agréables de Natalie Portman (elle a également les cheveux gras et des grosses binocles, elle est donc crédible en caissière !), s'immisce peu à peu dans le duo...



Je ne sais pas trop pourquoi je vous ai résumé en détails le pitch du film, peut-être par triste habitude de blogueur ciné ! Peut-être aussi pour que vous puissiez voir qu'il n'y a pas grand chose d'excitant à l'horizon. Hesher semble avoir pour seule ambition de nous montrer l'évolution de ces personnages à travers les différentes péripéties qu'ils traversent, à commencer par celui du gamin, véritable personnage central du film contrairement à ce que le titre peut nous laisser croire. Pourquoi pas. Hélas Hesher donne la nette impression que son réalisateur croit nous raconter une histoire formidable, à travers le deuil impossible d'une famille orpheline de la maman. Et si les intentions sont louables, le résultat est, au final, complètement raté. Spencer Susser (c'est le nom du réalisateur, j'invente rien) a notamment le défaut de vouloir tout montrer, y compris l'accident qui a provoqué la mort de la mère, dans un flash-back aussi brutal qu'inutile et regrettable. Ponctué de messages moralisateurs lourdauds, très souvent énoncés sous la forme de métaphores hideuses, le tout sur un ton mi-décalé mi-sérieux, mi-léger mi-grave, Hesher tourne très rapidement à vide et, dans sa dernière partie, tombe même carrément dans le ridicule le plus désolant. Notons toutefois que ça doit bien être le ton étrange de ce film, parfois intrigant, doublé de son rythme assez soutenu qui permettent de le regarder en entier, sans que l'on s'ennuie véritablement. Triste savoir-faire typiquement américain de ce genre de film indé !



Je ne peux pas vous parler de ce film sans partager avec vous certaines scènes qui ont failli m'achever. Signalons d'abord le terrible monologue de Natalie Portman. Du jamais vu, un vrai chemin de croix pour n'importe quel comédien et une épreuve dont la jeune & jolie actrice ne sort pas tout à fait indemne. Je vous replace la scène dans son contexte. Natalie vient d'être surprise par Macaulay Culkin en train de baiser avec Hesher. Le gamin vit alors une grande désillusion, puisque Natalie représentait pour lui une sorte de projection de sa maman, une nouvelle femme pure et innocente (je vous la fais courte). Bref. Natalie décide donc de se rendre chez le gosse pour se faire pardonner. C'est là qu'elle se plante en face de lui et déballe les lignes de dialogues les plus abominables qu'il m'ait été données d'entendre. "Heeeey... Salut. Ça va ? Heu... Bon... Je ne savais pas si je devais venir ou pas mais je ne pouvais pas m'empêcher d'y penser. Je me suis dit que si je venais, tu serais énervé et tu me détesterais, mais j'ai pensé que si je venais pas, tu croirais que je m'en fiche, et tu m'aurais détesté aussi. Alors j'ai décidé de venir. C'est ce que j'ai pensé. Donc, me voilà. Je veux m'excuser. Je me sens mal à propos de ce qui s'est passé. Et je comprends si tu ne veux pas qu'on soit amis, mais je n'ai jamais voulu te blesser. C'est juste que... Parfois... Je ne sais pas... Mais j'ai pensé que je devais te dire ça. Tu me détestes toujours de toute façon, mais je devais te dire ça. Et je l'ai dit." Qui donc a écrit ça sur papier ? Qui ? Le type d'Animal Kingdom ? J'ai vu son nom au générique, accolé à celui du réalisateur, je suis pas fou ! C'est terrible ! Et il faut savoir que Portman déballe ça tout en faisant ces petits gestes de mains que l'on fait quand on est gêné, ces manies que l'on observe surtout dans les classes de CP, lorsqu'on convoque un mioche au tableau pour qu'il fasse sa récitation. Bref, Portman sort le grand jeu, ses envies d'Oscar temporairement mises sur la touche.



Mais ça n'est pas tout. Comme dit précédemment, Hesher est rempli de messages philosophiques bidons que ses personnages déblatèrent avec une lourdeur sans nom, la finesse des dialogues n'étant à l'évidence pas l'une des qualités de ce long métrage. Il s'agit donc souvent de leçons de Vie, avec un grand V. La fin du film, où l'on assiste aux funérailles de la grand-mère (relisez le second paragraphe pour vous rappeler de qui il s'agit !) est le triste théâtre de ces grands messages existentiels. Une vieille femme ouvre le bal en nous annonçant que la vie, c'est comme marcher sous la pluie : tu peux te cacher et t'abriter ou tu peux te mouiller. Très profond et instructif, je note. Mais ça n'est rien à côté de ce à quoi on assiste médusé dans la foulée : le monologue final de Joseph Gordon-Levitt, celui à travers lequel nous sentons que le réalisateur se met littéralement à nu. Légèrement éméché, Hesher se lance dans un long discours ridicule avec, à la clé, un nouvelle métaphore de toute beauté. Il nous raconte qu'en voulant faire cramer un truc quand il était ado, il a provoqué une grosse explosion et ça s'est terminé à l'hosto, avec une couille en moins ! S'adressant à Dwight et à Macaulay Culkin, Hesher dit s'être longtemps focalisé sur cette couille perdue, au point de tomber dans une dépression carabinée, avant qu'un beau jour, il se rende compte que son autre couille fonctionnait à 200%, que la Nature avait vraiment bien fait les choses, et qu'il n'y avait donc aucune raison d'en vouloir à la Terre entière, bien au contraire. Message reçu ! Je traduis : la maman disparue est donc l'équivalent d'une couille perdue, que l'on peut aisément oublier pour réussir à vivre à nouveau heureux. C'est charmant... Pour ne rien arranger à tout ça, il faut là encore signaler le jeu d'acteur du dénommé Gordon-Levitt. Il en fait vraiment des caisses, mais sans le côté réjouissant de la chose, on est loin d'un Nicolas Cage ou d'un Gérard Depardieu. Son personnage, d'abord un peu attachant, ne fait pas illusion bien longtemps, il devient très vite agaçant et l'énervement culmine précisément lors de cette scène. Si ça ne vous suffit pas, sachez qu'après cet innommable monologue, on enchaîne sur la balade du cercueil de la grand-mère (elle avait prévu de faire une balade à pieds avant de mourir, les personnages réalisent ainsi son dernier souhait), au ralenti, sous fond de musique naze et de mauvais goût. Le film touche alors le fond du fond, au pire des moments possibles, c'est-à-dire juste avant de nous quitter !



Pour les fans hardcore de Natalie Portman, je signale quand même un bref passage potentiellement amusant où l'on voit Joseph Gordon-Levitt lui déblatérer la pire anecdote salace et porno au volant de son van crado. Natalie Portman, tétanisée, l'écoute bien malgré elle tout en faisant des petites moues dégoûtées et blasées. Ce passage-là est plutôt sympathique dans le sens où, pour ma part, c'est typiquement ce que j'aurais envie de raconter à une fille comme Natalie Portman, histoire de la bousculer un peu, elle qui a tellement l'air d'une sainte-ni-touche (à défaut de m'en servir comme d'une table-basse, bien entendu...).

Malgré cela, vous l'aurez compris, je ferai mon possible pour nuire à ce film ; et de votre côté, si vous avez lu cette critique dans son intégralité, vous pouvez aisément considérer l'avoir subi aussi !


Hesher de Spencer Susser avec Joseph Gordon-Levitt, Natalie Portman, Rainn Wilson et Devin Brochu (2011)

21 septembre 2011

Moi, Michel G., Milliardaire, Maître du Monde

Après Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère..., après Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée, et après Moi, César, 10 ans 1/2, 1,39m bras levés, voici Moi, Michel G., Milliardaire, Maître du Monde (retitré dans le Larzac : "Moi, Moko humain, Milliardaire de Merde et de Mes deux"). A mon tour de me présenter de la pire des façons : Moi, Rému(canal)sat, étudiant et prostitué, RMIste dégoûté de tout, misanthrope au dernier degré, blogueur ciné mort de aimf, et j'en ai plein les glaouis de ces putains de titres à rallonge de Merde qui puent la Mort et qui nous pourrissent le Moral ! Ce film, dans la lignée de Klapisch et de son immonde Ma part du gâteau, surfe sur la vague de l'actualité en faisant la satire des gros fumiers d'hommes d'affaires pleins aux as qui s'engraissent sur le dos des pauvres, et, pour ce faire, prend l'allure d'un faux documentaire sur la réalisation d'un documentaire dans le documentaire prenant pour sujet un connard fini incarné par le très médiocre FX "effet spéciaux" Demaison, pour un résultat qui ressemble à un sketch de Groland un poil mieux réalisé que d'habitude mais encore moins drôle que les originaux. Le film, qui est donc un "mockumenteur" à la manque, donne juste envie de tirer à vue sur ses acteurs, Demaison et Lafitte, sosies respectifs de René la taupe et de Michel Leeb, qui semblent faire un concours à celui qui remuera le plus ses sourcils en équerres de haut en bas d'un bout à l'autre du film. Au final on méprise simplement encore plus qu'avant ces milliardaires qu'on méprisait déjà avant de s'infliger ce brillant pensum. Ça se mate parce que ça va vite (avec des tas de petites séquences animées hideuses comme on en voit dans toutes les saloperies d'émissions politiques de Canal+), et parce que la caméra portée "sur le fil de l'action", et quelle action, maintient éveillé de la même façon que dans la plupart des séries télé minables qu'on nous a fait bouffer matin midi et soir. Donc ça se mate pour les pires raisons et c'est d'autant plus pourrave.


Moi, Michel G. Milliardaire, Maître du Monde de Stéphane Kazandjian avec François-Xavier Demaison, Laurent Lafitte, Guy Bedos et Patrick Bouchitey (2011)

19 septembre 2011

Revenge

Ce film est le pendant scandinave de la trilogie d’Alejandro Gonzalez Iñarritu basée sur les scénarios de Guillermo Arriaga : Amours Chiennes, 21 Grammes, Babel. Et venant de moi ce rapprochement n’est pas à prendre comme un grand compliment. On y retrouve en effet les mêmes genres de personnages dont les destins se croisent et s'entrechoquent. On assiste, tétanisé, à la même escalade dans la connerie des faits et gestes de ces personnages, une débilité à toute épreuve qui les entraîne inévitablement dans une même spirale de la violence. Et, dernier détail plus original, ces personnages évoluent dans le même « village-monde », ils apparaissent toujours connectés alors que des milliers de kilomètres les séparent. Les distances sont effacées. L’un des personnages principaux est un suédois qui travaille en tant que médecin au Soudan. Il rentre régulièrement au Danemark pour retrouver son fils et son ex-femme. Lorsqu’il fait ses allées et venues, on le voit seulement monter dans un 4x4, et le plan suivant nous montre son fils l'accueillir à la gare, ravi. Les différents lieux de ces films paraissent concomitants, directement reliés, comme les personnages entre eux, en plein chaos. C'est comme pour souligner que l’origine de tous leurs problèmes vient pourtant bel et bien d’un gros défaut de communication : le grand paradoxe de notre monde actuel, si l’on en croit ces deux cinéastes éclairés. Le working title du film n'était autre que Civilisation, c'est dire l'ambition de Susanne Bier !


L'an passé, Susanne Bier (à gauche) et Alejandro Gonzalez Iñarritu (au centre) concourraient pour le même Oscar du meilleur film étranger. La statuette est revenue à la danoise, émue jusqu'aux larmes.

Tandis que les trois films d’Iñarritu sont autant d’illustration du désormais fameux adage « Le battement d’aile d’un papillon au Brésil provoque une tornade dans mes techios », de son côté Susanne Bier se consacre ici essentiellement à la fameuse Loi du Talion. Comme l'indique son titre, il est donc principalement question de vengeance dans ce film où nous suivons deux familles éclatées, liées par deux petits garçons d'une dizaine d'années. Le premier vient de perdre sa mère et déménage au Danemark, chez sa grand-mère, en compagnie de son père avec lequel il a des rapports quasi inexistants. Le second vit quant à lui chez sa mère et voit son père au grès de ses retours d’Afrique ; il est le souffre-douleur de son collège où il subit la loi d’une bande de petites frappes. Très vite, les deux garçons deviendront amis et le premier entraînera le second dans sa folie destructrice (je fais très très court, parce que quand je résume des films de ce genre, je peux faire tomber les gens dans le coma - j'ai déjà failli perdre Rémi en lui racontant Babel !).


Dans la grande tradition des duos de gosses à foutre en taule...

Si Revenge m’a rappelé les films d’Iñarritu, c’est aussi parce que les deux cinéastes sont adeptes de la surenchère, de l’accumulation, dans un style parfois assez lourdingue. Susanne Bier en fait souvent trop, frisant parfois le mauvais goût et le ridicule, comme lorsqu’elle nous met des chants dignes des jingles pubs de France Télévisions alors qu'elle filme le médecin en plein dilemme existentiel (au Soudan, son intégrité professionnelle le pousse à soigner l'homme qui tyrannise la pauvre population des alentours, celui-là même qui lui amène des ribambelles de "patientes" : généralement des femmes enceintes qu'il s'amuse à éventrer - mais là aussi je fais court !). Ce manque de finesse est bien dommage, car tout n’est pas à jeter dans Revenge. Il y a même des choses intéressantes, à commencer par ce personnage de médecin, justement, incarné par l’acteur Mikael Persbrandt, très bon, très pro. C’est bien le seul protagoniste qui n’agit pas trop connement et qui n’apparaît pas complètement sacrifié par un scénario impitoyable. La relation des deux petits garçons, joués par des acteurs vraiment doués, est elle aussi assez crédible et plutôt bien vue. Susanne Bier capte assez bien le basculement de leur amitié vers quelque chose de malsain. Le film a aussi eu le mérite de m’apprendre qu’il semble exister un féroce racisme à l'encontre des Suédois au Danemark, ce que j’ignorais.


Heureusement, le film se termine bien.

De la même façon que les trois films d’Iñarritu, Revenge a été couvert de prix. Ce film a par exemple gagné le tant convoité Oscar du Meilleur film étranger l’an passé, ce qui est finalement peu surprenant étant donné que cette cérémonie n’a l'air capable que de récompenser le cinéma qui lui ressemble le plus (ou celui qui parvient à réussir ce qu’il ne sait plus faire, comme ce fut le cas avec le remarquable Dans ses yeux de Juan José Campanella). Mais l'inévitable adoubement de Susanne Bier par Hollywood n'est pas si récent, puisque la réalisatrice avait déjà pu réaliser un film outre-Atlantique dès 2007 : Nos Souvenirs Brûlés, un autre drame XXL taillé sur mesures pour un couple d’acteurs fraîchement oscarisés, Halle Berry et Benicio Del Toro. Y’a pas à dire, c’est une recette qui marche. Mais personnellement, si ces films parviennent souvent à me captiver, je dois avouer qu'ils sont bien loin de me convaincre. C'est un peu facile tout ça.


Revenge de Susanne Bier avec Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm et Ulrich Thomsen (2011)

17 septembre 2011

Les Femmes du 6ème étage

L'histoire que nous raconte Les Femmes du 6ème étage se déroule dans les années 50. C'est sans doute pour ça qu'il ne faut pas s'étonner d'admirer des décors vétustes, façades abîmées et intérieurs fatigués, éclairés par une lumière terne qui se garde bien de gâcher l'absence de vivacité des couleurs, ce camaïeux de pastel avec une prédominance de gris, de noir, de marron caca d'oie et de jaune pisse. Rien de plus normal. Nous sommes dans un film d'époque, l'époque est ancienne, donc tous les éléments qui la composent aussi. C'est bien connu, à l'époque les gens vivaient dans de vieux habits, habitaient de vieux appartements, et ils utilisaient des objets patinés par le temps, voire même cassés parfois, car anciens et usés avant même que d'avoir été inventés. Et vu que l'époque était en noir et blanc (d'après les photographies et vidéos qu'on a pu sauvegarder en tout cas !), les couleurs n'y existaient pas, en tout cas pas de façon franche. Le jaune, oui, mais sépia s'il vous plaît ! Le rouge, non. Le rouge n'existait pas dans les années 50, trop coloré comme couleur. Le rouge est apparu sur terre à l'époque du technicolor, pour s'en assurer il suffit de regarder des films ou des photographies des années 60, où l'on voit bien que les objets sont très colorés, beaucoup plus que ceux aperçus sur les photographies en noir et blanc des années 50. Le bleu n'existait pas non plus dans l'immédiat après-guerre, ou alors un bleu pâle, délavé, un bleu ancien quoi, cqfd. Du gris, en fait.



Le film a sans doute été tourné dans un musée, dans des lieux anciens, avec des fauteuils sur le point de s'éventrer, des tapisseries décolorées, des costumes figés par la naphtaline, ceux-là même que les gens portaient à l'époque. Quand on visite un tel musée on se demande comment nos ancêtres ne se lassaient pas d'habiter des lieux qui sentaient le renfermé, de porter des vêtements cartonnés et d'utiliser des outils vétustes. C'est quand même fou de penser qu'à l'époque rien n'était neuf du coup, tout était vieux déjà. Si on pousse cette logique imparable jusqu'au bout on est les premiers êtres humains à fréquenter des objets propres, des choses en bon état, puisque tous les êtres humains d'avant vivaient forcément dans le passé, entourés de choses vieilles par conséquent. Tout ça se tient. C'est d'une logique imparable et je félicite le dos courbé Monsieur Philippe Le Guay, le réalisateur de ce film, pour avoir su rester fidèle à cette logique en filmant ses personnages du milieu du siècle dernier dans des costumes moisis, rongés par les mites, déambulant dans des décors poussiéreux calcinés par le temps.



Dans ce vieux décor pourri d'époque donc, Les Femmes du 6ème étage raconte l'histoire d'un couple de bourgeois vivant à Paris. Ils traitent leur bonniche septuagénaire comme une vieille savate. On les comprendrait presque parce que la vieille est insupportable. J'ai passé dix minutes à prier pour qu'elle dégage du film et quand mon vœu a enfin été exaucé ce fut un soulagement terrible... Nos deux connards embourgeoisés engagent donc une nouvelle servante pour leur repasser le linge, laver le sol, faire la vaisselle, astiquer les chiottes, récurer la baignoire, lessiver le parquet et préparer le petit déjeuner de "Monsieur", qui met un point d'honneur à ce qu'on l'appelle ainsi. Sur les conseils de ses bonnes amies, autant de "Madame de" (mes deux) enfarinées et bardées de rubis, la maîtresse de maison, qui tient à ce qu'on l'appelle "Madame" comme Monsieur, et qui est interprétée par Sandrine Kiberlain, décide d'engager une espagnole peu coûteuse, à condition qu'elle soit "propre" bien que d'origine ibérique, ce qui n'est apparemment pas facile à dénicher. "Monsieur", joué par Luchini (quand on sait combien cet homme peut être drôle et spirituel, et combien il est érudit, on a envie de le supplier d'arrêter de tourner dans des conneries pareilles), Monsieur donc fait passer à la nouvelle bonne le test ultime de la bonniche idéale : elle doit lui préparer un œuf coque, trois minutes et demi de cuisson, trop c'est raté ("œuf bouillu, oeuf foutu"), pas assez c'est pire. Il casse le dessus de la coquille, y trempe sa cuillère, la musique grimpe, le suspense est à son comble, c'est LA scène d'action du film, une séquence au suspense haletant qui nous rappelle si besoin est que Philippe Le Guay est un professionnel de la profession.



Mission accomplie haut-la-main, l’œuf coque est à se damner, Conchita est prise. Contrairement à la vieille servante du début du film et contre toute attente, elle sait compter jusqu'à trois et demi. Puis "Monsieur" va tout d'un coup devenir aidant et gentil avec la caste des servantes, et prendre conscience de la difficile condition des bonniches espagnoles. Pourquoi ? Parce que sa bonne est bonne. Il la trouve bonne. C'est une bonne, normal, mais en plus d'être bonne elle est bonne. Et pour cause elle est jeune et mince, contrairement à toutes les autres bonnes espagnoles de l'immeuble qui sont autant de vieillardes à varices ou d'obèses à barbe, donc elle est particulièrement bonne. Puis à côté de la nordique Sardine Kiberlain, récemment à l'affiche de Romaine par moins trente sans maquillage, une espingouine ersatz sans relief de Pénélopé Cruz on la trouve forcément bonne. Luchini tombe donc amoureux de sa bonne et décide par conséquent d'aider les femmes de ménage de l'étage au-dessus (le 6ème si vous avez bien lu le titre) en payant un plombier moustachu afin qu'il répare les cabinets à la turque des espagnoles (qu'un plan bien senti au début du métrage nous présente débordant de fientes). Monsieur prête même son téléphone à une grosse barrique du 6ème étage qui veut appeler au pays pour savoir si son neveu, bizarrement prénommé Pep' Guardiola (clin d’œil du réalisateur Philippe Le Guay au sélectionneur de la Mannschaft ?), est né avec ses dix doigts. Le bourgeois gentilhomme ira jusqu'à permettre à sa bonne sacrément bonne, dont la chambre de bonne est dépourvue d'eau courante, de prendre son bain chez lui, profitant de l'occasion pour la reluquer sans scrupule tant elle est bonne. Tout cela est passionnant.



A la quinzième minute, "l'héroïne", entre guillemets, la bonne méga bonne, appelle à l'aide les autres espagnoles de l'immeuble, qui sont bizarrement toutes de sa famille (à moins que l'Espagne ne soit une immense famille consanguine ?), pour venir l'aider à nettoyer la grande baraque des bourgeois. Les blew grana rappliquent, elles mettent un tube de Dalida à la radio et font le nettoyage à sec en dansant et en chantant, la banane aux lèvres. Ma grand-mère faisait les ménages et je peux vous assurer qu'elle chantait pas "Itsi Bitsi Petit Bikini"en lavant le carrelage de ses enfoirés de patrons qui la sous-payaient et qui la traitaient comme une merde. Normalement, si c'est que de moi, j'arrête le film à ce moment-là. La scène est immonde et elle arrive pile à la quinzième minute (la barre fatidique au-delà de laquelle j'éteins mon lecteur devant les pires saloperies de cet acabit). Mais j'ai tenu. Je ne sais pas pourquoi. Au bout de 37 minutes j'ai quand même fini par tout éteindre. J'en ai plus que marre de m'envoyer entièrement des chiures pareilles. Je demande franchement qui peut bien trouver son compte dans un film comme celui-là ? Je ne parle pas des papas et mamans qui sont allés le voir au cinéma, accrochés par Luchini ou par le contexte des années 50 qui leur évoque leur propres parents, et qui en sortant ont lâché un collégial "Ouais enfin c'était pas maaaaaal", soucieux de ne pas se plomber davantage le moral en repensant aux 8€50 X 2 qu'ils viennent de jeter aux ordures et aux 90 minutes de supplice qu'ils ont perdues devant un navet maxi modèle. Je parle de tous les autres français dans tous les autres cas de figure. Comment peut-on décemment trouver son compte devant un film pareil, qui n'est ni intéressant, ni bien joué, ni bien écrit, ni bien filmé, ni gai, ni savoureux, ni instructif, ni drôle, ni croustillant, ni dépaysant, ni divertissant, bref qui n'a strictement et définitivement aucune qualité. Comment peut-on ?


Les Femmes du 6ème étage de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain et Carmen Maura (2011)

15 septembre 2011

True Lies

Il était bon ce film ! Il n'en sort plus des films comme ça. Des films d'action de deux heures trente qui tiennent la distance et qui savent ménager leurs effets, répartir les moments de bravoure, déployer un large éventail d'arguments excitants. On passe du rire aux larmes dans ce spectacle pyrotechnique ultra sexy, dans ce feu d'artifice d'humour et d'action mené tambour battant, taillé sur mesure par son ami cinéaste (James Cameron) pour LA star de l'époque : Arnold Schwarzenegger, le seul homme qui n'a jamais eu son prénom sur une affiche mais dont le nom de famille s'est répandu dans toutes les chambres d'enfants du monde.



Aujourd'hui notre idole est dans la mouise. Après avoir été gouverneur de Californie en gérant plutôt bien sa boutique, l'acteur avait des projets de films plein la tronche, mais il a été rattrapé par son passé qui a pris la forme d'un gaillard de 10 ans bâti comme son papa, véritable sosie pré-pubère d'Arnold à l'âge adulte, bodybuildé comme un camion et carré comme une maison, doté d'une mâchoire à broyer les ordures : c'était au départ un petit spermatozoïde que Schwarzenegger avait abandonné dans le giron de sa femme de ménage mexicaine. Cette dernière a sonné à la porte du gouverneur, à la Maison Blanche, avec son rejeton de trois mètres de haut prénommé Conan, pour rencontrer l'épouse de Schwarzy. Aucun mot ne fut échangé entre la femme de chambre et la femme du gouverneur, nièce de Kennedy et mariée à l'acteur depuis des lustres. Elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre, dans un sanglot tragique, l'épouse légitime comprenant à la seule vue du "petit", que Schwarzy avait butiné dans d'autres ruches. Le divorce fut prononcé aussitôt et la carrière de l'acteur est mise sur Pause. Il paraît qu'une armée de mini-Schwarzy somnolent en prenant des forces dans les Rocheuses, déplaçant les montagnes, et menaçant tôt ou tard de nous cueillir, pour ensuite annexer les États-Unis d'Amérique à l'Autriche. Bref notre vedette des années 90 est sacrément dans la merde car son image a pris une gifle au pays des puritains qui ne savent pas apprécier les vrais mecs.



Retour au film sans transition. Les critiques français ont toujours rappelé : "ça reste un remake !". Certes, True Lies est une version testostéronée de La Totale de Claude Zidi. Ou quand Miou-Miou devient Schwarzy et quand Lhermitte prend les traits et les formes de la bombastic Jamie Lee Curtis. A l'original préférez la copie revue et corrigée par le génie James Cameron, alors à son zénith, qui accumulait les super films divertissants comme on n'en fait plus, comme il n'en a plus fait dès qu'il s'est passionné pour les poiscailles, les bateaux coulés et les schtroumpfs géants. Aux extrémités de ce que ce film avait de mieux à proposer, deux scènes inoubliables qui ont marqué les années 90 et tout l'imaginaire des adultes d'aujourd'hui. Commençons par la séquence olé-olé du film, que vous trouverez sur youtube ou n'importe où. Jamie Lee Curtis interprète une mère de famille qui va tenter de percer à jour le secret de son espion de mari pour le pousser à révéler son véritable métier. Breeef, à un moment elle fait un strip-tease haletant face à son époux, Schwarzy en personne, qui arrache les accoudoirs de son fauteuil, dévore sa propre lèvre et transforme son futal en vaste éponge à liquide séminal devant son épouse endiablée. Cette scène a prouvé que passé 45 balais et en dépit d'un visage abscons, une femme peut toujours rendre taré à la seule aide de son corps de feu et de quelques galipettes un peu osées. Mais quel corps... Repéré dans les 70s par un John Carpenter libidineux, ce corps s'est révélé dans la pleine possession de ses moyens à l'occasion de la comédie pour enfants Un fauteuil pour deux, et Cameron l'a remis à flot (avant de s'attaquer à de plus grosses épaves) dans cette scène forcément culte de True Lies.



Autre scène, autres mœurs. Cette fois-ci on tend vers plus de subtilité. Le personnage incarné par Schwarzy a une dent contre un arnaqueur à la manque qui s'en prend à sa femme, un concessionnaire de bagnoles joué par Bill Paxton, plus inspiré que jamais dans ce rôle sur mesure. Pour prendre ce tocard à son propre jeu, Schwarzy fait semblant de s'intéresser à une voiture de course et demande à faire un tour au volant du bolide en compagnie du vendeur magouilleur, assis sur le siège passager et baratinant son client comme pas deux. En plein ride, et au cours d'une discussion, Schwarzy, de plus en plus agacé par l'autre, véritable petite frappe et gros vantard, lui décoche soudain un revers du poing en pleine gueule, le laissant pour mort, canné sur le coup, le visage en miettes. Le coup semble être parti tout seul tant Schwarzy a l'air à bout. L'acteur est en roues libres et le coup est si franc, massif, rapide, que la doublure de Paxton y a certainement laissé la vie, ou au moins son visage, à jamais abandonné dans l'appui-tête de la Chevrolet. Mais très vite on découvre que ce n'était qu'une rêverie de Schwarzy, qui en réalité a su contrôler ses nerfs et se contentera de filer la chiasse à son interlocuteur à l'aide de quelques dérapages non-contrôlés. Cette scène est bluffante. Même en l'ayant déjà vue on se laisse prendre au piège, ça fonctionne à bloc.



Qui n'aime pas Schwarzy ? Qui peut me jurer, en me regardant dans le blanc des yeux, qu'il ne porte pas Mister Olympia 1970, 1971, 1972, 1973, 1974, 1975 et 1980 dans son cœur ? Ce film en grande partie comique, qui demeura longtemps l'un des plus couteux de l'histoire du cinéma, participa à la gloire du géant de fer, grâce entre autres à une course-poursuite à cheval sur les toits de New-York, où la star rivalisait de vitesse avec un mustang en cavalant sur ses quatre pattes. Même si l'œuvre s'achevait sur une autre image inoubliable, difficile à évacuer et complètement débile, qui montrait un avion rafale faisant du surplace face à un building, on peut parler d'un sacré film, qui aura scellé l'amitié entre le cinéaste et l'acteur, lesquels avaient déjà collaboré pour le grand Terminator. Après ses déboires conjugaux et médiatiques, il paraîtrait de source sûre que Schwarzenegger serait allé se "détendre la tête" dans la villa sous-marine de James Cameron, le multi-milliardaire hydrocéphale, son pote de toujours.


True Lies de James Cameron avec Arnold Schwarzenegger, Jamie Lee Curtis et Bill Paxton (1994)

13 septembre 2011

Star Trek

Je ne sais pas si je peux me considérer comme un trekkie... Certains d'entre vous ont peut-être la chance d'ignorer ce qu'est un "trekkie" ? Un trekkie c'est un fan de Star Trek, tout connement. Le mot a été inventé par Gene Roddenberry himself, le créateur de la série, et il se trouve désormais dans le Oxford English Dictionary. C'est donc on ne peut plus sérieux. Sachez d'ailleurs qu'il y a débat autour du terme. Parfois "trekkie" est snobé par certains trekkies, au profit du mot "trekker", qui a une connotation moins péjorative. En effet "trekkie" est censé évoquer l'obsession alors qu'apparemment "trekker" signifie simplement "amateur de l'univers de Star Trek". Léonard Nimoy, l'interprète original du légendaire Spock, tenta même de mettre un terme à la querelle linguistique qui déchirait les fanas de la série lors du show télévisé Star Trek : 25th Anniversary Special, en 1991, où il statua avec le calme olympien et la sagacité imperturbable qui caractérisaient son personnage star trekien que "trekker" était le bon mot à utiliser. Ne me demandez pas pourquoi, et ne me demandez pas non plus l'explication du soi-disant distinguo entre les deux mots car je vous répondrais que c'est du gros foutage de gueule, mais qui se comprend aisément, car dès qu'on a suffisamment de temps à perdre pour devenir un trekkie ou un trekker, on peut en paumer aussi pour se poser des questions à la con sur des termes hideux et sur leurs significations à la mords-moi-le-nœud. Toujours est-il que c'est "trekkie" qui perdure, en tout cas ici en France, où on l'entend régulièrement de la bouche même des trekkers. Vous avez forcément déjà entendu un trekkie prononcer le mot "trekkie", d'autant plus si vous aimez un peu le cinoche - ce qui explique peut-être votre présence sur ce blog - car quiconque s'intéresse tant soit peu au cinéma tombe un jour ou l'autre sur un trekkie. Mais la plupart du temps, il faut bien le dire, quand on entend ce mot, on ferme les écoutilles. C'est un de ces rares mots qui peuvent rendre imperméable le plus sociable des quidams. Quiconque d'un peu normal entend "trekkie" devient une palourde en soirée. C'est mon cas, quand j'entends ce mot il n'y a plus personne au bout du fil, aussi j'espère ne pas être un trekkie car n'étant pas bavard moi-même (les trekkies le sont en général, en tout cas sur leur sujet de prédilection, or là je me trouve assez prolixe sur le sujet, donc je crains quand même d'être un trekkie), si je pousse autrui à la fermer en prononçant le mot "trekkie", ma vie sociale aura de quoi débecter tout le monde. La question est la suivante : suis-je oui ou non un trekkie, un de ces fans de Star Trek que l'on considère généralement comme de gros cons, ou au moins comme de gros geeks qui mangent du Trek matin, midi et soir ?


Le réacteur du vaisseau ressemble à un gros œil qui mate vieillir ses fans avec culpabilité et tristesse

Quand j'étais petit je crois bien que j'étais un trekkie. Je regardais les épisodes de la série originale ainsi que les six premiers films en boucle (en partie à cause d'un frère complètement trekkie, et trekkie à vie, qui m'a rendu trekkie petit). Quand je n'en avais pas assez de ces dizaines d'heures de Star Trek qui servaient d'économiseur d'écran au téléviseur familial, j'inventais de nouvelles aventures "aux frontières de l'infini" avec mes figurines. Après quoi j'ai bouffé les nouveaux films où le Capitaine Kirk (William Shatner) était remplacé par le Capitaine Jean-Luc Picard (Patrick Stewart) toujours à bord de l'USS Enterprise (Star Trek : Générations ; Star Trek : Premier contact ; Star Trek : Insurrection ; Star Trek : Nemesis ; Star Trek : Psoriasis), ainsi que les premiers épisodes des spin-offs de la série (Voyager ; Deep Space Nine ; Deep Dildo Insertion...), mais les premiers seulement car cela m'a vite bandé. Mon véritable intérêt pour cet univers a commencé à péricliter vers la fin des années 90, voire vers le milieu de cette décennie. Donc si j'étais un trekkie (et j'en étais un, y'a pas d'autre mot !), j'étais aussi un simple gosse... Or je crois qu'on ne peut se vanter d'être un trekkie qu'à la condition de pisser et de chier Star Trek par-delà l'enfance, jusqu'à l'adolescence puis à l'âge adulte. Dans ces conditions j'étais juste un enfant ! un gamin séduit par l'univers star trekkien, et je suis désormais tout ce que vous voudrez sauf un trekkie. La preuve en est que j'ai maté il y a seulement trois jours ce nouvel épisode prequel signé J.J. Abrams sorti il y a trois ans, uniquement motivé par le plutôt bon moment passé devant Super 8. Je ne suis donc certes pas un trekkie, mea maxima culpa auprès des vrais trekkers de mes deux, qui ont la dent dure à l'encontre des faux trekkies. J'ai beau ne pas en être, j'ai quelques restes, je connais par exemple assez bien l'univers de Star Trek, ses personnages, races et terminologies, et je connais même les grandes lignes de l'historiographie de la série...


Les (mauvais) acteurs du film dans une séquence étonnante où les personnages eux-mêmes débattent du bon terme à utiliser pour nommer un fan de leurs aventures, "trekkie" ? "trekker" ? "trimard" ?

Mais connaître tout ça ne me rend pas spécialement fier, j'avoue. J'ai lancé le film auprès de ma compagne qui n'avait jamais rien vu se rapprochant de près ou de loin de l'univers Star Trek. Autant dire que le reboot de J.J. Abrams ne l'a pas captivée. Pourtant elle est du genre à facilement se faire embarquer par les grands récits de science-fiction, en tant que cliente du genre facilement alpaguée par les trucs en séries, mais là elle m'a juste dit "RAF, Rien A Foutre". Au début je lui expliquais les liens entre les personnages et tous les clins d’œil aux épisodes précédents mais très vite ça m'a moi-même saoulé, puis j'ai complètement arrêté quand elle m'a tendu son majeur sans décroiser les bras, couchée sur le côté sur notre canapé, les yeux fermés. Ma meuf a compris d'entrée, sans rien connaître de la série, que le fougueux James Tiberius Kirk, tête brûlée de Starfleet, téméraire et excité, borné et désobéissant aux ordres mais par ailleurs génial et visionnaire, allait devenir capitaine, et que son ennemi à bord, le logique et rationnel Spock, aurait tôt fait de devenir son meilleur ami. Et ma compagne n'est pas précog, n'importe qui comprendrait tout ça immédiatement. En fait on est face à un X-Men First Class à l'envers. Au lieu de nous présenter l'amitié initiale d'adversaires absolus, on nous sert l'inimitié première de deux futurs pédés. On a même la reprise de certaines séquences, comme l'inévitable présentation du héros dans un bar, où, gouailleur, il tente de séduire l'héroïne avec difficulté et trouve l'occasion de se battre avec ses congénères. L'imagination des scénaristes hollywoodiens bat donc son plein. Et après avoir deviné tous les tenants et les aboutissants du scénario et percé à jour la si riche et si complexe psychologie des personnages du film, c'est-à-dire au bout de dix secondes, ma compagne d'infortune s'est endormie sans remords tandis qu'à l'écran le jeune capitaine Ikaru Sulu défiait un Romulien disgrâcieux et belliqueux dans un combat de sabres finement chorégraphié sur le toit d'une plateforme surplombant la planète Vulcain, beau globe bleu attendant d'imploser sous l'effet d'une mystérieuse "matière rouge" lâchée là par le vicelard et revanchard méchant du film, astucieusement prénommé Néro. Pourquoi ce nom ? Pourquoi pas Némo ? Parce que c'était déjà pris ? A une lettre près vous êtes face à un méchant tatoué qui tire la tronche ou à un poiscaille rouge rayé et bedonnant. Peut-être aussi parce que le personnage est censé être un Romulien, or le film s'adresse à des trekkies, donc des geeks, et le mot "Nero" leur rappellera illico leur logiciel de gravure : Nero burning ROM.


C'est le méchant du film, on l'aura deviné. Accessoirement la caméra vient de se casser la gueule, à moins que ce ne soit la nouvelle lubie des réalisateurs des gros navets d'action : pencher la caméra de temps en temps...

Je suis quand même allé au bout de ce trop long métrage (deux heures pour un film pareil, ça tient de la prise d'otages), peu captivé il est vrai par des personnages caricaturaux au possible et surjoués par de jeunes acteurs sous-doués. Pas tellement passionné en outre par cette intrigue poussive à base d'allers-retours dans le futur et d'univers parallèles avec à la clé une poignée de bouleversements du continuum espace-temps, le tout sur fond d'effets spéciaux redondants et de combats sans saveur. Je ne suis pas un trekkie, my bad. Comme je m'emmerdais suffisamment pendant le film, je me suis demandé pourquoi tous ces prequels pullulent sur la toile en ce moment (au milieu il est vrai d'un immense bain de sequels, de reboots, de remakes et compagnie qui sont en général autant d'infâmes saloperies). Il semble évident que ce phénomène participe du manque cruel d'inspiration des cinéastes hollywoodiens contemporains, et plus largement d'un pendant inévitable de l'ère postmoderne qui consiste en un recyclage à tout-va, stupide et poussé dans ses derniers retranchements. Ne sachant qu'inventer, les types comme Abrams rejouent sans cesse le matériau à disposition, celui qui leur a bourré le crâne toute leur vie au point qu'ils ne parviennent même plus à en distinguer les qualités ou les défauts, la provenance (cinéma ou télé), et qu'ils amalgament à l'envi les formes hautes et basses de l'art sans distinguo et sans distance, se contentant, peut-être malgré eux, de régurgiter leur culture sans l'analyser ou du reste sans en faire quoi que ce soit. Or le prequel par excellence permet finalement de ne strictement rien inventer. Les personnages sont déjà là et l'histoire est déjà écrite, à laquelle il suffit de se référer. Raconter la jeunesse de personnages mythiques (ou disons bien installés) permet en outre de baser le récit sur des protagonistes de fait très juvéniles qui correspondent à l'âge mental des réalisateurs et du public visé.


Le héros du film a douze ans, une grosse tête à bouffes, et il est déjà capitaine, on applaudit des deux pieds

Dans cette entreprise de pur recyclage (qui est au cœur d'absolument tous les projets d'Abrams), le produit est déjà là, déjà connu, déjà joué, et simplement réarticulé, remâché, pour être in fine recraché au public ad nauseam. Et Dieu sait qu'on n'en peut plus de voir et de revoir continuellement les mêmes drames, les mêmes séquences au détail près, les mêmes psychologismes faciles, les mêmes images plates, d'entendre les mêmes dialogues et de suivre les mêmes intrigues, arrivés que nous sommes à un stade d’écœurement maximal. D'où l'idée, très faible, de l'univers parallèle, qui permet à Abrams de modifier insensiblement les données de la série initiale (pas trop quand même, à l'image du vieux Spock qui, à la fin du film, conseille à son double juvénile, interprété par David Strajmayster, de rester à Starfleet à bord de l'USS Enterprise, lui lançant un brutal : "ma parole que tu vas jumper, je le sais j'en reviens !"), en déplaçant les personnages et leur histoire dans une variante finalement parfaitement similaire (à ceci près que Kirk n'aura pas connu son père et que Spock aura perdu sa mère, on reconnaît aisément la volonté symbolique d'Abrams de "tuer le père" tout en enculant littéralement sa maman pour accoucher des mêmes nistons...), qui pourra éventuellement donner le jour à une nouvelle suite de films sur les aventures absolument mimétiques de ces héros que nous suivons depuis plus de trente-cinq ans, et qui auront donc eu deux existences fictionnelles différentes mais fondamentalement identiques. Ou comment reprendre sans scrupule les vieilles histoires, telles quelles, sans fin.


Star Trek de J.J. Abrams avec Chris Pine, Zoe Saldana, Eric Bana, Zachary Quinto, Simon Pegg, Winona Ryder et Leonard Nimoy (2009)