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27 novembre 2018

Drinking Buddies

Toujours dans l’espoir de découvrir des pépites méconnues du cinéma indépendant américain, c’est avec une réelle et vive curiosité que je lançais Drinking Buddies, quatorzième film de l'acteur-réalisateur Joe Swanberg, que l'on avait déjà croisé sans le savoir dans You're Next et The Sacrament. Joe Swanberg est, si j'en crois sa page Wikipédia, une "figure de proue du mouvement mumblecore". Le mumblecore désigne ces "films caractérisés principalement par une production « fauchée » (souvent tournés en numérique), des sujets tournant autour des relations entre personnes de vingt à trente ans, des dialogues en partie improvisés et des acteurs non professionnels". Drinking Buddies ne paraît pas spécialement fauché, son sujet tourne effectivement autour des relations sentimentales pénibles de personnages méprisables dont l'âge est bel et bien compris entre 25 et 35 ans, et les dialogues semblent naturels tant ils sont anodins et tant les acteurs, professionnels mais très mauvais, ne font que répéter bêtement des formules gonflantes. Surtout, Drinking Buddies est un sacré film de merde, comme la plupart des longs-métrages de la veine mumblecore ; je le rangerai donc sans souci dans cette si triste catégorie, symbole de l'état de putréfaction avancé du ciné indé américain.




Olivia Wilde incarne une zonarde qui bosse dans une brasserie et entretient des rapports amicaux ambigus avec son collègue, le barbu Jack Johnson. Ils aiment se taquiner, se coller de la nourriture sur le visage, jouer aux cartes ou au billard tout en buvant, toujours, des bières. Bien que les deux individus soient déjà en couple, ils se rapprochent encore davantage quand ils partent en week-end avec leurs compagnons respectifs. Ces derniers, campés par Ron Livingston et Anna Kendrick, sont également attirés l'un vers l'autre, ce qui met donc à mal tous les couples ici présents et nous promet un chassé croisé amoureux de derrière les fagots. Finalement, le film n'opte pas pour cette voie-là. Parce que le mumblecore s'attache aussi à filmer la réalité, vous savez, la vraie. Et dans la vraie vie, tout ne se passe pas toujours comme prévu et ça, Joe Swanberg et sa tronche de cake l'ont bien compris.




Suite à leur week-end au grand air, Olivia Wilde se fait larguer par son mec. Pour avaler la pilule, elle décide d'arroser ça avec ses collègues autour de quelques verres de bières dans le bar miteux du coin. Ti West (!) profite de l'état d'ébriété avancée de la jeune femme pour passer la nuit avec elle, au grand dam de Jack Johnson, qui donne alors l'impression de mesurer enfin ses sentiments pour Olivia Wilde, d'autant plus qu'il évite constamment le sujet du mariage que sa compagne Anna Kendrick remet régulièrement sur le tapis, quand bien même celle-ci vient de lui être infidèle buccalement avec Ron Livingston. Malgré leur attirance réciproque évidente et après s'être tourné autour durant tout le film, Olivia Wilde et Jack Johnson ne finiront donc jamais ensemble (spoiler). Car la vie est ainsi faite : parfois, des personnes qui semblent faites l'une pour l'autre ne finissent pas l'une dans l'autre. La fin, ouverte, donne tout de même espoir qu'ils se déglinguent bientôt. Génial.




Vous l'aurez compris, ce film est une pure malédiction, terriblement agaçante du début à la fin. Seuls des fans hardcore d'Olivia Wilde, s'ils existent, pourraient y trouver leur compte. L'actrice née à Roswell (Nouveau-Mexique) apparaît ici très naturelle et donc un peu moins moche qu'à l'accoutumée. Elle retire le haut, puis le bas, révélant une poitrine timide mais 100% naturel et un séant en bonne forme qui repose sur deux solides poteaux. Face à elle, Jack Johnson accomplit l'exploit étonnant de passer tout le film avec les cheveux gras comme c'est pas permis. En plus d'avoir le physique désagréable d'un vieux bouc mal fagoté, c'est-à-dire de Satan himself, il a l'air de sortir la gueule d'un bain d'huile, ce qui expliquerait aussi sa si vilaine peau.




A leurs côtés, nous sommes surpris de retrouver Ron Livingston, le goéland, et nous déclarons officiellement Anna Kendrick sourire le plus ignoble de l'histoire du cinéma. Avec ses dents de quatre centimètres de longs et sa mâchoire avancée, on croirait un cheval agressif et laid. Si elle avait pu répondre présente pour le tournage des Jaws, cela aurait pu épargner bien des problèmes à Steven Spielberg et son fameux Bruce. Ce casting 2 étoiles est complété par Jason Sudeikis, Monsieur Olivia Wilde à la ville, qui était sans doute là pour surveiller sa compagne, toujours sujette aux effets de la boisson et prête à toutes les dérives. On n'aime pas cet acteur. Il n'y a rien à faire, il nous est très antipathique. Pour couronner le tout, Ti West, voisin horrifique du mumblecore, fait ici figure de guest star opportuniste, là pour profiter d'un moment de faiblesse de la vedette au visage si plat et large. Bref, que du beau monde je vous dis !




Tous ces gens éructent des dialogues iniques du début à la fin, rendant leurs personnages encore plus haïssables. Que les américains sont fatigants à s'émerveiller de tout et à remercier pour un rien ! "Oh it's so great, thank you, I love that, that's so great, oh God, thanks, it's perfect, it's just so perfect, I like it a lot, thank you" dit Ron Livingston quand Anna Kendrick sort un verre à pied en plastique pour déguster le vin dégueulasse que l'autre con a pensé à apporter pour le pique-nique. On a envie de les étrangler ! Et, en dehors de cet écart de conduite champêtre, pourquoi boiraient-ils constamment des bières ? A l'exception de la scène dite du pique-nique, les acteurs ont en permanence une pinte ou une bouteille de bière à la main ! Un viticulteur passe-t-il ses journées à vider ses fûts ? Un pharmacien lambda se gave-t-il de dolipranes à chacune de ses pauses ?




Olivia Wilde raconte qu'à force d'aligner les bières, tout le monde était torché sur le tournage. Il faut croire que l'alcool n'a pas des effets toujours positifs sur l'esprit créatif, l'inventivité, l'intelligence et l'humour. Wikipédia nous apprend aussi que Drinking Buddies figure dans le top 2013 de Quentin Tarantino. Les grands esprits se rencontrent...


Drinking Buddies (Ivresse entre amis) de Joe Swanberg avec Olivia Wilde, Jack Johnson, Anna Kendrick et Ron Livingston (2013)

24 novembre 2018

Petulia

Quel chouette film de Dick Lester ! Il faut dire que lorsqu'on dispose de Julie Christie et George C. Scott en tête d'affiche, Nicolas Roeg en chef op' et John Barry à la musique, on met toutes les chances de son côté ! Petulia donne en effet l'impression d'être la conjugaison du talent de tout ce beau petit monde et un fruit bien de son époque, encore délicieux aujourd'hui. Richard Lester nous narre la rencontre et l'histoire d'amour compliquée qui s'ensuit entre la jeune, pétillante et ravissante Petulia (Julie Christie) et le calme et beau docteur Archie Bolen (George C. Scott). Tous deux appartiennent à la bonne société de San Francisco, tous deux sont plus ou moins en instance de divorce. Pour Archie, ça n'est plus qu'une histoire de papiers à signer, mais c'est acté : il vit désormais seul dans un appartement hi-tech à l'agencement très étrange, s'occupe un week-end sur deux de ses gamins et, quand il revoit sa femme, ça fait souvent des étincelles... Mais du côté de Petulia, ça n'est pas encore ça : elle clame sa passion pour Archie alors que tout reste à faire avec son actuel mari (Richard Chamberlain), encore bien accroché à elle... Nous suivons donc avec plaisir ces deux personnages dans leurs vies désordonnées, cherchant peut-être un équilibre et un peu de tranquillité dans l'agitation ambiante.





Comment, en effet, ne pas s'intéresser au récit d'une romance contrariée quand celle-ci concerne deux superbes personnages incarnés par de tels acteurs ? Julie Christie magnétise littéralement la caméra avec son si grand regard d'un bleu foncé hypnotisant, elle prête ses traits délicats à ce qui peut d'abord apparaître comme un personnage léger, farfelu ("a kook" comme le dira Archie), qui deviendra petit à petit une figure tragique réellement poignante. Quant à George C. Scott, ici particulièrement classe et dans un registre que je lui connaissais peu, il impressionne encore une fois en héros romantique, tout en sobriété. L'alchimie entre les deux acteurs fonctionne à plein régime et ceux qui les entourent semblent contaminés par leur charisme et leur intensité, à l'image de l'élégante et gracile Shirley Knight, dans le rôle de l'ex-femme d'Archie, qui nous offre quelques scènes marquantes elle aussi. Cerise sur le gâteau, la musique de John Barry est superbe, à commencer par son thème principal (samplé par The Cinematic Orchestra, il me disait bien quelque chose !), vecteur dès le générique d'ouverture d'un spleen qui ira comme un gant à l'histoire contée.





Richard Lester, qui avait fait ses preuves sur les films des Beatles (A Hard Day's Night et Help !), se montre ici très inspiré et adopte un style qui n'est pas sans rappeler celui que choisira plus tard son directeur photo du moment, Nicolas Roeg (entre autres pour Don't Look Now, Walkabout et Bad Timing). Le cinéaste fait preuve d'une inventivité formelle de chaque instant et met en place une narration déroutante, menée à un rythme plutôt soutenu, régulièrement ponctuée par des inserts de flashbacks ou de flashforwards qui ont toujours du sens. Richard Lester renforce ainsi un sentiment, en replaçant un bref moment passé, ou glisse des images quasiment subliminales qui préparent et provoqueront de drôles d'impressions de déjà-vu. Ces tours de passe-passe agréables et déconcertants participent au pouvoir de fascination évident d'un film qui prend les allures d'un puzzle très simple à suivre et progressivement doté d'une vraie envergure. Car si Richard Lester et toute sa bande ont l'air de s'être bien amusés, parvenant notamment à capter une des facettes de leur époque (on note également les apparitions de Janis Joplin et du groupe The Grateful Dead), ils n'en ont pas moins oublié de nous émouvoir, de nous toucher pour de bon. La dernière scène empreigne même durablement nos esprits, nous restons pendus à la destinée indécise de ces deux êtres.





Au-delà de leur histoire personnelle, c'est aussi l'air du temps saisi, ce parfum si propre à la fin des années soixante, lourd de ses questionnements et de ses remises en cause, qui réussit à nous emplir d'émotions contradictoires, nimbées d'amertume. Petulia a un ton vraiment étonnant, tour à tour léger et amusant ou grave et acerbe. Pendant que les personnages se débattent dans leurs relations tumultueuses et leurs logements chics et confortables, la télé ou la radio diffusent en arrière-plan des infos sur la guerre du Vietnam qui, de l'autre côté du monde, bat son plein. Et que cachent la frivolité séduisante, la fantaisie permanente et les extravagances surprenantes de la si belle Petulia ? Nous découvrons peu à peu la véritable nature du lien qui l'unit à son mari et tout n'est pas si rose... Tout à fait à l'image de ses deux acteurs principaux, à leur zénith, le film de Richard Lester possède donc un charme fou. Plein de couleurs, de détails tantôt comiques tantôt sordides, d'idées de mise en scène et de montage en veux-tu en voilà toujours pleinement au service du récit, Petulia déborde de vie et s'impose finalement comme un puissant mélodrame.


Petulia de Richard Lester avec Julie Christie, George C. Scott et Richard Chamberlain (1968)

22 novembre 2018

Cam

On rapproche beaucoup Cam de la série Black Mirror et il est facile de comprendre pourquoi. Comme la série britannique, Cam aborde très frontalement un sujet actuel lié aux nouvelles technologies et l'exacerbe juste ce qu'il faut pour le mettre au service d'un thriller à tendance paranoïaque flirtant ici volontiers avec l'horreur. Le film de Daniel Goldhaber et Isa Mazzei s'intéresse à l'univers des camgirls, ces filles qui vendent plus ou moins leurs corps sur internet pour des shows en ligne, hébergés par des sites pour adultes, lors desquels elles peuvent interagir en direct avec leurs spectateurs et choisir d'être leur marionnette en échange de quelques crédits. Alice, aka Lola, est une jeune camgirl en pleine ascension qui découvre, du jour au lendemain, qu'elle a été remplacée sur son site hôte par une réplique exacte d'elle-même.




Approuvé par Stephen King dès sa sortie sur Netflix via un tweet qui, à lui seul, a presque réussi à lancer un début de hype, Cam bénéficie d'un accueil assez favorable. Les comparaisons avec Black Mirror vont en ce sens et se veulent flatteuses, étant donné l'excellente réputation dont jouit cette série. Une réputation selon moi très exagérée puisque, malgré toutes ses bonnes intentions, cette anthologie dystopique offre généralement, à partir d'idées alléchantes, des épisodes très creux, tournant vite en rond et dont on a tôt fait de saisir le petit message. Cette association heureuse est donc un compliment à nuancer car, en réalité, ce film partage tous les défauts d'une série télé dont il passe pour un épisode que l'on aurait laborieusement rallongé. Il faut en effet attendre 30 bonnes minutes pour que l'intrigue se mette en place et que notre camgirl découvre, stupéfaite, son imitation à l'écran.




Avant cela, Daniel Goldhaber, s'appuyant sur un scénario écrit par une véritable ex-camgirl Isa Mazzei avec laquelle la paternité du film est partagé, prend son temps pour installer son personnage principal et pour nous familiariser avec son gagne-pain ma foi très atypique. Il est tout naturel d'être un minimum intrigué par l'univers qui nous est ici dépeint avec précision et qui s'avère particulièrement propice à une ambiance glauque et malsaine. En filmant très simplement sa camgirl dans son décor de princesse rose bonbon, Daniel Goldhaber ne tombe jamais vraiment dans le sordide ou le racoleur, mais n'y est parfois pas très loin. Son intérêt réel pour le personnage qu'il tente de faire exister supplante le reste et évite ces écueils, l'interprétation solide de Madeline Brewer aidant beaucoup.




Hélas, le film s'enlise progressivement, ne réussit pas à prendre son envol et à développer un vrai suspense à partir du moment où la jeune femme enquête sur sa copie, alors que c'est à partir de là qu'il devrait décoller. Le scénario paraît alors beaucoup plus brouillon, s'éparpille et ne prend aucune direction claire, échouant lamentablement à créer la moindre tension. Cam devient franchement laborieux et long, se plantant dans tous les tableaux, côté satire comme côté thriller. C'est dommage, car il y a bien ici ou là quelques amorces d'idées intéressantes qui auraient effectivement pu donner quelque chose. On relève un peu la tête lors de ce passage en plan séquence lors duquel Alice se rend à l'anniversaire de son débile de petit frère qui n'a rien trouvé de mieux à faire que répéter à tous ses potes que sa sœur fait du porno. A la fin de cette scène, le secret finit par s'éventer, le portable du frère atterrissant sous les yeux de la mère, pas spécialement réjouie, devant les nombreux invités médusés. Malaise...




La scène finale, qui propose une mise en abyme poussée à l'extrême où Alice fait face à son double, aurait pu être excellente mais l'idée, là encore, n'est pas convenablement exploitée. C'est à l'image du film entier, et de la série auquel il fait immanquablement penser : il y a là du potentiel, un sujet accrocheur et original et quelques avortons d'idées, pour un résultat final assez creux et inoffensif. Pas terrible, donc, mais amplement suffisant pour figurer en bonne position dans le top annuel de Stephen King, aux côtés d'une saloperie comme Sans un bruit, et facilement supérieur aux standards Netflix...


Cam de Daniel Goldhaber et Isa Mazzei avec Madeline Brewer (2018)

20 novembre 2018

The Young Lady

Tous ceux qui ont vu Outlaw King ont forcément remarqué l'actrice qui joue la Reine d’Écosse, l'anglaise Florence Pugh. Cette jeune actrice avait été révélée il y a deux ans par Lady Macbeth (aka The Young Lady en version française...), le premier long métrage du réalisateur britannique William Oldroyd, adaptation du roman de Nikolaï Leskov, Lady Macbeth du district de Mtsensk. J'ai lancé ce film les yeux fermés et la surprise fut d'autant plus agréable, car on tient là un drame de la plus belle eau qui révèle donc une actrice aussi charmante que douée et un cinéaste au talent évident. L'action se déroule à la fin du XIXème siècle dans une région rurale de l'Angleterre. On y suit une jeune femme, Katherine, mariée par intérêt et sans le moindre amour à un homme plus âgé. Sa vie ennuyeuse et stricte est bouleversée au départ de son mari car elle découvre pendant son absence la passion amoureuse et les plaisirs de la chair avec un de ses palefreniers nommé Sebastian. Autant ne pas en dire plus.





Lady Macbeth est avant tout le portrait d'une femme désireuse de sortir de son carcan étouffant dans lequel elle est maintenue par son mari autoritaire et son beau-père acariâtre. Les personnages sont vraiment bien plantés et de façon assez subtile, les dialogues sont très réussis. On devine chez chacun d'eux des failles profondes qui nuancent le tableau qui pourrait sans ça tomber dans la caricature. Florence Pugh, qui suscite d'abord l'empathie, finit par incarner une femme presque effrayante de cruauté et d'intelligence machiavéliques, à l'aura impressionnante. Cette évolution perverse est étonnamment bien retranscrite, tout comme l'ambiguïté morale de ce personnage. Son basculement progressif se fait finement. On pourrait un temps reprocher au réalisateur de ne pas accorder assez de place à l'amour qui lie Katherine à Sebastian, mais là n'est finalement pas le sujet du film.





La mise en scène de William Oldroyd est particulièrement maîtrisée. Le cinéaste atteste d'un vrai sens du cadre et nous propose une reconstitution historique très sobre et légère, loin des productions lourdaudes qu'on nous sert parfois quand il s'agit d'adapter de telles tragédies shakespeariennes. C'est d'ailleurs presque un reproche que l'on pourrait faire à William Oldroyd : son film aurait peut-être pu prétendre à une autre envergure. On sent une forte volonté de rester dans l'épure totale, avec cette absence de musique, ces silences si présents, ces cadres au millimètres et cette durée très courte pour nous raconter une telle histoire (en 88 minutes, c'est réglé). C'est à la fois le grand charme du film et, peut-être aussi, sa petite faiblesse. Cette description pourrait vous faire craindre un résultat à l'écran trop austère et froid, nous laissant à distance, mais il n'en est rien : bien rythmé, le film est assez lumineux et avenant, la présence centrale de la belle Florence Pugh participant beaucoup à cela.





Le style intelligemment adopté par William Oldroyd dépeint parfaitement cette espèce de prison soyeuse dans laquelle vit la jeune femme. Les quelques scènes en extérieur, valorisant les beaux paysages de cette région anglaise, apparaissent d'ailleurs comme de vrais bols d'air frais, pour nous comme pour le personnage principal. On prend un grand plaisir à suivre cette terrible histoire qui parvient habilement à traiter de thèmes forts et encore très actuels comme l'émancipation féminine et les rapports de classes. On termine le film avec la certitude qu'une actrice est née et que ce cinéaste est à suivre de près. 


The Young Lady (Lady Macbeth) de William Oldroyd avec Florence Pugh (2016)

18 novembre 2018

Halloween III - Le Sang du sorcier

Le troisième Halloween est le vilain petit canard de la longue saga qui a découlé du succès phénoménal du film original de John Carpenter. Il est le seul du lot où l'on ne recroise pas Michael Myers, laissé pour mort dans un brasier terrible à la fin du deuxième épisode. L'idée de Debra Hill et John Carpenter était de renouveler la série et de créer une anthologie de films d'horreur autour de la fête d'Halloween. Malheureusement, cette idée a priori sympathique n'a pas fait long feu en raison du cuisant échec rencontré par cet Halloween III à sa sortie. Des critiques sévères et injustes condamnèrent impitoyablement le film qui essuya un cinglant revers au box office. Aujourd'hui, force est pourtant de constater qu'il s'agit-là de la meilleure déclinaison d'une franchise qui sera par la suite vouée à la plus vilaine médiocrité.





Il s'agissait du premier long métrage en tant que réalisateur de Tommy Lee Wallace, celui-ci se fera remarquer plus favorablement en 1990 en signant l'adaptation télé de Ça, qui en a fait trembler plus d'un dans les chaumières. Tommy Lee Wallace n'était guère étranger à la saga puisqu'il officiait déjà en tant qu'homme à tout faire sur le tournage au budget très serré du classique de Carpenter : on lui doit notamment l'idée du fameux masque porté par Michael Myers (c'est aussi lui qui était chargé de ramasser et repeindre les feuilles mortes utilisées pendant le tournage, pour donner l'illusion que l'action se déroulait bien fin octobre). Il s'attelle cette fois-ci à la mise en image d'une drôle d'histoire tournant autour d'une enquête sur des masques destructeurs fabriqués et distribués par une mystérieuse entreprise aux desseins meurtriers...





Les années ont rectifié le tir et Halloween III est désormais justement considéré par les amateurs comme une petite perle noire du cinéma fantastique des années 80. Le film mérite effectivement d'être revu à la hausse et reconsidéré. Dès le générique, variation géniale de celui du premier film, accompagné d'une musique synthétique très inspirée signée John Carpenter et Alan Howarth, on est tout de suite dedans et intrigué ! Le scénario, assez déconcertant, parvient longtemps à maintenir notre curiosité au beau fixe, avant qu'il ne perde beaucoup de sa consistance dans sa dernière partie où il vire un peu trop dans le n'importe quoi. On comprend facilement que cela ait pu, à l'époque, déplaire aux fans du boogeyman inexpressif qui espéraient encore le retrouver et se virent proposer une histoire de masques maléfiques.





Autre point faible, et celui-ci est de taille : on ne comprend pas trop les motivations des différents protagonistes, à commencer par celles du vieux psychopathe flippant, gérant de Silver Shamrock, cette entreprise malveillante qui cherche, semble-t-il, à épurer la population via des masques destructeurs et des spots télé obsédants (un gimmick quant à lui très réussi). Un vague culte aux sorcières, en référence à l'origine même de la fête d'Halloween, est plus ou moins évoqué avec ce menhir volé par les ouailles du PDG vicelard au site de Stonehenge (!), mais cette piste n'est pas assez creusée pour être réellement consistante. Dommage, car l'acteur qui incarne ce malade, l'irlandais Dan O'Herlihy, n'est pas mal du tout !





Face à lui, on a également du mal à piger pourquoi le docteur campé par Tom Atkins se retrouve dans cette galère, lui qui n'a pas grand intérêt à enquêter sur la mort mystérieuse dont il a été témoin au début du film, celle d'un vieillard en fuite croyant avoir trouvé refuge dans son hôpital puis éliminé par l'un des mystérieux hommes de main du boss de Silver Shamrock. Peut-être est-ce simplement pour suivre la jeune femme éplorée, fille du défunt... Celle-ci est jouée par l'agréable Stacey Nelkin, une charmante actrice bien équipée au niveau respiratoire qui peut justifier quelques kilomètres en bagnole et une nuit dans une ville-entreprise particulièrement bizarre. Mais là encore, cette piste n'est pas assez travaillée, bien qu'une romance de pure circonstance soit effectivement entamée entre les deux personnages.





Quelques mots au sujet de Tom Atkins : cet acteur est bien gentil, les fans de Big John le connaissent bien puisque l'on croise aussi sa grosse tronche moustachue dans Fog et Escape from New York, mais admettons qu'il a un charisme tout relatif, peut-être insuffisant pour porter un film à lui seul. Il est un peu ridicule quand il court gauchement en tenant son blouson beige sur l'épaule : on focalise sur ledit blouson dans trop de scènes ! Pourquoi l'emporte-t-il partout avec lui, le tenant misérablement à la main, s'il n'en a pas besoin et que la douceur du climat lui permet de se balader à l'aise en chemise ?! C'est une des nombreuses questions qui restent en suspend...





Enfin, il y a aussi quelques effets spéciaux malheureux, comme par exemple cette pluie d'éclairs bleus (ou plutôt de lasers ?!) qui s'abat sur les employés de l’usine de Silver Shamrock après que notre ingénieux héros leur ait balancé des morceaux du menhir (décidément doté de sacrés pouvoirs !). Ces effets douteux sont cependant contrebalancés par d'autres scènes choc nettement plus réussies qui mettent quant à elles à l'honneur des effets visuels bien plus artisanaux, pour de brèves visions cauchemardesques mémorables.





L'ambiance du film est également très appréciable. La mise en scène de Tommy Lee Wallace s'avère particulièrement soignée, on pourrait souvent croire que John Carpenter himself se tient derrière la caméra ou supervise de très près le projet. Il y a quelques plans de toute beauté. La patte reconnaissable du grand Dean Cundey, dirlo photo des meilleurs titres du Maître de l'Horreur, n'y est clairement pas pour rien. Notons aussi quelques idées franchement excellentes, comme le fameux spot publicitaire et la ritournelle qui l'accompagne. Le tout est d'ailleurs soutenu par une musique terrible signée John Carpenter et Alan Howarth. Ces vraies qualités permettent de relativiser les menus défauts précédemment évoqués, elles offrent largement de quoi passer un agréable moment devant ce film d'horreur tout ce qu'il y a de plus sympathique et empli de bonnes intentions.


Halloween III - Le Sang du sorcier (Halloween III - Season of the Witch) de Tommy Lee Wallace avec Tom Atkins, Dan O'Herlihy et Stacey Nelkin (1982)

14 novembre 2018

Battle of the Sexes

Il n'y a rien à dire sur ce film, ou en tout cas pas grand chose. C'est une sorte de biopic de Billy Jean King, une joueuse de tennis homosexuelle qui a remporté un match contre un vieux tennisman qui voulait se la faire pour prouver la supériorité des hommes sur les femmes. Je ne savais rien de cette histoire et je ne connaissais même pas l'issue du match. J'ai donc regardé ce film sans trop de souci car il y avait pour moi un brin de suspense et il faut bien avouer que tout ça n'est pas si mal huilé, ça passe vite. J'avais une soirée à flinguer, je l'ai flinguée devant ce film qui n'est ni assez drôle pour être une comédie (à vrai dire, il ne l'est jamais : on connaît le potentiel comique de Steve Carell, il est ici inexploité), ni suffisamment engagé pour être un pamphlet féministe. C'est inoffensif. On ne peut guère jeter la pierre aux acteurs, qui font leur travail très poliment.




Il s'agit du troisième film du couple très peu productif qui a explosé aux yeux du grand public avec Little Miss Shoeshine il y a tout de même près de 15 ans. Entre temps, ils ont simplement réalisé une comédie romantique dans laquelle Paul Dano s'invente une meuf imaginaire nommée Ruby Sparks. Je l'ai zappée. Jonathan Dayton et Valerie Faris ont au moins l'intelligence ici de ne même pas essayer de filmer le fameux match de tennis. Ils en montrent des extraits via la retransmission télé, et c'est pas bête, car on peut ainsi mieux voir quelques échanges. Si Emma Stone et Steve Carell ont laissé leur tenues à des doublures plus douées, on n'y voit que du feu. C'est un choix très frileux et merdeux mais bien plus malin et moins agressif pour les yeux que le sordide Borg/McEnroe, qui nous proposait une reconstitution à pleurer d'un match légendaire. C'est la reconstitution des années 70 qui pèse des tonnes, comme trop souvent. Couleurs criardes, coupes de cheveux improbables, fringues ringardes et accessoires typiques des seventies : c'est kitsch comme ça n'en peut plus et on n'oublie jamais une seconde que nous sommes, justement, devant un triste film d'époque.




Battle of the Sexes m'aura au moins appris comment a été créée la WTA (Women's Tennis Association), le pendant féminin de l'ATP (que l'on connaît bien pour son célèbre classement, où sachez que je figure en 56ème position) : c'est donc Bill Pullman qui a provoqué la scission entre les hommes et les femmes en se montrant particulièrement couillon ; en refusant d'augmenter leurs primes, il a poussé ces dernières à créer leur propre circuit, pour la bagatelle d'un euro de frais d'inscription. Voici tout ce que j'ai retenu. Pour le reste, Battle of the Sexes n'a que très peu d'intérêt bien qu'il se place en bonne position dans le classement morbide des films consacrés au tennis. 


Battle of the Sexes de Valerie Faris et Jonathan Dayton avec Emma Stone et Steve Carell (2017)

13 novembre 2018

Outlaw King

Il y a des "grands films malades" et d'autres films, de taille plus modeste, atteints de la même maladie. Outlaw King, le nouveau long métrage de David Mackenzie, appartient à la deuxième catégorie. Il s'agit d'un projet que le réalisateur britannique, révélé par le sympatoche mais surestimé Comancheria, portait depuis longtemps dans son cœur. Il se place en quelque sorte dans la continuité chronologique du Braveheart de Mel Gibson puisqu'il nous narre la lutte de Robert Bruce contre les troupes du Roi d'Angleterre pour obtenir l'indépendance de l’Écosse, au début du XVème siècle. Un projet a priori ambitieux que l'on a envie d'accueillir avec espoir et bienveillance, mais deux indices de poids appellent immédiatement à la méfiance : le film est distribué par Netflix et l'acteur principal incarnant le leader écossais n'est autre que Chris Pine. Chris Pine.





Comment une telle production de 120 millions de dollars de budget peut-elle finir sur Netflix ? Mystère... De rapides recherches sur internet nous apprennent que suite aux réactions mitigées de spectateurs déconcertés par le rythme et la longueur du film lors de sa projection en avant-première au festival de Toronto, David Mackenzie a choisi d'en raboter pas moins de 20 minutes. Le cinéaste prétend avoir fait ça sans regret, le sourire aux lèvres, améliorant ainsi son film et arguant que celui-ci reste "épique" malgré sa plus modeste durée. Il faudrait cependant être bien peu regardant sur la marchandise pour ne pas remarquer que le produit fini souffre d'un montage à la serpe, pour des effets involontairement comiques lors de ces transitions soudaines qui coupent parfois brutalement des personnages secondaires pour mieux poursuivre l'action ailleurs. Bancal et brouillon, bienvenue dans le catalogue Netflix !





Dès les premières secondes, on sent toute l'ambition de David Mackenzie. Celui-ci choisit d'ouvrir son film par un long plan séquence de dix minutes qui produira peut-être son petit effet et qui a surtout le mérite de planter rapidement le décor. Cette scène, tout comme quelques autres, est toutefois gâchée par ce triste effet de vignettage très à la mode ces derniers temps. Cet assombrissement de la périphérie du cadre, rétrécissant l'image, va pourtant à contre-courant, selon moi, d'un film d'aventure historique qui revendique une certaine ampleur. En règle générale, cette rengaine des dirlos photos en manque d'inspiration ne donne pas un cachet particulier aux films, contrairement à ce qu'ils s'imaginent sans doute, mais plutôt une allure cheap malvenue. Ce n'est pourtant pas dans Outlaw King qu'on y a le plus souvent affaire, mais ce film prend pour les autres. C'est cruel !





Plus le temps passe, plus on jauge l'importance du fossé qui sépare les prétentions affichées par le cinéaste et le pauvre résultat à l'écran. Où sont passés les 120 millions de dollars ? Peut-être dans les chevaux, très nombreux et bien nourris ? Pas dans le casting, ça c'est sûr. Quand ton acteur fétiche se nomme Chris Pine, tu pars avec un lourd handicap. Mackenzie l'avait déjà dirigé pour Comancheria, il a dû juger que le bellâtre californien au regard bleu d'abruti serait crédible en grand héros national écossais. Faire du fade et lisse Chris Pine l'acteur vedette de sa grande épopée historique constitue en soi un pari très risqué. Pourtant, il faut bien avouer que la starlette américaine n'est guère à blâmer. Pine fait ici tout son possible et trouve sûrement son meilleur rôle (vous me direz, vu le reste de sa filmo...), on ne s'acharnera donc pas sur son cas. A ses côtés, on apprécie l'actrice choisie pour jouer la Reine, Florence Pugh, qui dégage charme et fraîcheur de vivre hollywood chewing gum. Sa présence délicate est l'un des atouts d'un film dont on pourra hélas regretter que les personnages manquent d'épaisseurs, notamment les ennemis anglais, malgré toutes leurs gesticulations.





Escarmouches, duels et combats en tout genre s'enchaînent après une grosse demi heure d'installation débouchant sur un constat, sans appel : David Mackenzie ne filme pas mieux qu'un autre ce genre de scènes, mais il se débrouille pas si mal. On focalise encore sur les mauvaises habitudes de ce type de productions, à commencer par l'illisibilité parfois gênante de l'action et, détail de moindre importance mais tout aussi énervant, ces gerbes de sang ridicules souvent ajoutées en postprod qui font de chaque être humain un ballon de baudruche gorgé de sang ne demandant qu'à éclater. C'est laid, inutile et bête, ça me rappelle une de mes collègues de travail. En plus, ça n'est pas spécialement réaliste. Je n'ai pas tenté l'expérience, mais je suis à peu près sûr de ne pas repeindre les murs de mon sang à la moindre égratignure. Quand arrêteront-ils aussi de faire ça ?! Outlaw King est le film du ras-le-bol. Manque de bol, c'est tombé sur lui. C'est cruel, encore une fois, rappelons donc par souci de justice que filmer les batailles médiévales, bordéliques par nature, est un défi particulièrement lourd à relever pour n'importe quel cinéaste...





Ce n'est donc pas l'action et l'aventure qui nous feront vraiment vibrer mais plutôt l'humour involontaire de certaines situations absurdes et de quelques dialogues qui n'ont pas grand chose de moyenâgeux et encore moins de lyrique. Il faut attendre la 93ème minute pour assister à ce qui est pour moi le point culminant de l’œuvre de Mackenzie. Chris Pine et sa bande parcourent à cheval les paysages humides de leur belle région quand le leader descend soudainement de sa monture, comme s'il avait été soudainement frappé d'une illumination géniale. Marchant lentement dans la tourbière, il lance alors sur un ton assez solennel "They want to take our land [longue pause] but they don't know our land". Les autres le regardent alors avec un air circonspect, un peu perdu, les mains sur les hanches, vraisemblablement pris de court par l'ingéniosité de leur leader. Fin stratège, Robert Bruce leur signifie là qu'il a trouvé de quoi piéger naturellement les troupes anglaises : la bataille décisive se déroulera en pleine tourbière, les cavaliers anglais, surpris, s'embourberont dans la gadoue et dans des piquets judicieusement placés ! La beauté de cette courte scène réside dans la façon qu'a Chris Pine de prononcer sa phrase et dans la réaction incrédule de ses collègues. Du grand art ! J'ai dû me la repasser cinq fois de suite...





Juste après ce passage génial, le montage de Mackenzie faisant toujours des merveilles, on enchaîne directement avec un autre moment plus fugace mais tout aussi amusant, pendant la préparation de la grande bataille. Un des fidèles de Robert Bruce se présente à ce dernier pour lui montrer fièrement un piquet qu'il vient de tailler, lui demandant d'en valider la taille et l'affûtage tandis que d'autres attendent à la file indienne derrière lui, munis de leurs piquets non encore appointés. Chris Pine jauge alors le piquet en le regardant rapidement de bas en haut, s'assurant de sa solidité, et donne aussitôt le feu vert pour en démarrer la production. C'est excellent ! On est pas loin de la parodie pure. Il faut voir le gars repartir avec son piquet, avec la satisfaction du travail bien fait, et les autres patienter derrière lui, têtes basses ! C'est du génie !





En dehors de ce genre d'éclats inattendus, il y aussi quelques beaux échanges à signaler. La Reine, fraîchement éprise du Roi, se lamente que celui-ci s'en aille déjà alors que les funérailles de son père viennent tout juste de s'achever. "Robert, tu viens d'enterrer ton père" lui dit-elle, visiblement inquiète que son nouveau mari fasse passer le boulot avant sa vie de famille et sa santé. "Je dois quand même payer mes impôts !" lui répond Chris Pine, droit dans ses bottes. Énorme ! On apprécie aussi le ridicule mais historiquement tout à fait crédible "Robert Bruce fils de Robert Bruce fils de Robert Bruce" prononcé avec le plus grand sérieux au moment de l'intronisation du Roi. Peu après, un zonard vient tapoter sur l'épaule de Robert Bruce pour le prévenir gentiment que les troupes anglaises sont déjà en marche. "Ça sera notre premier gros test" répond alors Chris Pine, en regardant au loin. Sérieusement, faites un effort dans les dialogues, essayez au moins un minimum de nous donner l'impression que tout ça se déroule dans le passé, il y a plus de 700 ans...





Nous n'attendons certes jamais une grande finesse historique ou psychologique d'un tel spectacle, mais David Mackensie est ici proche du néant absolu. On comprend assez mal les petites tractations qui permettent à Robert Bruce de s'attirer rapidement les faveurs et l'adhésion d'un peuple qui sort pourtant de huit années de guerre et qui vient de voir la tête de William Wallace plantée sous leurs nez par ces salops d'anglais. On ne sent aucune espèce de souffle porter notre héros, on ne comprend pas comment il peut réussir à recruter du monde pour combattre à ses côtés. On a simplement de la peine pour tous ces malheureux. "Il nous manquait un chef !" dit l'un d'eux en tapant du poing sur la table avant d'avaler une grande lampée de bière pour fêter ça. On doit s'en contenter...





Reconnaissons tout de même que cet Outlaw King est nettement plus recommandable que la plupart des blockbusters actuels qui déboulent chaque semaine en grandes pompes dans nos salles de cinéma. Il apparaît facilement supérieur aux standards Netflix puisque l'on termine le film sans haine ni violence, presque avec le sourire, en n'ayant pas passé un si mauvais moment et en s'étant même marré quelques fois. S'imaginant qu'il suffit de mal filmer de longues batailles, de déverser des hectolitres d'hémoglobine et de multiplier les figurants pour insuffler un souffle épique à son film, David Mackenzie n'est pas à la hauteur de ces si grandes et nobles intentions. Son projet de cœur n'a certainement pas l'allure dont il rêvait. Mel Gibson peut dormir tranquille...


Outlaw King : le Roi hors-la-loi de David Mackenzie avec Chris Pine, Aaron Taylor-Johnson et Florence Pugh (2018)