29 août 2015

Cannibal Holocaust

Aujourd'hui c'est samedi et je fais shabbat. Quand c'est shabbat, je n'ai pas le droit de faire des choses trop extrêmes, comme par exemple du vélo ou des crêpes. Alors imaginez-vous, regarder des films d'horreur... C'est comme ça, c'est une tradition familiale à laquelle je me plie malgré le fait que ni moi, ni mes parents, ni un seul de mes ascendants ne soit de confession juive bien que ça m'aurait assez plu. Mais bon, tout ça pour vous dire que j'ai vu Cannibal Holocaust un samedi et c'est extrêmement mal vu pour un mec comme moi, j'ai des principes en principe. Ce film ultra gore est le précurseur des found footage qui inondent nos écrans depuis Le Projet Blair Witch. Les scènes les plus connues nous montrent une tribu amazonienne dévorant une tortue vivante, une pauvre indigène se faisant violer sauvagement et une autre femme innocente se faisant empaler sur un pieu vertical. Cannibal Holocaust m'a littéralement mis au tapis. En voulant dénoncer la violence de la société dite civilisée et le sensationnalisme à outrance de ses médias, Ruggero Deodato réalise un film extrêmement violent, qui flirte avec le snuff movie et provoque encore aujourd'hui un certain mal être. Mon père m'a chopé en train de mater ce film un samedi soir et il m'a mis la branlée du siècle. Faut dire que je lui ai, en toute conscience, manqué de respect. Je ne sais pas ce qui lui a déplu, les cannibales ou l'Holocauste. 


Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato avec Robert Kerman (1980)

25 août 2015

Pas de printemps pour Marnie

On se demande, banalité de le dire, à quel point notre jugement sur les films est influencé ou non par notre avis sur leur auteur, lequel est façonné non seulement par la vision des autres films du cinéaste mais aussi potentiellement par l'aspect global de sa carrière, sa réputation et tutti quanti. Y a-t-il des films actuels envers lesquels nous nous montrons éventuellement trop sévère et inversement, n'y a-t-il pas des films anciens si bien considérés que l'on se fait plus tolérants qu'il ne faudrait à leur endroit, voire aveuglément admiratifs. L'exemple c'est Hitchcock. Si Hitchcock tournait aujourd'hui, ne serions-nous pas davantage critiques envers chaque nouvelle réalisation du maître ? Et ce quand bien même notre homme aurait déjà tourné au moins la dizaine de chefs-d’œuvre absolus qu'on lui connaît, comptant parmi les plus grands films de l'histoire du cinéma et pouvant constituer à eux seuls une très digne et respectable liste des œuvres cinématographiques les plus indispensables qui soient ; sans compter un beau paquet de films moins primordiaux, à peine magistraux. Marnie rassure un peu. On peut trouver un film très respecté de Sir Alfred Hitchcock (ne prenons pas le cas d'un semi-ratage admis, tel Family Plot, film toutefois charmant à plusieurs égards) non seulement mineur mais même assez raté.




Le premier défaut du film, et pas des moindres quand on parle d'un film d'Hitchcock, c'est son récit. Pas que le scénario psychanalytique pose problème en soi (Spellbound était aussi beau qu'outrancier dans son adaptation poussive des théories freudiennes sous forme de thriller), mais ici, le script est tout de même bien faible. Deux heures durant on est auprès de Marnie Edgar, une jeune femme froide et énigmatique, voleuse et menteuse, qui a peur des hommes et du rouge et qui souffre manifestement d'une relation au-delà de complexe à la figure de la mère. L'héroïne est aidée par un type, Mark Rutland, qui se montre immédiatement attiré par elle (physiquement attiré, et comment l'être autrement : Marnie est aussi vide que violente), incarné par un Sean Connery aux sourcils épilés à la hache et aux paupières taillées en biseaux qu'on croirait échappé de la loge maquillage de Priscilla folle du désert. Ce personnage masculin ne présente pas d'autre intérêt que celui de venir en aide à une héroïne un tantinet exaspérante.




Marnie est interprétée par une Tippi Hedren certes charmante mais pas vraiment douée pour la comédie (autre grand atout de Spellbound, Ingrid Bergman), et malheureusement pour elle plus exposée ici que dans Les Oiseaux. L'actrice, devenue ici le pilier narratif d'un film beaucoup moins puissant, n'a comme argument à faire valoir qu'une voix atippique assez aiguë (qui lui permet d'imiter celle d'une petite fille dans le dénouement final), et de certes très jolies jambes (c'est le point focal de la première description qu'en donne le personnage interprété par un Sean Connery transsexuel peut-être mais sexuel avant tout). Le jeu outré voire complètement faux de Tippi Hedren confinerait parfois au risible si nous n'avions pas beaucoup de sympathie pour elle grâce au souvenir de Melanie Daniels. Certaines actrices hitchcockiennes ont partagé sa maladresse, mais même si l'on pense par exemple à l'expression de la peur un peu forcée de la belle Joan Fontaine dans Rebecca, l'actrice y était par ailleurs rayonnante, ce que Tippi Hedren n'est jamais dans Marnie. La seule scène où elle marque les esprits est celle où son ancien courtisan et nouvel époux, Mark Rutland (Connery donc), s'approche d'elle contre son gré et la déshabille d'un coup sec. Hitchcock, qui n'est pas venu sur le plateau sans son génie érotique habituel (il est affligeant de voir si souvent employé, y compris sur ce blog et sous ma plume, le mot érotomane, qui nomme une pathologie et n'a rien à voir avec l'érotisme, que ce soit dit une bonne fois pour toutes !), fait un plan sur le visage de l'actrice criant "No !" de son étrange et belle voix criarde - éclat de jouissance par anticipation - et enchaîne à toute vitesse avec un plan digne du plus profond respect sur ses jambes mises à nu.




Malgré cette belle scène, il est difficile de se passionner pour cette histoire et de se laisser impressionner par sa résolution un peu pompière. L'intérêt que manifeste le personnage de Sean Connery pour celui de Tippi est difficilement compréhensible, à moins que cet homme ne soit attiré par son tempérament de voleuse, mais cet étonnant fétichisme n'est pas suffisamment travaillé pour qu'on y croie vraiment ou pour qu'on en soit fasciné. Quant à la dimension psychanalytique du scénario, elle n'apporte pas grand chose à se mettre sous la dent. La mise en scène pointe par moments, évidemment, ça reste Hitchcock au volant, comme dans la séquence du vol où notre génie parvient une fois de plus à placer idéalement le spectateur dans la scène pour susciter un suspense incroyable, montrant dans le même plan - comme dans Fenêtre sur cour lorsque Lisa Marie Fremont s'introduit chez le tueur pour trouver une preuve, et comme dans maints films d'Hitchcock, qui décrivait ce principe pour définir le suspense à longueur d'entretiens - tout à la fois : l'héroïne qui commet son larcin et une tierce personne susceptible de la prendre sur le fait à tout instant, et entre les deux, nous autres. La séquence est remarquable mais fait figure de sublime exception dans un film qui n'est pas totalement à la hauteur du maître. La faute aussi à de nombreux et récurrents cadrages très serrés, étonnants mais pas toujours magnifiques, pas aussi maîtrisés que ce à quoi le vieux nous a habitués.




Les effets ne sont pas toujours très heureux non plus, comme ces filtres rouges qui envahissent l'image quand l'héroïne aperçoit ladite couleur, qui provoque chez elle un sentiment de terreur. Hitch a toujours eu un petit côté kitsch, bricoleur sans filets, qu'il s'agisse de l'invention du travelling compensé dans Vertigo et Psychose, des effets de composition criards dans les séquences de rêve de Vertigo et de Spellbound, ou de l'épure abstraite et colorée de la scène du jugement de Grace Kelly dans Dial M for Murder, mais ces tentatives sont pratiquement toujours mêlées de génie, à tout le moins de charme, et fonctionnent finalement à plein, alors qu'ici le procédé, un peu facile, répétitif pour ne pas dire grossier, vire au système. Sans parler, côté pur effet de montage, de la séquence de chute à cheval, qu'un découpage malheureux rend parfaitement grotesque.




Loin de moi l'idée de froisser les fans de Marnie, ou de prétendre que ce serait là un mauvais film. On est bien chez Hitchcock et tout ne peut pas être mauvais. Il y a tout de même ce talent du cinéaste pour nous ménager une position idéale dans les plus belles scènes d'un film somme toute plaisant et proposant après tout des idées, formelles notamment. Mais cette histoire manque de force, ces interprètes de caractère, cette mise en scène de fulgurances, et le film ne parvient pas à nous captiver comme on attend de l'être par tout bon film du Hitch. Les personnages ne sont jamais suffisamment savoureux, comme l'étaient ceux de La Corde, des Enchaînés, de La Mort aux trousses, ou de Fenêtre sur cour. La musique d'Herrmann repose sur un thème puissant mais répété à l'envi et trop nerveux pour un film qui ne parvient pas à suivre son rythme effréné. C'est enfin un petit Hitchcock, comme il en existe quelques uns en périphérie de la douzaine de joyaux bruts qui couronnent sa filmographie et de ces grands films qui gravitent autour, et il est presque rassurant de se rappeler que des films mineurs existent aussi dans la carrière de ce géant. Je me trouvai donc provisoirement rassuré de trouver des défauts à un film généralement admiré du plus grand cinéaste du monde (que ceux qui se hérissent quand ils entendent cette expression effrontément péremptoire lisent le bref et génial ouvrage de Tanguy Viel sur la cinéphilie : Hitchcock, par exemple). Sauf qu'alors on se demande si on n'est pas trop sévère avec ce film précisément parce que son réalisateur est un dénommé Hitchcock...


Marnie d'Alfred Hitchcock avec "Tippi" Hedren et Sean Connery (1964)

22 août 2015

Souvenirs de Marnie

Le nom d'Hiromasa Yonebayashi ne vous dira probablement rien, déjà parce qu'il est putain de dur à retenir, ensuite parce que j'ai déjà oublié cet enchaînement de syllabes complètement aléatoire. Animateur sur de nombreux classiques du cinéma d'animation japonais (en gros, les Miyazaki et les Takahata, mais aussi Jin-Roh), Yoneyabashi fait partie de ces quelques noms qui circulaient au studio Ghibli lorsqu'il s'agissait d'évoquer la succession du big boss Hayao. C'est mal barré pour lui vu que je viens d'écorcher son nom et que non seulement vous ne vous en êtes pas aperçus, mais en plus je serais bien incapable de vous dire où je me suis planté au juste. Yo-ne-ba-ya-shi. Yonebayashi.




En 2010, Miyazaki père en est déjà à sa quatrième retraite, et Miyazaki fils, un temps envisagé par le studio pour prendre la relève (même nom de famille, pas con !), vient de méchamment se ramasser avec Les Contes de Terremer, un Ghibli tellement mineur que je ne l'ai même pas vu. C'est donc à Yobenayashi (je vous ai encore niqués) que revient la lourde tâche d'essayer d'égaler maître Miyagizaki, que même sur ce blog on estime, c'est vous dire s'il pèse lourd dans le milieu. Appliqué et respectueux de ses ancêtres comme le sont tous les Japonais, et aussi sans doute bieeeeen flippé à l'idée de faire un four et de planter le studio, Lionel Bayashi suit le petit manuel du parfait Ghibli au katakana près pour son premier film. De cette entreprise ô combien ambitieuse naît Arrietty Chabot et le petit monde des Chapardeurs, un Ghibli by the numbers donc, qui rencontre cependant le succès grâce à un coup de génie marketing encore jamais vu : cibler les enfants, ces merveilleux petits portefeuilles ambulants aux goûts cinématographiques misérables, qui font sous eux avec la même vigueur devant Mon Voisin Totoro que devant Les Minions 3 : Amis pour la Vie.




Fort de ce succès, notre Yonebayashi se lance dans un second long-métrage que je n'aurais jamais dû voir, échaudé que j'étais par ce coup d'essai convenu comme c'est pas permis. Mais la vie des pelloches trouve toujours un chemin, en l'occurrence celui du cinoche du quartier qui projetait Souvenirs de Marnie, et d'où je suis sorti littéralement ébahi.




Je le surestime sans doute un peu parce que c'est le genre de film qui choque, tout particulièrement au cinéma, dans cette curieuse expérience de groupe non consentie qui peut vous faire passer à coté d'un chef-d’œuvre comme vous faire prendre un pied total devant une semi-daube, pour peu que votre humeur et celle de vos compagnons soient ou non à l'unisson. Ghibli oblige, il y avait pas mal d'enfants dans la salle et je peux vous dire que durant les 1h43 que dure le film, pas un n'a moufté. Si des slibards ont été souillés, c'est plutôt par leurs parents qui, au fil du récit, suaient à grosses gouttes en se demandant ce qu'ils étaient en train d'exposer à leurs chers bambins. Le film est en effet très ambigu... En fait non, il n'est pas ambigu du tout, il est on ne peut plus direct : c'est l'explication qu'on voudra retenir après le film qui est ambiguë. Il raconte d'une façon à la fois très naïve et très frontale une histoire d'amour entre deux adolescentes mal dans leur peau.




Tellement naïve et frontale, apparemment, que la majorité des critiques ne l'ont pas relevée, ou n'ont pas voulu la relever, préférant parler d'amitié quand devant eux, deux jeunes filles se regardent face à face, mains dans les mains, pendant des minutes entières, en se déclarant qu'elles s'aiment et ne se quitteront pas. C'est vrai qu'il n'y a pas pénétration... Au-delà de l'autocensure parentalo-chrétienne de nos critiques officiels, difficile de ne pas s'imaginer, bonjour paranoïa, une quelconque pression de la part de Disney (distributeur des films Ghibli pour la France) pour inciter nos chères têtes grises/chauves à ne pas trop insister sur cet aspect pourtant central du film, et il faut aller fouiner sur des blogs encore plus obscurs que celui-ci pour enfin avoir l'impression de retrouver une description fidèle du film que l'on vient de voir. Si Kéchiche n'avait pas glissé ses balourdes scènes de teuch dans La Vie d'Adèle, en aurait-on parlé comme d'une histoire de coloc qui finit mal ?




Le parti-pris est d'autant plus audacieux qu'il s'agit d'un des rares, sinon le seul Ghibli que je connaisse, sans le moindre petit animal rigolo ou autre bestiole imaginaire kawaii. Hiromasa Yonebayashi nous émeut rien qu'avec des humains, ce qui n'est pas si fréquent dans l'animation. L'univers dépeint par le film est inhabituellement terre-à-terre, y compris dans ses nombreuses séquences fantasmées : à vrai dire, on se croirait plus dans un film de Kore-Eda, voire d'Ozu, que dans un Miyazaki. La galerie de personnages n'en est pas moins attachante : l’héroïne, Anna, pure adolescente à la fois méprisante et adorable, y côtoie un pêcheur silencieux, une grosse tante, un tonton à la cool, et évidemment, son fameux doppelgänger, Marnie. De par sa nature de personnage onirique et fluctuant, celle-ci sombre d'ailleurs parfois dans certains clichés irritants, bien que justifiés scénaristiquement ; à propos, histoire de couper court à un malentendu qui m'a longtemps habité, et malgré des clins d’œil évidents à Vertigo, dans la thématique ou cette séquence dans une vieille tour, le choix du prénom "Marnie" n'en est en réalité pas un : c'est simplement le prénom du personnage du roman dont est adapté le film.




Sans être un échec commercial, le film n'a malheureusement pas bien marché et a achevé de plomber Ghibli, bien aidé par le bide total du conte de la princesse Kaguya, avant-dernier film du studio. C'est assez compréhensible : on a affaire à un film pour enfants que bien des parents ne voudraient pas qu'ils voient. Cela dit, Souvenirs de Marnie n'est pas exempt de défauts. On peut prendre sa sincérité terrible pour de la niaiserie ; on peut surtout lui reprocher ne pas assumer jusqu'au bout les lectures audacieuses de l'intrigue qu'il dissémine tout au long du film (le twist final fait pousser un ouf de soulagement aux parents). Il n'en demeure pas moins très malin, et aussi beau visuellement que dans son propos. Souvent je repense aux films marquants de mon enfance, et je me dis que de leur coté, les filles n'ont jamais eu leur Stand By Me ou leur Goonies. Souvenirs de Marnie ne tire pas tout à fait sur les mêmes ficelles, ni sur les mêmes nouilles, mais c'est typiquement le film à montrer à une ado ou pré-ado mal dans sa peau. Toutes, en somme. Quitte à créer des armées de lesbiennes !


Souvenirs de Marnie d'Hiromasa Yonebayashi (2015)

20 août 2015

James et la pêche géante

Henry Selick n'a pas seulement inspiré le dessinateur Maurice de Bevere, aka Morris, le père de Lucky Luke, pour le design de son fameux croque-mort. Henry Selick a également réalisé L’Étrange père Noël est une ordure de Monsieur Jack et, on ne le rappelle jamais assez, Jacques et la pêche géante, fabuleux film d'animation réalisé image par image, avec une patience et une minutie incroyables. Par erreur, on a longtemps assimilé cette œuvre unique en son genre à des produits purement commerciaux comme Gang de requins et Little Nemo, tristes dessins animés en milieu océanique fait pour séduire le jeune public littoral amateur de dauphins. Il est grand temps de rétablir la vérité... Attention, il s'agit ici d'une pêche géante, le fruit que l'on aime savourer accompagné d'un verre de rosé bien frais, et non d'une partie de pêche du tonnerre, celle qui consiste à capturer des animaux aquatiques (poissons, mais également et notamment crustacés et céphalopodes - dont le fameux brochet-bière, croisement insolite d'un brochet et d'une canette de 1664, qui vit tranquillement dans les eaux douces du plan d'eau du Vieil-Baugé) dans leur milieu naturel (océans, mers, cours d'eau, étangs, lacs, mares, flaques). Selick met en scène une très grosse pêche, que ça soit dit, une bonne fois pour toutes.




Pour que cet amalgame tragique appartienne définitivement au passé, revenons sur le synopsis du chef d’œuvre d'Henry Selick. La morne existence de James sur la côte anglaise subit un sacré bouleversement lorsque ses parents sont écrasés net par un rhinocéros échappé d'un parc animalier. Orphelin, James part vivre avec ses deux horribles tantes : Sponge Bob et Belle Piquette. Installé dans le Yorkshire, James fait la connaissance d'un vieillard sénile qui, pour l'amadouer, lui donne des langues de crocodile magiques. Mais, en rentrant chez ses tantes, James se ramasse en chemin et fait tomber toutes les langues au pied d'un arbre. Soudain, un fruit gigantesque apparaît dans l'arbre ! L'apparition de ce fruit énorme marque le début des aventures pour James, qui se lance alors dans un voyage initiatique au cours duquel il découvrira les vertus de l'entraide et de l'amitié.




On tient tout d'abord à saluer Henry Selick (salut, Henry) et ses distributeurs francophones ainsi qu'à souligner une nouvelle particularité propre à ce film étonnant. En France, l'énorme fruit magique est une pêche, mais sachez que la nature du fruit varie selon les pays ! De l'autre côté des Pyrénées (en Espagne...), le titre devient "José y la Naranja fatal", et l'histoire est un poil différente (plus gaie, selon certains). En version originale, le film s'intitule "Jack & the giant pineapple", pour une fin bien plus pessimiste. Pour l'exploitation wallisienne du film, cas unique : le fruit a été remplacé par une patate, met plus largement apprécié et consommé en quantité phénoménale par nos amis insulaires (le scénario, très minimaliste, prend ses distances avec Roald Dahl et se contente de nous montrer une patate, filmée sous tous les angles possibles, pendant 1h30). Plus étonnant encore, nos amis ukrainiens ont droit, quant à eux, à une belle pastèque. Ces variations s'expliquent sans doute par le souci de se mettre à la portée du jeune public de chaque pays. C'est bien connu : les routes d'Ukraine sont véritablement jonchées de pastèques, l'équivalent de nos garennes en France, voire de la pêche, un fruit très familier, dont le choix s'avère donc très judicieux aussi.




Entre l'abricot, la pêche et la poire, notre préférence va à la pêche. L'abricot est un super fruit ... d'été ! La poire a plusieurs qualités : celle de nous rappeler la forme majestueuse des plus beaux attributs féminins, et celle de pouvoir se préparer en dessert, avec une généreuse coulée de chocolat chaud. Mais la pêche a des avantages indéniables (qu'on ne peut échanger contre quelques deniers). On peut se faire une pêche "comme ça", pour le plaisir et à toute heure. Pensez à ce jus qui vous suinte des mains et, surtout, à ce noyau. Mon morceau préféré, le noyau. Infini... Infiniment rempli de pêche. Ça fait travailler la langue, les dents, les muscles de la mastication... Un vrai régal. Un éveil des sens ! Et, on l'oublie trop souvent, la pêche peut aussi faire office d'entrée de premier choix : la pêche au crabe, par exemple. Vous m'en direz des nouvelles. Testez donc la pêche au crabe. Y'a que ça de vrai... L'expression "ça fout la pêche" ne vient pas de nulle part...


James et la pêche géante d'Henry Selick (1996)

15 août 2015

Life After Beth

Life After Beth est le premier film de Jeff Baena et espérons que ça soit le dernier. Ce cinéaste de 38 ans a dû se lever un beau matin en croyant avoir une idée de génie puis s'en est allé la partager avec ses amis aussi débiles que lui. "Hé les mecs, imaginez que votre copine soit un zombie ! Ce serait un truc de dingue, non ?!" Non. Eh bien c'est pourtant le pitch de ce film indé qui n'a strictement aucune sorte d'intérêt.

Pas évident de sortir avec une mort-vivante... Celle-ci a la peau bien fragile et craint le soleil. Elle aime recouvrir les murs de sa chambre de boue et a mauvais caractère, imprévisible et lunatique. Tout ça nous vaut de belles scènes de merde. Une seule scène ne nous a pas donné envie d'abandonner le cinoche. Celle où Aubrey Plaza s'en prend violemment à son abruti de mec quand celui-ci sort sa gratte pour lui interpréter une chanson romantique qu'il a écrite spécialement pour elle. En défonçant sa guitare et en couvrant l'apprenti songwriter d'insultes, la zombie agit exactement comme on l'aurait fait.




Aubrey Plaza accomplit l'exploit d'être moins bonne comédienne que son frère Stéphane. Avec des yeux pareils c'est la créature du lagon noir qu'elle aurait dû interpréter et non une zombie. Son partenaire à l'écran, Dane DeHaan, déjà croisé dans le sinistre Chronicle, fait partie de cette jeune génération d'acteurs sans avenir que l'on aimerait voir déjà disparaître. Il ressemble à un Leonardo DiCaprio dont la mère aurait été addict au crystal meth durant sa grossesse. On se demande pourquoi John C. Reilly perd son temps là-dedans, lui qui peut être si drôle... Il fait vraiment peine à voir. Qui le conseille dans ses choix de rôle ? Nous l'avons beaucoup trop vu dans ce genre de films indés vides de tout.




À l'heure de jeu, entre sur le terrain Anna Kendrick dans le rôle d'un personnage qui n'apportera rien de neuf. Cette actrice au bec de lièvre et au teint diaphane a pour seul atout d'avoir des seins qui pointent vers la Lune. Faut-il n'avoir rien d'autre à se mettre sous la dent pour relever ce détail... Quand sa route croise celle de la zombie jalouse, on se demande laquelle des deux actrices nous choisirions d'écraser sous la roue de notre Monster Truck si le choix s'offrait à nous.




De la première minute à la dernière, on n'a rien à secouer de ce qui se passe à l'écran, toujours légèrement agacé par l'idée qu'une telle chienlit ait pu être immortalisée sur pellicule. Le film ne progresse jamais. Il donne envie de revenir dans le passé afin de persuader les premiers hommes ayant commencé à raconter des bobards sur des morts revenus à la vie de la fermer à tout jamais, pour que ce mythe n'ait aucune chance de s'installer dans la culture populaire, tout ceci dans l'unique but d'empêcher que, des milliers d'années plus tard, un fumier nommé Jeff réalise ce film à la mord-oim-le-noeud. A cette époque très reculée, il y avait plusieurs peuplades humaines disséminées de l'Afrique à la Norvège en passant par les steppes d'Asie, le travail de persuasion aurait donc été monumental pour tuer dans l’œuf le sombre projet de Jeff Baena, mais ça en aurait valu la chandelle ! En un mot comme en cent, ce film n'a peut-être pas coûté grand chose et a permis à Jeff Baena de réaliser son rêve mais je trouve que c'est très cher payé pour l'humanité. Envie de se crever les yeux...


Life After Beth de Jeff Baena avec Dane DeHaan, Aubrey Plaza, John C. Reilly et Anna Kendrick (2015)

12 août 2015

Pourquoi j'ai pas mangé mon père

Je me sens tout petit devant ma feuille blanche car j'ai aujourd'hui une mission impossible : vous parler de Pourquoi j'ai pas mangé mon père. La question devrait plutôt être Comment ce film a-t-il pu voir le jour ? Comment 30 millions d'euros, soit l'équivalent de toutes les réserves d'or de Fort Knox, ont pu être consacrés à la concrétisation d'un tel projet ? Et, surtout, comment peut-on, avec autant de moyens, réaliser un document audiovisuel aussi laid dans le fond et dans la forme ? Malgré son seul bras valide, Jamel réussit à nous agresser les yeux et les oreilles. Il faut vraiment remonter à loin pour retrouver une œuvre aussi moche, bruyante et autocentrée. Les producteurs ont sans doute cru que le public se dirait "Dieu que les français ont progressé en termes d'animation numérique. Il s'agit du premier film tourné en Europe utilisant intégralement la performance-capture. Nous talonnons les Américains !" Sauf que devant le résultat on se dit seulement : "Diable que c'est laid".


Jamel se fantasme en précurseur de l'humanité. Il prétend avoir inventé le feu alors qu'il vient peut-être de tuer le cinéma.

Il sera difficile de regarder Jamel comme avant. Jusque-là, il faisait partie du décor, il parvenait à limiter son bagout juste ce qu'il faut, dans un numéro d'équilibriste assez adroit. Sa présence médiatique était épuisante mais mesurée. Il avait déjà été embarqué dans des merdes historiques, comme Angel-A, ses spectacles, pour rester gentil, n'ont jamais été très folichons, ses interventions télévisuelles, parfois drôles, sont toujours des plus consensuelles, mais Jamel s'était bien abstenu jusque-là de prendre un si grand risque en se lançant dans une telle entreprise dont il serait le seul responsable. Nous saluons cette audace, nous pouvons même reconnaître une certaine originalité dans cette démarche incroyable qui consiste, pour un acteur ultra populaire, à passer derrière la caméra, mais nous avons vraiment cru mourir devant le résultat.


 La main droite de Jamel n'est peut-être pas si amochée que ça...

Jamel signe ici son Tree of Life. Il nous raconte une version préhistorique et édulcorée de sa propre vie, celle que l'on connaît tous par cœur parce qu'il nous la ressort plus ou moins mise à jour à chacun de ses spectacles. Il s'attribue le beau rôle en passant pour le malin de la bande, tant mieux pour lui si cela flatte son égo. Omniprésent à l'image, Jamel est aussi survolté derrière son micro, ne faisant que hurler ses dialogues minables, éructer ses onomatopées ridicules et ses tics de langages fatigants rabâchés depuis ses premiers pas sur Canal. Il offre même un rôle à sa compagne, Melissa Theuriau, qui incarne Lucy, la première femme de l'humanité, rien que ça, et surtout la plus désirable. Luxe ultime, Jamel se paye Louis de Funès, qu'il n'a pas peur de faire revivre le temps d'une ou deux scènes ridicules grâce à un logiciel soi-disant capable de reproduire la voix du célèbre comédien français. Des mois de travail et un pognon fou pour une énième satisfaction personnelle qui tombe complètement à l'eau. Il faut une patience surhumaine ou un flingue braqué sur la tempe pour aller jusqu'au bout de son délire mégalo. Ce film jamais drôle et d'une laideur inouïe est un enchainement de clins d’œil et d'autoréférences lourdingues qui n'en finissent pas d'agacer, surtout quand l'accompagnement musical, d'une originalité à toute épreuve, vient en rajouter une couche en surlignant le trait déjà terriblement grossier de l'histoire qui nous est contée. 


Le film est hideux et répugnant à plus d'un titre.

Ce film ressemble à un don du sang qui aurait mal tourné. Au lieu de 500ml, on m'aurait pris mes 5L, me laissant exsangue, chaos couché, songeur face à la lumière blanche au bout du tunnel. J'ai regardé ce film cet été et jusque-là mes vacances se déroulaient à merveille, elles pouvaient être qualifiées d'idylliques. Il y a eu un avant et un après. Pendant mon sommeil me reviennent des flashs jaune pisse, vert pomme et marron merde, les couleurs dominantes de ce film d'animation. Une pensée pour les 3 millions de spectateurs que je considère comme les cobayes victimes d'une expérience étudiant les limites de la tolérance à la laideur dans tout ce qu'elle peut avoir d'auditif et de visuel.


Pourquoi j'ai pas mangé mon père de Jamel Debbouze avec Jamel Debbouze, Mélissa Theuriau, Arié Elmaleh (2015)

5 août 2015

Super Size Me

Il était con ce docu quand même... Sorti en 2004, et pourtant déjà si loin et déjà si vieux. Ce documentaire a vieilli plus vite que la nourriture qu'il dénonce. Mais dès le départ l'idée était d'une bêtise incroyable, qui n'a pas empêché le monde entier de voir ce "film"... Morgan Spurlock, l'homme qui a écrit, réalisé et joué dans ce truc, et dont la grosse tronche s'étale sur l'affiche hideuse ci-contre, a cru brillant de nous révéler les dessous de la malbouffe en allant manger matin, midi et soir dans un MacDo, et en prenant toujours le menu le plus gros, pendant des mois. Résultat des courses, l'homme a grossi et fini par mourir. C'est dommage de laisser sa peau dans un documentaire, surtout aussi con. Qui n'a pas eu l'idée, toute bête, de dire à feu Morgan Spurlock de tenter la même expérience dans un restaurant gastronomique de premier choix, un quatre étoiles au sommet du guide Michelin, d'aller manger comme un sagouin matin, midi et soir dans une putain d'adresse de la fine fleur de la cuisine française en prenant à chaque fois le plat le plus terrible, ou même, disons, au hasard, un simple Périgourdin aux morilles, tous les matins, tous les midis et tous les soirs de chaque jour. On ne peut pas parler de malbouffe et pourtant notre homme aurait sans doute clamsé encore plus tôt après avoir quadruplé de volume et s'être recouvert de pustules morbides. L'affiche aurait pu rester la même mais avec autant de boudins noirs dans le gosier de Morgan Spurlock qu'il y a ici de frites. Le rendu graphique en aurait pris un méchant coup, faisant gerber à l'unisson des populations devenues vertes dans les rues du monde entier à la seule vue de ce poster diabolique.


RIP !

Il fallait donc qu'un jobard se sacrifie pour nous rappeler qu'il est bon de varier les aliments et les plaisirs, de ne pas grignoter entre les repas, et de ne pas manger trop salé/sucré. Mais on pardonne presque sa connerie à Morgan Spurlock (d'autant qu'il est enterré six pieds sous terre, qu'un établissement de la firme Quick s'est installée sur sa sépulture, et qu'il manquera à la série Star Trek) car le père de l'un d'entre nous a commis une erreur plus ou moins similaire (en tout cas associée à ce documentaire par le hashtag "DoMac") en allant démonter planche par planche un établissement de la firme de Ronald McDonald lors d'une manifestation un rien bestiale dont il était le chef de meute moustachu et imbibé de la tête aux pieds. Ce bon père de famille, adorable sur le papier mais quand même capable de coups de sang à faire frémir, a vite regretté son forfait lorsque, quelques années plus tard, il a croqué pour la première fois dans un Big Mac mitonné par un connard complètement allumé touché par la grâce, un manager de province zélé qui, ne connaissant pas le fameux "rush" angoissant des fast-food urbains, car œuvrant dans un établissement sis à Castelnaudary, venait de chier le burger parfait. Notre ex-soixante-huitard énervé, précurseur maudit et déchu de cette racaille de Bové José, qu'il nomme "l'imposteur" en glaviotant ici et là, venait de rencontrer la vérité avec un grand "V", une illumination, une épiphanie, doublée d'une grosse trace au fond du slip. Il dira plus tard : "Démonter un MacDo a été la plus grande erreur de ma vie, après mon premier fils et mon bulletin Chirac de 2007". Cette vérité, que ce bon père et ex-militant sosie de Vercingétorix a pris en pleine tronche, la voici, ne t'en déplaise, Spurlock : un gros MacDalle, de temps en temps, typiquement après avoir maté ton documentaire de merde, ça reste un pur panard.


Super Size Me de Morgan Spurlock avec feu Morgan Spurlock (2004)

2 août 2015

Fievel au Far West

Cinq ans après avoir émigré aux États-Unis, la famille Souriskewitz vit de nouveau dans la misère et, plus précisément, dans un triste appartement new-yorkais en plein cœur d'un quartier malfamé. Les Souriskewitz constatent chaque jour le mensonge cruel qu'était la fameuse promesse du premier épisode, à savoir "En Amérique, il n'y a pas de chats", immortalisée par une interminable chanson qui rendit fou mon frère Poulpard. C'est à la suite d'une nouvelle attaque féline que la famille décide de déménager vers l'Ouest dans l'espoir de faire fortune et d'avoir de meilleures conditions de vie. Ils ignorent que les chats sont partout les mêmes salauds et ils devront encore composer avec des énergumènes tout aussi dangereux que ceux qu'ils croisèrent jadis à leur arrivée au Pays de la liberté. Voici donc le pitch du deuxième volet des aventures de Fievel qui fut un échec cinglant au box office à sa sortie mais qui compte encore quelques fans convaincus dont je fais évidemment partie.




Suite à des différends artistiques avec son tout-puissant producteur Steven Spielberg, Don Bluth n'est hélas plus de la partie, il cède sa place à Phil Nibbelink et Simon Wells. Il fallait bien s'y mettre à deux pour pallier l'absence du génie de l'animation, mais même en binôme, ils ne parviennent pas à renouer avec la qualité visuelle du premier volet. Le trait est plus grossier, plus brouillon, moins inspiré et, mises à part de rares idées (comme ce morphing lors de cette scène d'introduction onirique, qui transforme la balle fusante du revolver de Fievel, se rêvant déjà en cowboy, en un bouchon de liège mollement projeté d'un triste jouet), on est loin des fulgurances artistiques et du niveau d'exigence chers au réalisateur du Secret de Nimh. Ça n'est donc pas là que réside l'intérêt de cette suite qui trouve cependant son salut dans un versant comique renforcé via des dialogues soignés et, surtout, sa focalisation sur l'adorable personnage de Tiger, le gros chat roux débile et meilleur ami de Fievel.




Car si Fievel, le souriceau puceau, n'a pas bougé d'un pouce, Tiger, le chat maladroit au cœur tendre, a pris du volume, dans tous les sens du terme ! Cette suite est un véritable festival à la gloire de Tiger, doublé en VF par un pur génie, j'ai nommé Alain Dorval, plus connu pour être la voix française de Sylvester Stallone. Passées les premières minutes du film, croisement animé assez glauque entre le pire de Ken Loach et d'Emir Kusturica, où l'on découvre les conditions de vie déplorables des Souriskewitz (père toujours scotché à sa bouteille et à son vieux violon, mère condamnée à faire la manche, fille aînée tentée par la prostitution et l'argent facile, et un Fievel à deux pas de la délinquance), le film choisit donc la voie de la légèreté, et celle-ci prend la forme d'un chat obèse au pelage orange et rose. L'humour est bien plus présent avec, comme point culminant, cet enchaînement de sketchs irrésistibles où Tiger doit apprendre à devenir un chien auprès de Buffalo Blurp, le vieux clébard shérif usé et fatigué (très beau personnage léonien), désireux de passer le relais. Il faut entendre Tiger imiter l'aboiement du chien et se perdre dans une mélodie hilarante, il faut le voir se rouler par terre et chuter piteusement d'un rocher de la Monument Valley, il faut l'admirer s'essayer au fameux "regard oblique" sous les yeux du vieux Buffalo, désespéré. Gamin, je pouvais me repasser ces scènes en boucle !




Blague à part, je me souviens avoir vu ce film tout en dégustant quelques sachets d'un mets que j'adorais à l'époque mais sur lequel je ne suis plus jamais arrivé à mettre la main depuis. C'est même l'une des grandes malédictions de ma vie... Il s'agissait d'une spécialité américaine, à en juger les décorations du paquet, au goût légèrement caramélisé, peut-être réalisée à base de maïs soufflé, mais mes connaissances très minces en cuisine m'empêchent de l'affirmer avec certitude. D'aspect, cela ressemblait à des sortes de grains qui auraient éclatés, de couleur blanc cassé, un peu comme du polystyrène que l'on aurait fait gonfler et dorer au four. Je m'en goinfrais des poignées entières, j'en raffolais ! Cela croustillait sous la dent et donnait une curieuse impression de manger du vide, un vide sucré et moelleux... On pouvait en manger sans s'en lasser, sans jamais arriver à satiété. L'impatience de découvrir les suites des aventures de Fievel est comparable et à jamais liée à mon appétit infini pour cette étrange friandise oubliée...




Mais revenons à notre bon Fievel. Cette suite reprend d'abord le même schéma que l'original mais finit par s'en éloigner pour mieux nous faire marrer. Elle a aussi l'avantage d'avoir un dernier tiers qui ne traîne pas en longueur et va droit au but. Un voyage en train très mouvementé remplace l'inoubliable traversée de l'océan tempétueux du premier opus. Les vilains chats sont autant d'hommes d'affaires crapuleux et de politiciens véreux qui veulent s'accaparer l'Ouest sauvage. Le film apparaît comme une nouvelle métaphore de l'Histoire américaine mais, ne maîtrisant guère ce sujet, mon analyse s'arrêtera là (à vous de voir !). Je préfère laisser parler ma seule nostalgie et me souvenir de ces dernières images pleines d'optimisme où un petit ruisseau apparaît miraculeusement dans le désert grâce à la fuite du château d'eau, la végétation se mettant alors à pousser, à fleurir sur les rives et la vie de reprendre son cours tout doucement. La dernière image du film est particulièrement savoureuse : on y voit le grand vilain, Chat R. Ton (brillant jeu de mots), atterrir entre les deux énormes seins de la passagère d'un train, et retrouver instantanément le sourire. Avec cet ultime facétie, Nibbelink et Wells mettent tout le monde d'accord, enfants comme adultes, et nous rappellent toute la simplicité de la vie.


Fievel au Far West de Phil Nibbelink et Simon Wells avec la voix d'Alain Dorval (1991)