30 janvier 2014

The Last Days on Mars

Que ce film-là ait su susciter l'enthousiasme des amateurs de cinéma de genre lors de ses projections dans différents festivals montre bien le niveau de détresse terrible d'un public sevré de bons films et désespérément à la recherche de la nouvelle star. The Last Days on Mars n'est certes pas spécialement honteux et n'engendre aucune espèce d'animosité, mais il n'en reste pas moins qu'un très très banal film de SF horrifique où une nouvelle contagion transformant les hommes en zombies est simplement déplacée sur la planète rouge. Géant.

On se demande bien ce qui peut animer un jeune cinéaste comme Ruairi Robinson, qui signe là son premier long métrage. On sent qu'il connaît ses classiques, mais que fait-il pour s'en démarquer ? A quoi bon tourner un nouveau film de zombies sur la planète rouge ?! Comment se passionner pour une telle histoire ? Robinson se contente de filmer des situations que l'on connaît par cœur, avec peut-être un certain sens du rythme et, à l'évidence, une réelle application qui atteste de sa sincérité, mais tout cela ne suffit pas du tout, hélas, à sauver son bébé de la médiocrité. The Last Days on Mars ne laisse strictement aucun souvenir.


Ci-dessus Liev Schreiber sur son canapé en tenue d'astronaute en train de faire découvrir The Last Days on Mars à sa fille (photo @ Naomi Watts). 

Force est de reconnaître que la minceur du budget ne transparaît pas vraiment à l'écran, encore faut-il ne pas pousser le regard trop loin ni s'attarder sur l'affiche du film. Quand les lettres "L I E V S C H R E I B E R" barrent le haut d'une affiche, c'est tout de même signe d'une misère totale... L'acteur fait encore une fois tout son possible, mais il n'a tout simplement pas la carrure d'un premier rôle. On l'imagine aisément montrer ce film à sa compagne Naomi Watts lors d'une soirée dvd organisée par ses soins. On imagine Naomi Watts regarder ça du début à la fin, très poliment, presque avec amour, puis l'encourager à continuer, tout en préparant sa vengeance en douce lors d'une future soirée dvd avec Perfect Mothers au programme. Pauvre Liev Schreiber...


The Last Days on Mars de Ruairi Robinson avec Liev Schreiber, Olivia Williams, Elias Koteas et Romola Garai (2013)

28 janvier 2014

Dark Touch

"Pas de hors-jeu sur les touches !" n'a cessé de nous répéter Jean-Michel Larqué des années durant, sauf pour Dark Touch, qui dès les premières secondes donne dans l'anti-jeu pur et simple et nous pousse à trouver un sifflet pour tout arrêter. Il fait partie de ces films qui ne sont pas regardables. Intenable, insupportable, imbuvable, imbitable, ingérable, autant d'adjectifs qui se bousculent dans notre esprit après deux minutes de film. Le début justement : une petite fille chiale dans une immense baraque en pleine nuit, un carreau casse, le lit se met à trembler, tout part en vrille, les parents, baignés dans un halo flou qui sera la Marina de Van's dark touch tout au long du film, se mettent à hurler dans tous les sens, la gamine saigne de la bouche et ne parvient pas à parler, elle sort dans le jardin, se prend un rateau dans le front, tombe sur son tonton qui lui met une béquille pour l'immobiliser et la ramener au bercail où ses parents hurlent de plus belle, et puis ça se calme. Et là : "Dark Touch".




Vous rappelez-vous de la première apparition d'Arwen, et des rêves de cette dernière, dans la trilogie Le Seigneur des anneaux ? Ces scènes, qui baignaient aussi dans un halo lumineux ignoble et dans un flou artistique à vomir, étaient agressives au possible. Idem pour toutes les scènes de Dark Touch, qui quant à lui constitue également une agression caractérisée dans son contenu. Le film est, pour le dire autrement, dans la droite lignée du Lovely Bones de Peter Jackson, que nous tenons pour un phénomène paranormal sur lequel les chercheurs du monde entier ne se sont pas encore suffisamment penchés. En bref il est d'une laideur visuelle inouïe, et en prime on n'y comprend rien de rien, et on n'a pas envie de comprendre, quand bien même on se sent un peu bête durant la projo. Ce n'est qu'en consultant quelques blogs d'amateurs de cinéma de genre manifestement désespérés que nous avons compris le fin mot de l'histoire, grâce à des phrases du genre "Les chaussures parfaitement alignées au pied du lit, le slip descend doucement et le calvaire de la jeune fille débute" (sic) : il s'agit en fait d'un trauma pédophile. La petite héroïne du film se fait violer par ses parents (et peut-être par son oncle, étant donné la béquille terrible que ce dernier lui assène en la voyant souffrir), et, télékinésiste qui s'ignore, ses crises d'angoisse se matérialisent dans des tempêtes de vaisselle et de tables de nuit Fredrik Ljungberg© de chez Ikéa. La maison gigote et balance tout ce qu'elle contient sur les parents de la petite fille qui finissent leur vie en guirlandes clignotantes de Noël. Marina de Van, l'égérie de François Ozon, signe un nouveau film de genre qui parvient à convaincre quelques fans innocents, que l'on aimerait presque rencontrer, pour parler. Une chose est sûre en revanche, on aimerait ne jamais recroiser un film de la dame. Ça suffit. Ça suffit ample, large.


Dark Touch de Marina de Van avec Padraic Delaney, Robert Donnelly, Charlotte Flyvholm (2013)

26 janvier 2014

Volte-face

Nous venons de recevoir un mail de la part d'un lecteur qui voulait nous faire part de son admiration pour Volte-face et pour le courage de son duo d'acteurs. Voici ce mail tel que nous l'avons découvert dans nos spams :

Chers ilaose, 

Je vous écris car je lis souvent votre blog qui fait justice à ce noble art qu'est le cinéma. Je voulais alors vous parler d'un film pas assez reconnu a sa juste valeur : Volte-face de Tom Woo. 

Je suppose que vous recevez beaucoup de mails mais j'espère que vous prendrez le temps de me lire, même si je comprendrais que vous n'avez pas le temps.

J'ai jamais compris pourquoi on ne parlait pas plus de la prouesse technique de Volte-face. Pour les besoins techniques d'un film, deux acteurs ont accepter de faire des greffes mutuelles de visage. Ces deux acteurs n'avaient rien à prouver, que sont John Travolta, star de Grease Anatomy, et Nicolas Cage, technicien de l'ombre du chef-d'œuvre (une étoile dans Ouest-France) d'Hitchcock Les Nicolas Oiseaux. Cette opération n'était pas évidente médicalement. Elle constituait (et toujours) une première pour la médecine. Et pourtant ils l'ont fait. Pas pour la science, mais pour le cinéma. Mais ni la science, ni le cinéma ne les a reconnus à la hauteur de leur sacrifice. Au lieu de ça on préfere s'extasier pour des acteurs qui prennent 300 kg pour un film. Le cinéma est a l'image de ce monde : malade.

 


Désolé de terminer sur cette note négative mais je tenais à vous écrire ça car je vous adore. 

Merci de votre lecture, et bonne année 2011 !
Stéphane Udronc


Volte-face de John Woo avec John Travolta et Nicolas Cage (1997)

22 janvier 2014

Blue Jasmine

Vu y'a trois jours, et je m'en souviens déjà très mal, le Woody Allen de 2013 n'est vraiment pas un grand cru, contrairement à ce qui a beaucoup été dit. Comme d'hab. Mais dès les premières minutes, il m'a tout de même apporté une grande satisfaction, un immense soulagement : ce film n'allait pas chambouler mon top ! Ma plus grande crainte, en tant que blogueur ciné, est toujours de découvrir l'un des meilleurs films de l'année passée seulement après la publication officielle de mon top. C'est ma hantise. Il y a une période où je lance toujours les films de l'année écoulée dans la peur... J'en fais des cauchemars la nuit. Avec Blue Jasmine, aucun risque, dès le premier quart d'heure, regardé sans décrocher les mâchoires, j'étais fixé. Même pas dans mon top 20 !




Nous sommes donc supposés rire et pleurer devant les déboires de la belle Jasmine, incarnée par une Cate Blanchett irréprochable. Sauf qu'on ne rit à peu près jamais et que l'on pleure encore moins devant les mésaventures de cette pauv' femme amenée à dégringoler les classes sociales suite à la mort de son mari (Alec Baldwin), riche hommes d'affaire new-yorkais et véritable escroc (je fais très bref, c'est un peu plus compliqué que cela). On ne fait donc qu'admirer la performance d'une actrice qui prend visiblement bien plus de plaisir que nous dans la partie et qui parvient à rendre supportable un personnage auquel on aurait, sans cela, bien du mal à croire. On suit tout ça sans souffrir, en se demandant parfois quand est-ce que le film va vraiment commencer, étrangement. Par chance, j'apprécie plutôt Cate Blanchett au demeurant, ça m'a permis de tenir. A vrai dire, peut-être est-ce le jeu extrêmement précis et maîtrisé de l'actrice qui situe le film dans un espèce d'entre-deux bizarre, entre la comédie légère et le drame social tragique, et finalement nulle part, car d'aucun côté Blue Jasmine ne trouve son salut. Ce serait tout de même assez cruel envers Blanchett, qui est clairement le principal intérêt du film...




J'ignore si je suis atteint d'une forme rare d'amnésie sélective, mais je ne me souviens plus précisément de ce film. Voilà, j'ai presque tout oublié. Au troisième paragraphe, je dois bien vous l'avouer, car là vous me voyez ramer. Je ne sais plus, par exemple, comme il se termine, ce qui est toujours rageant quand on a flingué une soirée pour arriver au bout. Alors certes, j'imagine qu'il doit bien y avoir deux ou trois passages assez savoureux là-dedans, ça reste un film de Woody Allen, il n'a pas complètement perdu la main. Mais je ne pourrais pas replacer ces trop rares moments ni vous assurer qu'ils existent bel et bien. Je n'arrive pas à retomber dessus sur VLC Player. Je vise toujours largement à côté. Je suis donc passé à travers le Woody Allen de 2013, après l'avoir pris en pleine poire comme les dix précédents. Pas grave, il y aura d'autres occasions, je n'ai pas non plus l'impression d'avoir raté grand chose. Je pourrai me rattraper cette année, il les enchaîne le filou !


Blue Jasmine de Woody Allen avec Cate Blanchett, Sally Hawkins, Alec Baldwin et Peter Sarsgaard (2013)

19 janvier 2014

Bilan 2013



Chaque année, le même débat. Pourquoi ? Comment ? Où ? Quand ? La société actuelle a-t-elle vraiment besoin d'un classement supplémentaire ? On est chaque jour abreuvés de tops en tous genres, de tous poils, partout, qui nous disent tout sur tout et surtout rien. La télévision se repaît de ces classements vite consommables, avec l'imbuvable Yann Barthès en tête de file, qui nous dégueule continuellement des Top 4 de ceci, des Top 3 de cela, en arborant son air satisfait de crétin absolu. Et la toile, le web, répond à cela par une avalanche d'autres classements sans intérêt et plus ou moins drolatiques qui nous épuisent quotidiennement et nous écœurent même carrément : les dix animaux les plus cons, les dix connards les mieux payés du PAF, ou encore les dix lieux abandonnés les plus glauques, et ça commence à être vexant que la cuisine de notre ancien appartement commun ne soit jamais citée en prems, alors que, croyez-nous, y'a pas photo. On croule sous les best-of, la hiérarchisation permanente, les côtes de popularité et les listes de tout et n'importe quoi dont on nous saoule à ras-la-gueule. On est donc à deux doigts de passer notre chemin cette année, mais, pourtant, et parce que ce n'est qu'une fois par an, parce que la chose reste amusante et bon enfant, parce qu'elle nous permet aussi de remettre en avant des films qui nous tiennent à cœur et qui n'ont peut-être pas suffisamment été exposés (genre La Vie d'Adèle), nous n'y couperons pas. Voici donc, sans plus tarder, nos classements personnels, suivis, comme chaque année, du Top et du Flop des lecteurs/blogueurs, autrement dit de vos classements pour 2013.


LE TOP DE RÉMI


1. Michael Kohlhaas d'Arnaud Des Pallières
2. L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie
3. La Fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau
4. La Vénus à la fourrure de Roman Polanski
5. Mud de Jeff Nichols
6. L'Image manquante de Rithy Panh
7. Gimme the Loot d'Adam Leon
8. A Touch of Sin de Jia Zhang-ke
9. La Fille du 14 juillet d'Antonin Peretjatko
10. The Immigrant de James Gray / La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche

La première place de mon classement annuel revient sans conteste à Michael Kohlhaas, pour mille raisons. Parce que c'est un film sublime, d'une maîtrise et d'une beauté sans équivalents pour moi cette année. Parce que c'est l'adaptation brillante et pourtant ô combien risquée d'un chef-d’œuvre de la littérature allemande. Parce qu'en conséquence un immense écrivain, Heinrich Von Kleist, qui mérite plus que jamais d'être relu à notre époque, est exhumé et honoré par l'un des plus grands cinéastes français vivants, de même qu'un héros mythique est soudain superbement incarné par un acteur hors du commun, Mads Mikkelsen, qui livre sans doute l'une des prestations d'acteurs les plus frappantes de ces derniers temps. Enfin, et pour ne pas trop m'étendre, ce film me semble important en ce qu'il est porteur d'une véritable intelligence morale. Nous avons me semble-t-il grand besoin, à l'heure actuelle, de films intelligents et moraux. Michael Kohlhaas est aujourd'hui le précieux antidote, esthétique et éthique, aux derniers films, entre autres, de Quentin Tarantino, qui aime, et ils sont nombreux dans son cas, à diffuser, dans des œuvres de plus en plus ratées, des idées nauséabondes et simplistes sur des questions aussi fondamentales que celles du droit et de la justice, notamment. Arnaud Des Pallières apporte un contrepoint salvateur à cette domination insolente de la bêtise crasse, de la jouissance primaire et de l'amoralité consommée, et rien que pour ça, Michael Kohlhaas est à mes yeux le film le plus important de 2013, en plus d'être une réussite sur tous les plans.

Je ne vais pas parler de tous les films de ce classement, qui sont pratiquement tous critiqués sur le blog. Je dirai juste que L'Inconnu du lac, autre film de genre français (un film d'horreur pour Guiraudie, un western pour Des Pallières), vient logiquement en second, qui quant à lui adapte les théories d'un autre grand écrivain, Georges Bataille, et questionne le désir et l'érotisme dans leur dimension mortifère, (auto)destructrice. Le film s'achève également sur un regard humain esseulé : Kohlhaas finit planté face à ses actes et ses convictions, comme Franck l'est face à ses élans et ses pulsions. Des Pallières et Guiraudie, dans des objets cinématographiques complexes et envoûtants, nous montrent des hommes ébranlés dans leurs certitudes, en proie au vide vertigineux des conséquences de leurs choix. Ce faisant, qu'ils en soient remerciés, ils nous ébranlent à notre tour et nous posent de gigantesques questions.

Pour finir, je constate la prédominance du cinéma français dans mes goûts, et j'ignore si le sus-nommé se porte bien, comme l'affirme le titre d'un documentaire sur le point de sortir, mais je suis convaincu qu'il est d'assez loin le plus passionnant depuis quelques années. Pour talonner les deux plutôt jeunes cinéastes français qui dominent mon Top, deux cinéastes plus vieux : Jean-Claude Brisseau et le désormais très français Roman Polanski, capables, comme en attestent leurs derniers films, de grandes choses avec pas grand chose, sinon de la sagacité et de l'envie.


LE TOP DE FÉLIX


1. La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche
4. Mud de Jeff Nichols
-. A Touch of Sin de Jia Zhang-Ke
5. L'Inconnu du Lac d'Alain Gui raidi
6. Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-Eda
7. Michael Kohlhaas d'Arnaud Des Pallières
8. Resolution de Justin Benson et Aaron Moorhead
-. Gimme the Loot d'Adam Leon
9. A Field in England de Ben Wheatley
10. Ma Vie avec Liberace de Steven Soderbergh

Mon top 2012 fut un véritable calvaire de cinéphage, un pur cauchemar de blogueur ciné. Quand j'essaie de me souvenir du mois de décembre 2012, les images qui me viennent en tête sont sous-titrées, accompagnées d'un insupportable charabia franco-allemand et barrées par deux envahissantes lignes noires horizontales. Pris de vitesse, j'avais pour ainsi dire accouché de mon top dans la douleur. A côté de ça, 2013 fut une véritable partie de plaisir ! Je suis facilement arrivé à 10, seuil minimal pour gagner une crédibilité, malgré, comme vous le voyez, de nombreux ex-aequo et un film qui occupe une place à part et sur lequel je ne reviendrai pas. A la 4ème place, pour signifier l'écart entre le film d'Abdellatif Kechiche et les autres, échoue Mud, vous savez aussi bien lire que moi. Autant vous dire tout de suite que je ne suis pas convaincu par mon classement. Il y a un film que j'ai préféré aux autres, je l'ai donc logiquement positionné tout en haut. Je précise en effet que cette liste est supposée se lire de haut en bas, les films étant classés par ordre décroissant de préférence (contrairement à celle de mon acolyte qui se lit, il me semble, de bas en haut). Mais exception faite du number one, on pourrait changer l'ordre, je ne m'en rendrais pas compte, je n'y verrais que du feu ! En vérité, seuls le premier et le dernier sont à leurs places. Steven Soderbergh m'a fait beaucoup de mal par le passé, réussissant parfois à remettre en question mon amour pour le medium cinéma. Je n'oublie pas (je ne l'oublie pas Steven). Son dernier film m'a très agréablement surpris et je voulais vous démontrer toute ma capacité à pardonner (ce que je considère personnellement comme une qualité) en le faisant apparaître dans mon top. Étant tout de même assez rancunier, je ne pouvais pas accorder une meilleure place à Soderbergh, qui est donc bon dernier, le cancre de mon top.

Le reste, c'est un véritable bric à brac où, comme toujours, j'ai cherché à me différencier très superficiellement en plaçant des films plutôt marginaux, que très peu auront pu voir. Je fais surtout allusion à Resolution et A Field in England (ce dernier a même chipé la place à YellowBrickRoad, petit film d'horreur encore plus obscur, fauché mais génial, datant de 2011 et sorti en dvd cette année - je vous en parlerai bientôt). Deux films inclassables et très originaux, deux bols d'air frais pour un amateur comme moi de cinéma de genre, deux œuvres prometteuses et atypiques qui sont tout simplement les plus surprenantes et étranges découvertes faites l'an passé.

L'ordre alphabétique n'est pas respecté, le top reflète mes préférences pour l'année cinématographique qui vient de s'écouler et pour laquelle je précise qu'il me reste encore des films à découvrir. Je n'ai pas pu tout voir.


LE TOP DES LECTEURS/BLOGUEURS 
(par ordre de préférence)

http://ilaose.blogspot.com/2013/05/mud.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/09/linconnu-du-lac.html


http://ilaose.blogspot.com/2013/07/la-rochelle-2013-1ere-partie.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/08/michael-kohlhaas.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/11/inside-llewyn-davis.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/11/gravity.html





LE FLOP DES LECTEURS/BLOGUEURS
(par ordre de répugnance)

http://ilaose.blogspot.com/2013/01/django-unchained.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/06/die-hard-5-belle-journee-pour-mourir.html



http://ilaose.blogspot.com/2013/08/elysium.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/04/stoker.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/11/gravity.html


http://ilaose.blogspot.com/2013/04/oblivion.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/07/evil-dead.html


Nous souscrivons globalement à ces très beaux classements. Le premier, votre Top, sacre pour la deuxième année consécutive le jeune Jeff Nichols, déjà bien installé semble-t-il dans le cœur des cinéphiles, et nous en sommes ravis. Le second, votre Flop, à 100% ricain (disons 99% pour Park Chan-Wook, expatrié) atteste plus que jamais de l'éjection de Quentin Tarantino de son panthéon, enterrant celui qui n'était jamais tombé si bas et dont on a bien peur qu'il ne cesse de creuser.

On tient enfin à saluer et à remercier tous ceux qui nous ont soutenu pendant l'année. Parce que oui, nous avons parfois besoin de soutien, notre passion ne suffit pas toujours. Quand on écrit la critique d'un film tel qu'Elysium, que nous n'avons même pas vu (au moment de la rédaction, s'entend, nous l'avons regardé après, pour faire les choses sérieusement et dans l'ordre), il nous en faut, du courage, pour programmer un tweet par heure pendant trois jours afin de promouvoir l'article avec les maigres moyens à notre portée. Cela nous prend du temps et 140 caractères, c'est soit insuffisant, soit beaucoup trop, rarement pile poil. Plusieurs fois, dans l'année, nous avons mangé froid. Dans ces moments-là, votre soutien nous réconforte et nous réchauffe, si ce n'est notre assiette, au moins à l'intérieur. On vous remercie également d'avoir participé à ce modeste bilan annuel. Vous avez été nombreux. Pour vous donner une idée, sachez que vous étiez assez nombreux pour faire une belle partie de foot improvisée avec un banc particulièrement bien fourni, d'un côté comme de l'autre, collègues blogueurs et amis lecteurs. Parmi vous : Nicolas de Cinergie (un belge récupéré gratos au mercato) ; Gendar (une valeur sûre, toujours droit comme un piquet, fidèle au poste, un pilier, la colonne vertébrale de l'équipe, qui a véritablement la forme inquiétante d'un pylône inamovible) ; Olivier Père (entraîneur-joueur de prestige à l'accent teuton) ; Fredastair (décolle un peu les yeux de l'image qui illustre le top de Félix, veux-tu...) ; Nightswimming (qui a récemment changé d'équipementier et affiche désormais une fière allure sur la pelouse après avoir fait grise mine toute la saison - quel caractère de cochon !) ; Le Cinéphobe (que nous avons perdu de vue, hélas, sans doute a-t-il tracé en Arabie Saoudite pour le pognon) ; Ca flim (qui nous a quittés sur un bras d'honneur sans élégance, on retient...) ; Une fameuse gorgée de poison (toujours pas avalé son article sur le film d'Abdel !) ; Nolan (jamais sur la feuille de match, uniquement à cause de son blaze, d'ailleurs son maillot n'est même pas floqué) ; C'est entendu (ça c'est simplement un vieux link qu'on place de temps en temps) ; Thibault (l'artiste aux cheveux d'or venu d'Ukraine) ; Christoblog (le Llacer de la blogosphère) ; TeddyDevisme (ce gars est une crème, il a participé et nous suit toujours malgré notre article sur Evil Dead, une crème !) ; Pausanias (loin des yeux, près du cœur) ; FredMJG (une incompatibilité manifeste entre son service de messagerie mèl et le nôtre nous a encore une fois privé de son top) ; Josette K. (notre plus fidèle allié !) ; Hamsterjovial (débarqué à l'intersaison mais déjà sur tous les ballons) ; Dr Orlof (le médecin de l'équipe) ; Pierre Morin (toujours la bonne humeur, toujours le sourire, comprend-il tout ce dont on parle ?...) ; Sylvain Métafiot (quel nom de star du ballon rond, ça claque, bon sang !) ; Guillaume A. (droite, à droite, sur ta droite, merde ! et toi tu pars à gauche, les yeux rivés sur tes propres godasses !) ; Balloonatic (gonflé à bloc, qui devrait parfois laisser pisser... conseil amical, la gastrite annonce généralement un mauvais ulcère, mec) ; Gols (opérant bien que privé de sa doublette magique) et tous les autres !

Merci encore à tous et à très bientôt pour de nouvelles aventures cinéphiliques !

16 janvier 2014

Woman on the Run

En 1950, Norman Foster, acteur et réalisateur américain, tourne Woman on the Run, film noir que l'on a bien failli ne jamais voir. Il s'en est fallu de peu pour que cette petite merveille du genre ne disparaisse à tout jamais en 2008 dans l'incendie des locaux de la Universal qui détruisit son unique copie 35mm, mais par chance le film a été subrepticement numérisé cinq ans plus tôt par Eddie Muller, qui signe "Sauvé des cendres", le livre accompagnant la toute récente édition dvd du film chez Wild Side. Il est ainsi possible aujourd'hui de redécouvrir cette œuvre géniale signée par un collaborateur de longue date d'Orson Welles. La qualité du film n'est probablement pas sans lien avec l'héritage exceptionnel de Norman Foster, qui emprunte assez manifestement au maître quelques uns de ses traits formels (notamment les plans tout en profondeur de champ avec un personnage dans le fond du cadre et un autre très détaché au premier plan, l'ombre et la lumière contribuant à découper et à étager les strates d'espace dans l'image) et rend directement hommage à la fin magistrale de La Dame de Shangaï en situant à son tour l'ultime séquence de son film, trois ans après Welles, dans une fête foraine. Mais un maître de marque ne fait pas tout, et si Norman Foster n'est somme toute pas Orson Welles, et si par conséquent Woman on the Run ne délivre pas les exubérances formelles faramineuses et uniques en leur genre de La Dame de Shangaï, La Soif du mal ou Mr. Arkadin, il n'en reste pas moins un film incroyablement tenu et plein de belles surprises.




Dès l'ouverture, Foster captive et surprend son auditoire. Frank Johnson (Ross Elliott), un quidam qui promène son chien dans les rues de San Francisco, assiste à un meurtre et manque de se faire tuer à son tour. Le criminel, croyant l'avoir abattu, prend la fuite. Quand la police arrive sur les lieux, l'inspecteur chargé de l'enquête (Robert Keith) démontre à Frank, seul témoin de l'affaire, que le tueur lui a bel et bien tiré deux balles dans la tête, à ceci près qu'il a visé l'ombre de sa tête, projetée sur un muret derrière lui. Frank Johnson, craignant d'être traqué et abattu par son agresseur, assassin un rien myope mais pas manchot, va littéralement se transformer en ce qu'il a bien failli devenir, un homme mort, et disparaître de la circulation comme de la surface du film. La police, ainsi qu'un journaliste (Dennis O'Keefe) en quête de scoop, vont se lancer à sa recherche en allant à la rencontre de son épouse, une femme sur le retour, déçue par la vie et détachée de son mari depuis belle lurette. Le film suivra donc cette femme désenchantée à la répartie destructrice qui, harcelée par l'enquêteur et le journaliste qui la suivent de près, retombe peu à peu et paradoxalement amoureuse de Frank, ce peintre épousé dans une autre vie et qu'elle a lentement perdu de vue jusqu'au moment de sa fuite, cette nuit où elle a totalement, concrètement, perdu sa trace.




Le film dresse le portrait émouvant de cette femme, Eleanor Johnson, interprétée par la magnifique Ann Sheridan (l'influence de Welles est telle que Norman Foster choisit une sorte de Rita Hayworth fatiguée et malmenée pour incarner son héroïne), tout en racontant et sa quête d'un amour perdu, et son enquête - qui compte de nombreux et judicieux rebondissements - avec une efficacité folle (le film ne dure qu'1h14), le tout teinté de fameuses répliques, typiques du genre noir, dignes de l'humour d'un Dashiell Hammett en pleine forme, et parsemé de plans d'une beauté plastique étonnante (par exemple cette ombre qui dévore le visage de l'actrice sous le manège). Mais, non content d'emporter l'adhésion, Foster force carrément l'admiration avec sa séquence finale, au bord de l'abstraction visuelle et sonore, quand Ann Sheridan, bouleversante figure d'impuissance, est prisonnière d'un grand huit dont la vitesse fulgurante et la structure même, échafaudage de barres blanches entrecroisées dans la nuit noire, brouillent sa perception, tandis que le rire horrible d'une créature de manège retentit en boucle, scandé par les cris des passagers du roller coaster grisés par l'appel du vide. Avec cet ultime tour de force formel, Norman Foster parachève un bien beau film de genre, dont la disparition eût été une grande perte.


Woman on the Run de Norman Foster avec Ann Sheridan, Dennis O'Keefe, Robert Keith, John Qualen, Frank Jens et Ross Elliott (1950)

13 janvier 2014

The Spectacular Now

James Ponsoldt, retenez ce nom ! Et surveillez-le de près. Il pourrait, un jour, réaliser un bon film. The Spectacular Now est son troisième long métrage et on y trouve des qualités trop rares dans le cinéma indépendant américain actuel. Je veux parler ici de ce cinéma adoubé par Sundance, et c'est le cas de ce film, couronné chez Bob Redford. Smashed laissait déjà entrevoir ces modestes qualités. Le film était porté par la prestation étonnante de la mignonne Mary Elizabeth Winstead dans la peau d'une irrécupérable alcoolique. James Ponsoldt, vous saurez écrire son nom convenablement après avoir lu cet article, est un directeur d'acteurs certainement assez doué. Ou plutôt, un directeur d'actrices doué. Dans son nouveau film, c'est la jeune Shailene Woodley, déjà vue dans The Descendants, qui apporte un peu de fraîcheur et de vérité à son personnage. Son partenaire, Miles Teller, sorte de sosie du Chandler de Friends (période bouffi par la coke), est clairement en deçà, et c'est dommage, car il incarne le personnage central d'un film qui pourrait porter son nom : Sutter.




Sutter est un adolescent drôle et charmant (vous me signalez quand ça se voit trop que je copie directement le pitch d'Allociné) qui ne vit que dans l'instant présent. Sa perception du monde évolue tout doucement lorsqu'il rencontre Aimee, une jeune fille timide totalement différente de lui, dont il sera le premier amour. Hélas, leur relation est gâchée par le manque d'amour propre et l'attitude autodestructrice de Sutter, très porté sur la boisson... Les plus vigilants d'entre vous l'auront déjà remarqué : James Ponsoldt a un problème personnel avec l'alcool. Cela fait trois films de suite qu'il accorde à la bibine une place prépondérante dans l'histoire racontée. Son premier film, Off the Back (Back off out of my back en VF), mettait en scène le vétéran Nick Nolte, et je pourrais m'arrêter là, car l'acteur ne jouait pas vraiment un rôle de composition. Son second film nous narrait donc la lutte de la très sympathique MEW contre un alcoolisme qui mettait son couple en péril.




Dans The Spectacular Now, l'alcool est simplement l'épée de Damoclès que le personnage principal trimballe du début à la fin au-dessus de sa vieille ganache. L'expression de "vieille ganache" n'est pas gratuite puisque l'acteur approche tout de même de la trentaine et joue ici un élève de Terminale S (je déduis qu'il s'agit de la filière scientifique en raison du rôle décisif joué par le prof de maths bigleux, incarné par un étonnant Manu Katché). C'est un peu gênant, mais personne ne l'a remarqué tant nous nous sommes tristement habitués à cela dans les films américains. Enfin quand même... Dans notre cher pays, on a au moins le mérite de choisir une actrice qui n'a même pas encore obtenu son bac pour interpréter une jeune femme découvrant son homosexualité, pour assurer des scènes hot sans souci, avant de devenir une institutrice expérimentée, sans que l'on ne cesse d'y croire, 3 heures durant. Là, dès qu'on voit le dénommé Miles Teller se balader dans les couloirs de son bahut, on commence à tiquer. Son sac à dos à l'air tout riquiqui par rapport à l'envergure de ses épaules ! On n'est pas taillé comme ça à 18 piges ! A moins d'avoir du sang wallisien... Shailene Woodley est bien plus crédible, elle qui n'a que 22 ans en réalité. L'actrice devrait toutefois s'inquiéter de son acné...




Par ailleurs, sachez que James Ponsoldt a de bons goûts et aime les étaler. Mais il le fait tout de même assez discrètement, car il est plus élégant et subtil que la plupart de ses congénères indie. On entend seulement l'introduction de la sympathique chanson de Kurt Vile, Wakin' on a pretty day, aussitôt coupée net, James Ponsoldt se contentant d'avoir su la glisser-là. Nous avons donc au moins un artiste en commun sur nos comptes Last.fm et ça me fait une belle jambe. De la chillwave quelque peu obsolète occupe le reste de la bande son, mais ce n'est jamais rien d'autre qu'une tapisserie sonore et seules les plus fines oreilles sauront tagguer les chansonniers concernés.




Beaucoup ont été bouleversés par ce film souvent décrit comme la dernière pépite du cinéma indépendant US. A ceux-là, il ne faudrait pas montrer La Vie d'Adèle, ils risqueraient de ne jamais s'en remettre... Peut-être ai-je un cœur de pierre, je ne sais guère, mais je ne pense pas. La preuve : je dois reconnaître avoir marché dans la combine pendant une petite demi-heure, je dirai, et c'est déjà pas rien. Durant cette première partie, où James Ponsoldt se concentre sur la romance naissante entre ces deux personnages, le film atteint son but, évite la plupart des clichés et dégage une certaine fraîcheur, pas déplaisante, il faut bien l'avouer. Quand il aborde le thème du premier amour, le film fonctionne à plein régime et son efficacité est bien réelle. On est très loin de l'infâme 500 Days of Summer, écrit par les mêmes scénaristes et mis en avant sur l'affiche. On se dit donc que le cinéaste n'y est pas pour rien. Celui-ci nous montre des choses inhabituelles, que l'on croise rarement sur grand écran. La mise en place du préservatif, lors du premier rapport sexuel des deux tourtereaux, par exemple. C'est hors-champ, mais c'est tout de même bien long et on entend des bruits que j'aimerais oublier. Il y aurait d'ailleurs une thèse à écrire sur le rôle du hors-champ dans le cinéma de James Ponsoldt. En général, est hors-champ ce que le cinéaste ne veut guère nous montrer. Dans l'exemple évoqué, cela lui permet d'éviter la censure ou le classement dans la catégorie "film pornographique". C'est donc très habile de sa part. Il y a d'autres moments qui étonnent un peu, et devant un tel film, il est toujours agréable d'être étonné. Cela arrive une ou deux fois, mais au point où on en est, ça suffit pour être relevé...




Quand, ensuite, le cinéaste se focalise entièrement sur le personnage de cet adolescent en crise se lançant à la recherche de son père disparu (lui aussi alcoolo, vous l'auriez deviné), le film se désagrège complètement. Tout devient très attendu, médiocre, tout tombe à plat. On finit même par prendre sérieusement en grippe cette enflure de Sutter capable d'éjecter sa douce girlfriend de sa bagnole au beau milieu de l'autoroute. Celle-ci finit logiquement par se faire emporter par la première voiture qui passe, lors d'une scène qui provoque, bien malgré elle, des éclats de rire nerveux. C'est là que l'on se rend compte du fossé qui sépare le début du film, où l'on souriait presque vaguement devant ces deux lycéens qui se tournaient autour puis se découvraient, de cette dérive lamentable, où l'on a très hâte d'en finir. Le Bukowski du ciné indé espère alors muer en Salinger en tentant de saisir le profond mal-être adolescent. Ça se règle en deux bouffes que le garçon reçoit sans moufeter, plaqué par sa mère (Jennifer Jason Leigh, méconnaissable !) contre le gigantesque frigo de la cuisine, et c'en est terminé.




Sérieusement, il y a d'infimes chances pour qu'un jour, James Ponsoldt réussisse un film. Il a 36 ans tout juste, il a donc encore du temps devant lui, pour apprendre et se perfectionner. Serai-je encore parmi vous quand sortira son chef d’œuvre ? Je l’ignore, je suis son cadet mais j'ai bien des soucis. Son 30ème film sera peut-être le bon. En attendant, il faut faire preuve de patience. En ce qui me concerne, j'éviterai sans doute ses 29 prochains films. Je vais laisser pisser un moment, si vous le voulez bien...


The Spectacular Now de James Ponsoldt avec Miles Teller, Shailene Woodley, Brie Larson, Jennifer Jason Leigh, Kyle Chandler et Mary Elizabeth Winstead (2014)

11 janvier 2014

L'Art de séduire

Oh je vous vois venir : "Mais pourquoi il nous parle de ça ?". Parce que Julie Gayet est à fond dans l'actu et que je n'ai aucun scrupule. Adios et à jamais, éthique de blogueur ciné... L'actrice, selon Closer, succèderait à Marilyn Monroe dans le cercle pas du tout fermé des actrices devenues maîtresses de présidents. Je peux piger qu'on s'encanaille avec John Kennedy, mais faut-il que le pouvoir exerce un magnétisme dément sur ses sujets (hommes ou femmes, là n'est pas la question) pour qu'on craque sur François Hollande. Restons cependant mesurés, tout cela n'est pour l'instant que soupçons. La vraie question, c'est pourquoi ai-je maté ça... C'est tout con. Ma compagne m'a demandé de lui mettre un "film à la con". En même temps c'est pas ce qui se fait de pire, ça se regarde, y'a quelques petites choses plaisantes, mais globalement c'est quand même pile poil un "film à la con" et j'étais dans le sujet. L'affiche en dit déjà long. Mathieu Demy est assez chouette pourtant, et c'est peut-être un acteur sous-exploité. Il a une scène très réussie, quand il prend son premier verre en terrasse avec Julie Gayet, où son personnage est nullissime en terme de rencontre et de drague et n'arrête pas de dire des trucs ultra cons sur un ton encore plus con qui finit par faire marrer. On aurait aimé que le comédien reste sur cette lancée mais le scénario n'a pas dû le motiver, ni lui donner envie de s'amuser ou d'être heureux, et on le comprend.


Je pige mal Julie Gayet mais je ne pige que trop François Hollande, qui avait oublié de préciser "Moi président, je prendrai mon pieeeeeeeeeeed ! Moi président, je profiterai à mort...". Car pour avoir croisé Julie Gayet in vivo, je peux vous assurer qu'en regardant ce genre de phénomène on se dit que Dieu existe.

Le film raconte l'histoire d'un jeune psy célibataire assez frappé pour faire des photos de poissons morts et - y a-t-il un rapport ou non - incapable de faire le premier pas vers la femme qu'il aime, et vers les femmes en général. Il demande à l'un de ses patients, un génie de la séduction à qui personne ne résiste (Lionel Abelanski, c'est beau la fiction), de l'aider à draguer n'importe qui dans la rue pour pouvoir faire face à son rêve : Julie Gayet. En fait il s'avère assez rapidement que le personnage incarné par Gayet est une connasse finie, complètement névrosée et désagréable, et le héros finira en fait avec une fille délurée, extravertie et définitivement horripilante, draguée par hasard à la terrasse d'un café (Valérie Donzelli, insupportable pour ne pas changer, et je rappelle que le héros du film adore photographier des poiscalles morts, y'a-t-il, oui ou non, un rapport ? Moi je dis oui). Il lui aura fallu essuyer toutes les humiliations de la part de Gayet pour en avoir enfin ras-le-bol d'être traité comme un torche-cul et pour se rendre compte que la débile rencontrée sans le faire exprès et repoussée jusque là lui correspondait en réalité davantage, vu qu'elle est tarée. Si c'est pour finir avec ça autant crever seul, mais passons.


Mais si Zeus existe, l'antéchrist aussi...

L'histoire est alors tellement grossière, cousue de fil blanc et chiante comme tout, que la relative légèreté de ton du début s'évanouit vite au profit des poncifs accablants de la petite comédie franchouillarde typique sur des blaireaux lunaires et loufoques, pathétiques surtout, qu'on a envie de baffer un grand coup. L'Art de séduire a un titre de film d'Emmanuel Mouret, les acteurs d'un Mouret (en tout cas pour Demy et à fortiori pour Julie Gayet, qui jouait dans le génial Un Baiser s'il vous plaît), un même goût pour les malaises sentimentaux et autres situations improbables, et l'ambition de développer un récit aussi touchant qu'amusant et décalé, sauf qu'au final ce n'est même pas du sous-Mouret. A vrai dire, alors que tout nous y conduit sur le papier, on ne pense même jamais au cinéma de l'auteur de Fais-moi plaisir ! et de L'Art d'aimer devant ce téléfilm mollasson qui, il faut bien le dire, est un strict navet. La seule chose positive à retirer de L'art de séduire c'est que beaucoup de scènes, et notamment les premières rencontres de Demy avec Gayet et Donzelli, se passent en terrasses de petits bars ensoleillés, et avec ces ciels gris de janvier qui nous accablent, on se dit que ce sera cool quand il fera plus beau.


L'Art de séduire de Guy Marzaguil avec Mathieu Demy, Julie Gayet, Valérie Donzelli et Lionel Abelanski (2011)

9 janvier 2014

Putty Hill

Discrètement sorti sur nos écrans en septembre 2011, Putty Hill est le second long métrage de son auteur, Matthew Porterfield, mais le premier que l'on peut vraiment voir (Hamilton, son premier essai, étant toujours inédit par chez nous). Sous sa forme d'abord très intrigante de faux documentaire, il s'agit d'une sorte de chronique sociale sur la population blanche, pauvre et délaissée, de la ville de Baltimore, Nord-Est des États-Unis. L'argument initial est le décès tragique d'un jeune homme de 24 ans suite à une overdose. Matthew Porterfield recueille les paroles de ses proches à l'approche des funérailles, et dresse davantage le portrait de leurs existences que celle du disparu, de plus en plus mystérieux au fil des interviews, mais dont l'absente présence est plus que jamais palpable lors de la très belle scène finale où deux adolescentes s'introduisent dans sa maison. Le jeune cinéaste, également originaire de Baltimore, ville qu'il sait joliment filmer, mêle ces interviews à des scènes illustrant le quotidien de cette frange à la dérive de la population. De l'ensemble se dégage une ambiance singulière très rapidement saisissante, notamment due à cet ancrage dans le réel si particulier.




Porterfield filme surtout des adolescents et il y a peut-être quelque chose qui rappelle Gus Van Sant dans la douceur et la justesse du regard que le réalisateur porte sur ses teenagers légèrement paumés et, tous, assez attachants. La séquence où Porterfield filme un skate park et interroge l'un des garçons vient appuyer cette impression puisqu'on repense alors un peu à Paranoid Park. On peut également penser à Werner Herzog dans la façon qu'a le cinéaste baltimorien, dont on entend parfois la voix hors champ, de faire parler ses acteurs en ayant l'air de révéler, sans effort, leurs vraies natures et caractères, bien que nous soyons ici dans une fiction, et, à travers eux, de saisir un portrait très universel et parlant d'une certaine jeunesse. Les acteurs, pour la plupart amateurs et incarnant pratiquement leurs propres rôles, sont d'ailleurs remarquables d'authenticité. Le cinéaste fait preuve d'une grande attention pour ces personnages, mais aussi pour leurs gestes et leurs pratiques (musique, tattoo, tag sauvage et planches à roulettes), ce qui contribue à les faire exister si fort et rend certaines scènes assez fascinantes. Alors certes, le dispositif fragile de ce faux documentaire s'essouffle parfois et ne tient pas vraiment la longueur, le film parvenant ainsi à ennuyer malgré sa courte durée. Mais malgré cela, Putty Hill laisse un souvenir très prégnant, celui d'une œuvre forte attestant d'une vraie personnalité. Il y a des qualités, là-dedans, qui font de ce Matthew Porterfield un bel espoir pour le cinéma indépendant américain et, en tout cas, un réalisateur à suivre de très près dont je regarderai le nouveau film, I Used to be Darker, avec une grande curiosité.

PS. Attention à ne pas confondre ce film avec Pussy Hill, la colline des teuchs.


Putty Hill de Matthew Porterfield avec Sky Ferreira, Cody Ray, Dustin Ray, Zoe Vance et Walker Teiser (2011)

6 janvier 2014

Prisoners

Ces dernières années, il fallait plutôt regarder du côté de la Corée du Sud pour dénicher des thrillers tendus, aux ambiances pesantes et malsaines, les Américains s'avérant bien incapables de rivaliser avec leurs concurrents asiatiques sur ce terrain-là. Ce manque évident explique peut-être en partie l'accueil dithyrambique réservé à Prisoners, largement présenté comme la plus grande réussite américaine en ce domaine depuis Seven, voire Le Silence des Agneaux. Zodiac et Mystic River sont les autres titres les plus souvent cités pour situer le film de Denis Villeneuve. Si cette filiation est plus ou moins justifiée et si Prisoners s'impose effectivement comme l'un des thrillers américains les plus efficaces sortis dernièrement, il ne s'agit pas pour autant d'une réussite entière et le film peut décevoir quand on attend un peu plus que 153 minutes de divertissement.




Alors il pleut beaucoup, certes, tout le temps même, comme dans Se7en. Emportés par leur malheur, les personnages agissent bêtement, guidés par leur ressentiment et leur amertume, comme dans Mystic River. On a bien du mal à dénicher le tueur, et on finit même par penser qu'on ne parviendra jamais à mettre la main dessus, comme dans Zodiac. Il y a une battue dans la forêt pour dénicher les gamines disparues, ce qui rappelle inévitablement La Règle du jeu. Et enfin, l'Amérique dépeinte par Denis Villeneuve semble surpeuplée de monstres, de détraqués, un peu comme dans Le Silence des Agneaux, dont la filiation est tout de même bien plus floue à nos yeux. On a d'ailleurs eu un mal de chien à en inventer une. Et on va arrêter là ce petit jeu des références parce que nous en avons nous-mêmes très très peu et ça commence à se pifer. Finalement la vraie bible de Denis Villeneuve c'est KidA, qui défile en intégralité dans Prisoners comme dans Incendies (film dont on a vu l'affiche !), son précédent film. Le réalisateur québécois ne jure en effet que par Radiohead, le groupe anglosaxon incontournable, celui qui réunit des gens aussi différents qu'Yvan Attal, David Fincher, Brad Pitt, Guillaume Canet, Alfonso Cuaron, Richard Linklater, Cédric Klapisch, Cameron Crowe et Smaïn. Au point qu'on se demande finalement si ces gens sont si différents... Quelle est la frontière entre Fincher et Smaïn ? Elle est maigre, ça c'est sûr, et Johnny Greenwood est assis dessus, avec une guibole osseuse qui pend de chaque côté. Pour la petite histoire, on aurait aperçu David Fincher, Smaïn, Ed Norton et Brad Pitt échanger quelques verres dans le carré VIP du dernier show privé de Radiohead à Milan (Italie). Aurons-nous droit à un biopic de Smaïn par le grand duc d'Hollywood, l'auteur de Fight Club ? La rumeur cavale depuis maintenant !




Puisque le paragraphe précédent sur les influences de Villeneuve est un semi-échec, concentrons-nous sur l’œuvre en tant que telle, pour dire d'emblée qu'en 2h33, on est en droit d'attendre des personnages plus étoffés, plus mémorables. Si les acteurs font tout leur possible pour leur donner de l'épaisseur, à commencer par un honnête Jake Gyllenhall, les personnages ont bien du mal à exister en dehors de leur fonction. Jake Gyllenhall est enquêteur, alors il enquête. Hugh Jackman est un papa brisé par la disparition de sa fille, alors il se met en colère et perd la raison. Ne parlons pas des mamans, Maria Bello est condamnée à rester au plummard en s'enfilant des cachetons. A propos de Maria Bello, saviez-vous qu'elle a récemment fait son caméo ? On pouvait deviner qu'elle était au moins des deux bords, bi-sexuée, en regardant attentivement les scènes trash dont regorge sa filmographie, à commencer par A History of Violence, dans la version longue recommandée par David Cronenberg, le cinéaste de la chair, des muqueuses et de tout ce qui chlingue. Qui a vu cette version uncensored, le devil's cut du film, n'a pas pu oublier ces scènes supplémentaires, ces bonus bonnards où Maria Bello, après s'être grimée en pom-pom girl de pacotille pour satisfaire les bas besoins de son macho de mari, plie ce dernier à ses propres désidératas en le déguisant en écolière et en le labourant dans les escaliers avec un ustensile qui a perdu son nom lors de ce tournage et qui n'en a pas retrouvé depuis. D'ailleurs, même pour les miséreux qui n'ont vu que le fameux 69, transformé en 96 dans la version x-rated, il suffisait de décoller le regard de ce putain d'artiste qu'est Aragorn pour mater le regard haineux, rêveur, ailleurs, de Mario Bella, pour le moins "not interested".




Comment revenir au film après ça ? Peut-être en disant que la fin retombe comme un soufflet. On aurait carrément préféré que le personnage tourne en rond encore longtemps, cherche le criminel toute sa vie, que le film dure, dure, dure, des heures, des jours, des semaines qui sait ? Mais qu'il ne s'arrête pas comme ça... Pas là-dessus. Le film semble chercher son souffle à la fin. C'est pas tous les jours qu'on mate un film qui ventile, qui cherche de l'air, qui tire des taffs dans le vide pour pas clamser sous nos yeux faute d'oxygène, tout bleu. On conseillera quand même peut-être ce film asphyxié à tous les jobastres qui se ruinent la vie devant les documentaires glauques de la TNT à base de criminels malades et de serial killers en folie, et qui ne zappent que pour atterrir sur les séries TV policières de TF1 ou de Canal+, Cold Case, Cold Squat, Portés disparus, l'instit, Les Experts, C'est pas Sorcier, Mentalist, Nip Tuck, True Blood, Médium, Lie to me, Profiler, 36 chiens des quais des orfèvres, La Planque, Narco, Trafico, La Garde-à-vue, Le Prisonnier, Crimes, Missions pas possibles, Affaires congelées, Dexter, JAG, La Crim', Central Nuit, Les Cordier Juges et keufs, Braquo, Esprits criminels, Body of bullet proof et consorts. Prisoners vous permettra de conjuguer votre passion pour le meurtre et ce grand écran que vous délaissez tant, même si c'est le genre de film dont on ressort en disant "Ouesh...", ou, pour les plus bavards : "Ouesh, ouesh, qu'est-ce qu'y se passe ?".


Prisoners de Denis Villeneuve avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal et Paul Dano (2013)