29 septembre 2013

Diana

C'est le grand come-back d'Oliver Hirschbiegel. Il est de retour avec un biopic de Lady Diana, son Altesse royale la princesse de Galles et comtesse de Chester, duchesse de Cornouailles, duchesse de Rothesay, comtesse de Carrick, baronne de Renfrew, Dame des Îles, princesse d'Écosse. Contrairement à bien des journaleux peu scrupuleux, nous nous sommes fixés comme règle de toujours citer son nom complet, tel qu'il apparaissait sur sa carte d'identité longue comme un parchemin. C'est surtout l'occasion pour nous de pointer une étrange tendance actuelle d'Hollywood, celle qui consiste à faire jouer les beautés par des tromblons et les tromblons par des beautés. C'est par exemple Michelle Williams qui incarne Marilyn Monroe et Scarlett Johansson qui prête ses gros traits à la délicate Janet Leigh. Et c'est donc l’incandescente Naomi Watts, avec un truc de dingue collé sur le haut de la tronche, qui donne son joli minois à Lady Di.




On peut le dire, maintenant que le deuil est fait, que la part de sacré commence à s'estomper : Lady Diana n'était pas non plus le phénomène de beauté que Paris Match Voici Gala nous ont vendu pendant des années... On s'en rend d'autant mieux compte aujourd'hui grâce à Google Images d'une part, grâce à Kate Middleton d'autre part, qui dans le genre Altesse royale la princesse William, duchesse de Cambridge, comtesse de Strathearn et baronne de Cunnilingus, se place là. Disons-le : Lady Di était une pure guenon, et là si on était en train de pisser sous le pont de l'Alma ce serait peut-être plus apprécié. Si elle avait ressemblé à Naomi Watts, j'aurais été paparrazzo et j'aurais eu la dernière photo !


Diana d'Oliver Hirschbiegel avec Naomi Watts (2013)

25 septembre 2013

L'Inconnu du lac

Pour peu que l'on se soit laissé dire quelque bien de ce film avant de le voir, un bien tout justifié du reste, on peut se trouver vaguement déçu au moment de la découverte, et juste après, sauf que très vite les grandes qualités du film nous rattrapent. Cette déception initiale vient en partie de la non-virtuosité du film, qui n'aligne pas les effets de manche et n'a rien d'ostensiblement prodigieux dans la forme. Mais quelle élégance, quelle justesse et surtout quelle maîtrise il y a dans cet envoûtant objet filmique. Guiraudie ne fait pas l’œuvre ouvertement plastique qu'on pouvait attendre, et s'il réalise bien un plan particulièrement saillant et envoûtant, où l'image prend une texture nouvelle, quand le cinéaste intègre les images des ondulations huileuses et hypnotiques des vagues du lac filmées sous un soleil tardif au montage de la première étreinte de Franck (Pierre Deladonchamps) et Michel (Christophe Paou), c'est bien sous la surface plus lisse des autres images du film qu'il faut aller chercher sa force. Le film paraît d'abord simple, à plat, minimal, alors que tout se joue et se déploie en profondeur, dans l'invisible. On croit d'abord avoir affaire au portrait naturaliste particulièrement cru d'une certaine marge de la population, quand Franck se rend quotidiennement au bord d'un petit lac, sur une plage tacitement réservée aux homosexuels naturistes, qui viennent là, s'installent sur les galets, se toisent, se draguent, puis se partagent les lieux à qui restera sur la plage, choisira la baignade, en face, ou de multiples étreintes sexuelles spontanées, dans le bois, derrière. Et puis le ton plutôt insouciant du film, léger même, grâce à de très appréciables touches d'humour, se mêle d'un soudain goût de drame et prend les atours du polar, lorsque Franck est témoin d'un meurtre. Mais ce qui se trame là-dessous, de façon plus dissimulée, tient peut-être davantage du film fantastique, voire du film d'horreur.




Si la part émergée - le scénario (cette symbiose parfaite entre le film d'amour, la comédie de plage, le drame existentiel et le polar), les personnages (tous finement dessinés et respectés par leur auteur), les dialogues (tantôt savoureux, tantôt d'une très simple beauté), le jeu des comédiens ou la splendeur plastique et la sophistication de chaque plan d'apparence banale - se montre immédiatement de haute volée, la partie immergée du film l'élève encore davantage, cette zone quasi-théorique, ce traitement épuré d'idées complexes, ce dispositif brillant qui se tisse tout au long de l’œuvre et prend de l'ampleur à chaque franchissement d'un étage de signification supplémentaire. Le film parle de l'amour, de son absence de limite et de ses dangers. C'est, pour résumer, l'histoire d'un homme qui en aime un autre qu'il sait coupable de meurtre et potentiellement dangereux pour lui-même. Mais il l'aime coûte que coûte et, peut-être, jusque dans la mort. Franck a vu, trop vu, et se rend aveugle. Il refuse de voir, enfouit ce qu'il sait et le nie. Son amour pour Michel, son désir pour lui et pour son corps irrésistible, sa parfaite inconscience aussi, sont matérialisés dans ce silure géant bien qu'invisible, car tapi dans le lac, sous les profondeurs d'une surface placide et paisible. Les personnages, spectateurs aveugles, n'ont de cesse d'observer la ligne d'horizon de cette eau sans remous où croupit un cadavre et où se terre un monstre. Et le spectateur, qui a vu le meurtre comme Franck, passe l'ensemble du film à scruter les plans à la recherche de ce qui ne s'y voit pas, tel James Stewart dans Fenêtre sur cour, autre huis-clos paradoxal, qui observe sans relâche le même décor en quête d'un infime détail révélateur. De minuscules variations font événement dans ces espaces (topographie limpide digne des grands maîtres du genre) si minutieusement organisés par Guiraudie (le parking, la frontière d'arbres qui mène du parking à la plage, la butte où Henri (Patrick D'Assumçao) se tient à l'écart, l'étendue d'eau, le labyrinthique bois des ébats, derrière), qu'il s'agisse d'une voiture rouge qui disparaît ou d'un personnage absent de son cadre habituel. On scrute de la même façon le visage de Michel, espérant un signe susceptible de tout expliquer, un rictus qui casserait l'enveloppe du bel éphèbe, de cette statue grecque d'Apollon bien vivant, ce Dieu qui tue mais que l'on adore et sans qui l'on est perdu, selon le modèle de la tragédie antique. Mais les personnages, eux, et Franck le premier, refusent de voir. Ils admirent une tombe liquide sans broncher, ne voient pas la voiture rouge et la serviette abandonnées de la victime, ne viennent pas au lac le jour où le mort est repêché.




On peut lire ce comportement comme la critique métaphorique d'une certaine frange de la communauté gay qui refuserait de voir les dangers ou les dérives de certains milieux (l'inspecteur reproche à Franck et aux autres de ne pas s'émouvoir de l'assassinat d'un des leurs), ou comme une plus vaste représentation de la société française dans son ensemble, qui nie ses malaises et ferme les yeux sur ses individus marginaux en détresse. C'est en tout cas une réflexion sur les puissances de la passion et l'aveuglement au danger. Cette créature mythique qu'est le silure est la projection d'un mal bien humain dans un récit où le fantasme tient une part primordiale et où la fantasmagorie n'est jamais très loin. La question de la frontière (le passage du parking à la plage, de la plage au bois, la barrière imaginaire soi-disant symbolisé par un arbre entre le coin de plage des dragueurs et celui des vieux couples), la question du passage d'un monde à l'autre, du réel au fantasme, du concret à l'illusion, donne au film, complètement détaché du monde (on ne quitte jamais la plage et rien ne transparaît de la vie des personnages en-dehors de ce lieu) une dimension fantastique que ne font que renforcer ces parades amoureuses silencieuses sur la plage, ces étranges scènes d'errance fantomatique dans les bois à la recherche d'un partenaire sexuel, ou le final, en pleine nuit, dans les bosquets, digne de Predator (d'autant que Michel, lorsqu'il s'en prend à l'inspecteur, semble avoir la faculté d'apparaître sans prévenir et de se matérialiser où il veut) ou, pour être plus juste, de Tropical Malady. Sans parler du surgissement du sang dans une séquence magistrale, où Guiraudie laisse planer le doute : venons-nous d'assister à une étreinte ou à un meurtre ? C'est toute la question du film, en droite lignée des théories de Georges Bataille, développées dans L’érotisme, qui posent l'amour sexuel comme une forme de mise à mort. Et le film de Guiraudie est au final une sublime mise en récit de la thèse de Bataille, d'où la pertinence et la force, qui se révèlent après-coup, de ces scènes très directes de relations sexuelles où c'est, sous les dehors de l'amour, un violent et irrémissible désir de mort qui se profile. Le talent du cinéaste est alors de conjuguer cette approche théorique à une pure narration dotée d'une grande dimension charnelle, physique, car ce sont des corps bien réels et de vrais personnages qui incarnent des idées. Michel par exemple, personnage à part entière, assez fascinant par-dessus le marché, est aussi le spectre de la mort, qui disparaît dans la nuit à la fin du film, comme il était apparu sous le plein soleil. A-t-il jamais existé, est-il un fantasme incarné ? Henri dit : "Ce n'est pas parce que les choses n'arrivent pas qu'elles n'existent pas" et, comme les personnages du film, qui regardent tout du long une surface plane mutée en scène de drame, la ligne claire du lac, résolument vide mais où sommeille en puissance tout le récit du film, nous ressortons de ce spectacle, de cette fiction, pleins de ces choses, idées, doutes, terreurs, qui y existent avec un relief particulier, soucieux de retourner en sonder les abîmes.


L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou et Patrick D'Assumçao (2013)

23 septembre 2013

Margot va au mariage

Noah Baumbach, dit Noah Baumbastic (pour son aisance sur le dancefloor malgré ses grandes mèches brunes qui ne sont jamais dans le rythme), est depuis quelques temps sur un piédestal, aussi est-il de bon ton de rappeler que c'est un poison neurotoxique. Quand est sorti Frances Ha, la critique a tout oublié, victime d'un blackout complet qui nous a rappelé ce qui s'est produit chez nous le jour où on a lancé Margot at the Wedding, aka, en français, "Gomart va au mariage". C'était le cinquième film de Baumbastic, simply fantastic. Normalement quand on en a déjà signé quatre, on est dans ce qu'on appelle la "plénitude artistique", en pleine possession de ses moyens, high in the sky, on ne bouge même plus son fiac de sa chaise de réalisateur floquée à son nom, on fait juste des grands gestes de loin, et les acteurs se bousculent au portillon pour se retrouver devant la caméra d'un cinéaste confirmé. Nicole Kidman, alors en pleine phase descendante, tant au niveau professionnel qu'esthétique, hésitant entre le brun et le blond pour finir dans un entre-deux bien inconfortable pour ses cheveux, venait donc de signer pour incarner la fameuse Gomart.




Or, ce cinquième film de Noah Baumbastic (ou doit-on le considérer comme son quatrième long métrage seulement ? Baumbach a en effet signé l'un de ses opus précédents, Highball, sous un autre nom : Tonton Scefo) est l'équivalent d'un thé au Sahara, dans les deux sens du terme, c'est-à-dire que c'est une œuvre qui rivalise de puanteur avec le film de Bernardo Brecht Bertolucci, et que c'est typiquement aussi plombant qu'une boisson chaude et drainante avalée sous un cagnard de plomb entouré de touaregs morts de aimf et morts de rire. On a d'ailleurs lancé ce film ignoble par un après-midi printanier de toute beauté, de ceux qui vous donnent envie d'aller tirer des coups dans tous les lacs publics du coin incognito, il faut bien l'avouer. Aussitôt le film débuté, le soleil s'est éteint. Des trombes d'eau ont déferlé sur nos têtes (alors qu'on évolue à domicile et sous bâche). L'un d'entre nous, celui qui est le plus sensible aux intempéries et aux phénomènes paranormaux (le même qui jure d'avoir vu le film Jumper en compagnie de tous les morts de sa famille venus l'épauler dans cette épreuve from outer space), s'est levé d'un bond en faisant valser la table (heureusement c'était une table ikéa Jesper Blomkvist) et en s'écriant : "There is a storm coming ! I wish I wuz not here !".

Comme son titre l'indique, le cinquième film de Noah Baumbastic est un film de mariage. On a tous signé un film de mariage au moins dans notre vie. On a tous un grand frère qui nous a fait acheter une caméra DV (avec cassette HI8 désormais introuvable) pour immortaliser son mariage avec un cas avéré de possession démoniaque. Ce même grand frère, depuis, à chaque réunion familiale, nous demande : "Alors t'as fini de le monter ? Bientôt 15 ans que j'attends". Et nous de lui répondre : "Non je vais te rendre un found footage pour tes noces de cristal l'année prochaine". Ces films-là sont insupportables, filmés caméra au poing avec en amorce, dans tous les plans, le gobelet de champagne sans gaz à 30°C de mise, ponctués par des discussions en off qui nous apprennent qu'on n'a peut-être qu'un véritable frère sur une fratrie qui en compte une tétrachiée plus dix, rythmés aussi par quelques zooms avant et autres panoramiques descendants où le gobelet cède la place à une paire de cuisseaux de choix qui le lendemain paraissent surcôtés mais qui le soir même étaient des putain d'idées fixes, à coups de "j'vais me la faire ! j'vais me la faire !" crachés dans le micro avec ce grésillement typique du caméraman en surchauffe cérébrale. Bref, ces films amateurs sont autant de plaies et d'étrons déposés sur la tombe profanée des frères Lumière, qui du fond de leur trou se dédouanent en hurlant tant bien que mal : "C'était pas fait pour aç au départ !". Mais dites-vous bien que ces films amateurs, aussi détestables soient-ils pour le genre humain, sont plus dignes d'une sortie ciné que Margot at the Wedding (dont la date de sortie est du reste encore inconnue, et le film date d'il y a une bonne décade). Probable que Baumbach retarde lui-même la distribution internationale de ce microbe filmique pour éviter de remuer la merde auprès d'une ex-femme bafouée et blessée à vie.  




Car rappelons que Baumbastic, du haut de ses 1m75 seulement (nous sommes plus grands que ce type, dans tous les sens du terme), était l'époux de Jennifer Jason Leigh avant de devenir celui de Greta Gerwig. C'est Jennifer Jason Leigh qui a co-écrit le scénario du sac à merde filmique qu'est Greenberg et qui, jouant également dans le film, où elle tient un rôle secondaire mais décisif (comme dans la vie de Baumbastic à cette époque-là diront certains...), y répète à treize reprises (toutes les 8'52 env.) : "hurted people hurt people" (ce qui est vrai). Toutes ces données en tronche, rappelez-vous que la sémillante Greta Gerwig faisait ses premiers pas sous le gros objectif violacé de Baumbastic dans ce même film ! Est-il besoin de vous faire un dessin ?




Margot va au mariage de Noah Baumbach avec Nicole Kidman et Jennifer Jason Leigh (2007)

20 septembre 2013

Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines)

On sentait, avec le néanmoins brillant Conte de Noël, que le cinéma d'Arnaud Desplechin arrivait à une forme de saturation, de ressassement, qui se traduisait entre autres par une certaine surenchère dans le portrait de l'habituelle famille ultra-conflictuelle et par un soupçon de distance à l'égard d'une galerie de personnages plus gratinés que de coutume et, dans l'ensemble, assez peu aimables. Il fallait sans doute du renouveau. C'est chose faite avec ce film tourné aux États-Unis et en langue anglaise, sans - et c'est une première - la participation d'Emmanuelle Devos. Desplechin ne rompt pas pour autant avec tout ce qui fait son cinéma. On retrouve d'abord Mathieu Amalric au casting, dans le rôle pas si étonnant d'un chercheur en sciences humaines excentrique, génial mais déclassé. Le script a par ailleurs directement à voir avec la psychanalyse - sujet récurrent pour ne pas dire central dans l’œuvre de Desplechin - puisque Jimmy P. souffre de maux de crâne foudroyants et de cécité ponctuelle alors qu'il ne présente aucun dérèglement physiologique ou cérébral, d'où le recours à un psycho-anthropologue, le docteur Devereux, pour mettre un terme sur son mal, "trauma psychique", et tenter de l'aider. Sur cette base se greffent une série de liens que l'on peut tisser entre le scénario de ce film et les précédents : le corps meurtri et le psycho-somatisme, la chirurgie, la sexualité destructrice ou réparatrice, les névroses familiales, l'individu en quête d'une place dans la société, la trace des origines, le rapport difficile à la mère, l'amitié, l'adoption, etc. Autant de thèmes chers au cinéaste, accompagnés de motifs tout aussi ancrés dans son cinéma, de la scène où Benicio del Toro se rêve englué dans le sol, écho aux chutes vertigineuses d'Amalric dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) ou Un Conte de Noël, à la lettre lue par Gina McKee face caméra, devant un mur et centrée dans l'image, comme Emmanuelle Devos dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) ou Maurice Garrel dans Rois et reine.




Malgré tout, la rupture est franche, et passe peut-être avant tout par un récit beaucoup plus simple, plus calme, plus centré, moins éclaté, moins foisonnant, moins dense que dans les films précédents de Desplechin. C'est peut-être le défaut de Jimmy P.. A la richesse des scénarios précédents se substitue la banale psychothérapie d'un Indien des plaines, comme le sous-titre du film l'indique, et il faut reconnaître que Desplechin annonce la couleur. Le film s'en tient pratiquement à ce programme. Chaque scène marque une étape vers plus de confessions et de compréhension. Petit à petit Jimmy libère sa parole, raconte ses rêves, puis ses souvenirs, et le docteur Devereux décrypte ses récits ou met le doigt sur les éléments clés qui aident son patient à se comprendre, à s'accepter et, in fine, à s'aimer, pour que d'autres le lui rendent. Le problème, commun me semble-t-il à beaucoup de films sur la psychanalyse, c'est que les troubles psychiques de notre indien Blackfoot, ancien soldat blessé à la tête en France à la fin de la seconde guerre mondiale, n'ont rien de bien fascinant. Certes le bonhomme trimballe son lot bien garni de scènes traumatiques (toutes liées à la culpabilité, à la mort, au sexe et à la mère), mais ce que le docteur Devereux en tire, en gros un complexe d’œdipe muté en peur de faire souffrir les femmes et de souffrir par leur faute, n'a, a priori, rien de bien extraordinaire. Probablement qu'en 1954 de telles conclusions sont novatrices et courageuses (je parle en non-initié), mais en 2013, sur la base des paroles du patient, elles viendraient à l'esprit du premier quidam venu ou presque. Aussi ne sommes-nous pas à proprement parler effarés lorsque Devereux interprète un rêve de Jimmy, où un animal abattu à la chasse se transforme soudain en petite fille, en parlant de culpabilité et de paternité mêlées (je vulgarise un peu). Difficile par conséquent de se passionner pour toutes ces scènes de dialogue qui ne présentent qu'un mince intérêt dramatique, mise de côté la possible admiration du jeu des acteurs, assez efficaces malgré des accents un rien pesants.




On attendrait donc, pour soulever tout ça, pour dépasser ce scénario relativement plat (adapté du bouquin de Devereux, Psychothérapie d'un Indien des Plaines : Réalité et rêve) que Desplechin sublime son propos par la mise en scène, comme on lui en sait l'habitude. Et c'est là que le film déçoit véritablement. Car non seulement le récit est plus étroit, moins vivant, moins surprenant et moins enthousiasmant qu'à l'accoutumée, mais on peut en dire autant de la mise en scène, du montage et du reste. J'évoquais la scène onirique où Del Toro est prisonnier du sol, pétrifié, et la comparais aux chutes phénoménales d'Amalric dans les escaliers d'une fac et sur le bitume d'une route, mais tout est là : à des chutes inattendues, violentes, où le corps rappelle son existence à l'esprit tandis que la pesanteur donne la mesure de son incarnation, chutes toujours conclues par le redressement improbable du personnage, indemne, fantôme invisible promu à une forme de renaissance providentielle, et toujours désamorcées par sa remise en activité comique, s'oppose ici un corps immobile, bloqué, sans réelle marge de progrès dans l'espace, métaphore, si l'on veut, d'un film tenu, empêché. Au début de Jimmy P., une musique très surlignée et omniprésente recouvre les plans (y compris un beau plan de dos sur Del Toro qui se dirige vers son bétail et manie des outils, plan qui vient comme une promesse, celle d'un corps américain filmé dans toute sa prestance, que le film ne tiendra pas). Fort heureusement, elle se tait, ou se fait plus discrète, avec l'arrivée de Mathieu Amalric. Mais le mal est fait. En ce sens que la bande originale d'Howard Shore semble annoncer, par son aspect très hollywoodien, très sage et très commun, un film de facture plutôt classique (serait-ce la volonté profonde Desplechin, qui place un clin d’œil au Young Mr. Lincoln de Ford ?). Et il faut bien dire que l'on cherche encore les précieuses fulgurances formelles du cinéaste. Hormis quelques scènes de rêve, avec le fameux plan sur Jimmy Picard qui se bat contre un cowboy sans visage puis s'enfonce dans le sol, ou cet autre plan, digne du Rêves de Kurosawa, où il est perdu au milieu d'un champ de fleurs multicolores et regarde au loin la main tendue au-dessus des yeux, belles scènes qui peinent à marquer la mémoire tant elles sont rares et fugaces, et malgré la maîtrise au beau fixe des cadrages et du montage dont sait faire preuve le cinéaste, on s'enlise dans les plates conversations du sympathique duo formé par Del Toro et Amalric, et on finit même par s'ennuyer devant leur parcours somme toute sans force, sans éclat. Certes, le film ne cherche manifestement pas l'éclat, comme achève d'en attester la conclusion, toute en sobriété, et non dépourvue d'émotion, mais reste tout de même qu'on ressort de la chose sans trop y penser, et c'est peut-être bien la première fois qu'on quitte la projection d'un film d'Arnaud Desplechin avec le sentiment de n'avoir pratiquement rien vu.


Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines) d'Arnaud Desplechin avec Benicio del Toro, Mathieu Amalric, Gina McKee, Larry Pine et Joseph Cross (2013)

17 septembre 2013

Entretien avec Justin Benson et Aaron Moorhead



Ayant particulièrement apprécié Resolution (accédez à la critique en cliquant sur le lien), film fantastique original et bien pensé signé Justin Benson et Aaron Moorhead, nous avons proposé à ces jeunes cinéastes américains de nous accorder un entretien. Nos hôtes se sont pliés à l'exercice avec un tel enthousiasme et une telle générosité que nous sommes ravis d'inaugurer une nouvelle rubrique du blog consacrée aux interviews par celle de ce joyeux et ambitieux duo d'auteurs de films de genre plein de promesses. Mais laissons-leur plutôt la parole :


-    Que diriez-vous pour vous présenter au public français ?  

A : [en français] Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul.

J : [en français]  Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

-    Quel a été votre parcours avant la réalisation de ce film ?  

A : J’ai commencé à faire des films quand j’avais environ 14 ans. Je suis allé à la Florida State University pour étudier le cinéma, puis j’ai immédiatement déménagé à Los Angeles où j’ai rencontré Justin après seulement quelques jours. J’ai été chef opérateur et créateur d’effets spéciaux pendant un moment, mais je continuais à réaliser à côté de ça, aussi souvent que possible. Pas aussi souvent que j’aurais dû ceci dit. Dieu merci pour ce film, maintenant je ne suis plus que réalisateur. 

J : J’ai grandi à San Diego, je suis allé à UCLA, puis j’ai fait tout un tas de petits boulots qui payaient pour mettre de l’argent de côté afin d’écrire/réaliser/monter/etc.  

-    Quels sont vos modèles, vos réalisateurs favoris ?  

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Steven Spielberg, Ciaran Foy, Nicolas Winding Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Park Chan-Wook.  

-    Le film n'est pas distribué dans les salles en France. Comment l'expliquez-vous ? Qu'en est-il dans les autres pays ? Comment est-il reçu ?  

A : D’après la rumeur la France devrait voir Resolution bientôt, c’est juste très long pour que tous les pays reçoivent le film et montent un plan de distribution. Resolution est montré dans presque tous les pays d’Europe, dans tout un tas de festivals de cinéma, et nous sommes humblement surpris de découvrir que pratiquement tout le monde semble vraiment l’apprécier, malgré les différences de langue et de culture. C’est un immense soulagement pour un film d’horreur plutôt bavard.  

-    Votre film a fait le tour des festivals, notamment américains, quel rôle les festivals jouent-ils dans la mise en lumière d’un film tel que le vôtre ?  

A : En fait, le film est beaucoup plus montré à l’international qu’aux USA ! C’est pas un hasard si on a proposé le film aux festivals européens de cinéma de genre international : la Fondation Melies, réseau gigantesque qui regroupe tous ces festivals, est très prestigieuse et touche énormément de publics. On n’a pas pu concourir pour la Fondation Melies (n’étant pas européens), mais on a finalement passé près de la moitié de l’année dernière en Europe. C’est la belle vie ! Quant au rôle que jouent les festivals, notez bien ça : les festivals sont TOUT. Nous n’aurions aucun buzz et pas de carrière si ce film n’était sorti qu’en VOD. Les programmateurs des festivals et le public, autant que la presse, sont absolument essentiels pour que des films comme le notre aient une chance de rencontrer le succès. C’est la meilleure forme de publicité, parce que sans ça il n’y a aucun moyen de se faire connaître. Il s’agit juste d’essayer d’apporter du bon cinéma aux gens qui aiment le bon cinéma.  

-    Comment s'organise le travail de mise en scène pour un binôme ? Allez-vous continuer à travailler ainsi ou vos chemins vont-ils désormais se séparer ?  

A : On se considère à vrai dire comme co-cinéastes plutôt que comme co-réalisateurs. On se salit les mains tous les deux dans chaque aspect de la production. Justin est plutôt au stylo, je suis plutôt à la caméra, mais l’un n’existe pas vraiment sans l’autre. Nous sommes bien plus que la somme de nous deux en tant que simples co-réalisateurs. Depuis l’avant-première de Resolution à Tribeca on a travaillé presque exclusivement en équipe, et on envisage de continuer ainsi dans un futur proche. 

J : Nous sommes une sorte de gros monstre tentaculaire qui écrit/réalise/produit/monte/mixe/crée des effets spéciaux et sort des profondeurs avec une troupe de collaborateurs grandissante et tout aussi dangereuse. Y compris, entre autres, notre producteur David Lawson et notre ingénieur du son Yahel Dooley.  

-    Qualifieriez-vous Resolution de film d'horreur ?  

A : Oui. Mais d’un autre côté on se moque pas mal des définitions génériques. Le genre dans lequel le film s’inscrit, honnêtement, c’est bon pour les équipes marketing. Notre seul boulot c’est de faire un bon film, et on ne pense pas au genre en le faisant. Mais nous sommes fiers de qualifier Resolution de film d’horreur, tout comme nous le qualifions de drame psychologique, ou de buddy-movie détendu. 

J : On n’y a jamais pensé en ces termes avant que les gens ne commencent à poser la question, mais c’est marrant d’être des sortes de punks marginaux sous une étiquette marketing, donc oui, appelez ça un film d’horreur. C’est sans nul doute un film qui fait peur. 


Vinny Curran / Peter Cilella

-    Dans notre critique, nous avons souligné la qualité et la finesse de votre film en le comparant notamment à La Cabane dans les bois, autre film de genre métadiscursif récent. Que pensez-vous de ce film ? Resolution est-il d’une manière ou d’une autre pensé comme une réponse à celui de Drew Goddard ?   

A : On adore La Cabane dans les bois. Quand il est sorti – c’était une semaine avant la première de Resolution à Tribeca – on a réalisé toutes les comparaisons qui pouvaient être faites. Les deux films ont à peu près le même point de départ, et tous les deux ont un aspect « méta », mais en dehors de ça on ne peut pas faire plus différent. Nous sommes fiers d’être comparés à un film aussi cool, même si je suis certain que personne ne regarderait les deux films en pensant que l’un a pompé sur l’autre. Ils sont très différents dans l’approche. On pense qu’ils pourraient faire un formidable double-programme. 

J : La Cabane dans les bois est l’une de mes meilleures expériences de spectateur de ces dernières années. Les mecs derrière ce film assurent.  




-    Par un drôle de hasard, votre film et le nouvel Evil Dead ont le même point de départ (des jeunes gens coincés dans une cabane isolée pour sauver l’un d’entre eux d’une addiction à la drogue). Que pensez-vous de la vague de remakes actuelle et, plus largement, de l'état du cinéma de genre US ? La fracture semble de plus en plus grande entre des films invisibles mais dignes d'intérêt comme le vôtre et des films à budgets plus conséquents qui ne prennent aucun risque (remakes, reboots, prequels, etc.), avec à la clé des résultats souvent médiocres. Partagez-vous ce constat ?  

A : Les remakes et les reboots peuvent être bons et même très bons (voyez Batman), mais globalement, ils sont horribles. Nous vivons une époque dangereuse où ceux qui possèdent l’argent sont obligés de limiter les risques financiers dus aux difficultés économiques du moment – ce qui se comprend parfaitement –, mais vu que les gens continuent de retourner dans les salles pour voir les films issus des franchises qu’ils adorent et qui sont dénués de toute imagination, nous ne quitterons jamais le sillon créatif qui est le nôtre. Je pense qu’il appartient aux cinéastes indépendants sans le sou, qui ont tout à gagner et pas grand chose à perdre, d’innover, et au public qui les suit de voter pour eux avec leur porte-monnaie.  

J : D’un point de vue général ce serait vraiment cool que les investisseurs et surtout les cinéastes prennent plus de risques. Il y a cette idée qui veut que tous les films doivent obligatoirement rendre un hommage…  

-    Nous avons l’impression que le système empêche des auteurs de films de genre de se faire connaître, de travailler avec plus de moyens et de s’installer durablement afin d’élever le genre et de lui rendre ses lettres de noblesse, comme ont pu le faire John Carpenter ou Dario Argento par le passé. Qu’en pensez-vous ?  

A : Nous en faisons encore l’expérience. Même après le succès de Resolution, accoucher de notre second film est plus qu’un travail à plein temps. On y travaille en permanence et on est deux à ne pas dormir. J’ignore à quel point il était difficile il y a quelques temps de passer de petits films de genre à de plus gros. Je pense que c’est probablement plus facile de faire des films de nos jours, honnêtement, parce qu’il y a plus de réalisateurs que jamais depuis qu’on est allés vers des productions abordables et une certaine technologie facile de post-production. Et les films de genre sont toujours appréciés au box office. On a récemment observé pas mal de gros succès pour des films d’horreur à petits budgets comme The Conjuring, American Nightmare et You’re Next, donc je pense qu’il n’est pas tout à fait juste de dire que le système essaie de nous tuer.  

J : Le cinéma de genre se porte mieux que jamais. Certains cinéastes actuellement en activité sont capables d’aller même plus loin que ce que des gars comme Argento ou Carpenter ont fait. Et quand vous regardez le box office, pour des titres comme ceux cités par Aaron, nous vivons une époque FORMIDABLE. Il y a des trucs vraiment cool, rafraichissants et excitants qui vont venir d’ici peu.  

-    Nous sommes un blog français, vous êtes américains, quel est votre regard sur le cinéma d’horreur actuel français ?  

A : J’aimerais pouvoir me prononcer si j’en avais une meilleure connaissance. Mais malheureusement tout ce que je connais c’est le cinéma de genre français très populaire, donc mon opinion est sûrement un peu biaisée par la comparaison. J’ai vu Enter the Void récemment, qui n’est pas vraiment un film d’horreur, mais c’est clairement l’un des films les plus singuliers et innovants que j’aie vus. Ca bosse de l’autre côté de l’Atlantique ! 

J : J’ai pas mal d’estime pour Frontière(s) de Xavier Gens, et sa participation dans ABC’s of Death est la meilleure avec D for Dog Fight de Marcel Sarmiento. Et Insensibles de Juan Carlos Medina est un film MERVEILLEUX réalisé par un grand réalisateur. Je sais qu’il est d’origine espagnole mais il a vécu à Paris pendant longtemps donc disons qu’il est français.  

-    Justement, il est question dans le film de chercheurs français. Pourquoi français ?

A : (Justin, je te laisse répondre) 

J : Nous voulions faire comprendre que notre créature invisible a été détectée en dehors de cette zone de la Californie du Sud. Que c’est un monstre dont la menace est internationale, universelle. L’idée d’un parisien qui habite dans une caravane au milieu des campagnards white trash du fin fond de l’Amérique a quelque chose de fascinant. De plus, le scénario de Resolution est en partie inspiré de films d’horreur européens tels que La Maison aux fenêtres qui rient ou L’Echine du diable. Et l’une des mes scènes favorites dans Apocalypse Now Redux est celle dans la plantation française. C’est comme une sorte d’histoire bizarre et flippante de fantômes en plein milieu d’un film de guerre !  

-    On sent un intérêt pour les « histoires extraordinaires » dans votre film, aviez-vous des références littéraires en vous lançant dans l’écriture du script ?  

A : (Justin, encore à toi) 

J : Pas vraiment. Tout ce qui dans l’histoire concerne les bouquins, les diapositives, les peintures rupestres, la plaque sensible photographique et ainsi de suite, était là pour montrer que notre monstre a évolué avec la technologie des supports narratifs pendant des dizaines de milliers d’années. Quant à la bizarrerie de ces épisodes, Aaron et moi sommes morts de trouille à l’idée de faire un truc que quelqu’un a déjà fait. Le plus grand des crimes cinématographiques à notre avis c’est de ne pas être original. Donc, oui, on débarque avec des trucs bizarres. 





-    L’aspect métadiscursif est crucial dans Resolution, quels sont les films de ce genre que vous appréciez le plus ? Et au fait, pourquoi ce titre, "Résolution" ?  

A : "Résolution" a un triple sens. "Résolution" peut faire référence à la qualité de la définition d’une image, comme celle de toutes les vidéos que trouve Michael. Cela fait également référence à la force mentale que l’on a quand on est décidé à faire quelque chose, comme Michael quand il se résout à enchaîner Chris. Et enfin, la résolution de l’histoire, dans le sens de conclusion, et c’est toute la question du film. 

J : En fait je ne savais même pas ce que signifiait « méta » jusqu’à ce que je lise des critiques du film. Nous avons juste essayé d’embrouiller le spectateur et de lui foutre une bonne trouille.     

- On assiste ces temps-ci à l’émergence discrète d’une jeune génération de cinéastes portés sur le genre horrifique, tels que Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Avez-vous l’impression de faire partie de ce mouvement d’une manière ou d’une autre ? 

A : Absolument. Nous sommes très honorés que des gens nous mettent dans ce lot. Ce sont des artistes qui tentent enfin d’innover dans le genre. 

J : Je suis d’accord. De grands cinéastes. Cependant il faut aussi préciser que Aaron et moi n’avions rencontré aucun d’entre eux jusqu’à très récemment. C’est assez fascinant d’ailleurs comme nous avons pratiquement tous germé de notre côté, indépendamment les uns des autres, avant que le public ne trouve des similitudes dans nos travaux.  


Aaron Moorhead

-    Comment envisagez-vous de vous inscrire dans l’histoire du genre ? Ou plutôt, comptez-vous poursuivre dans le fantastique ou bien êtes-vous attirés par d’autres genres cinématographiques ?  

A : On va tout simplement faire le film qui nous semblera bon. Que cela s’avère être un film de genre ou non nous importe peu, même si je pense que Justin et moi sommes naturellement attirés vers le fantastique, et qu’il est donc plus que probable que des éléments de films de genre se glissent dans notre travail. On espère que Resolution deviendra un film culte quand il se sera mieux répandu dans le monde de la distribution. 

J : Nous ne tournerons sans doute jamais un hommage aux slashers, ou rien de ce genre, mais nous repousserons les limites de l’innovation dans l’art de raconter et dans le domaine de la technologie cinématographique aussi loin que nous le pourrons. Nous tâcherons de vous rendre curieux du sort de chaque personnage pour que l’aspect fantastique fonctionne le mieux possible.  

-    Quand on regarde votre film, on est constamment surpris par les tournures que prend le scénario. Etait-ce un désir de votre part de vous éloigner des canons du genre et de surprendre le spectateur à chaque instant, ou bien était-ce plus inconscient ?  

A : Ce n’était pas vraiment conscient ni inconscient. C’est juste notre façon de faire des films, elle nous plaît et ça fait sens pour nous. Par exemple, s’il y a un moment drôle, même s’il se trouve au milieu de ce qui s’appelle une « scène de peur », on le garde et ça fonctionne pour nous. La vie ressemble à ça. 

J : Nous voulons juste faire en sorte que les moments drôles soient drôles, les moments flippants carrément effrayants, et l’histoire efficace. Ignorer les règles des « jump scares » et compagnie, et rester intéressant par-dessus tout.  

-    Est-ce que c’était une règle de tourner le film de genre que vous aviez envie de voir en tant que spectateurs ?  

A : Oui. Nous ne voulons faire que les films que nous aimons nous-mêmes. Sinon pourquoi les faire ?   

-    La scène de dialogue dans la caravane nous a particulièrement séduits, et l’acteur qui fait face à Peter Cilella, Bill Oberst Jr., n’y est pas pour rien. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cet acteur, qui dans le film ressemble vaguement à Roger Waters des Pink Floyd ?  

A : Vous êtes les premiers à mettre le doigt là-dessus, mais c’est VRAI qu’il ressemble à Roger Waters ! Nous ne savions pas du tout qu’il était un peu une sorte d’icône du film d’horreur quand nous l’avons engagé, mais quand il est venu à l’audition en connaissant par cœur les six pages de son monologue, et quand on a réalisé qu’on avait tous les deux et par pure coïncidence un rapport lointain avec lui, le rôle lui était réservé à coup sûr. Sa gravité et son intensité sont incroyables. 


 Bill Oberst Jr.

-    Il y a une vraie alchimie entre vos deux acteurs principaux. Pourriez-vous les présenter rapidement ?  

A : On avait tourné une pub pas chère pour de la bière avec ces deux-là et une amitié fusionnelle en est ressortie. Justin a écrit le scénario en pensant à eux – ça ne pouvait être personne d’autre. Peter Cilella (Michael) est un acteur de Los Angeles qui a fait beaucoup de publicité, des courts métrages et du théâtre. Vinny Curran est un acteur de San Diego qui est peut-être le type le plus drôle et le plus gentil de la planète. 

J : Ces gars-là sont des génies. Nous avons une sacrée veine d’avoir ni plus ni moins engagé les meilleurs acteurs pour ces rôles. C’est une chance unique. Et nous les apprécions infiniment.  

-    Les dialogues du film étaient-ils très écrits ou avez-vous laissé vos comédiens improviser, notamment dans ces séquences plus apaisées du film où on les voit se remémorer quelques anecdotes ?  

A : Nous devons ça à la fois au talent d’écriture de Justin et au talent des acteurs. La majorité du scénario a été écrit plus ou moins tel qu’il est dit dans le film, et les deux bonshommes à l’écran lui ont donné vie. On y croit quand ils le disent. Mais nous avons aussi piqué pas mal de choses, pendant les répétitions et sur le plateau, à Pete et Vinny, des choses trop bonnes pour ne pas les inclure dans le film. 

J : Ouais. Le problème avec les très bons comédiens qui offrent des performances brillantes c’est qu’après personne ne vous croit quand vous dites que c’est vous qui avez écrit. Tout ce temps passé seul dans mon appartement dégueulasse, aux oubliettes…  

-    Il y a un humour très appréciable qui parcourt votre film, notamment dans les répliques du personnage incarné par l’excellent Vinny Curran. Quels sont les comiques qui vous font rire ?   

A : J’aime juste regarder mes amis qui sont drôles. J’ai cette terrible habitude de me mettre à parler comme mes amis quand je suis avec eux trop longtemps. Je préfère regarder Justin, Pete et Vinny que n’importe quel spectacle de stand-up au UCB [café-théâtres à New-York et Los Angeles, ndlr].  

-    Avez-vous des recommandations de films de genre méconnus qui valent le détour ?  

A : Avez-vous entendu parler de Kill List ? Merde, j’adore ce film ! Ben Wheatley est brillant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery… Il y en a pas mal pour être honnête. Encore une fois, nous vivons une belle époque.  

-    Quels sont vos projets pour l’avenir ?  

A : Hier nous avons finalisé la production d’un court métrage qui devrait faire partie d’un plus vaste projet, et dans quelques mois nous partons pour l’Italie tourner notre prochain film, Spring. Cette fois-ci c’est un genre de drame comique romantique d’horreur et de science-fiction. Comme Resolution, mais avec de l’amour et des vrais monstres. 

J : Nous n’arrêtons pas de travailler. On est TRÈS chanceux. 



Entretien réalisé par mails le 9 août 2013.
Merci à P-E Geoffroy pour son aide à la traduction.




Et pour les anglophones, voici la version originale de l'entretien :

- How would you introduce yourselves to the french audience ? 

A : Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul. 

J : Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

- What experience did you have prior to your making movies ? 

A : I started making movies when I was about 14, went to Florida State University to study film, immediately moved out to Los Angeles and met Justin on one of my first days out here. I was a cinematographer and visual effects artist for a while, but always directed on the side as often as I could. But not nearly as often as I should have. Thank god for this movie, now all I do is direct. 

J : I grew up in San Diego, went to UCLA, and then just worked any job that paid to save money to write/direct/edit/etc. films. 

- Who are your favourite directors ? 

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Spielberg, Ciaran Foy, Wendig Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Chan-wook Park 

- What do you think are the reasons why Resolution is not distributed in France ? Has it been shown in other countries and if so how has it been received ? 

A : Rumor has it France will be seeing Resolution quite soon, it just takes a long time for all of the territories to receive each film and set up a distribution plan. It's shown in almost every country in Europe at a bunch of film festivals, and we're humbly surprised to find that pretty much everybody seems to really love it, despite the language/cultural differences. A huge sigh of relief for a pretty chatty horror film. 

- Your movie has been shown in a number of film festivals, especially in the US : what role do festivals play in the process of bringing light to a movie such as yours ? 

A : Actually, it's shown much more internationally than in the USA! It's no coincidence we submitted the film to European international genre film festivals, because the Melies Federation, a gigantic network of those festivals, is very prestigious and has incredible built-in audiences. Although we couldn't compete for Melies competitions (being non-European) we still ended up spending about half of last year in Europe. Not a bad life. As for the role they play, mark my words: festivals are EVERYTHING. We would have no buzz and no careers had this film just snuck out on VOD. Festival programmers and audiences, as well as the press, are absolutely essential to being able to succeed with films like ours. They're the best form of advertising, because there's no angle to it at all. It's just about trying to bring good cinema to people that like good cinema. 

- How do you direct a movie as a duet ? Do you plan on working together again or will you go different ways ? 

A : We truly consider ourselves more just co-filmmakers than co-directors. We both get our hands very dirty in every aspect of production. Whereas Justin is more of the writer, I am more the cinematographer, but one of us doesn't really exist properly without the other. We are much more than the sum of our parts as a co-directing team. Ever since Resolution's premiere at Tribeca we've worked pretty much exclusively as a team, and plan to do so for the foreseeable future. 

J : We're like a writing, directing, producing, editing, sound designing, vfx'ing multi-tentacled massive monster rising from the deep with an increasingly equally dangerous group of collaborators. Including but not limited to our producer David Lawson and our sound mixer Yahel Dooley. 

- Would you call Resolution a horror movie ? 

A : Yes. But we also don't really give much of a damn about genre definitions. What genre it fits into, honestly, is for the marketing team. Our only job is to make a good movie, and we don't think about genre while we make them. But we proudly call Resolution a horror movie, as well as a character drama, as well as a light-hearted buddy movie. 

J : Never thought about until people started asking, but it's fun being the punk outcasts of film marketing terms, so sure, call it a horror film. It is without a doubt a scary film. 




- In our review, we underlined the quality and subtlety of Resolution by comparing it to other films and in particular The Cabin in the Woods, another recent metadiscursive film de genre. What do you think of this other film ? Has Resolution been thought of as a response to Drew Goddard's movie ? 

A : We absolutely love The Cabin in the Woods. When it came out, it was a week before Resolution's premiere at Tribeca, and we realized how many comparisons that would be. Both films take roughly the same starting point, and both have a meta-aspect, but otherwise couldn't be more different. We are proud to be compared to such a fine film, although I'm sure that nobody would watch both and think that one ripped off the other. They're just very different in execution. We think they would make an incredible double feature someday. 

J : The Cabin in the Woods is one of my favorite movie going experiences of the last few years. Those guys killed it. 

- Strangely enough, your film and the new Evil Dead share the same starting point (young people stuck in an isolated cabin in order to save one of them from a drug addiction). What do you think of the current remake "wave", and in a larger sense, what do you make of the state in which lies the US genre film cinema ? There seems to be a wider and wider gap between invisible-but-worthy movies such as yours and budgeted-and-unrisky ones (remakes, reboots, prequels, etc) which often end up being mediocre at best. Do you share this appreciation ? 

A : Remakes and reboots can be good or even great (see Batman), but by and large, they are awful. We're in a very dangerous time where the people with the money are obligated to mitigate financial risk due to such a bad economy, which is completely understandable, but because everyone keeps on going back to the theaters for the franchises they love with unimaginative execution, we are never going to get out of the creative slump that we are in. I think it's up to low-budget indie filmmakers with a lot to gain and little to lose to innovate, and the audiences that want that to vote with their wallets. 

J : In general it would be really cool if investors and especially filmmakers took more risks. Seems like there's this assumption that everything must be an homage. 

- We're under the impression that the system prevents genre films authors to get known, work with larger budgets and find their place in order to bring the genre up and give it back its nobility, like John Carpenter or Dario Argento could, a few decades ago. What do you think of this ? 

A : We are still finding out. Even with the success of Resolution, getting our second film off the ground is more than a full-time job, working at it all the time even with two of us that never sleep. I don't know how hard it was a while ago to make the jump from small genre films to large ones. I do think it is probably easier to make films nowadays, honestly, because there are more people making films than ever with the advent of affordable production and postproduction technology. And genre films are always appreciated in the box office. We've recently seen some incredible successes in low budget horror with The Conjuring, The Purge, and You're Next, so I think it's not really true that the system is out to get us. 

J : Genre filmmaking is better than it has ever been. There are filmmakers working now who are capable of progressing even further what guys like Argento and Carpenter did. And when you look at the box office recently with the movies Aaron said, this is a VERY exciting time. There is some really cool, fresh, thrilling shit coming very soon. 

- We're french bloggers, you're american : do you have an opinion on french horror cinema, as it is today? 

A : I wish I could weigh in if I had more of a scope of it. But unfortunately all I know is the very popular French genre cinema, so my opinion is probably a bit misguided by comparison. I saw Enter the Void recently, which isn't exactly horror, but it was definitely one of the most unique and innovative films I've ever seen. They're doing something right across the Atlantic! 

J : Really respected Frontier(s) by Xavier Gens, and his segment in ABC's of Death was the best one next to Marcel Sarmiento's D for Dog Fight. And Juan Carlos Medina's Insensibles is a WONDERFUL film by a great director. We know he's originally Spanish but he's been in living in Paris for a very long time so let's call him French. 

- French scientists are mentioned in your film : why french ? 

A : (Justin, answer this one) 

J : We wanted to reveal that our unseen antagonist has been detected outside this one area in Southern California. That it is a monster with a international, universal threat. The idea of a Parisian living in a trailer in the white trash boonies of America is fascinating. Also, the Resolution script is slightly inspired by European horror such as The House with the Laughing Windows and The Devil's Backbone. And one of my favorite scenes in Apocalypse Now Redux is the French plantation seen. It's like this odd, creepy ghost story in the middle of a war movie. 
 
- There seems to be an interest for weird fictions in your film. Did you have any literary references when you started writing the script ? 

A : (Justin, you again) 

J : Not really. All of the story stuff from the books, to the slides, to the cave paintings, to the wet plate photography, and so forth, was just to show that our monster has been evolving with the technology of storytelling mediums for tens of thousands of years. As for how weird those fictions are, Aaron and I are deathly afraid of doing something someone has already done. The biggest filmmaking crime to us is failing to be unique. So, yeah, we come up with some weird shit.

- Resolution is crucially centered on metadiscourse : what metadiscursive films do you like the most ? By the way, why did you choose "Resolution" as the title ? 

A : Resolution is a triple entendre. Resolution can refer to the quality or definition of an image, like all of the footage that Michael finds. It also means the mental strength you have when you decide to do something, like what Michael has when he resolves to chain up Chris. Thirdly, the resolution of the story is another word for its ending, which is what the movie is all about. 

J : I actually didn't know what "Meta" was until I started reading the reviews. We were just trying to mind-fuck people and really scare them. 

- These days, a young generation of american filmmakers digging the horror genre has discreetly emerged. People like Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Do you feel like you belong to this movement ? 

A : Absolutely. We are honored when people consider us among them. They are artists that are finally making an attempt to innovate in genre. 

J : Second that. Great filmmakers. It should also be noted though, Aaron and I didn't meet any of those dudes until very recently. It's pretty fascinating though how we all for the most part sprouted up independently and then audiences found similarities in the work. 

- How do you envision your contribution to the history of genre ? Do you plan on keeping on with fantastic aspects or do you feel attracted by other cinematographic genres ? 

A : We'll just make any movie that we think is good. Whether or not it ends up being a genre film is unimportant, although I think Justin and I both are inherently attracted to things that are fantastic, so more than likely we will always have some genre element weaved into what we're making. We are hoping that Resolution becomes a cult hit after it sinks into the distribution world a little more. 

J : We'll probably never make an homage to slasher movies or anything like that, but we will push the boundaries of innovation in storytelling and film technology as far as we possibly can. We'll make you care about every character so the fantastic aspects work that much better. 

- When watching your movie, one feels constantly surprised by the turns of the story. Was it intentional on your part to move away from standards and confuse the spectator, or was it an unconscious process ? 

A : It wasn't exactly conscious or unconscious. We just kind of have a way that we like to make movies, and it makes sense to us. For example, if a moment is funny even if it's in the middle of what is typically called a "scary" scene, we just do it and it works for us. Life's like that. 

J : We just want to make the funny parts funny, the scary parts actually frightening, and the drama effective. Ignore rules about having jump scares or whatever and remain interesting above all else. 

- Did you make it a rule to film what you wanted to watch ? 

A : Yes. We only want to make movies that we like ourselves. Otherwise, why do it? 

- We particularly enjoyed the dialogue scene in the trailer which relies on Bill Oberst Jr. Can you tell us a few words about this actor ? We think he looks a bit like Roger Waters, from the Pink Floyd. 

A : You're the first person to point that out, but he DOES look like Waters! We had no idea that he was a bit of a horror icon when we cast him, but when he came into the audition with all six pages of his monologue memorized and we realized that we each individually had a previous connection to him by coincidence, he was a shoo-in for the role. His gravitas and intensity is incredible. 

- There is a real alchemy between your two leading actors. Could you introduce them briefly ? 

A : We did a low-budget beer commercial with those two and their lived-in-friendship thing emerged from that. Justin wrote the script with them in mind -- it never was going to be anyone but them. Peter Cilella (Michael) is an actor in LA who has been doing a lot of commercials, shorts, and stage shows. Vinny Curran is an actor in San Diego who might be the funniest and nicest dude on the planet. 

J : Those guys are geniuses. We were lucky enough to get to simply cast the best actors for these rules. It's a rare opportunity and we appreciate them to no end. 

- Were the dialogues entirely (pre-)written or did the actors improvise ? Especially in these more quiet sequences where we see them remember a few anecdotes. 

A : This is a testament to both Justin's writing skill and the actors' talents. The majority of the script was written roughly as it was said, and those two guys onscreen gave it real life. You just believe them when they talk. But we also found a lot in rehearsal and on set from Pete and Vinny that was too good not to include or change. 

J : Yeah. The problem with really good actors giving brilliant performances is that then people don't believe you wrote it. All that time by myself in my crappy apartment right down the drain. 

- There's a very appreciated touch of humour all throughout the movie, especially in the lines of Vinny Curran's character. Are there any particular comics or stand-up comedians that make you laugh ? 

A : I just like watching my funny friends. I have that terrible habit of starting to talk like my friends when I'm around them for too long. Justin, Pete, and Vinny are the guys I'd rather watch than a stand-up special at UCB. 

- Would you have any recommandation of some unknown or underground genre film which we should know about ? 

A : Have you heard of Kill List ? Damn, I love me some Kill List. Ben Wheatley is brilliant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery... There' s a lot right now to be honest. Again, an exciting time. 

- What are your future plans ? 

A : Yesterday we wrapped production on a short film that should be part of a larger project, and in a couple months we head to Italy to shoot our next feature, Spring. This time it's a romance-horror-scifi-drama-comedy thing. Like Resolution, but with love and real monsters. 

J : We never stop working. We are VERY lucky.



August 9th 2013.


15 septembre 2013

La Cabane dans les bois / Chronicle

Excusez-moi, je ne vais pas prendre de gants et je vais immédiatement vider mon sac, mais j'en ai besoin. Ça me rend malade de mater, toujours avec un très mince mais bien réel espoir, des films aussi cons que La Cabane dans les bois ou Chronicle. Des films souvent salués par la critique et qui ne manquent jamais de faire le buzz sur la blogosphère et Twitter. Des trucs qui se croient malins, originaux et innovants, qui prétendent s'amuser des codes bien connus de genres usés jusqu'à la corde (dans ces deux cas précis : le survival et le film de super-héros) pour n'être en réalité que le symbole ultime de leur profonde débilité et du cynisme glaçant de leurs auteurs. D'ailleurs, ça me fait encore plus froid dans le dos de savoir que ces derniers sont souvent jeunes et ambitieux, et que l'on a donc peut-être pas fini d'en entendre causer. Pas pour leur talent, bien entendu, mais leurs films ont aussi le défaut de rapporter gros...




Drew Goddard, le réalisateur de La Cabane dans les bois, était scénariste de Lost et Cloverfield, et ça ne m'étonne vraiment pas tant toutes ces merdes se ressemblent. D'ailleurs, le scénario de Prometheus, signé Damon Lindelof, autre scénariste de Lost, est exactement de la même trempe. Ah ça, ils sont très doués et n'ont pas d'égal pour pondre des scénarios fumeux, faits de voiles de mystères ridicules censés les faire passer pour ultra malins mais qui sont en réalité remplis de trous béants cachant mal leur nullité et rendant criant leur manque réel d'idée. Encore heureux qu'ils soient doués pour ça puisqu'ils se sont entraînés pendant 6 ans sur leur interminable série... Elle a fait du mal cette série, elle a fait du mal !




Tous ces petits businessmen au savoir-faire attristant me font aussi un peu penser à Christopher Nolan qui, lui, choisit plutôt de nous noyer d'informations ineptes, comme dans Inception, dans le même but : duper les spectateurs en passant pour un génie, alors que derrière tout ça, c'est à chaque fois le vide intersidéral. Et surtout, c'est toujours d'une laideur folle... Mais évidemment, le plus triste là-dedans, c'est que ça marche encore... Ces films, semble-t-il conçus pour les ados attardés, rendent gagas la plupart des amateurs de cinéma de genre, se contentant d'un rien, voyant dans ces œuvres un renouveau, une intelligence dont sont dépourvues les grosses machines habituelles... Tu parles ! Il faut cependant avouer qu'il y a effectivement quelques esquisses d'idées ici ou là, quelques pistes que l'on aimerait voir être approfondies par le cinéaste concerné. C'est sans doute suffisant pour contenter le spectateur lambda. Personnellement, ces promesses non-tenues, à peine formulées, et cette fausse intelligence ostentatoire me rendent ces films encore plus insupportables.




Premier long métrage de Josh Tank (un salopard dont le patronyme idiot a la particularité de salir les surnoms de deux de mes proches), Chronicle fait partie de ces films où super-pouvoirs riment avec passage à la vie adulte pour des personnages d'adolescents mal dans leurs peaux. C'est frais, c'est nouveau, bravo. Le personnage principal use de ses pouvoirs pour manipuler par télékinésie la caméra qui le filme constamment. Ce film, en prétendant qu'il se veuille avant tout divertissant, pourrait être également accompagné d'un propos formel intéressant. Il n'en est rien. C'est d'une bêtise crasse, qui égale sans souci celle des grosses productions super-héroïques du moment. Sa dernière demi-heure consiste en une baston façon Dragon Ball Z où les jeunes protagonistes s'affrontent dans les airs à coups de savates. Le comble du ridicule est alors atteint. Moi, j'avais déjà la tronche enfoncée dans les coussins de mon canapé depuis un moment...

Je vous dis tout ça, mais j'ai les glandes !




La Cabane dans les bois se veut quant à lui méta-discursif et a été vivement salué pour cela. Nous pensons pendant un moment que l'intrigue concerne une émission de télé réalité qui enverrait à la mort ses jeunes participants, en faisant d'eux les personnages impuissants d'un véritable film d'horreur privé de happy end dont chaque péripétie serait provoquée par des techniciens confortablement installés dans leurs studios. On pourrait y voir une petite pique adressée au public et aux auteurs de ces films-là puisque l'on se moque ouvertement des deux types (Richard Jenkins et Bradley Withford) qui sont aux manettes et doivent gérer ce petit jeu de massacre en coulisses depuis leurs écrans de contrôle. Mais c'est mal connaître le réalisateur Drew Goddard et son producteur Joss Whedon. Ils n'osent froisser personne, sans doute de peur de perdre quelques spectateurs. On ne devrait pas avoir le droit de s'appeler Goddar et de réaliser des films aussi bêtes.




Une autre petite scène tourne explicitement en dérision l'attente suscitée chez les spectateurs par l'une des jeunes actrices sur le point de retirer son haut mais. A l'image de ce passage-là, tout n'est en réalité que le prétexte pour quelques scènes bidons dénuées de drôlerie. On nage quelque part entre une parodie sans saveur et un survival ultra référentiel de plus, au beau milieu d'une sacrée daube. On pourrait avoir affaire à un film proposant de réfléchir sur lui-même, mais aucune réflexion n'est réellement menée. L'aspect méta du film n'est qu'un outil pour pousser à la mort une bande de jeunes insupportable qui n'existe jamais à l'écran, étant donné qu'ils sont tous plus bêtes et transparents les uns que les autres. Pour ne rien gâcher à l'affaire, ils sont tous incarnés par des acteurs médiocres. On retrouve par exemple l'affreux Chris Hermsworth, seul acteur mongol à faire carrière à Hollywood, dont la mort grotesque m'a toutefois fait rire (jaune). Comment donc peut-on se passionner pour les mésaventures de ces crétins finis ?




Le final du film aussi atteint un haut niveau de ridicule. Tout le bestiaire du cinéma d'épouvante se retrouve réuni, dans un déluge de CGI hideux, pour un carnage fabriqué qui ferait pleurer les maîtres du genre. On retrouve même le fantôme de Sigourney Weaver, qui fait bien de la peine là-dedans. Malgré cela, il faut reconnaître que ce n'est que lors de ce final aussi débile que délirant que le film surprend enfin un chouïa. Par contre, c'est aussi à ce moment-là que le scénario sombre définitivement dans un grand n'importe quoi des plus insupportables.




Richard Jenkins joue donc un rôle important dans La Cabane dans les bois. Dick Jenkins, le papa dans Step Bro'... Dick Jenkins ! J'étais dégoûté de le voir là-dedans... Ce qui me bloque dans la poursuite de cette ambitieuse double-critique c'est que j'ai envie de tout casser, d'insulter à tout va, de me lamenter... Rien de très constructif, donc je vais m'arrêter là. Je suis bénévole.


La Cabane dans les bois de Drew Goddard avec Chris Hermsworth et d'autres abrutis (2011)

Chronicle de Josh Tank avec  Dane DeHaan, Alex Russell et Ashley Hinshaw (2012)