31 janvier 2013

Amitiés sincères

Commençons par être aussi sincères que le titre du film. Ce film, on l'a pas vu et on le verra jamais. On a juste envie de se faire Gérard Lanvin, lui qui actuellement est une véritable mitraillette qui distribue les doigts d'honneur à tout ce qui bouge. Surfant sur l'affaire Depardieu, l'acteur a récemment fait parler de lui en déclarant entre autres "J'emmerde ces cons de journalistes". Du côté des blogueurs ciné, je pense qu'on ne s'avance pas trop en affirmant que la réciproque est largement vérifiée. Gérard Lanvin se vante d'être le tout premier à avoir donné aux Restos du Cœur, signant sur le front de Coluche son chèque en bois. Quant à nous, nous serions les premiers à faire des dons pour qu'il prenne enfin sa retraite. Gérard Lanvin est un pur...

On s'arrête de suite car ça va mal tourner et demain y'a "Momon" qui va sonner chez nous pour nous foutre la rouste. Hors de question de crever pour un blog, même pour un bon mot ou pour épingler un pur...



Amitiés Sincères de Stéphan Archinard et François Prévôt-Leygonie avec Gérard Lanvin (2013)

29 janvier 2013

Télé gaucho

Accueillons aujourd'hui une invitée, Flavie, pour nous parler du dernier film en date du réalisateur déjà coupable en 2010 du Nom des gens. Flavie a vécu le phénomène des télés libres de l'intérieur et nous livre son impression à chaud sur la peinture qu'en propose Michel Leclerc :

« Ce film est librement inspiré de l’expérience Télé Bocal entre 1995 et 2000 ». Voilà comment Michel Leclerc justifie son forfait en tête du générique de fin de Télé gaucho. Le film est donc semi-autobiographique, « librement inspiré » de son expérience au sein d'une télé libre. Le titre annonçait déjà la couleur, le film a été à la hauteur de toutes mes appréhensions. Michel ne croit clairement plus, ou bien n'a jamais cru (difficile à dire mais dans le fond, on s'en fout) à la pluralité audiovisuelle.


 
Gauche caviar, droite jambon-beurre !

Passons sur l'absence de mise en scène et venons-en directement au cœur du problème et à la fabuleuse galerie de personnages. Belle collection de clichés, du leader paradoxal anti-charismatique et plutôt malhonnête (Elmonsnino, transparent), à sa compagne féministe hystérique (insupportable Maïwenn), la palme revenant au personnage de Clara, sombre conne incohérente et insupportable, elle aussi « librement inspirée » de l'ex-compagne du réalisateur, interprétée par une Sara Forestier embarrassante, la gène atteignant son apogée lorsque Clara met le feu au dos d'un spectateur en crachant le feu (wut ?). La seule qui tire son épingle du jeu c'est encore Emmanuelle Béart, qui dans le rôle de l'animatrice botoxée qui évolue comme un poisson dans l'eau au sein du monde cynique des médias de masse, mais qui dans le fond cache la plaie encore ouverte d'une obésité adolescente, s'en sort plutôt pas trop mal en jouant la carte de l'improbabilité.


 
Le regard profond et vide. C'est donc comme ça que Michel Leclerc voit sa femme ? A sa place je le prendrais assez mal...

Le poteau rose, court-métrage réalisé en 2000, contenait déjà toutes les bonnes idées du film et avait le mérite de raconter l'histoire personnelle de Michel Leclerc de manière drôle et candide. La version longue n'y aura ajouté que des travers : le portrait conventionnel d'une jeunesse de gauche décérébrée et inoffensive. Vision de vieux con embourbé dans sa philosophie de vie gentille, toute en consensus mou.


Le président des bisous.

J'ai eu l'occasion de vivre un petit bout de l'histoire des télés libres moi aussi, pendant 6 mois, au sein de Zalea TV. Zalea a existé de 2000 à 2007, et je connais mal la filiation avec télé bocal, mais c'était une formidable expérience de liberté et ces six mois on été une des périodes les plus enrichissantes et excitantes de ma vie. C'était certes un laboratoire foutraque, peuplé de personnages entiers, différents et souvent incompatibles, mais réunis par un combat précieux, celui de la liberté d'expression audiovisuelle, dans un amateurisme revendiqué mais éclairé. J'avais 22 ans et une conscience relative de l'ampleur de la chose, (d'autres le savaient mieux que moi fort heureusement), mais je crois que c'était plutôt pas mal, et surtout salutaire dans le paysage audiovisuel de l'époque (même limité au canal 99 de la freebox). Et plutôt éloigné du tableau de la bande de branquignoles gauchistes abrutis que nous a soigneusement peint Leclerc. Il s'agissait de donner la parole à tous ceux qui souhaitaient la prendre, collectifs et associations, évidement souvent des combats de gauche, mais aussi aux quartiers : le quartier, celui de Stalingrad, ex-plaque tournante du crack, qui se reconstruisait progressivement, avant la gentrification, et aux quartiers, ceux des banlieues qui prenaient l'antenne pour des plateaux réguliers. De donner un espace médiatique à tous les refusés de l'antenne, à tous les programmes (plateaux, courts métrages, documentaires, clips, etc.) qui sortaient des cadres ultra formatés de la télévision mainstream, pour lutter contre le modèle débilitant largement imposé. Bref, d'inventer un pluralisme audiovisuel.


Le titre du premier long métrage de Michel Leclerc (de loin son meilleur), J'invente rien, avec Kad Merad et Elsa Zylberstein, sonnait comme la prophétie d'une filmographie oubliable. 

On pourrait débattre du droit individuel de relater sa vision propre d'une expérience collective. Michel Leclerc en a bien le droit. Ça ne fait pas passer mon envie de lui cracher à la gueule. Car voilà, ce film est certainement la première introduction des télés libres dans la fiction cinématographique, qui plus est plutôt destinée à un large public. Et j'ai juste le sentiment que l'image véhiculée fait du tort à l'histoire commune des télés libres, dont tous les acteurs sont de fait un peu responsables. Je ne te dis pas merci Michel de nous faire tous passer pour des gros cons.

NB : Pour plus d'informations sur le pourquoi du comment Zalea s'est crée et dissoute, je vous invite à lire l'article "Zalea TV a décidé de se dissoudre" et "L'appel des fondateurs de Zalea TV à la société civile" sur le site de Zalea. Et à visiter le site des Mutins de Pangée, coopérative audiovisuelle crée plus tard par certains de ses membres fondateurs.


Télé gaucho de Michel Leclerc avec Eric Elmosnino, Sara Forestier, Maïwenn Le Besco et Emmanuelle Béart (2012)

26 janvier 2013

Flight

Deux grands cinéastes tout public font leur come-back sur nos écrans français en ces mois frappés par le froid intense : Bob Zemeckis et Stevie Spielberg. Deux cinéastes dont les plus grands succès sont forcément derrière eux, mais dont on espère (dans le sens français et espagnol du terme - esperar : attendre) depuis des années un sursaut d'orgueil. Les statistiques démontrent que nous avons tous au moins un film de Zemeckis et Spielberg dans nos dvdthèques. Statistique non démentie en ce qui me concerne, puisque je possède les dvds de Predator et Un Jour sans fin. Spielberg et Zemeckis, les Romario-Bebeto du 7ème Art, ont marqué le cinéma de divertissement des années 80 et 90. Le premier nous revient avec le film définitif sur l'une des plus grandes figures de la courte Histoire américaine, j'ai nommé Malcom X. En course pour les Oscars et salué unanimement par les critiques, le long film de Spielberg et ses deux heures trente minutes de dialogues non-stop aura toutefois bien du mal à s'attirer les réelles faveurs du très grand public, celui qui se lève tôt et n'a pas envie qu'on lui fusille la tronche sur la Toile le soir venu. Quant au second, j'ai nommé Bob Zemeckis, nous avons vu son Flight et nous avons été agréablement surpris, au point que nous avons décidé d'y consacrer un papelard à part entière.


Zemeckis a enfin décollé le nez de son PC pour redécouvrir la joie d'un vrai tournage aux côtés d'une pointure qui n'a pas hésité à s'ouvrir l'arcade sourcilière pour littéralement "être" son personnage !

Après être passé dans différents travers de motion capture nauséabonds, revoilà enfin le gros Zemeckis en présence de vrais acteurs et d'images réelles. Il s'attaque a priori à une histoire assez banale : un pilote d'avion cocaïnomane et alcoolo sous l'emprise de ces deux stupéfiants notoires arrive tout de même à utiliser son bolide hors de contrôle comme un fer à repasser pour un champ de maïs qui n'en demandait pas tant. Il le retourne complètement pour le faire atterrir en catastrophe mais de manière inespérée, sauvant ainsi la vie de la quasi totalité des passagers, équipage compris. Accueilli comme un héros par les médias et le grand public, le retour sur terre sera tout de même douloureux pour notre pilote ahuri quand il se rendra compte que les traditionnels tests toxicologiques réalisés après le crash-test fatidique révèlent qu'il était "high in the sky" avant même de mettre les mains sur le gros manche du cockpit. A partir de ce postulat de départ ma foi assez peu intéressant et digne d'un "60 minutes" de derrière les fagots, Robert Zemeckis, en pleine possession de ses moyens, nous livre ce que nos amis anglophones nomment modestement une "character study" portée par un acteur au top de sa forme, qui trouve en Whip-le-pilote-de-ligne-de-coke-défoncé son plus beau rôle à ce jour.


A big-ballsy man in a readamaged plane ! Bilan : 6 morts et un Oscar.

Un Oscar pour Denzel ! N'ayons pas peur des mots, Denzel Washington est ici en état de grâce, au point de faire une ombre insondable et insolente à ses partenaires, notamment la Kelly Reilly des Poupées Russes et de L'Auberge Espagnole, qui n'est là que pour agiter ses gros lolos, faire le nombre et justifier une "romance" (notez les guillemets) dont on se serait bien passé. Rappelons que Denzel Washington est pourtant le symbole d'un cinéma américain que d'ordinaire je fuis comme la peste, ce cinéma qui s'échine à nous présenter un "ordinary american hero believing in God, Jesus, and Freedom" au volant soit d'un tracteur, d'un tractopelle, d'un métro, d'une grue, d'un train, et condamné à rejouer cent fois le même rôle et à vivre l'héroïsme avec une humilité trop exagérée pour être crédible. C'est aussi lui l'acteur spécialisé dans les incarnations de personnages historiques de couleur noire et, plus largement, dans la représentation de figures réelles typiquement US : Frank Lucas, le fameux mafieux guadeloupéen de Harlem dans American Gangster, Steve Biko, l'activiste anti-apartheid serbo-croate de Cry Freedom, Rubin Carter, le boxeur poids moyen, et bientôt Steve Jobs selon les dernières rumeurs. Autant de célébrités qu'il est forcé d'imiter de manière souvent bien frustrante. Condamné par conséquent à jouer dans des biopics hollywoodiens sans saveur, adorés par les ménagères de moins de 50 ans et par l'establishment (l'AFI et la MPAA, au premier rang des accusés), l'acteur a ainsi multiplié les "rôles à Oscars". Il a même fini par obtenir la récompense tant convoitée via un rôle à contre-emploi ridicule (Training Day, où il joue un pur enfoiré) en profitant de l'ambiance hypocrite post-11 septembre tournée vers les minorités qui régnait alors à Hollywood (Halle Berry et Jim Broadbent furent récompensées la même année). 


"Écoute, poupée, c'est pas le moment de me demander des cours d'acting !" semble dire Denzel. Notez aussi qu'il lui indique subtilement que la circonférence de son avant-bras est sensiblement égale à celle de son "Python de la Fournaise".

Malgré cela, Denzel fait partie de ces types qu'on ne peut pas s'empêcher d'apprécier. A l'image d'un Vincent Lindon, d'un Bruce Willis, d'un Russel Crowe, d'un Samuel L. Jackson, d'un François Cluzet, Denzel attire de façon assez inexpliquée et instinctive la bienveillance, la sympathie, l'hilarité, voire la concupiscence chez les plus ouverts d'entre nous. Quand il rit, on pleure de rire avec lui. Quand il pète, on hume notre écran. Quand il félicite Kamel le Magicien, on a envie d'être le père de Kamel le Magicien pour pouvoir poser notre main sur son épaule et dire "je suis fier de toi mon fils, Kamelemagicien". Quand il acquiesce des yeux, on hurle "OUI !" le cul vissé sur notre canapé. S'il nous demandait de le suivre dans un combat réactionnaire, on partirait à ses côtés, sans cligner des yeux, le couteau entre les dents. S'il était l'auteur d'un homicide volontaire, je me présenterais les bras en croix au commissariat, au Central 13, comme son alibi, et je déclarerais avoir passé la soirée au lit avec lui, avec pour preuve mon sphincter anal éprouvé. D'habitude, je suis comme Zidane : tu peux me dire ce que tu veux tant que ça ne concerne ni ma maman ni ma soeur, mais Denzel saurait me faire changer d'avis même sur ce grand principe qui régit mon existence depuis le collège, à l'instar de mon idole que je considère double détenteur de la Coupe du monde de la FIFA. Bref, Denzel a de l'allure, un vrai charisme, et il est glabre, ce qui ne me laisse jamais indifférent.


Après chaque prise, les journalistes et critiques ciné s'agenouillaient face à Denzel, le micro tendu et la caméra braquée sur lui, dans l'espoir de connaître les secrets de sa performance ! Ici-même, on peut le voir répéter son "speech acceptance" qu'il donnera le 24 février !

Robert Zemeckis est-il un grand directeur d'acteurs ? Sait-il diriger un interprète de la manière la plus adéquate vis-à-vis du contexte et du cadre qu'il a choisi (plan américain, plan d'ensemble, plan rapproché...) ? Il est impossible de répondre lorsque l'acteur se nomme Denzel Washington. La star est auto-dirigeable. Denzel Washington est le Hindeburg d'Hollywood. Malgré tout, Robert Zemeckis a certainement su lâcher la bride quand il le fallait et tirer sur la laisse lorsque c'était nécessaire. Le cinéaste a beau être d'une laideur sans pareille, il sait encore séduire son public et n'a pas perdu la main quand il s'agit d'être un efficace et redoutable conteur d'histoire (à condition d'être le plus loin possible d'une palette graphique). Certes, certaines scènes sont trop faites pour nous tirer les larmes et d'autres s'avèrent assez superflues, comme celles, au début du film, qui nous présentent la triste vie du personnage campé par la fatigante Kelly Reilly. On aurait préféré connaître ce personnage en même temps que le beau Denzel, sans se taper les désormais classiques injections de drogues qui nous dépeignent à coups de rangers un personnage au fond du gouffre dont on sait qu'il ne pourra que remonter la pente. Une telle exposition était inutile pour que l'on comprenne ses bien simples turpitudes, et il ne faut jamais perdre de vue que l'intérêt du film réside en Denzel Washington et dans le personnage qu'il incarne.


Bruce Greenwood, à gauche, a ici des allures de coach de L1 dépité sur son banc de touche, dépassé par des joueurs, Samuel Cheadle et Didier Washington, qui ne pensent qu'à la troisième mi-temps.

Véritable couteau suisse de l'Actor's Studio, l'acteur marche ici sur l'eau avec une aisance qui échappe aux mots, bien que toujours à deux doigts d'en faire trop. Il parvient à tout faire passer, à sauver des scènes a priori vouées à l'échec ! Quid de cette scène consécutive à l'enterrement de l'hôtesse de l'air qui entretenait avec lui des rapports plus qu'amicaux basés sur un échange réguliers de liquide séminal ? Face à une partenaire anonyme qui s'accroche tant bien que mal pour être à la hauteur, Denzel a seulement besoin de petits mouvements jugulaires et sourciliers pour placer le film sur orbite à cet instant précis. Quid de cette scène très risquée où son personnage retourne, désoeuvré, vers son ex-femme et son con de fils, la mort dans l'âme, avec 2 grammes d'alcool par millilitres de sang (de quoi tuer un taureau de la ganadería Miura, descendant d'Islero, celui qui a eu la peau du grand Manolete aka Adrien Brody dans un film que strictement personne n'a vu) ? En allant au bout de son idée d'acting, consistant à prendre son fils dans ses bras malgré son extrême réticence, Denzel arrache cette scène du ridicule et parvient presque à la rendre assez poignante. Bref, l'acteur réussit l'impossible et tient le film à bout de bras, bien mis en valeur par le savoir-faire indéniable et toujours intact de Robert Zemeckis. 


Gros scandale à prévoir du côté de chez wam si, au bout d'une nuit à croiser les doigts et à prendre mon mal en patience face à un streaming pourri, Denzel repart de la cérémonie des Oscars sans sa statuette...

Flight est donc une bonne surprise. Un film qui remet Robert Zemeckis sur les rails et qui offre à un acteur hors norme un rôle enfin à la mesure de son charisme. En nous faisant croquer un best of des Stones, et en plaçant au moindre prétexte les chansons préférées de sa jeunesse, on sent bien que Zemeckis se fait plaisir et il parvient aisément à nous communiquer son enthousiasme sincère. On pardonnera donc ses quelques travers à ce film très hollywoodien mais si plaisant à suivre, comme il est beaucoup trop rare d'en voir depuis des années. Cet article est déjà très long, je vous laisse. Matez Flight, en cette période de vache maigre américaine, il vous apparaîtra comme un film très sympathique et réconfortant. La rédemption pour tonton Zemeckis !


Flight de Robert Zemeckis avec Denzel Washington et des figurants dont Kelly Reilly, Don Cheadle et John Goodman (2013)

24 janvier 2013

The Master

Sincèrement, nous aurions adoré aimer The Master. Nous avions plutôt apprécié Boogie Nights et Magnolia à l'époque de leurs sorties, et après l'inconfort et l'ennui ressentis devant l'improbable et trop loufoque pour être honnête Punch-Drunk Love, nous avions repris confiance en son auteur grâce à l'envoûtant There Will Be Blood. Aussi pensions-nous Paul Thomas Anderson tout à fait capable de nous livrer le premier très grand film de l'année. Mais, à la sortie de la séance, force est de constater que nous affichions des mines peu réjouies, pleines de regrets et d'amertume. Nous étions terriblement déçus. Nous venions de passer environ 5 heures à nous ennuyer comme rarement, très étonnés d'apprendre par la suite que le film ne durait en réalité que 144 petites minutes. Le temps nous a en effet paru très, très long devant The Master. Paul Thomas Anderson a pourtant un talent de cinéaste indéniable et il réussit parfois de très belles choses. On peut penser à la séquence du bal où le personnage joué par Joaquin Phoenix hallucine toutes les femmes de l'assemblée complètement nues dans un délire étrange, mais cette scène, sans doute la plus étonnante de l’œuvre, pâtit de la faiblesse de celles qui l'entourent immédiatement et ne peut prendre assise sur aucune autre pour s'élever comme elle le mériterait. "PTA", comme il est d'usage de l'appeler, parvient à furtivement capter notre attention, sans jamais, hélas, que tout cela ne semble lié et que ces fulgurances renforcent ou donnent du souffle à l'ensemble. Systématiquement, ces moments forts ne débouchent sur rien, ou pas grand chose. Nous avons donc fini par décrocher et par nous désintéresser totalement du film.




La première partie, qui doit durer grosso modo une demi heure, et qui se concentre sur le parcours de Freddie Quell (Joaquin Phoenix), avait pourtant su relativement nous intriguer avec ces premiers plans où Paul Thomas Anderson joue des concordances entre la bande sonore et la bande musicale de son film comme il l'avait expérimenté dans son film précédent, puis avec ces scènes où le comportement sexuel de Freddie Quell, soldat de la marine américaine attendant la fin de la seconde guerre mondiale avec sa compagnie sur une île du pacifique, surprend au moins autant que le mystérieux breuvage qu'il semble concocter dans une torpille de son bateau. L'intérêt ne décroît d'ailleurs pas immédiatement puisque le retour au pays du héros est marqué par sa relation sulfureuse avec une mannequin pour prêt-à-porter sortie de nulle part (la scène où elle déambule en disant le prix de son manteau en fourrure à toutes les femmes qu'elle croise rappelle vaguement l'ambiance de certaines scènes de Catch me if you can) et par la reprise d'une carrière de photographe compromise par un comportement brutal et grotesque d'ancien soldat traumatisé.




Mais notre implication dans le récit chute dès après le plutôt beau travelling qui accompagne l'entrée de Freddie Quell dans le navire de Lancaster Dodd (un Philip Seymour Hoffman toujours plus rougeaud). A partir de cet instant on sort du film peu à peu pour ne plus jamais y entrer à nouveau, désintéressés à tout jamais de ces personnages inconsistants ou grossiers et des rapports bizarres qu'ils entretiennent, plus anecdotiques que d'une grande portée. Le plus gros problème du film est sans doute qu'il ne raconte pratiquement rien. Nous n'avons même pas évoqué le fait que Lancaster Dodd est censé être l'initiateur de l’Église de Scientologie et qu'il prend Freddie Quell comme associé-patient-cobaye en le soumettant à toutes sortes d'exercices idiots sous la houlette de son épouse autoritaire (Amy Adams), mais vu que le film parle de tout cela sans en parler et qu'il ne nous dit finalement rien d'intéressant à ce sujet, c'est de bonne guerre. Son vrai sujet serait plutôt la relation difficile de deux hommes qui s'attirent et se repoussent, qui s'aiment sans pouvoir faire tomber le mur qui les sépare. Ce père d'adoption et ce fils spirituel finiront par se quitter dans un ultime dialogue de sourds autour d'un bureau, exactement comme à la fin de There Will Be Blood, mais avec l'ampleur d'un vrai scénario en moins et la chanson ridicule de Philip Seymour Hoffman en plus.




Comme Paul Thomas Anderson lui-même, ses acteurs ont un talent fou, mais ils en ont peut-être trop conscience... Ils sont très démonstratifs et donnent presque l'impression de se regarder jouer. A commencer par l'omniprésent Joaquin Phoenix, qui impressionne souvent et parvient à donner une allure très marquante à son personnage, mais qui finit par lasser. En outre, quelque chose nous manque cruellement pour que l'on se sente véritablement concerné par ses errements. Quand, lors d'un flashback, on le voit enfin à peu près heureux, aux côtés de la jolie rousse qu'il a dû quitter pour partir à la guerre, la scène vient trop tard, et on s'en moque un peu. Quand il retourne chez elle et tombe seulement sur sa mère, c'est encore pire, c'est long, et ça n'a eu plus aucun effet sur nous. En réalité, The Master manque terriblement d'enjeux et nous avons logiquement fini par lâcher prise devant ce film si maîtrisé et froid, un peu comme Phoenix lui-même quand il marche du mur à la fenêtre dans la grande maison de son gourou sans comprendre ce qu'on attend de lui, trouvant ça finalement assez couillon et faisant semblant d'y croire le temps nécessaire pour qu'on lui lâche la grappe définitivement.


The Master de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (2013)

22 janvier 2013

Django Unchained

On l'attendait depuis longtemps, il est enfin arrivé pour embellir cette rentrée, je parle bien entendu du nouveau cru de Quentin Tarantino, de son tant espéré western-spaghetti à la sauce dé-chaî-né. Film parfait de A à Z, à la mise en scène jouissive et jubilatoire, au casting jouissif et impeccable, à la bande originale jouissive et tonitruante, ce Django Unchained est tout simplement un chef-d’œuvre. Le pied ce film. J'étais mort de rire tout le long. J'avais des frissons qui me parcouraient l'échine depuis la première scène (le générique), quand apparaît le titre, "DJANGO UNCHAINED", écrit et réalisé par "Quentin Tarantino", avec la musique sublime du Django de Sergio Corbucci en fond ("Djangoooo, have you ever been alone ? Djangooooo, have you ever fucked your son ?"), jusqu'à la fin, avec le gros délire sanglant et l'explosion énorme en forme de feu d'artifice délirant, en passant par tout ce qui se passe entre-temps, toutes ces punch-lines fracassantes, cet humour décapant, ce slow-motion tripant, ce hip-hop jumpant, toute cette violence décomplexée, et notamment le caméo de Tarantino himself et la façon dont crève son personnage. Juste jouissif. C'est bien simple, j'avais envie d'applaudir l'écran de ciné toutes les deux secondes, et je l'ai fait d'ailleurs, je me suis pas fait prier, même si je me suis fait tabasser gentiment par un type à la sortie du ciné. Un nazi ou un raciste. Un chien qui n'a rien compris au génie intégral du grand Tarantino, le mec le plus fun du monde, qui vient de réaliser le meilleur film de l'année, et même des trois années à venir, jusqu'au prochain opus signé QT quoi. Même si je me demande comment il va bien pouvoir faire mieux que cette tuerie. Whaoou, merci Quentin. Spike Lee, va crever pauvre con, tu mérites le fouet ! Dans un monde idéal on te foutrait au fond d'une cale en espérant que le bateau coule ! Django Unchained est magnifique, peut-être le meilleur film de son auteur. Ce film est une claque qu'on est trop heureux de recevoir en pleine tronche, et on serait même prêt à tendre l'autre joue pour en recevoir une autre du même genre mais deux fois pire, voire pourquoi pas tendre son joufflu (car c'est comme ça que j'appelle mon gros cul) pour se faire défenestrer et en redemander encore et encore. Tarantino nous ravage les boyaux et le cerveau, et on en redemande comme des cons qui prennent leur pied à deux mains. Le film dure presque 3 plombes mais il passe comme une balle de fusil à lunette entre les deux yeux d'un salopard d'esclavagiste, il passe comme un doigt dans le cul. Joui-ssif.




Voilà en gros ce qu'on peut lire absolument de partout à propos de ce film qui de notre côté ne nous a pas fait "jouir" une seconde. Mais il est difficile de s'en prendre aux fans qui font dans l'exagération et dans le répétitif puisque c'est le régime cinématographique que Tarantino lui-même ne cesse d'installer dans sa filmographie. Et puis l'homme n'est pas le dernier à se faire mousser, quand il déclare par exemple à certains journaux des choses aussi nuancées que : "Je suis à mon apogée". Quand nous avons fait notre édito sur les mégalos d'Hollywood, nous n'avons pas évoqué Tarantino, mais c'est évidemment le pire de tous. Bref, vous l'aurez compris, de notre côté on a comme une grosse dent contre Tarantino, plus ou moins depuis Kill Bill, qui s'est mutée en infection buccale pestilentielle de film en film. Mais avouons-le, si on craignait - et on avait raison - d'être à nouveau accablé par la plate stupidité du cinéaste, et surtout d'être agacé encore une fois par ses effets de manche stylistiques ressassés jusqu'à la lie (car il est difficile de reprocher à quelqu'un d'être intellectuellement aux abois mais plus légitime de lui reprocher une esthétique poussive et bégayante), on ne pensait pas s'ennuyer à ce point devant son nouveau bébé (sachant que quand on parle d'un nouveau bébé de Tarantino il faut imaginer un nourrisson difforme et bodybuildé). A force de répétition (le film est en lui-même d'un répétitif assommant) et d'insistance (on se croirait parfois non plus devant un patchwork de pastiches et d'influences mais devant une parodie par Tarantino de lui-même), feu le "style Tarantino" s'est muté en système, en une machine qui jadis, et même très tôt, était assez bien huilée, et que nous retrouvons déjà bien vieille, en train de rouiller sous nos yeux, de s'encrasser et de coincer, sabotée par son mécanicien en personne. Devant Django Unchained on se demande d'un bout à l'autre où est passée la légendaire "efficacité" de Tarantino, le dernier argument du cinéaste, son ultime bastion, cette qualité de réalisation, ce savoir-faire, ce petit sens du cinéma que l'on pouvait encore vaguement reconnaître à des films pourtant aussi médiocres et puants que Death Proof et Inglorious Basterds. Ici l'ennui est total. Rien ne fonctionne. On regarde sa montre.




Avant même de parler d'ultra-violence, de soif de vengeance primaire et abrutie, de simplisme idéologique épuisant et du reste, il faut dire que Django Unchained est un très mauvais film. Mal fait, mal monté, souvent mal filmé. Tarantino a perdu jusqu'à son art du rythme. Rythme de la musique (jamais aussi mal employée et montée que dans ce film), rythme des dialogues (bien mal écrits, au point qu'on aimerait renvoyer l'élève Quentin à sa rédaction de deuxième cycle pour entendre la version corrigée de ce triste premier jet), rythme des scènes et de l'ensemble du film enfin (puisque le montage est souvent un supplice, et fait parfois place à des séquences d'une parfaite inutilité qui rallongent un déjà trop long métrage tout en échouant à donner le sentiment du temps qui passe, comme cette scène où les deux héros se rendent en plein hiver et avec quelques cadavres sur les bras chez un inconnu qui les invite à manger un morceau de gâteau (...) avant que ne déboule un salvateur intertitre plus prompt à signifier le déroulement des mois ou des années). Même les personnages - le film tient pour héros deux chasseurs de prime, professionnel et amateur, qui abattent des gens sur contrat par simple appât du gain - sont nuls, à part à se délecter des deux gueulantes que pousse Leonardo DiCaprio, de l'accent insupportable de Christoph Waltz, qui se fait une habitude de détacher les syllabes avec emphase et de les prononcer avec du jus de salive dans la bouche, ou du charisme de Jamie Foxx, "premier héros pour les noirs" offert par Tarantino à ceux qu'il entend venger, mais qui se résume à une bonne gueule, deux costumes et beaucoup de connerie (il faut le voir, quatre ou cinq fois d'affilé, mettre la main sur son colt dès que quelqu'un s'approche de sa femme, quitte à mettre la vie de sa protégée en danger par pure stupidité de bourrique sanguine énervée). Django parlons-en, le personnage éponyme, le héros du film. Qu'est-il ? Un mari qui veut sauver sa femme. Soit. Un esclave qui veut se venger quand un brave maître d'école allemand lui en inspire l'idée, d'accord. Et à part ça ? Rien du tout. Aucune épaisseur, aucun caractère, rien qu'une belle coupe de cheveux façon casque et des muscles saillants autour desquels tourne la caméra fiévreuse d'un Tarantino vendeur de fripes et de biscottes. Faut-il vraiment s'extasier devant son épopée aussi interminable qu'absolument dépourvue d'ampleur ? Dur. Et par-dessus tout ce vide Tarantino roule des mécaniques, nous épuise par sa frime risible, ses dialogues plombants, et nous harasse, le comble pour ce dialoguiste et conteur hors-pair conscient de son soi-disant génie au point de l'annihiler par abus de confiance, avec un scénario aux longueurs morbides.




Car l'ennui vient aussi du fond de l'affaire, ce scénario crétin, creux et débilitant à souhait. Tarantino prouve encore et rappelle à quel point il est bovin dans ses raisonnements. Son propos est comme toujours simpliste pour ne pas dire absolument niais. Sa grande idée, on l'aura compris vu qu'il nous la serine péniblement depuis des lustres, c'est qu'il faut se venger des salops en se faisant salop, qu'on peut et qu'on doit devenir mauvais dans un monde mauvais du moment qu'on est gentil au départ et qu'on s'attaque à des méchants. Les grandes dichotomies sont de mise et, sans aucune mise en perspective historique, de même que tous les esclavagistes sont d'ignobles personnages, les héros sont des anti-racistes notoires, comme projetés en 1858 depuis notre ère, mettant un point d'honneur à rendre la monnaie de leur pièce aux salops de ce monde. Par conséquent la violence est gore et répugnante quand elle est le fait des méchants messieurs, cool et jouissive quand elle est celui des gentils justiciers, reflets de ce bon et courageux Tarantino lui-même qui, après avoir vengé les juifs contre les méchants nazis, venge les noirs contre les méchants blancs du haut d'un esprit d'une profondeur qui laisse pantois. Bravo Quentin, c'est très fin. Au moins autant que les longs dialogues qui plombent le film pour délivrer ton idée géniale, digne d'un enfant de 12 ans. Au moins aussi savoureux que ces autres dialogues voués à ne rien dire du tout (c'est la marque de fabrique de Tarantino, les dialogues "à côté du sujet", on le sait, sauf qu'avant il savait à peu près écrire et que les conversations mémorables qu'il plaçait dans la bouche de personnages truculents se sont mutées en un procédé laborieux), ou que ceux qui sont là pour faire grimper en flèche non pas le suspense mais l'ennui du spectateur, quand les personnages débattent pendant des heures de la bonne façon de sceller un contrat dans le Sud des États-Unis. Le pire n'est pas que l'on sache absolument ce vers quoi le dialogue nous mène (comme on s'attend du reste à chaque événement du scénario et à chaque dénouement violent succédant à chaque dialogue sans qualité, et ce dès la première séquence où le docteur Schultz libère Django), non le pire c'est qu'on s'en foute royalement, parce qu'on se fout totalement des personnages et de l'histoire, comme on se fout des scènes de combat à grand renfort de gerbes de sang, surtout depuis qu'existe un jeu comme Red Dead Redemption, où l'on peut s'amuser à créer le même type de situations et à tirer dans les cadavres jusqu'à plus soif, sauf qu'on tient la manette à la place de Tarantino...



 
Et quand on a compris la vaste étendue du propos (fouettons les fouetteurs et massacrons les massacreurs, en gros, quoique non, pas en gros, on est déjà dans le détail de l'idée de QT en croyant la résumer), on peut se lamenter devant sa mise en images et en sons. Il y a quelque chose d'assez pathétique à voir quelqu'un qui ne l'est plus depuis longtemps s'acharner à paraître cool. Surtout quand tout ce qu'il met en œuvre pour y parvenir tombe à l'eau, de la bande son, forcément trop fun et anachronique, mal placée et mal plaquée sur les images (et notamment sur celles qui illustrent les voyages à cheval du duo d'acteurs ponctués par d'incessantes et consternantes apparitions de l'épouse de Django) aux ralentis lourdingues sur des plans insignifiants, tournés peut-être trop rapidement et ne recelant aucune force visuelle, des zooms rapides trop attendus sur les réactions faciales des personnages aux flash-back inutiles et visuellement hideux, en passant par ces rares instants où Tarantino se rappelle qu'il fut aimé pour la structure complexe et retorse de Pulp Fiction et tente de surprendre la routine déprimante de son récit par un montage violent (je pense au découpage de la scène du Ku Klux Klan), mais de façon si bâclée et maladroite (même si on a compris qu'il voulait interrompre brutalement la scène de l'attaque du feu de camp pour glisser une boutade sur le Ku Klux Klan et en ridiculiser l'image), qu'on a l'impression d'assister à un montage non-définitif et qu'on a envie de pleurer.




Sans oublier ces scènes où notre fat et colérique cinéaste fait le malin, quand Django apparaît dans le nuage de fumée (effet digne d'un Michael Bay, et je pèse mes mots) laissé par l'explosion du gros personnage d'abruti joué par notre bon mégalo de cinéaste en personne, ou à la fin du film, quand ce dernier s'extasie derrière sa caméra sur le sourire allbright et les lunettes de soleil de Jamie Foxx, qui embarque sa poule devant la "grande maison de l'esclavagisme en feu" (laquelle renvoie à la "grande maison du nazisme en feu" de la fin d'Inglourious Basterds, sauf que là le héros ne se défoule pas sur l'équivalent esclavagiste d'Hitler mais sur pire que ça, le noir collabo, ce qui nous fait dire que si Tarantino devait tourner à nouveau son film précédent, Eli Roth viderait son chargeur dans le visage d'un kapo, et par conséquent on se réjouit qu'il n'ait pas à le tourner à nouveau). Ces effets pompiers font évidemment appel à des codes de série B et à certains westerns spaghettis, mais en essayant d'être cool au carré, par l'usage au premier degré de ces effets et par l'ironie qu'implique leur reprise consciente et appliquée, et tournant ces séquences comme un pied, Tarantino sombre dans le ridicule le plus insondable.




L'esthétique Tarantinienne fait donc plus que jamais tomber les yeux et se révèle aussi crasse, bête et vulgaire que les idées du bonhomme. Cette bassesse nous pousse à considérer Tarantino en triste pornographe dès ces gros plans, au début du film, où Christoph Waltz remplit des chopes de bière dans un saloon, plans brefs qui ont pour but de créer du rythme, une tension, mais qui n'y parviennent pas, et dont ne restent que l'image de verres remplis de mousse à rabord avant d'être raclés pour en foutre de partout, et le son juteux - comme la bouche de l'acteur Waltz - de cette bière qui gicle, qui mousse, qui remplit et qui déborde salement. Ces plans peuvent d'abord être perçus comme une sorte de tentative étrange de doter les images d'une matérialité, de les incarner, comme une sorte de porte d'entrée offerte au spectateur pour investir la réalité de la fiction, pour s'installer dans un monde concret bien qu'imaginaire et laisser aller notre créance vers ces lieux palpables. C'est un des soucis de Tarantino, qui a beaucoup interrogé la notion même de fiction, ses conditions d'existence et les possibilités de sa remise en question, qui poursuit théoriquement dans cette voie en réécrivant l'Histoire avec une grand H dans des fables politiques, et qui semble vouloir d'ailleurs projeter cette problématique, sérieuse et ludique à la fois, dans son film, via les scènes où le docteur Schultz et Django se préparent à incarner des personnages et à jouer des rôles pour s'introduire dans les plantations - sujet qu'il laisse malheureusement complètement tomber ensuite, soustrayant un intérêt potentiel à son film et entérinant sa criante pauvreté. Mais ces plans et les bruits de succion qui les accompagnent prennent une autre dimension, moins glorieuse et piètrement pornographique, quand, à la fin du film, les mêmes sons reviennent lors du grand massacre dans la maison de "Monsieur Candie", au moment où les sbires de ce dernier tirent à n'en plus finir et sans raison sur des cadavres pour en faire jaillir plus d'hémoglobine qu'ils n'en peuvent contenir à grand renfort de "schpluitz !" ridicules. C'est gras, c'est lourd, c'est bête, lassant et plutôt laid. Mais ça semble encore marcher. Tant mieux pour Tarantino et pour ceux qui se délectent de son artisanat, même si, avouons-le, cette ferveur déférente et béate autour de lui et de films comme celui-là nous fait véritablement froid dans le dos.


Django Unchained de Quentin Tarantino avec Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Jamie Foxx, Quentin Tarantino et Samuel L. Jackson (2013)

20 janvier 2013

Lincoln

Nous accueillons aujourd'hui notre valeureux pigiste Paul-Émile Geoffroy, que nous avons envoyé à la projection presse du nouveau Spielberg, pour couvrir la sortie de ce film très attendu et bien placé dans la course aux Oscars. Son verdict :

Pourquoi un film historique ? C'est vrai après tout, pourquoi ? Pas pour le public, le grand : peu lui importe semble-t-il et il sortira probablement de la séance (en tout cas c'est ce que j'ai pu entendre) en regrettant l'époque où Abe chassait des vampires. Rappelons-nous un instant qu'à l'origine un film était l’œuvre d'un artiste, d'un créateur, d'une subjectivité, d'un individu (et de ses assistants) et posons-nous la question de la motivation de Spielberg. Coutumier du fait, ses précédentes tentatives (les Amistad!, Il faut sauver le soldat Ryan et autres La Liste de Schindler - j'évite sciemment l'Empire du Soleil) tendaient à le placer dans la catégorie de ceux qui au jeu de celui qui se touchera la nouille avec le plus d'effet préfèrent l'artisanat de l'éveil des consciences. Lincoln ne déroge pas à la règle et est un beau montage correctement représenté de l'avènement du 13ème Amendement à la Constitution des États-Unis d'Amérique : l'abolition de l'esclavage, en 1865, à quelques mois de la défaite de la Confédération des États du Sud, après quatre ans de Guerre de Sécession.




Le film ne doit donc pas seulement être jugé sur ses qualités cinématographiques mais sur l'art de son auteur à user du cinématographe pour animer la conscience égalitaire de ses spectateurs. Or des premières dépend implicitement le second et il faut bien tirer un constat à la sortie de Lincoln : Steven Spielberg n'est pas plus un grand cinéaste que John Williams n'est un grand compositeur (certains sans doute aimeraient voir s'arrêter là la sentence) dès lors que leur intention n'est pas de se faire violence. Leurs travaux depuis dix ans ont ceci d'harmonieux (à l'exception notable du Tintin d'il y a deux ans - lequel était d'une certaine façon une tentative tardive de se faire violence et d'entrer dans un futur possible) qu'ils embrassent le passé avec tant de franchise et d'amour que chacun sait sans peine où mettre les pieds : qui se souvient des thèmes écrits par Williams pour Cheval de Guerre ou Munich ? qui chérit tel plan d'Indiana Jones 4 ? qui s'est vu surpris par Le Terminal ? De Duel jusqu'à Schindler (et même Ryan), Spielberg écrivait une histoire du cinéma, époustouflait des enfants et impressionnait des adultes, jonglant entre un sérieux biblique et un insatiable besoin de parler à l'enfant qu'il était encore (et que l'on sent reparaitre devant Tintin). Lincoln est le film d'un vieil homme dépassé, mis en musique par un vieil homme dépassé, et au vu de ses objectifs humanistes, c'est regrettable.




C'est d'abord en s'abîmant dans les stéréotypes de son propre cinéma que Spielberg perd de la force. Le cliché de l'enfant si cher à ses habitudes est ici servi en triple exemplaire : Robert Lincoln (Joseph Gordon-Levitt) incarne sans intérêt aucun le jeune adulte désireux de se soustraire à l'ombre du modèle paternel, William Lincoln en enfant perdu dont le deuil ne peut être parce que la politique ne le permet pas, Tad Lincoln en prodigue petit malin posant les questions pour le spectateur, observateur silencieux. Trois caractères aussi futiles qu'alourdissants pour un film dont la durée (2h30) est un handicap certain à ses vues et qui devrait se contenter, comme sa chronologie le lui permet, de se concentrer sur l'émancipation des esclaves plutôt que sur une hypothétique biographie d'un Lincoln, que le seul mois concerné par le film ne suffit pas le moins du monde à éclairer. On aura aussi droit au regard caressant sur les opprimés, comme nous y a habitué Amistad!, et ce au détriment de vérité historique puisque la haine quasi absolue (dans quelque État que ce soit) des noirs se voit largement tamisée pour la bonne cause. On en vient même à croire que les bataillons "colorés" étaient légion en cette année 65 tant on voit de soldats de couleur, auxquels sont confiées d'importantes missions (accueillir les confédérés venus traiter de paix...), une manière aussi peu élégante de faire entendre son propos que les tractations et les arrangements de Lincoln et de son cabinet en vue de faire voter l'Amendement. Sauf que ça ne prend pas. Dès le début du film, ces deux soldats noirs s'adressant à un Lincoln spectateur du théâtre de guerre, le Caporal tournant le dos au président, récitant la fin du discours que ce dernier a prononcé quelques temps auparavant, complicité hollywoodienne factice, c'en est trop. Tout cela ne sert pas un film ayant valeur de testament autant (sinon moins) que de lettre de rappel. Pas plus que ces plans ratés jusqu'au ridicule qui accompagnent quelques transitions en fondu et notamment celui, posthume, d'un Lincoln-bougie tenant discours face à la foule. Ces sentimentalismes niais ont fait leur temps et je crois que tout le monde en a assez : les ficelles se voient bien trop pour que l'on se laisse pénétrer d'un message ni subtil ni subtilement amené. Certes l'humour peut encore aider, et la salle entière se laisse prendre à la légèreté des trois Stooges auxquels échoit la lourde tâche de convaincre suffisamment de membres de la Chambre pour que l'Amendement passe (une mention particulière à James Spader, à qui l'âge va bien au teint et que l'on espère déjà revoir en gras amuseur) et au tempérament "héroïque" de Thaddeus Stevens (le personnage le plus complet et le plus intéressant du lot, joué par Tommy "Lee de mort" Jones, en roues libres), mais là encore la subtilité est hors de propos.




C'est sans talent, bien que sans réel accroc, que Spielberg mène lentement sa barque d'un bout à l'autre du mois de Janvier 1865, sans passer par de grandes échauffourées spectaculaires (hormis une écharpade inauguratrice, la seule grande bataille de ce mois-là, celle de Fort Fisher, nous est entièrement diffusée depuis le centre des communications de la Maison Blanche) ni non plus nous dépeindre vraiment la souffrance du peuple opprimé (Amistad! suffisant). C'est un film politique, dont le coeur a trait aux manigances et aux stratégies politiciennes d'un petit nombre d'individus : il s'agit donc de parlotte. C'est dans l'air du temps, de faire passer le cinéma dans le langage : Cronenberg, Sokurov, Resnais en 2012 s'y sont essayé et n'ont pas démérité. Spielberg se brise les reins sur son personnage : Lincoln est un ex-avocat friand d'anecdotes, par lesquelles il explique ses décisions. Ce qui est une jolie façon de simplifier la tâche d'un auteur (2h30 de parlotte, même Cronenberg ne s'y est pas risqué) simplifie aussi l'art du langage qui est à l’œuvre et même l'art de la personnification du toujours-très-bon Daniel Day-Lewis mais que l'on a l'impression de voir cabotiner tant son vieux Abraham ressemble à une caricature.




Certes le message passe. Tout de même... Pourquoi faire ce film ? Faire plein feux sur l'émancipation - non, ça n'est pas ça. "Émancipation" impliquerait que le film montre des hommes et des femmes de couleur brisant leurs chaines. Disons plutôt : Faire plein feux sur une manœuvre politique (tordue, irrégulière), sur des compromis politiques, dans un but d'avancée sociale... Aujourd'hui... Serait-ce vraiment anodin ? Spielberg est-il un homme si naïf qu'il filme "oui" en pensant "peut-être" ? Je n'y crois pas. Amistad! existait, pourquoi revenir sur l'esclavagisme ? Pourquoi le faire d'un point de vue politicien ? Pour un portrait de Lincoln, ce président on l'aura compris admirable (il a aussi été l'instaurateur de l'impôt sur le revenu outre-Atlantique), pour le seul intérêt du biopic, parce que le personnage le passionnait ? Allons... Steven Spielberg n'est pas le cinéaste politique par excellence mais on sait qu'il a une conscience plutôt humaniste. Je ne puis m'empêcher de me poser la question que cache Lincoln : pourquoi ce film maintenant ?




Et quelle qu'en soit la réponse, de me décevoir du résultat. Un film qui tient la route mais dont la portée d'éveil me semble trop courte. Un film facile à suivre mais trop long. A tout prendre, un film sur l'art de convaincre par la parole devrait s'éviter l'écueil du sophisme par anecdote et se concentrer plutôt sur la magie-même du langage, comme Alexandre Sokurov, Alain Resnais ou dans une moindre mesure David Cronenberg ont su le faire ces derniers mois.


Lincoln de Steven Spielberg avec Daniel Day-Lewis, Tommy Lee Jones, Sally Field, Joseph Gordon-Levitt, James Spader et John Hawkes (2013)

18 janvier 2013

Abraham Lincoln, chasseur de vampires

Comme nous prévoyions d'aller voir le Lincoln de Spielberg au cinéma et que nous savions que ça traitait de Lincoln président durant la guerre de sécession, on a voulu savoir ce qu'il en était du Lincoln d'avant, quand il était chasseur de vampires dans le middlewest. Car avant d'être l'avocat élu par le peuple et concerné par le sort des noirs américains, Abraham Lincoln, et nous l'avons appris grâce à ce film, était chasseur de wampas, et c'est ce premier métier qui l'aurait sensibilisé au problème black. Après avoir organisé et ardemment participé à quelques "nuits de cristal" avec ratonnades de vampiros lesbos à la clé, et après s'être repenti de cette première carrière marquée par le sceau de l'intolérance, Lincoln aurait voulu mettre un terme aux persécutions raciales dans son pays, cqfd. Les deux films ont été pensés comme une trilogie et tournés en même temps dans un seul et même studio, d'où quelques scènes de plaidoirie glissées dans le film de vampires, qui cassent un peu le rythme, et, il faudra s'y attendre, de possibles apparitions de goules et de gousses d'ail dans le portrait-vérité de Spielberg. Daniel Day Lewis, sans nul doute parfait dans le rôle du Lincoln président chez Spielby puisqu'il a joué le rôle d'un esclave noir dans Le Dernier des mohicans de Michael Mann, buvait donc des coups entre deux prises avec Chris Rock, qui incarne le Lincoln chasseur à courre de vamps dans le film jumeau de Timur Bekmambetov.




Nous qui sommes souvent à côté de la plaque en matière de spin off et autres reboots, nous nous estimons bénis des Dieux d'avoir pu admirer Lincoln chasseur de vampires avant de courir nous extasier devant le biopic signé Spielberg. En effet ce n'est pas André Kaspi qui nous aurait appris ce qu'a été la vie de Lincoln avant son accession au pouvoir, ah ça non, ce n'est pas lui. Merci Timur. Et vivement la sortie de "Obama étrangleur de chats" ou de "Clinton tringleur de chiennes". Étant donné la qualité intrinsèque du film de Bekmambetov (nous restons lucides, faisons preuve ici de lucidité) il y a de très fortes chances pour que la saga Lincoln fasse partie de ces trilogies où le deuxième épisode (celui de Spielberg donc) est meilleur que le premier, avec Star Wars, Jurassic Park, Dirty Dancing et Philadelphia.


Abraham Lincoln, chasseur de vampires de Timur Bekmambetov avec Benjamin Walker, Dominic Cooper et Mary Elizabeth Winstead (2012)

16 janvier 2013

Cloud Atlas

Les cinéphages sont face à un dilemme terrible : attendu pour les ides of march, le 13 mars 2013, soit le 13/03/13 (connaissant les frères Washowski ça ne doit pas être un hasard), Cloud Atlas est depuis quelques jours disponible sous la forme totalement illégale et que nous condamnons fortement d'un DvdRip, sous-titré par le fameux Nicoo, étudiant en Master 2 d'anglais depuis cinq ans. Les fans des "frères" Wachowski parviendront-ils à dompter leur impatience pour découvrir le nouveau mastodonte de leurs idoles sur grand écran, seul mode de diffusion capable de rendre justice à la folie des grandeurs des auteurs de Matrix, ou craqueront-ils lâchement et en secret pour voir la Bête du Gévaudan avant tout le monde et pour avoir le temps, d'ici au 13 mars, de se convaincre que le film est bon ? Quant à nous, Speed Racer, le précédent naveton des frère et sœur jumeaux cinéastes, nous attend dans le fond d'un disque dur externe vérolé. Il est donc probable que nous verrons Cloud Atlas en 2017, longtemps après le buzz, sous la présidence de Jean-François Copé, car nous serons alors tellement en quête d'évasion que nous chercherons un peu de paix jusque dans le film des Wachowski. Nous sommes prévoyants.


Milla Jovovich dans Resident Evil Opération Reconstruction ? Non, Lana Wachowski, premier shemale cinéaste (après le grand Michael Cimino), plus bonne en femme qu'en mec, sauf si on regarde en-dessous de la ceinture, un vrai massacre, attaqué au napalm et au fer à souder. Si vous vous étonnez de ces pustules sur son visage, ce ne sont que les vis qui tiennent l'ouvrage débout !

Le poster de ce Cloud Atlas est à mettre dans la grande catégorie "montagne de tronches", style graphique lancé avec Star Wars épisode 5 par le grand fossoyeur du ring hollywoodien, Leorge Gucas, chevalier des arts et des lettres, qui sera nommé à l'Académie Française et promu Commandeur de la Légion d'Honneur sous Raymond Copé. Cette mode a perduré et a été remise au goût du jour par Star Wars épisode 1 puis par la saga de l'anneau de Peter Jackson (rappelez-vous la gueule de Gandalf le Gland, avec les yeux globuleux de Gollum perchés de chaque côté de la pointe de son chapeau et les narines de Frodon encastrées dans sa barbe). Autre série de films avec "montagne de gueules" (on peut aussi employer l'expression "surchargé de merde") à l'affiche, celle de la trilogie Matrix, dans laquelle jouait déjà Hugo Weaving, le célèbre Rondelle du Seigneur des anneaux. Les Wachowski rempilent donc pour une nouvelle "cascade de tronches de cons", et ici les gambas de Gong Lui servent de base à un triangle équilatéral dont le côté adjacent n'est autre que le nez busqué de Tom Hanks. Une pellicule s'échappant des cheveux de l'acteur multi-oscarisé sert de sommet à cette forme géométrique faite de bric et de broc, puisque papy Wachowskirovitch, photographié au téléphone, a été incrusté là-dedans l'air de rien, pour faire le nombre. 


Cette image nous rend quand même pas mal curieux...

Nous ne voulons pas gâcher le plaisir aux fans mais on peut déjà révéler que la voix lactée du titre n'est autre qu'un nuage de pellicules dans la tignasse de Tom Hanks. Ici s'achève le mystère. De même, afin que les cinévores ne soient pas trop désappointés, prévenons-les que le tatouage maori que l'acteur arbore fièrement sur l'affiche est une simple maladie de peau dont il souffrait au moment du photoshoot. Cette tache faciale a suscité des théories incroyables chez les afficionados du cinéma des Wachowski, des mappe-mondes d'hypothèses, alors que ce n'est qu'un peu d'eczéma mal soigné. Les 11 millions d'affiches distribuées dans le monde entier n'ont pas été retirées car le coût eût été trop important, au prix peut-être d'une déception planétaire devant les écrans.


Cloud Atlas d'Andy & Lana Wachowski et Tom Tykwer avec Tom Hanks, Hugh Grant, Hugo Weaving, Jim Sturges, Halle Berry, Susan Sarandon (2012)

12 janvier 2013

Bilan 2012



Du 1er janvier 2012 à zéro heure au 31 décembre 2012 à minuit, nous avons épié l'actu ciné. Plus qu'hier et moins que demain, le cinéma a rythmé nos vies. Profitant d'une situation de demandeurs d'emploi jouissive, nous avons pu caler quelques séances de salles obscures entre deux rendez-vous avec des conseillers Pôle-Emploi malheureusement trop peu cinéphiles. A défaut de pouvoir partager nos passions avec eux, nous l'avons fait avec vous pour la quatrième année consécutive, et toujours avec autant de plaisir. Que le débat se poursuive dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux à la mode, l'essentiel est de communiquer avec vous nos enthousiasmes, nos déceptions et nos dégoûts, et surtout de découvrir les vôtres. Connectés à Facebook et à Twitter, nous avons pu échanger tout au long de l'année sur les films qui sortaient chaque semaine et sur ceux, plus vieux, que nous découvrions sur le tard. Nous nous sommes également servis de ces réseaux pour tenter d'entrer en contact avec la petite famille du cinéma, de solliciter des retweets sympathiques de Marina Hands et Frédérique Bel ou des retweets haineux de Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, Charlotte le Bon, Emma de Caunes, Mouloud Achour et Romain Levy, sans obtenir ni des uns ni des autres de réponses satisfaisantes. Soucieux d'être envahis un jour ou l'autre par le GIGN, nous avons tenté de provoquer à coups de "Lov' ur chest. Pleazzze RT" et autres "RT mes Nike fluo Mouloud, moi aussi je possède des sneakers pourries !", en vain. Bref nous avons voulu être un grain de sable inattendu dans le petit monde confortable du ciné. Mais rien de trop croustillant à raconter en matière d'anecdote de chantier, donc revenons sur ce qui nous a vraiment intéressés, c'est-à-dire échanger avec vous. Comparer nos préférences, défendre les films que nous aimons, puis connaître vos cinéphilies singulières et entendre ce que vous avez à en dire, c'est encore le but de nos grands articles bilans annuels, qui comme vous le savez réservent toujours une place à vos classements. Ainsi succédera à nos petites listes personnelles votre grand bilan collectif, avec d'un côté les dix films que vous avez préféré en 2012 et de l'autre ceux que vous avez le plus détesté.


Holy Motors de Leos Carax

De notre côté si on fait le bilan on peut être satisfaits de nous-mêmes : nous avons publié 176 articles dans l'année, soit deux par jour. Parmi ces articles figurent la majorité des films que nous avons aimés et surtout les principales sorties de 2012, à l'exception, pour l'instant du moins, de The Hobbit et L'Odyssée de Pi (nous n'avons pas pris en compte le mois de décembre), Skyfall (on l'a vu au ciné et on avait toute la critique dans la tronche en sortant de la salle, mais on n'avait pas de calepin et le lendemain : trou noir), Astérix au service de sa majesté (ici on ne tire pas sur les ambulances), Hunger Games (on attend le jeu de plateau), Argo (on ne maîtrise déjà pas le verlan), Starbuck (on l'a pas vu mais on y est souvent allés, tout comme nous sommes souvent allés manger au Subway alors que nous n'avons toujours pas vu le film de Luc Besson, highlight de 1985), MIIIB (on n'avait pas vu MIIB), The We and the I et Camille redouble (trop de mauvais souvenirs de ce bahut qu'on essaye de quitter depuis plus de dix piges), Blanche-neige et le chasseur (Chris Hemsworth joue dans le film et nous n'aimons pas que des trisomiques soient exposés sur un écran) ou Le Lorax (on n'avait pas compris que c'était un film). Ces gros titres ne se retrouveront donc pas dans nos Tops malgré notre envie de surprendre.


Les Chants de Mandrin de Rabah Ameur-Zaïmeche

Nous n'avons peut-être pas tout vu mais dès le mois de mars, quand nous avons commencé à trier nos préférences, à hiérarchiser la catégorie socio-professionnelle "cinéaste", nous avons déjà entraperçu les grandes lignes directrices de nos classements à venir. Dès le premier film de l'année vu au cinéma, Take Shelter, c'était un souci de moins. Un blogueur ciné commence chaque année avec 10 soucis, les 10 films qu'il doit trouver à mettre dans son Top. Or là, paf, dès la première quinzaine de janvier un souci d'éradiqué. A l'orée du mois de juillet, nous avions la certitude de passer nos vacances au frais avec un Top 10 bien entamé, fait de bric et de broc mais déjà solide, et tout de même l'envie tenace d'éjecter quelques titres. Mi-décembre, grosse gueule de bois au réveil. Nuit de noël sans lune, sur dix œuvres intouchables dans ton Top il ne t'en reste qu'une. Emprunts à la médiathèque à gogo, achat de cartes de visites illimitées au cinéma Le Cratère et au Gaumont Pathé, abonnement à Vidéo-Futur, si ça existe encore, et passage à la fibre pour rattraper le retard et sauver les meubles. On a fini le mois de décembre avec des yeux comme des boules de bowling, incapables de distinguer la réalité de la fiction, paumés dans un univers lynchéen au possible (notre fidèle Poulpard a quant à lui passé son réveillon à éplucher Rotten Tomatoes et Metacritic pour terminer l'année avec un petit Top 4 dont il est bien fier). Et vu que l'année fut chargée en films de qualité, dresser des Tops 10 sans faire l'impasse sur quelques titres aimés s'est avéré compliqué. Nous nous y sommes pourtant pliés, au prix de fêtes de fin d'années passées entre quatre murs face à des écrans diffusant en simultané nos films préférés, à la recherche du moindre défaut. Sans plus attendre voici donc nos Tops 10 par ordre de préférence (ici et plus bas, cliquez sur les affiches pour accéder aux critiques) :


NOS TOPS
(Félix/Rémi, par ordre de préférence)
















































































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Au-delà de l'évidente profusion de grands films, que nos classements nous semblent révéler (bien qu'ils soient avant tout le simple reflet de nos cinéphilies particulières), on se réjouit du vent de fraîcheur, d'audace et de nouveauté qui aura soufflé sur le cinéma cette année. Certes nos chouchous sont là, même si Olivier Assayas et son Après mai manquent à l'appel faute de place - cruauté du Top 10... - ainsi qu'Abbas Kiarostami faute d'avoir pu découvrir Like Someone in Love en salles, où il n'est resté à l'affiche que deux heures montre en main. On retrouve malgré tout des valeurs sûres, des cinéastes incontournables dont on attendait les films de pied ferme et qui ne nous ont pas déçus, à l'image d'Alexander Sokurov (Faust), d'Alain Resnais (Vous n'avez encore rien vu) ou de Werner Herzog (Into The Abyss). A côté de ça, des cinéastes en pleine croissance et en pleine confiance, déjà remarqués mais qui gagnent peu à peu en maturité, ont confirmé un talent exceptionnel, ce sont Rabah Ameur-Zaïmeche (Les Chants de Mandrin), Jeff Nichols (Take Shelter) ou Hirokazu Kore-Eda (I Wish). Et puis il y a eu quelques surprises, des cinéastes rares revenus d'outre-tombe sur le devant de la scène pour nous épater, Leos Carax (Holy Motors) d'un côté, Chantal Akerman (La Folie Almayer) de l'autre, et Abel Ferrara (Go Go Tales et 4h44 Dernier jour sur Terre) aux États-Unis. Hasard du calendar, ce dernier s'est retrouvé deux fois à l'écran en France, pour deux chefs-d’œuvre, partageant le haut de l'affiche de 2012 avec le prolifique et déjà très grand Hong Sang-soo (The Day he Arrives et In Another Country). L'autre poule aux œufs d'or - mais les siens sont pourris - de l'année, avec également deux films au compteur, n'est autre que Steven Soderbergh, auteur de Piégée et Magic Mike, qui nous ont tous deux piégés sans aucune magie... En revanche et pour terminer, nous avons fait quelques heureuses découvertes, quelques cinéastes viennent d'éclore sous nos yeux, dont nous attendons les prochains films avec, dans certains cas, un peu d'appréhension, mais globalement avec beaucoup d'optimisme, ils se nomment Ben Wheatley (Kill List), Joachim Trier (Oslo 31 août), Guillaume Brac (Un monde sans femmes), Nick McCarthy (The Pact) et Alex Ross Perry (The Color Wheel). Parmi ces noms se trouve peut-être bien la relève de demain !


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Oslo 31 août de Joachim Trier

Se dégagent des films que nous avons préféré quelques idées communes, une même urgence à se saisir de l'actualité sans lourdeur, à la différence de cinéastes comme Jacques Audiard ou Cédric Kahn, qui nous ont torché leurs petits films sociaux misérabilistes pour se sentir bien dans leurs souliers tout en nous foutant la rage. Les cinéastes de 2012 que nous aimons partagent un regard humaniste portant l'homme au centre de toutes les attentions, et insufflent coûte que coûte la vie à leurs œuvres (y compris quand elles évoquent la peine de mort, chez Herzog, ou la fin du monde). C'est d'ailleurs sur ce point que le très froid, théorique et désaffecté Cosmopolis, film important sur la crise, n'a pas retenu notre intérêt au même titre que les œuvres de Jeff Nichols ou d'Abel Ferrara entre autres, qui quant à eux ont su se placer au cœur des enjeux angoissants de notre monde contemporain tout en aimant leurs personnages et en leur accordant une chance de bonheur et de salut non-négligeable. Certains auteurs l'an passé s'interrogeaient sur l'absence de guide à suivre les yeux fermés, et se projetaient avec doute et anxiété vers un futur incertain (La Dernière piste de Kelly Reichardt, Habemus Papam de Nanni Moretti, etc.). Cette année en revanche les cinéastes se sont souvent entendu à relier le présent au passé ou à le lire selon ses enseignements, pour constater la pérennité de la soif de lutte et de liberté (Les Chants de Mandrin), pour dénoncer le retour en arrière violent impacté par la crise et la politique de rigueur (Gebo et l'ombre, critique de l'immobilisme mortifère, que rejoignent sur ce point des films comme Faust ou La Folie Almayer), ou tout simplement pour questionner l'actualité du cinéma et de l'art en général. C'est une dimension primordiale des projets très différents que furent Vous n'avez encore rien vu et Holy Motors, mais aussi Tabou, trois films convoquant les origines du cinéma et leurs fantômes tout en jouant avec la modernité des techniques nouvelles pour les rendre plus poétiques que jamais (même si le film de Miguel Gomes ne nous a pas séduits, bien qu'il ait occupé nos soirées en famille, où l'on aime bien faire une partie de Tabou 1982, celui où il faut faire deviner Eddy Mitchell sans dire "dernière séance" ni "chaussettes noires").


Faust d'Alexander Sokurov

Dans les films de Carax et de Gomes, que beaucoup s'accordent à placer conjointement au sommet des sorties de l'année, mais aussi dans ceux de Resnais ou de Hong Sang-soo, on perçoit ainsi une envie de jouer avec l'outil cinéma (comme d'autres jouent avec le spectateur, à l'image de l'étonnant Kill List). L'énergie déployée par ces cinéastes pour sublimer leur art et créer des images poétiques fascinantes excelle à démontrer la puissance du cinéma même le plus modeste. Beaucoup de films pauvres nous ont éblouis, des Chants de Mandrin à Un monde sans femmes et de Kill List à I Wish en passant par les films fauchés de Ferrara, Oslo 31 août de Joachim Trier, The Color Wheel d'Alex Ross Pery ou Gebo et l'ombre de Manoel de Oliveira. L'économie (forcée ou consentie) de moyens (on pourrait aussi penser à Twixt, même si le film ne nous a pas convaincus), conjuguée à des efforts toujours plus grands pour réaliser des films magistraux dans un sincère élan ludique et joyeux (car même si cet adjectif ne serait peut-être pas le premier venu pour parler des films de Carax et Resnais, il se dégage une profonde joie de leurs films aussi libres que majestueux), dénote enfin un besoin de croyance et une injonction à croire en ses rêves et en son art, à faire jouer son imagination, à s'exprimer librement, y compris dans les temps difficiles que nous traversons, et c'est ce que traduisent des films aussi différents que I Wish, Go Go Tales, 4h44 dernier jour sur Terre, The Color Wheel, The Day He Arrives, In Another Country ou Un Monde sans femmes.


In Another Country de Hong Sang-soo

Mais ne tardons pas davantage à découvrir ensemble le visage de votre propre bilan, élaboré à partir de vos classements personnels réunis par un très ingénieux système de points (à raison de 10 points attribués au 1er de chaque liste, 9 aux seconds, 8 aux troisièmes et ainsi de suite). Voici donc votre Top 2012 suivi de votre Flop de l'année :


VOTRE TOP
(Par ordre de préférence)




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VOTRE FLOP
(Par ordre de répugnance)












Quel fier bilan que voilà. Un top qui nous ressemble, un top qui nous assemble... Mais au large les contagieux ! Parce qu'alors Wes Anderson, c'est déjà un gros malentendu qu'il ait eu droit à son papelard positif dans nos colonnes. Quant à Cosmopolis, nous l'avons vu, et ne nous l'offrez pas en dvd merci ! Et puis il y a le couac nommé Tabou, dont on a déjà parlé et sur lequel nous reviendrons dans un futur article.


I Wish de Hirokazu Kore-Eda

On notera dans notre classement (comme dans le vôtre plus ou moins) la relative timidité du cinéma américain, et l'absence totale de films hollywoodiens, puisque les seuls cinéastes nommés chez nous (Jeff Nichols, Abel Ferrara, Alex Ross Pery) sont des artistes indépendants, et pas qu'à moitié, on parle de films pauvres, certains tournés en DV (The Pact), d'autres réalisés au prix d'une lutte constante pour contourner les contraintes du système (Ferrara). Ce n'est ni calculé de notre part, ni faute d'avoir regardé des films à gros budgets sortis des grands studios, y compris en espérant sincèrement passer du bon temps. On a donné cher de notre peau, et la majeure partie d'entre vous aussi, en voyant et en critiquant pas mal de gros morceaux tels que Avengers, The Dark Knight Rises, Prometheus (ces deux-là arrivent en tête de vos haines annuelles - et sans doute des nôtres) ou Looper, soit la preuve par 1000 que le cinéma américain ne sait plus divertir intelligemment et poursuit son infantilisation macabre. Avengers est peut-être le plus triste succès de l'année puisque tandis que la mode du reboot et des super-héros commençait à s'enrayer, le carton phénoménal du film de Josh Whedon a relancé la machine à fric en réunissant bêtement une pléiade de personnages connus dans un délire pyrotechnique orchestré par un enfant turbulent et débile. Mais Avengers n'est venu, après un flot ininterrompu de médiocres films de super-héros, que comme l'affreux couronnement d'une entreprise bien rodée et depuis longtemps malsaine, tandis que les films de Rian Johnson, de son modèle Christopher Nolan et de l'idole de ce dernier, Ridley Scott, ont scié en deux les maigres espoirs que l'on pouvait encore placer sur la science-fiction grand public à l'américaine. On n'attendait rien du golden boy Nolan, plus grand chose du vieillard sénile Scott, mais on pouvait croire une seconde dans la soi-disant pépite à ne pas louper qu'était Looper, film encensé à droite à gauche et porté par une relique du cinéma américain populaire de qualité nommée Bruce Willis. Sauf que le film ne fut qu'une mascarade de plus, au goût particulièrement amer. Mais oublions ces dérapages industriels à des années lumières du cinéma qu'on aime. En est-ce encore vraiment ?


The Color Wheel d'Alex Ross Pery

On peut par contre noter l'absence totale, dans une sorte d'indifférence polie, des world acclamated directors que sont Steven Spielberg (Cheval de guerre), Tim Burton (Dark Shadows), David Fincher (Millenium, l'homme qui allumait des feux de paille) ou Clint Eastwood (J. Edgar). Cités nulle part, ni dans les Tops ni dans les Flops, ces noms célèbres échouent à marquer l'année, au contraire de certains de leurs camarades plus encensés, les Cronenberg (Cosmopolis), Coppola (Twixt) et autres Friedkin (Killer Joe), qui ont su aux yeux de certains d'entre vous trouver un second souffle ou une originalité faisant défaut aux exercices mollassons des premiers. Mais que leurs fans se rassurent, ces dinosaures-là reviennent chaque année tels de véritables marronniers avec une nouvelle fournée à faire croquer. On a maté Lincoln, le nouveau Spielberg, on a maté Frankenweenie, le nouveau Burton, on a même maté La Dernière chance, énième Eastwood en mode fin de vie, et on s'empéguera forcément le prochain Fincher, à notre corps défendant...


Un monde sans femmes de Guillaume Brac

Pour rester une minute de plus sur le dos du cinéma américain, que dire de l'anomalie Bellflower. Pourquoi consacrer un paraphet à ce film qui n'est rien ? Parce qu'il a été fait avec cœur, c'est indéniable, mais par quel connard ! C'est comme si votre cousin schizophrène vous montrait un film qu'il aurait mis quinze jours à tourner mais trois années à monter entre deux énormes taffes de beuh, l'esprit détraqué et démultiplié, à la Hal Ashby de Festes-St-André. Aurait-on vraiment envie de profiter des bilans annuels pour tirer une balle dans le dos d'un individu déjà pas loupé par la vie ? Personnellement non. Mais il faut croire qu'Evan Glodell a poussé le bouchon un peu trop loin pour les plus rancuniers d'entre vous, à l'image de notre collaborateur Paul-Emile Geoffroy, qui envisage de passer ses vacances à Houston juste pour "se faire" le vidéaste amateur. C'est ainsi que l'anonyme Glodell se retrouve derrière les grands noms de Ridley Scott, Christopher Nolan et Michael Haneke dans la liste de vos têtes de turcs favorites, et ce n'est pas pour nous déplaire.



On remarque aussi que cette année fut profitable à notre cher cinéma français, même si "français" ne rime pas toujours avec "prendre son pied", surtout quand on repense aux râles morbides de la pauvre Emmanuelle Riva, poussée dans ses derniers retranchements par un détraqué dans Amour, le snuff movie le plus récompensé et acclamé de l'histoire du 7ème Art, lauréat de la Palme d'Or et légitimement bien placé dans vos coups de gueule de l'année. Michael Haneke, l'homme aux deux palmes et à l'humour so british, en a semble-t-il énervé pas mal, nous y compris. Son pensum sur la peine de mort nous a laissés froids. Représentatif d'un cinéma qui nous glace le sang, nous détruit l'humeur, nous écrase de bêtise, nous sommes heureux d'avoir découvert ce film à un âge où l'on peut faire la part des choses, et s'imaginer qu'après chaque prise Trintignant buvait des verres de schnaps en écoutant du Bob Marley pour décompresser. Nous nous sommes plaints du cinéma américain mais le cinéma français et francophone nous a aussi donné du fil à retordre. Haneke n'est pas seul à la barre des accusés, bien qu'il soit en tête de gondole avec son bouc traînant sur l’échafaud. Derrière lui se tient notamment Jacques Audiard, menotté pour De Rouille et d'os, que nous avons également détesté comme nous avons détesté Bullhead, polar agricole d'une lourdeur bovine sans précédent et autre film porté par l'acteur belge Matthias Schoenaerts. Un amour au quotidien ce Schoenaerts par contre, l'homme qui vient toujours filer un coup de main, le brave jeune, qui croyait flamber à Cannes (où il s'est surtout fait remarquer quant à son comportement auprès des petits fours), et qui est reparti avec un gros coup de pied au cul, l'emprunte de godasse de Gilles Jacob, pourtant pas bien costaud mais pas mal énervé, imprimée à jamais sur la raie.


Into the Abyss de Werner Herzog

On a souffert aussi du côté des comédies à succès, avec Le Prénom, Radiostars ou Nous York, respectivement portés par Patrick Bruel, Manu Payet et Géraldine Nakache, que nous considérons ouvertement comme des usurpateurs de malheur. On pourrait aussi parler de films comme Dépression et des potes, Plan de table, Marsupilami et tant d'autres, au point que nous avons consacré un certain temps à nous lamenter et à pointer du doigt les principaux auteurs de ces private joke misérables distribuées sur 500 copies et omniprésentes sur les plateaux de nos pires émissions télé. Sur ce point, c'est l'Amérique et ses comiques sans foi ni loi qui nous sauvent et nous offrent nos seules chances de rire bien franchement devant un écran. Will Ferrell dans The Campaign et Adam Sandler dans Jack et Julie et Crazy Dad ont marqué l'année de leurs facéties et des éclats de rire qu'ils nous ont fournis. Adam Sandler a pourtant été crucifié par la critique, et on ne vous remerciera jamais assez d'avoir quant à vous choisi d'épingler des grosses cylindrées et des grands noms qui le méritaient tellement plus.


La Folie Almayer de Chantal Akerman

Revenons en vitesse sur quelques tendances plus farfelues, qu'on aimerait voir dégager à tout jamais. Nous regrettons par exemple la mode des titres en "Dark" (Dark Shadows, Dark Horse, Dark Knight Rises, Dark Hairy Pussy), autant de films à fuir comme la peste, ainsi que la vague des films de l'est portant des prénoms de femmes en "a" (Elena, Aurora, Barbara, Vahirua, Valbuena, Pauletta, Bernarbia, etc.), films austères, graves et chiants.



En priant pour ne plus avoir affaire à ce type de titres, on espère que 2013 sera aussi riche en découvertes, en surprises et en plaisirs cinématographiques que 2012. En ce qui nous concerne on a la barre au beau fixe. Cette année on va continuer à bouffer ciné, à pioncer ciné et à halluciner, parce qu'on n'est pas encore vaccinés. Nous continuerons bien sûr à critiquer les nouvelles sorties qui nous inspireront et à revenir sur de plus vieux films aimés depuis longtemps ou à peine découverts. Peut-être que quelques nouveautés viendront animer le blog, en attendant nous poursuivrons sur notre lancée, par exemple en vous proposant bientôt un nouveau dossier consacré, on vous le donne en mille, aux westerns ! Tarantino oblige... On commençait notre bilan 2011 par lui et on finit par lui celui de 2012. D'ailleurs on lui dit "à dans onze mois !", pour voir s'il n'aura pas définitivement pété un plomb d'ici là, étant donné que d'année en année on le trouve physiquement de plus en plus sous tension.


 
Kill List de Ben Wheatley

Pour finir, nous souhaitons remercier chaleureusement tous ceux qui nous suivent de près ou de loin mais surtout ceux qui ont généreusement participé à ce grand bilan en nous faisant parvenir leurs préférences par mail (on vous invite d'ailleurs à les poster en commentaire), et notamment quelques collègues cinéphiles : Gendar (toujours fidèle au poste) ; Olivier Père (de mes enfants) ; Fredastair (pour toi nous changerons de sexe) ; Nightswimming (à quand une analyse des couv' France Foot ?) ; Le Cinéphobe (dont acte !) ; Ca flim (figure de proue du snuff movie bruxellois) ; Une fameuse gorgée de poison (méfiez-vous de ses fameux cocktails) ; C'est entendu (on attend un nouvel article depuis bientôt 6 mois !) ; Thibault (notre dirlo photo) ; Christoblog (666 gravé sur le front) ; TeddyDevisme (dont on a bien pris en compte les 16 tops succesifs) ; Pausanias (qui n'a pas participé mais que l'on salue amicalement car nous avons une passion commune : les grosses aréoles) ; FredMJG (même si un bogue nous a privés de son top) ; AdrienClem (ton gros boule de black, ma main : they should meet) ; Gondebaud (que trépasse si je faiblis !) ; JeanCalin (pour lequel nous n'avons pas de link, mais beaucoup de think) ; Thibault Fleuret (bon courage pour ta recherche de films) ; Josette K. (la sœur de Joseph Kessel) ; Pierre Morin (dans l'annuaire, entre "Pierre Morin" et "Pierre Morin") ; Sylvain Métafiot (mets ta cagoule !) ; Guillaume A. (côté de la plaque - sans rancune !) ; pierreAfeu (on a respecté jusqu'à la typologie de son blaze, toujours utile en ces temps sombres) et les autres ! (si nous avons oublié quelqu'un qu'il se manifeste et veuille bien nous excuser). Avec un petit clin d’œil à Pathé pour nous avoir fait pendre au nez un procès juste parce qu'on avait mis en lumière un film d'animation obsolète qui avait bien du mal à démarrer au box-office...

Merci encore à tous et à très bientôt pour de nouvelles aventures cinéphiliques !