31 juillet 2011

Open Water

Le premier film que j'ai vu en screener. C'était y'a 7 ans. C'était les débuts du dvd.rip, j'avais aucune expérience dans le téléchargement mais j'avais quand même jugé l'image un peu floue et trouvé bizarre que des ombres passent devant l'objectif à plusieurs moments vers le début et la fin du film. Malgré tout cette image crado et ces interférences correspondaient bien à ce film que pour rien au monde je n'aurais vu en bonne qualité. Le pitch, on va vous le faire vite fait bien fait : un couple d'américains moyens s'en va en vacances aux îles Galapagos, armé d'une caméra waterproof et d'un programme alléchant : rando à dos d'éléphants, rencontre avec les féroces crocodiles du Nil, ride en sidecar dans les souks amérindiens, spéléo dans des grottes jugées insalubres par les autorités locales, pique-niques sur la plage, quelques promenades dans les marchés galapagiens entrecoupées de bonnes parties de baise en chambre Sofitel pour souder un couple qui a besoin de se retrouver, et surtout la plongée sous-marine. Autant vous dire que cette dernière activité est une activité-clé pour le scénario du film. En effet notre couple vedette s'embarque avec toute une équipe de plongeurs sous-mariniers pour une exploration des récifs coralliens au large des Galapagos, mais ils sont malheureusement oubliés par les organisateurs de la sortie, partis sans recompter leurs recrues, et se retrouvent donc paumés au milieu de l'océan avec une bouée pour seule amie.



Avant la journée fatidique, Dan, le mec du couple, a tenté d'embringuer sa copine dans une session doggy-style, mu par cette excitation raisonnée qu'on connaît tous, qui repose sur un mince espoir et qu'on a nous même un peu maintenue sous cage pour pas brusquer l'être aimée et pour ressortir de l'échec attendu pas trop dégoûté, voire grandi aux yeux de l'autre qui se dit : "C'est quand même pas un connard, il n'est pas sur le point de me violer". Le personnage fait le fameux coup à sa femme : j'hésite pendant une demi heure puis je me tourne lentement pour poser mon livre par terre, demi-tour vers ton cul qui me tend les bras, j'envoie lentement les pattes avec des caresses qui peuvent être prises au choix pour une marque d'affection sans arrière pensée ou pour un début d'acte potentiel sous forme d'attaque vicelarde (le choix n'étant permis que si la compagne n'a pas senti votre boner contre l'arrière de son genou). Hélas pour le héros du film, ça casse. Faut dire qu'il a mal choisi le moment vu que sa meuf lit Biba la tronche farcie de tranches de melon et de concombre. Ce refus aura un goût amer, pour elle comme pour lui, mais la scène aura permis au spectateur d'entrer dans l'intimité des personnages et surtout de voir des nibards dès le générique d'ouverture pour mieux rester concentré.



Du coup, réveil mitigé et frustré pour Dan, dont le zguègue colle un peu au drap. Idem pour sa femme qui a oublié de retirer les fruits et légumes qui recouvraient sa face avant de s'endormir et qu'une petite colonie de fourmis rouges galapagiennes du genre gloutonnes a pris pour cible durant la nuit. Si le couple ne s'était pas foutu dans la merde en se paumant au milieu des requins, on aurait quand même été curieux de suivre un film de deux heures sur le reste de leurs vacances qui s'annonçaient comme un festival de gaffes et de frustrations. Mais le film ne dure qu'une heure et quinze minutes, et l'heure restante on va la passer à choper le mal de mer abandonnés au milieu de l'océan. Du haut de son pitch minimaliste, ce film est un petit guide de survie en eau trouble. Un guide pas très recommandable vu qu'à la fin du film un pêcheur à la ligne retrouve dans la gueule d'un Grand Blanc une caméra waterproof, un zob rabougri et des tranches de concombre. A noter que ce film prend le contrepied du classique de Spielberg, Les Dents de la mer, film à double tranchant pour nos amis à 36 rangées de dents puisque le maître d'Hollywood avait fait de la bête un monstre à part entière, aussi redoutable que fantasmé. Chris Kentis nous remet face à la triste réalité et nous dépeint des requins très loin du strass et des paillettes d'Hollywood, réduits à leur statut de purs charognards des temps modernes, sortes d'équivalents aquatiques et waterproof du corbeau ou de la hyène. Les bestioles qui ont raison de notre couple de touristes ce sont les méduses, les coups de soleil et la maladresse légendaire des femmes. A un moment, toujours seuls au milieu du pacifique, ils décident de manger des chips, la seule denrée conservée dans la combi waterproof de Dan, mais sa meuf les fait tomber à l'eau. Et dans ce film si pauvre en dialogues, l'héroïne lâche un tragique : "Va-t-en manger des chips à la moutarde qui ont pris la flotte toi". Cette même héroïne, qui n'est pas à une connerie près, libère malencontreusement une trainée de sang car elle a oublié de mettre un tampax, et, tel le Petit Poucet, elle laisse de petits globules rouges derrière elle qui ont de quoi ravir une maman squale et ses petits, tout un gang de requins doublés par Will Smith et Angelina Jolie dans la version originale.

Budget du film : 130 000$. Recettes : 55 000 000$. Non je ne me suis pas gouré dans les zéros. Laissez-moi vous dire que Chris Kentis, s'il lit notre critique, doit tendre ses deux majeurs vers son écran en se marrant, les poches bourrées de thunes !


Open Water de Chris Kentis avec Blanchard Ryan et Daniel Travis (2004)

30 juillet 2011

Les Randonneurs à Saint-Tropez

A sa sortie, ce film s'est fait lyncher par une critique étonnement unanime, ravie de lapider le pourtant bonhomme Philippe Harel pour cette suite de mauvais augure, tant attendue et tant repoussée, qui a connu un "development hell" de presque douze ans. Pour la petite histoire Philippe Harel a justement nommé son fils Development Hell Harel, qui a vu le jour suite au succès du premier volume des Randonneurs. On avait dit à Philippe Harel, lui qui avait eu l'idée d'un diptyque dès l'écriture du premier film, d'attendre, d'attendre, de laisser monter la sauce, comme Georges Lucas avec Star Wars. Mais ces choses-là, la décantation d'un succès, l'impatience d'un public, sont dures à jauger. Faut croire qu'Harel a attendu trop longtemps et quand Les Randonneurs 2 est sorti, le premier avait atteint le statut de film culte intouchable, à ne surtout pas affubler d'une suite, quand bien même elle fût dirigée par le même réalisateur avec sous sa coupe les mêmes acteurs.



Y'a bien que MCinéma.com pour avoir osé accueillir à bras ouverts ce sequel non-désiré et pour le couvrir de louanges. Le reste de la critique a préféré l'enduire de fanges avant même sa sortie. Pourtant on a vu bien pire. En mettant de côté son jugement critique on peut même passer un relatif bon moment devant ce film plus ou moins honnête, pas souvent marrant et parfois franchement chiant mais ô combien plus respectable que bien d'autres suites indignes surfant sur la vague du succès en quête de pognon, à la manière d'un Saw, qui en est déjà à son septième épisode (et on attend d'autres suites, dont Saw Show et Moussa Saw, le biopic du footballer pichichi de Ligue 1 2010-2011, sacré avec le LOSC), ou comme Les Bronzés 3, même si le deuxième exemple est plus directement rapprochable des Randonneurs. En effet l'histoire est un peu la même : pour le dire vite, un des anciens de la bande a fait fortune et les autres viennent ramasser les miettes pour des retrouvailles un poil amères. Ici c'est Poelvoorde qui, comme dans la vraie vie, a touché le pactole, alors que les autres triment encore et sont rassemblés dans un hôtel un peu miteux. L'histoire, qui met une plombe à se lancer et dont plusieurs éléments sont ébauchés avant d'être abandonnés, n'est pas franchement le fruit d'un travail de dix ans mais elle est le prétexte à une poignée de bons moments, surtout grâce à Poelvoorde. L'acteur était en pleine dépression carabinée au moment du tournage, traînant son ombre sur les plateaux télé et peinant à faire marrer, aussi passe-t-il le film à prendre la mouche et à alterner moments d'euphorie et d'abattement, avec pour transition entre les deux tempos de grands coups de sang à l'encontre de Miguel, son homme à tout faire.



Poelvoorde sauve presque le film, c'est pas peu dire. Hormis Philippe Harel lui-même, qui campe un type ultra chiant et qui est à deux doigts de plomber son propre film, les autres ne font pas pitié, contrairement à tous les acteurs des Bronzés 3, excepté peut-être Lhermitte qui sait qu'il n'a rien à foutre dans ce merdier. Contrairement à l'horreur de Lecon(te), Les Randonneurs 2 peut se targuer d'avoir un casting constitué d'autant de belles pépés qu'en annonce le chiffre (deux) qui classe le film dans la saga Quetchua d'Harel. Géraldine Pailhas d'une part, et Karin Viard d'autre part. Toute la France dans ce qu'elle a de plus subtil, et surtout la France profonde du fromage qui fond, une belle tartine bien faite avec du fromage étalé dessus à déguster avec du rouge. Du fromage qui déborde et qui attire toutes les mouches de la région. J'ai l'air négatif dans ma comparaison, mais dans mon slip et dans mon cœur, je ne le suis pas du tout. Je dîne régulièrement à base de Chaussée-au-moine (quelle idée d'appeler un tel fromage "godasse du Pape"... Ok ça pue la merde dans les sandales du Pape mais c'est pas une raison) et de vinasse. Pour moi c'est le sommet du repas culinaire. Pailhas, on ne la présente plus, à la fois personne ne la connaît. Elle m'en a fait mater des films... Je la considère comme underated. Comme Viard, elle a ce petit truc en plus des actrices typiquement françaises qui nous renvoient à des proches, à des anciennes profs de géo. Pailhas était l'argument féminin majeur du premier volet, avec son petit débardeur bleu ciel moulant, et il faut bien dire (d'ailleurs Poelvoorde passe un quart d'heure à le dire dans sa première apparition) qu'elle est ici largement dépassée par une Karin Viard que l'âge a sublimée et qui trimballe désormais les pires purs gros (beaux) seins. Je me suis souvent senti seul sur le cas Viard, mais petit à petit j'en ai parlé autour de moi et j'ai été heureux de constater qu'on est à peu près 65 millions de français à en avoir après elle. J'attends le troisième épisode. Je serai au premier rang. Car quand je ne suis pas au premier on voit que j'ai mon pantalon défait. Hâtez-vous Monsieur Harel.


Les Randonneurs à Saint-Tropez de Philippe Harel avec Benoît Poelvoorde, Karin Viard, Géraldine Pailhas et Vincent Elbaz (2008)

29 juillet 2011

Face nord

Après la mer, retour à la montagne ! Face nord (que vous trouverez parfois sous le titre Duel au sommet) est basé sur une histoire vraie à laquelle ce film semble tenir coûte que coûte à rester très fidèle. En 1936, le Eiger est l'un des rares sommets des Alpes à encore poser des problèmes aux alpinistes les plus chevronnés, en tout cas en ce qui concerne son ascension par sa face nord, la plus abrupte, celle qui propose un à-pic de près de 2km (rendez-vous compte !). Pour marquer le coup, le régime nazi se fixe pour objectif de réussir à gravir cette montagne avant l'ouverture des fameux JO de Berlin, pour pouvoir ensuite s'en vanter et prouver la supériorité aryenne. Le gouvernement nazi envoie donc son meilleur duo d'alpinistes : deux frères tarés des alpages et des produits laitiers qui acceptent cette mission pour leur plaisir personnel avant de penser à servir une patrie dont ils ont l'air de fort peu se soucier. Ces deux alpinistes sont concurrencés par d'autres grimpeurs bien décidés à les devancer et sont suivis de près dans leur ascension par des journalistes présents au pied de la montagne pour relater leurs exploits tant attendus. Mais évidemment, l'ascension tourne mal...


La terrible face nord du Mont Eiger, trop méconnu du grand public malgré les efforts conjugués de Philipp Stölzl et de Clint Eastwood pour le rendre mythique.

Le solide point de départ historique du scénario aurait pu donner lieu à un film fameux (dans la limite du genre, bien entendu). Hélas, je ne serai pas aussi dithyrambique que les petites phrases lisibles sur l'affiche. Face nord est plutôt réussi quand il choisit de se focaliser sur nos deux grimpeurs en grande difficulté, bientôt rejoint par un duo d'autrichiens avec lesquels ils finissent par fraterniser après avoir été leurs principaux adversaires. Toutes ces parties situées à plus de 2500 mètres d'altitude se matent à l'aise et même avec un certain entrain. Les quelques effets spéciaux sont très réussis et le suspense fonctionne pas trop mal. On peut toutefois regretter que les personnages principaux soient si lisses, ce qui fait qu'on se fiche pas mal du sort que le destin va leur réserver. Malheureusement, tous ces moments sont entrecoupés par des scènes particulièrement chiantes où l'on suit ce qui se passe quelques centaines de mètres plus bas, et plus précisément à l'hôtel situé au pied du Eiger. Un prestigieux hôtel où tous les reporters présents pour couvrir l'évènement se sont réunis. On y suit surtout le couple de journalistes allemands : un vieux briscard de la presse teutonne et une pigiste débutante désireuse de gravir les échelons. Cette jeune femme, d'une laideur accablante, est par ailleurs éprise de l'un des deux grimpeurs, bien qu'elle ne dirait sûrement pas non à un threesome. Ces scènes-là sont autant de sévices infligés à un spectateur qui n'a qu'une seule envie : être coincé avec les autres tocards dans leurs bivouacs pourris, en pleine tempête, et retourner escalader avec eux dès la première accalmie ! C'est fort dommage, car délesté de ces moments si ennuyeux, le film se suivrait avec une toute autre excitation et gagnerait énormément en qualité, tout en restant d'une longueur raisonnable (puisque le film dure 2 grosses plombes !).


Le duo pense que l'affaire est dans la poche jusqu'à ce que quelqu'un de bien intentionné leur tapote sur l'épaule pour leur indiquer que la montagne en question se trouve juste derrière eux.

Face nord nous quitte cependant sur une bonne impression puisqu'il se termine méga mal et donc de façon assez surprenante. Le héros clamse assez piteusement, pendu au bout d'une corde trop courte pour lui sauver la vie, sacrifié au prix de l'impitoyable vérité historique. Je viens donc de vous spoiler la fin, mais peut-on parler de spoiler quand le film retrace un évènement de notre Histoire que l'on devrait tous connaître sur le bout des doigts ? Là est la question ! Si vous avez lu ces quelques lignes, vous pouvez clairement considérer que vous avez vu le film.

De mon côté, je continue à attendre LE film qui saura m'accrocher à mon fauteuil comme K2 y était parvenu il y a des années. J'ai plutôt apprécié le documentaire Touching the Void (aka La Mort suspendue), mais ça reste du pipi de chat par rapport au film renié par James Cameron. Quant à Cliffhanger, il s'agit davantage d'un film dédié à la gloire de Sly Stallone qu'à celle de nos sommets enneigés : efficace, certes, mais vite écœurant quand on ne raffole pas de charcuterie. Et par pitié, ne me parlez surtout pas de Vertical Limit, je me refuse à regarder ce film où des yankees surexcités surfent nonchalamment de sommets en sommets. Respecte la montagne et la montagne te respectera, abruti !


Face nord de Philipp Stölzl avec Benno Fürmann, Florian Lukas et Johanna Wokalek (2008)

28 juillet 2011

Brice de Nice

Avant de le voir faut avouer qu'on avait un petit mépris pour ceux qui passaient leur temps à imiter Dujardin "cassant" les gens, à grand renfort de mouvements transversaux du bras droit. En même temps les gens qui ont passé des heures à faire ça doivent le regretter et doivent se trouver putain de laids avec le recul, quand ils se revoient sur toutes les photos le bras tendu, paume ouverte à l'oblique, avec la banane, et qu'ils peuvent lire sur leurs lèvres figées par la photographie : "Je t'ai cassé ahahah, j'ai cassé ta photo", ces types-là doivent avoir envie de se pendre. Mais on n'a pas envie de les attaquer, d'abord parce qu'on ne peut se résoudre à mépriser ces personnes qui sont des cibles idéales pour les trucs qui fusillent l'esprit et qui s'impriment insidieusement dans les habitudes, ces gens-là sont de véritables vases à merde et on respecte ça, mais surtout parce qu'on partage un truc avec eux : on s'est fendu la gueule devant Brice de Nice. Le gimmick du personnage de Dujardin n'est pas souvent marrant, mais il y a d'autres trucs dans ce film qui nous ont tués. Brice de Nice est le film d'un acteur, et pas celui qu'on croit. Même si Dujardin ne démérite pas dans son rôle, c'est Clovis Cornillac qui, quand il déboule à l'écran, fait entrer le film dans une autre dimension.



Coiffé d'une serpillère sèche et usée, vêtu du marcel de John McLane dans Die Hard 3 et d'un bermuda qui n'a pas choisi entre le short et le pantacourt, affublé d'un bronzage rougeâtre manifestement douloureux et surtout doté d'une diction unique en son genre, Cornillac crève l'écran. Après 110 piges de cinéma, il arrive ici à créer quelque chose d'inqualifiable, de complètement nouveau, que personne n'a jamais pu approcher ni prévoir. L'acteur campe une sorte de débile profond extrêmement généreux qui a un mal fou à s'exprimer, à trouver les termes, à les sortir dans l'ordre et de façon intelligible. On croit parfois percevoir des bouts de mots exacts mais ils sont noyés dans un charabia déballé avec un débit mitraillette qui a de quoi rendre fou. On dirait que l'acteur se noie quand il parle. Comment Cornillac est-il parvenu à créer ça ? Le mystère est total. Dans tous les cas ça fait de lui un grand comique, l'un de ces comiques qui risquent leur peau quand il s'agit de faire rire mais qui croient à fond dans ce qu'ils font. Bien plus drôle au final que Dujardin ou Salomone, Cornillac est la pièce rapportée plus tarée que le noyau dur de ce film qui, sous son influence, atteint des sommets. On se rappellera longtemps de plusieurs scènes hilarantes, dont celles où Cornillac côtoie Élodie Bouchez (qui lui renvoie d'ailleurs bien la balle), mais une séquence en particulier se veut la pierre angulaire de cette comédie déjantée et sans limites. Il s'agit de cette scène où Cornillac révèle à Dujardin qu'il a un problème de pieds avant de lui montrer que ses deux panards ne sont en réalité que deux énormes orteils atrophiés et très très laids, que Dujardin admire et qualifie tour à tour d'éclairs au café ou de nems avant de faire remarquer à Cornillac qu'il ne peut pas porter de tongs et ainsi de suite. Les deux personnages s'esclaffent et rient de leurs malheurs (car Dujardin en profite pour avouer quant à lui qu'il a peur des vagues, ce qui la fout mal pour un pseudo-surfeur), il se marrent comme deux gamins d'un rire extrêmement communicatif, emportant même l'adhésion des plus sceptiques que la danse des pieds de Cornillac n'aura (malheureusement) pas séduits. Cette scène a le don de faire marrer tout le monde, de mon tonton facho à ma tata lezdbo. C'est le point d'orgue mémorable d'un film tellement con et tellement conscient de l'être qu'il attire la sympathie, et qui en outre parvient à être véritablement inventif grâce notamment à un Clovis Cornillac qui échappe aux mots.


Brice de Nice de James Huth avec Jean Dujardin, Clovis Cornillac et Élodie Bouchez (2005)

27 juillet 2011

Liberté-Oléron

Avant de devenir l'adaptateur attitré des romans policiers de Gaston Leroux narrant les aventures de Rouletabille (Le Parfum de la dame en noir et Le Mystère de la chambre jaune), Bruno Podalydès a réalisé deux films plus minimalistes et tendancieusement comiques sur la vanité du français moyen contemporain, invariablement incarné par le frère du réalisateur, le très connu Denis Podalydès, sociétaire de la comédie française, second couteau fatiguant dans une multitude de films depuis quinze ans et récemment imitateur de Nicolas Sarkozy dans La Conquête. Denis Podalydès est le premier rôle inévitable de tous les films de Podalydès Bruno. C'est d'ailleurs grâce à Versailles rive gauche, le premier film réalisé par son frère en 1991, que l'acteur a percé véritablement. Dix ans plus tard, en 2001, les deux frérots, loin des frères Lumière et loin d'être de pures lanternes, remettaient le couvert en duo avec Liberté-Oléron.



Jacques (Denis Podalydès donc), 38 ans, est en vacances à l'Île d'Oléron avec sa femme et ses quatre garçons. Lassé des jeux de plage, le personnage n'a de cesse de ruminer et de marmonner dans sa barbe : "Je me fais chier". Pour tromper son ennui, il décide de tirer un trait sur ses économies en s'achetant le voilier dont il a toujours rêvé afin de rallier l'île d'Aix, distante de cinq kilomètres. Faute de moyens et victime d'un vendeur escroc (interprété par Bruno Podalydès lui-même), Jacques met finalement la main sur un pauvre dériveur lesté dont il est au demeurant très fier et qu'il baptise pompeusement "Liberté-Oléron". Bien que totalement incompétent en voile et ignare en vocabulaire marin, Jacques déclare à sa famille qu'il est le seul maître à bord. S'ensuit une avalanche de déconvenues et d'emmerdes qui pousseront le personnage au bord de la crise de nerf. Le film nous raconte par le menu les vacances typiques d'une famille lambda. Tout y passe : le plus petit qui chiale parce que son père lui a offert un sous-marin téléguidé capable de plonger mais qui ne refait jamais surface. Le plus grand, timoré et transi, tombe amoureux d'une jolie brune logée dans une grande demeure en bord de plage et convoitée par toute une bande de surfeurs débiles. L'épouse (incarnée par une excellente Guilaine Londez, déjà aperçue entre autres dans Le Bonheur est dans le pré), régulièrement bâchée par son mari, décide d'assumer elle aussi ses loisirs et sa passion pour le jardinage avant de tomber sur un paysagiste zélé, charmant, plein aux as mais un peu fêlé et outrancièrement nudiste. Et bien sûr le personnage principal, le père de famille raté, loser invétéré, qui veut jouer les riches alors qu'il n'a pas le sou.



Rapidement installé dans un faux rythme, le film n'est pas une totale réussite. Il pèche même par un certain manque d'efficacité et par quelques lenteurs notoires. Mais on ne retiendra que les bons moments : des instants comiques assez réussis où Podalydès est poussé à bout et gueule sur tout ce qui bouge, insultant franchement ses proches : "Mais qu'elle est con... Mais qu'elle est con !", lance-t-il sans discontinuer à sa femme qui vient de tomber à l'eau. Ce pétage de plomb en règle sort des frontières du comique à la fin du film, où le rire se transforme presque en gêne devant ce père qui en vient aux mains avec ses enfants sur le bateau tombé en rade au large et en pleine nuit. L'Île d'Oléron était le véritable lieu de pèlerinage vacancier de la famille Podalydès, comme on le pressent tout au long du film, et ce portrait vitriolé mais affectueux de la figure du père tangue entre une tonalité nostalgique et une autre plus amère, rappelant d'autres portraits touchants de pères ratés, comme dans Les Convoyeurs attendent de Benoît Mariage avec Benoît Poelvoorde, ou dans l'excellent Mort d'un commis voyageur adapté de la pièce d'Arthur Miller par Volker Schlöndorff en 1985, avec un Dustin Hoffman survolté dans le rôle principal. Entre humour et rancœur, Liberté-Oléron suit sa route sans totalement convaincre mais sans déplaire, grâce à ses quelques moments drôles qui lui redonnent régulièrement de l'intérêt.


Liberté-Oléron de Bruno Podalydès avec Denis Podalydès, Guilaine Londez et Éric Elmosnino (2001)

26 juillet 2011

K2, l'ultime défi

Je vais commencer cette critique en vous avouant un truc peu commun : j'ai un gros faible pour les films de montagne. Je vous fais cette confession sans aucune honte mais j'avoue que je me sens à présent plus léger. Je suis un mordu des films d'alpinisme depuis que, tout gamin, j'ai découvert l'obscur long-métrage intitulé K2 sur Canal +. Faut dire qu'à l'époque, je voulais devenir alpiniste, un rêve sur lequel j'ai dû faire une croix quand, souffrant de vertige et d'abominables maux de crâne, je me suis rendu compte que j'étais incapable de gravir le Pic du Gradail, point culminant du canton d'Alaigne (560 mètres). Mais passons... Je me souviens de ma découverte du film K2 comme si c'était hier. Je devais avoir environ huit balais. C'était un mercredi matin et je profitais de ne pas avoir école pour m'envoyer le film de mon choix. Je m'étais préparé un énorme bol de chocapic en guise de petit-déjeuner, et pour m'accompagner pendant la vision du film. A cette époque, il faut dire que je bouffais des chocapic à chaque repas, d'abord parce que j'adorais ça, mais surtout parce qu'à ce moment-là, dans ma famille, on était un peu ric-rac, alors il n'y avait pas trop le choix... Ah si, je pouvais choisir de n'avoir que du lait, mais comme je disais à mon père pour lui sortir le nez de ses bouteilles à chaque repas : "Quitte à manger, autant ne pas faire que boire"... Enfin bref, revenons au film.


La fameuse montagne s'appelle aussi Mont Godwin-Austen, Chogori ou Dapsang, mais assez curieusement, le film ne se nomme que K2, l'Ultime défi. Peut-être parce que ça claquait plus.

Je débordais donc d'enthousiasme à l'idée de découvrir K2 et je suis littéralement resté scotché face à ce thriller de haute voltige qui retrace l'ascension du deuxième sommet le plus haut du monde, celui réputé comme étant le plus dangereux. Une rumeur transmise de sherpa en sherpa raconte même qu'au pied du K2, un nouveau sommet menaçant de dépasser l'Everest se serait formé à partir de l'accumulation des ossements d'alpinistes disparus ayant tous chuté dans ce qu'on appelait jadis "la fosse aux cons". Une rumeur que je trouve personnellement un peu tirée par les cheveux, mais qui n'a pas manqué de me glacer le sang quand elle est parvenue jusqu'à mes oreilles pour la première fois. Blague à part : j'accuse le peuple sherpa de véhiculer cette légende urbaine terrifiante pour ne plus avoir à se farcir des touristes américains qui se croient chez eux où qu'ils aillent, et pensent pouvoir se payer le premier venu en échange de quelques dollars. Mais ça n'est que mon avis et à cette rumeur d'un goût sinistre, je préfère de loin la blague que deux grimpeurs belges auraient parait-il inventée suite à la mort accidentelle de leur troisième partenaire. Une blague bien connue dans le milieu mais hélas très difficile à retranscrire convenablement à l'écrit. Je vais tout de même m'y risquer. En gros, cela consiste à demander à celui ou celle que l'on veut faire marrer : "Tu connais les derniers mots du premier type qui a tenté d'escalader le K2 ?", l'autre (de préférence quelqu'un qui vous est déjà entièrement acquis - simple conseil amical) étant invité à répondre négativement, on peut ensuite lui déballer la vanne : "En fait, ce type-là essayait d'escalader la face nord du K2 quand son collègue lui a demandé de lui passer la bouteille d'eau, rangée dans son sac à dos. L'autre a répondu : "Tiens attraAAAAAAp !!! ATTRAP', ATTRap', Attrap', attrape', attrap...". L'idée c'est donc de mimer la chute mortelle par un cri flippant ainsi que le terrible écho du malheureux protagoniste de l'histoire. Voilà, c'est une blague qui fonctionne à merveille à l'oral. Là bof, j'avoue ! Bon, trêve de plaisanterie et d'anecdotes en tout genre, revenons au film !


Le pari idiot qui scelle le destin des deux hommes : "le premier en haut a gagné".

Dans ce film, l'ascension du K2 est un objectif que s'oblige à réaliser un duo d'américains un poil orgueilleux, avide de sensations fortes et, surtout, épris d'une seule et même femme. Profitant de leurs vacances communes, ils ont entre eux conclu un drôle de marché : le premier en haut repartira avec le cœur de la donzelle, et tant pis pour l'autre ! Parmi ces deux grimpeurs chevronnés, on retrouve avec plaisir cet acteur trop rare qu'est devenu Michael Biehn, la seule star du film, figure mythique des années 80, et unique personnage à terminer sur ses deux jambes. Le fait que Michael Biehn soit en tête d'affiche ajouté à la maestria affichée par le metteur en scène quand il s'agit de torcher de grandes scènes d'action et faire monter la tension à son paroxysme m'ont amené à échafauder une théorie toute personnelle : l'étrange nom du réalisateur, "Franc Roddam", serait nul autre que le pseudonyme d'un James Cameron pas spécialement gaga de son film (il aurait bien tort d'ailleurs, c'est Avorton qu'il aurait dû signer sous un autre nom !). Et si K2 est bel et bien l’œuvre du dénommé Franc Roddam, alors cet homme-là a beau être un gros inconnu, il est pour toujours dans mon cœur.


Michael Biehn a insisté pour jouer toutes les scènes se déroulant à moins de 2000m d'altitude mais pas au-delà. Au bout du compte, sa doublure apparaît donc plus souvent à l'écran que la star, emmitouflée de la tête au pied pour passer incognito. Une anecdote unique dans l'histoire du cinéma.

K2 est donc pour moi un très fameux souvenir, et il le restera. A vrai dire, j'aimerais beaucoup le revoir, mais il est très difficile à trouver autrement qu'en VHS, et mon magnétoscope a rendu l'âme le 5 septembre 2004. En outre, je suis à peu près sûr qu'une nouvelle vision de ce film le ferait immédiatement descendre du piédestal sur lequel je l'ai installé depuis tout ce temps. Sans doute pour combler ce manque, je me risque assez régulièrement à essayer d'autres films du genre, en espérant un nouveau coup de cœur. C'est dans cette optique que je me suis récemment envoyé Face nord, dont je vous parlerai très prochainement dans le cadre de ces deux articles consacrés à la haute montagne, cette si agréable destination de vacances, réservée aux plus courageux.


K2, l'ultime défi de Franc Roddam avec Michael Biehn, Matt Craven et Annie Grindlay (1992)

25 juillet 2011

Les Dents de la mer

Troisième film de Steven Spielberg, sorti en 1975 et responsable non seulement d'une terrible baisse de fréquentation des plages jusque dans les années 90 mais aussi d'un grand nombre de phobies infantiles, Les Dents de la mer est un des films les plus connus de son auteur et parmi les plus célèbres de l'histoire du cinéma. Qui n'a pas vu ce film ? Même la jeune génération doit au moins en avoir entendu parler. Jaws reste aujourd'hui un efficace nid à frissons et c'est un des rares films qui aura su à ce point originer et entretenir une psychose bien réelle de son monstre star. L'argument est simple : un grand requin blanc, autrement appelé Carcharodon carcharias, espèce considérée comme faisant partie des plus grands poissons prédateurs vivants, rôde aux abords de la plage d'Amity Island.



Une nuit, alors qu'un groupe d'étudiants fait la fête en bord de mer avec l'attirail indispensable de cheveux longs, chansons folk et coïts ensablés, une jeune femme part se baigner nue au large et se fait dévorer par le monstre. Les autorités retrouvent les restes de son corps déchiqueté au petit matin, sans être sûrs de comprendre ce qui a pu causer de tels dégâts sur un être humain, quand bien même les lambeaux de chair qu'ils ont sous la main ne laissent que peu de place au doute. Préférant expliquer l'accident par l'irresponsabilité de la jeune hippie, qui serait allée nager trop près de l'hélice d'un bateau selon leurs analyses, les fédéraux ont tôt fait d'étouffer l'affaire. Mais Martin Brody (Roy Scheider), le shérif local fraîchement installé sur l'île avec son épouse et ses deux garçons, va tout faire pour fermer la plage et interdire la baignade, avec l'appui de Matt Hooper (Richard Dreyfuss), un scientifique en océanographie passionné qui ne laisse planer aucun doute sur la nature du tueur féroce de la jeune fille. Le maire d'Amity Ville (Murray Hamilton) l'entend autrement et compte bien éviter un mouvement de panique qui impliquerait la fuite des touristes et de lourdes pertes économiques pour l'île. En guise de compromis, la plage reste ouverte au public sous la surveillance des gardes-côtes. Quand le grand blanc s'en prend à de nouvelles victimes, un pêcheur puis un enfant, les autorités acceptent finalement d'engager le fier et taciturne Quint (Robert Shaw), chasseur de requin aguerri, ivrogne et borgne, qui réclame 10 000 dollars pour débarrasser l'île de la bête gigantesque. La deuxième partie du film embarque donc à bord du petit bateau de Quint, l'Orca, et accompagne le trio formé par le shérif aquaphobe, le scientifique chevronné et le chasseur intrépide, partis au large à la chasse au requin.


Après le succès de son premier film réalisé pour la télévision puis exporté au cinéma, Duel, où un camion fou s'en prenait à un automobiliste lambda, Spielberg se consacra pour le grand écran à un road movie à la sauce seventies, Sugarland Express, qui, dans la veine des Bonnie and Clyde, Badlands et compagnie, racontait la tragique cavale d'un couple de jeunes paumés à travers la vieille Amérique. Malgré ses grandes qualités le film ne trouva pas son public. Aussi Spielberg décida-t-il de retourner à ce qui avait lancé sa carrière, une sorte de pré-slasher détourné à la sauce catastrophiquo-horrifique, en adaptant le roman de Peter Benchley : Jaws. Le lien qui unit Duel aux Dents de la mer est entériné à la fin du film quand le requin sombre au fond de l'océan dans un bouquet massif de sang comme le lourd et puissant camion du premier film de Spielberg qui plongeait dans un canyon au ralenti, entouré d'un large nuage de poussière. La chute des deux créatures - iconiques et sans justifications, vouées à pousser l'homme dans ses derniers retranchements, l'humain condamné à affronter ses peurs et sa propre mort - est marquée d'un cri de dinosaure strident et métallique qui préfigure peut-être le célèbre Jurassik Parc. Cette fin en apothéose, couronnée par un Roy Scheider vainqueur hurlant de joie, marque cependant l'écart entre le premier film d'auteur du cinéaste, à la fin duquel Dennis Weaver commençait par sauter nerveusement sur lui-même après sa victoire contre le camion diabolique avant de s'asseoir au bord du canyon l'air traumatisé par son épreuve. Roy Scheider quant à lui retrouve Richard Dreyfuss une fois le requin atomisé et les deux hommes rentrent à la nage dans un happy end qui ne leur laisse guère de séquelles morales, Spielberg et le cinéma américain entrant alors dans l'ère triomphale des grands blockbusters. Jaws est aujourd'hui considéré comme le premier du genre, il remporta trois Oscars et battit des records au box office. Le succès du film porta Spielberg aux nues (même si la reconnaissance absolue vint avec E.T.) et lui permit d'avoir la carrière que l'on sait (qui est aujourd'hui en chute libre mais qui nous offrit un grand nombre de pépites). Mais ne boudons pas notre plaisir, tout blockbuster qu'il fut et bien que père d'une déferlante de films plus ou moins misérables, Jaws reste un excellent film, et les ingrédients de sa gloire sont aussi simples que savoureux : un référent connu de tous (la plage, les vacances), une peur partagée, celle des requins, un suspense permanent et croissant, soulevé par cette bête tueuse énorme mais invisible, et des personnages haut en couleurs opposés les uns aux autres mais faisant face dans l'adversité. Spielberg se joue du spectateur avec brio grâce à une mise en scène redoutable, que peu de réalisateurs pourraient revendiquer aujourd'hui, comme lorsque le requin est représenté en vue subjective par la caméra naviguant dans les fonds marins au début du film, accompagné par cette musique inoubliable composée par John Williams, à base de cordes graves haussant le rythme crescendo. Le cinéaste en montre le moins possible, si bien que la terreur reste hors-champ, invisible y compris pour le spectateur qui doit se méfier de ce qu'on lui montre et qui l'apprendra à ses dépens quand la caméra reprend plus tard dans le film sa position subjective pour s'approcher des jambes des baigneurs avant qu'on ne découvre que l'aileron du requin émergeant à la surface est... en plastique, conduit par des enfants farceurs : la musique était absente, le requin aussi. On ne se fera pas avoir deux fois et quand la musique revient, la peur avec.



Lorsque la créature apparaît soudain dans toute sa démesure, vers la fin du film, l'événement n'est que plus terrifiant. Spielberg filme Roy Scheider (qui quelques scènes plus tôt à lâché son fameux "We're gonna need a bigger boat") assis au bord du bateau qui balance de la viande saignante à la mer pour attirer la bête en regardant Quint posté dans la cabine, quand l'énorme requin, appelé par la composition du plan mais néanmoins surprenant, surgit de l'eau dans le dos de l'acteur, gueule grande ouverte sur une rangée de crocs énormes, la bille de son œil noir roulant sur elle-même avant qu'il ne s’immerge aussitôt. Le mannequin du requin est relativement très mal fait par rapport aux effets spéciaux d'aujourd'hui, mais il n'en est pas moins criant de vérité et sa matérialité même lui donne du corps, une présence effrayante que ses traits presque grossiers rendent encore plus saillante. S'il avait pu être réalisé par effets numériques il aurait été de tous les plans et ne nous aurait jamais effrayé de la sorte. Ou comment regretter cette époque où les réalisateurs ne pouvaient pas "tout" montrer et s'en servaient pour mieux suggérer.



J'en veux pour preuve que la scène la plus inquiétante du film est une scène de dialogue, sans la moindre action ni la moindre goutte de sang, aucun cri, aucun requin à l'horizon. Car à l'époque le cinéma populaire à grand spectacle et à effets spéciaux pouvait encore se targuer de créer des personnages et de leur écrire des dialogues. Vers la fin du film, avant que la fière équipée de chasseurs ne prenne pleinement conscience de la puissance de la bête et de l'aspect rancunier de sa personnalité (qui la poussera bientôt à réduire le bateau en miettes et à engloutir l'un de ses passagers), les trois compères se reposent une nuit sur les fauteuils usés de la cabine de l'Orca, autour de quelques bouteilles d'alcool. Ils se montrent les uns les autres leurs diverses cicatrices, petit jeu que Quint remporte haut la main avant de se lancer dans un long monologue pour ensuite expliquer l'histoire de sa plus belle plaie. Le texte, écrit paraît-il par Howard Sackler et John Milius, est excellent et sublimé par le jeu génial de Robert Shaw (auquel les deux autres acteurs, non moins géniaux, répondent par leur mutisme et leurs regards parlants). Le vieux chasseur de requin raconte l'histoire vraie (quelque peu romancée pour les besoins du film) de l'USS Indianapolis et de son naufrage, le plus meurtrier dans toute l'histoire de la marine américaine. Le navire, parti livrer les composantes de la bombe atomique d'Hiroshima à une base américaine dans le pacifique, fut torpillé durant son voyage de retour par un sous-marin japonais et coula en 12 minutes. Sur les 1196 membres d'équipage, 300 sombrèrent avec le navire et 900 hommes durent survivre à l'hypothermie, la déshydratation et surtout aux attaques des requins. Quatre jours plus tard un bateau de patrouille découvrit les survivants : seuls 316 marins sur 900 s'en étaient sortis. Les autres furent en grande partie massacrés par un banc de requins rendu glouton par tant d'agitation et par les premières effusions de sang. Cette histoire est évidemment poignante en soi mais elle l'est doublement racontée par Robert Shaw, avec ses yeux pétillants, sa gueule burinée, son sourire narquois, sa voix rocailleuse et son accent qui roule les "r". Ce long monologue, dit dans un bateau menacé par la nuit et par un requin géant, devient la scène la plus angoissante d'un blockbuster d'action comme on n'en fait plus.


Les Dents de la mer de Steven Spielberg avec Roy Scheider, Richard Dreyfuss, Robert Shaw et Murray Hamilton (1975)

22 juillet 2011

Wrecked

Le plot : un homme (Adrien Brody) se réveille très amoché dans une voiture accidentée, tombée au beau milieu d’une forêt dans une région escarpée (sans doute les Rocheuses). Jambes coincées, sans souvenir de l’accident ni de son identité, cet homme va devoir s’extirper de la bagnole pour avoir une chance de survivre...

127 heures, Buried, Frozen... Il y a un petit paquet de films de ce genre qui sortent en ce moment. Des films dont les scénarios se limitent à un pitch minimaliste, comme autant d’histoires de survies impossibles qui sont à la fois autant de défis que s’imposent des cinéastes qui n’ont pas froid aux yeux. Des films qui, avec leurs scénars très limités, viennent forcément titiller la curiosité des cinéphiles intrépides, dont je crois faire partie puisque j'ai vu les trois longs métrages cités. Dans 127 heures, Danny Boyle nous dépeignait en split-screens la petite semaine d’emmerdes de James Franco, coincé sous un rocher, condamné à boire son pipi et à se manger le bras pour s’en tirer. Dans Frozen, du jeune réalisateur Adam Green, nous nous retrouvions perchés dans le vide, sur un télésiège tombé en panne, en compagnie de trois jeunes individus ayant eu la sale idée de faire du ski et de s’attaquer à une piste noire, à minuit, la veille d’un jour férié ! Deux d’entre eux, les deux mecs, finissaient dévorés par des loups après avoir tenté le grand saut, tandis que la meuf s'en sortait grâce à son gros cul, non sans quelques gerçures. L'an passé, Buried avait fait le buzz grâce à la petitesse du cercueil en bois dans lequel Ryan Reynolds et nous autres spectateurs passions tout le film. A part ça : quelques coups de fil dénonçant l’inefficacité du service-clients Orange, un serpent concupiscent trainant dans le futal de l'acteur, et... c'est tout, à l’ouest, rien de nouveau dans ce thriller très laborieux ! Essential Killing pourrait presque être rapproché de ces films, mais ça serait vraiment ne pas faire hommage à l’œuvre puissante et inspirée de Jerzy Skolimowski !



Ces films donnent souvent l’occasion pour un acteur de se risquer à une prestation difficile et extrême, avec la promesse d’occuper seul l’écran pendant la quasi totalité du long-métrage. C'est tout à fait le cas dans Wrecked et Adrien Brody s’en tire plutôt bien, il n’y a rien à lui reprocher. Après, on pourra toujours passer des heures à débattre autour du "cas Brody", à essayer de comprendre les choix de carrière de cet acteur au profil unique qui n'en fait qu'à sa tête depuis sa consécration précoce grâce à son rôle dans Le Pianiste de Polanski. L’homme doit être un déconneur, il doit aimer les films de genre, pas prise de tête. L'explication doit être aussi simple que ça. Adrien Brody est un peu la version masculine d’Hilary Swank, également consacrée pour sa prestation dans Million Dollar Baby et qui depuis aligne les obscurs thrillers sans le sou, assez peu aidée, il est vrai, par sa tronche de mec. Il est aussi la version soft de Nicolas Cage, les coups d’éclat en moins. En bref, c’est un acteur fascinant.



Mais que dire de Wrecked ? Le film n’est pas si mauvais, c’est même sans doute mieux que Buried, qui avait pourtant eu le bonheur de connaître une sortie en fanfare, en étant globalement salué par la critique et le public. Ici, le réalisateur se tient à son idée et colle à son concept jusqu’au bout avec, il me semble, plus de rigueur que Rodrigo Cortés. On passe véritablement tout le film à la place d’Adrien Brody et le réalisateur met un point d’honneur à respecter le point de vue de son personnage, sans jamais nous montrer davantage ni s’écarter de sa ligne imposée. Grâce à cela, Wrecked se regarde, assez mollement, mais se regarde néanmoins sans faillir. Michael Greenspan parvient à rythmer son film et à répartir les éléments clés de son récit de façon telle que l’on reste devant notre écran à suivre cette petite histoire, avec un brin d’intérêt. L’envie d’en connaître le fin mot est toujours un peu plus forte que celle d’y mettre fin prématurément, mais ça se joue toujours à pas grand chose.



A part ça, on a droit à presque toutes les situations incontournables de ces films de survie. Adrien Brody est ainsi consécutivement amené à manger des fourmis rouges et à se ruer sur une flaque d’eau pour se sustenter, à se raconter des vannes tout seul pour passer le temps, à se faire pipi dessus pour se réchauffer, et surtout, à avoir de sacrées hallucinations qui l'aident ou le ralentissent dans ses efforts. Pas grand-chose de neuf, donc, et le dernier secret du film, lié à l’identité du personnage principal, a le défaut de nous être dévoilé de façon assez grossière via un flash-back final un peu facile. Mais malgré cette dernière fausse note et sa vacuité globale, Wrecked n’est pas la daube tant redoutée. J'éprouve de la sympathie pour Brody.


Wrecked de Michael Greenspan avec Adrien Brody (2011)

20 juillet 2011

The Human Centipede

Vous en avez peut-être entendu parler : la BBFC (Commission de classification des films britanniques) a refusé d'attribuer un visa d'exploitation à The Human Centipede 2, la suite de The Human Centipede 1 où un savant fou machiavélique enlevait trois personnes pour les coudre les unes aux autres, bouche contre anus, afin de créer un mille-pattes humain. La commission a condamné le deuxième volet de cette nouvelle franchise du cinéma d'horreur pour sa façon de traiter les victimes du film comme "des objets destinés à être brutalisés, dégradés et mutilés pour amuser et exciter le personnage principal et pour le plaisir des spectateurs". Tom Six, le réalisateur néerlandais des deux films, s'est bien entendu élevé contre cette décision et s'est offusqué que le communiqué de la BBFC en dise trop sur le contenu de son film, n'ayant pas conscience de dévoiler lui-même la maigreur des pathétiques enjeux de son bébé en disant cela. Le réalisateur peut d'ailleurs s'en vouloir car il a lui aussi gâché les effets de son film en déclarant fièrement : "C'est le film le plus malsain de tous les temps". On aura donc bien cerné l'ambition du valeureux Tom Six et toute la brillance de son projet. Ce type de déclaration en ajoute à la curiosité que le réalisateur tente par tous les moyens de susciter chez le spectateur, histoire d'attirer un peu plus les foules. La censure proclamée au Royaume-Uni fera certainement les choux gras de The Human Centipede 2 et doit donc réjouir Tom Six. En attendant de ne pas voir ce film, j'ai "vu" le premier volet de ce qui semble devoir être une série, un mille-patte cinématographique hideux voué à s'auto-engendrer par voie anale.



Comme beaucoup d'autres sans doute j'ai parcouru ce film, sans le son, en glissant d'un bout à l'autre pour m'arrêter sur quelques séquences qui semblaient symptomatiques du tout (celle de l'arrivée des deux cagoles dans la maison du taré, l'opération à cul ouvert, la séance de défécation de corps en corps dans le jardin avec le scientifique nazifiant et squelettique qui hurle : "Mange la merde du chinois, salope !", et puis la fin en accéléré). Ça m'a eu l'air pile poil aussi pourri que je me l'imaginais. J'estime d'ailleurs l'avoir vu. Et comme à peu près tout le monde je considère que c'est une merde. Je vois déjà grimper la réprimande dans le ciboulot de certains fans belliqueux : "Tu parles mais tu ne l'as même pas vu !". Non. Mais ce film n'est pas fait pour être vu. Il existe pour qu'on parle de lui, pour faire le buzz, pour être éventuellement parcouru en accéléré et surtout pour rapporter du fric à ceux qui l'ont fait sur le dos de la curiosité mal placée des voyeurs que nous sommes. Donc je suis pile dans les clous. Et je peux juger ce film qui est grotesque, stupide, nul, famélique, pipi-caca, et qui pue franchement. Il n'y a aucun intérêt à regarder ça, même pour le défi ou par curiosité. On peut se demander à quel stade de pathologie mentale se trouve le réalisateur pour avoir ne serait-ce que l'envie ou la patience de tourner une daube pareille. Si je parle en ces termes de Tom Six c'est parce qu'il semble prendre son pied autant que le scientifique de son film à regarder ces deux femmes forcées à manger la merde d'un homme à grand renfort d'insultes sexistes... S'il se veut - ou se croit - "malsain", Tom Six est surtout malin puisque tout le monde a causé de son navet, moi compris, qui a dû rapporter gros par rapport à ce qu'il a coûté. Épargnez votre précieux temps, y'a rien à voir.


The Human Centipede de Tom Six avec un centipède humain (2009)

18 juillet 2011

The Troll Hunter

Étrange film et, plus largement, étrange état du cinéma de genre nordique... J’ai récemment vu The Troll Hunter d'André Øvredal et Rare Export de Jalmari Helander : le premier nous arrive tout droit de Norvège et le second, de Finlande. Cela m’a amené à établir un drôle de constat. Ces deux films, similaires sur bien des points, ont fait parler d’eux sur la Toile bien avant leurs sorties en salles, et je parie que The Troll Hunter, en particulier, n’a pas fini de faire causer. Il s’agit en effet d’un film assez plaisant, divertissant, et je suis sûr qu’il continuera à séduire bon nombre de spectateurs, et ce, sûrement un peu au-delà du cercle des amateurs de cinéma fantastique ou d’horreur. The Troll Hunter (Trolljegeren en VO, réintitulé ainsi pour être encore plus accessible) se présente comme un film "à la Projet Blair Witch", c'est-à-dire un documenteur où l’on suit une petite et très jeune équipe de tournage bien décidée à mettre en boîte le premier film sur le quotidien d’un chasseur de trolls aguerri.



Hé oui, car les trolls, ces géants originellement issus du folklore scandinave, existent bel et bien ; et un homme, dirigé par une très obscure organisation tenue secrète par le gouvernement norvégien, a pour métier de les éliminer quand ils s’aventurent un peu trop près des habitations humaines. La méthode pour exterminer ces trolls, mais aussi leurs particularités physiques, leurs habitudes, pour faire bref, toute la mythologie liée aux trolls, nous est progressivement présentée, et c’est là l’un des aspects les plus sympathiques du film. A l’image de Rare Exports : A Christmas Tale (dans son titre intégral) qui revisite le mythe du Père Noël en faisant de lui tout autre chose qu'un vieillard gentil et bedonnant, The Troll Hunter remet au goût du jour le folklore nordique, d’une façon plutôt intelligente et efficace, puisque ces films nous font voir ces mythes sous un angle nouveau : ils les modernisent tout en revenant à leurs racines. Les trolls de ce film n’ont ainsi rien à voir avec ceux des œuvres de Tolkien croisées au cinéma dans Le Seigneur des Anneaux, il s’agit des trolls ancestraux de la mythologie nordique, vivant dans les forêts ou les grottes des montagnes, capables de mesurer des dizaines de mètres, empestant la salpêtre et suintant du cul, etc.



On est ainsi en présence de deux films à la fois très américains, dans leurs influences et leurs formes, mais qui se veulent paradoxalement très ancrés dans leurs folklores nordiques, la première chose venant systématiquement parasiter la seconde, qui est toujours la plus réussie et intéressante. The Troll Hunter se regarde aisément, c'est même pas mal. Mais alors... Cette caméra subjective, portée au poing, ça devient d’un chiant... Ce qu’il y a de plus regrettable, c’est que le film soit emballé dans des apparats de faux documentaires se voulant crédible alors qu’à côté de ça, on fait complètement fi de la cohérence du montage et de la mise en scène. Si un film comme Cloverfield s'essaie, et échoue lamentablement, à cet exercice, The Troll Hunter est quant à lui une sorte de bras d’honneur constant adressé à cette crédibilité, traînée dans la boue à chaque instant. Bon, évidemment, ça n’est pas là l’essentiel, que ça tienne debout ou pas, on s’en fiche pas mal, mais tout de même : pourquoi insister sur la pseudo-véracité du film alors qu'il est d’un manque de crédibilité formelle flagrant à chaque seconde ? J’avoue donc m’être posé cette question, mais je précise néanmoins que le côté faux-documentaire sert le plus souvent un effet comique qui excuse un brin cette maladresse.



Ces deux films sont en effet ouvertement comiques, ce qui n'est point désagréable et amène un peu d'air frais. Ils ont aussi l'avantage de nous conter les aventures de personnages plutôt attachants, chose infiniment rare pour le genre. Quand Rare Exports met en scène les personnages attendrissants d’un gamin bien décidé à percer le mystère du Père Noël et d’une bande de paysans gaffeurs et peureux ; The Troll Hunter nous dépeint le portrait intéressant d’un homme investi corps et âme dans sa tache, littéralement rongé par son travail, et qui se définit par celui-ci : chasseur de trolls. Et surtout, malgré leurs défauts, ces films nous proposent tout de même quelques images assez marquantes. Ainsi, on se souviendra facilement de l’allure du Père Noël de Rare Exports, qu’il ne faut certainement pas montrer aux plus jeunes, à moins de vouloir la paix pendant les fins d’années. On gardera encore plus longtemps en tête la dernière traque d’un troll géant enragé dans The Troll Hunter. Je ne sais pas combien le film a coûté ni rien, mais cela m’étonnerait que son budget soit comparable aux productions américaines les mieux loties, et pourtant, les effets spéciaux sont ici extrêmement réussis, bien meilleurs que dans la plupart des blockbusters hollywoodiens, ils méritent d'être salués. Le film trouve grâce à eux un certain pouvoir de séduction, voire même d’émerveillement, chose également devenue fort rare devant des effets spéciaux numériques. Les trolls de The Troll Hunter ont de la gueule. C’est indéniable. Et on pourra également se rappeler de ce moment assez remarquable où l’on assiste à la calcification d’un troll, qui se transforme donc soudainement en une statue rocheuse lorsque le chasseur projette sur lui des ultra-violets. Dans un autre genre, loin des fonds verts et des effets numériques : les paysages enneigés de Norvège ne sont pas en reste et ils participent également à donner une identité visuelle plutôt sympathique à ce film.



Rare Export et The Troll Hunter sont donc deux films plutôt originaux malgré leurs volontés dommageables de s’américaniser pour sans doute essayer de plaire au plus grand nombre. Tous deux tournent en dérision le genre horrifique et jouent avec ses codes, rappelant parfois le cinéma de Joe Dante. Ils font ça sans trop forcer le trait, pour ne jamais risquer de tomber dans la parodie. Pour toutes les raisons énoncées dans mon article, ces deux films suscitent facilement la curiosité. Mais s’il peut plus facilement plaire, The Troll Hunter peut aussi agacer, notamment à cause du fait regrettable qu’il soit tourné à la façon de Cloverfield. Avec plus de recul et en voyant les choses sous un angle plus négatif, on peut aussi se dire que ces deux films ne valent pas grand chose et qu'ils sont avant tout des sortes de publicités indignes pour leurs pays, des œuvres bâtardes bien décidées à ménager et à satisfaire un public habitué aux crétineries venues d'Hollywood.


The Troll Hunter d'André Øvredal avec Otto Jespersen, Hans Morten Hansen et Tomas Alf Larsen (2011)

15 juillet 2011

L'Étrange affaire Angelica

Dès l'ouverture de L’Étrange affaire Angelica s'installe l'impression de découvrir la suite, ou une variante, de Singularités d'une jeune fille blonde, le précédent film de Manoel de Oliveira. Le premier plan montre un taxi qui s'arrête en pleine nuit dans une rue battue par la pluie, au pied d'une maison à deux étages dont le rez-de-chaussée porte l'enseigne d'une boutique de photographe. Un homme descend du taxi et sonne à la porte. A l'étage la lumière s'allume, une femme ouvre sa fenêtre, et se penche à son balcon. L'homme cherche un photographe de toute urgence. L'époux de la femme au balcon et gérant de la boutique est absent, mais d'après les dires d'un passant improbable (le ressort narratif est invraisemblable mais amené avec une simplicité telle qu'on l'accepte sans y penser), un autre photographe serait disponible, nouveau venu dans la ville, nommé Isaac.




A ce premier plan-séquence et à cette femme au balcon succèdent le deuxième plan du film et un jeune homme travaillant à la table de son étroite chambre devant l'ouverture d'une fenêtre. Nous reconnaissons Ricardo Trepa, le petit-fils de Manoel de Oliveira, qui incarnait déjà le personnage principal de Singularités d'une jeune fille blonde, où il était aussi attablé devant la fenêtre de sa chambre pour observer en vis-à-vis, fasciné, une mystérieuse blonde paraissant à sa fenêtre. Dans L'Étrange affaire Angelica aucune façade ne fait plus face à la demeure du jeune homme, l'horizon est désormais complètement dégagé sur un vaste paysage. La fascination passera ici par une autre femme (d'ailleurs assez ressemblante), prisonnière d'un autre cadre. Le jeune photographe est en effet appelé à se rendre d'urgence au château d'une famille puissante pour immortaliser la belle Angelica (Pilar Lopez de Ayala), splendide jeune fille blonde décédée dans la fleur de l'âge, juste après son mariage, circonstances tragiques qui ne font qu'ajouter au drame intolérable de sa mort. Pire encore, on entendra plus tard dans le film que la jeune femme était enceinte, commérages semblables aux élucubrations générées aujourd'hui encore par le mystère de la figure souriante de la Joconde. C'est un sourire pareillement insondable qu'affiche la jeune défunte quand le photographe Isaac vient l'immortaliser. Allongée sur un fauteuil dans sa robe de mariée, les mains jointes sur le ventre, elle affiche un air angélique. Entouré par les membres de la famille endeuillés et impatients, Isaac se hâte de faire les clichés demandés quand soudain, dans l'objectif de son appareil, la jeune morte se réveille, ouvre les yeux et lui sourit béatement, d'un sourire plus franc encore que lorsqu'elle demeurait inanimée, laissant rayonner toute sa beauté la plus vive. Personne autour d'Isaac n'a partagé sa vision, et dès qu'il quitte l’œilleton de son appareil photographique pour constater de ses propres yeux ce qui vient de le bouleverser, il retrouve une Angelica sans vie. Le jeune homme, totalement ébranlé, achève sa tâche à la hâte et fuit le château. A partir de cet instant il sera comme ensorcelé par l'image de cette jeune femme, puis par son fantôme.




Disons-le, lorsque Angelica ouvre les yeux, éphémère résurrection, la surprise n'est pas aussi grande qu'on pouvait l'attendre. Le plan est rapide, l'événement soudain, aussi n'a-t-on pas le sentiment d'une chose impossible, que pouvait par exemple provoquer la lente apparition du fantôme de l'épouse à la table de son mari au début d'Oncle Boonmee, fantôme qui se révélait tardivement à notre regard inattentif telle une présence d'abord indiscernable venue s'immiscer dans une durée confortable. Il y a fort à parier pour que la relative absence de surprise provoquée par l'éveil d'Angelica, et par conséquent son déficit de puissance dans l'avènement, soient en partie dus à notre connaissance de l'histoire - voire de la scène - préalable à la découverte du film (un argument de plus en faveur de l'ignorance absolue qu'il faudrait préserver et cultiver coûte que coûte avant de découvrir une œuvre quelle qu'elle soit, car je suis convaincu que cette scène aurait eu un effet plus considérable sur un spectateur moins au fait de la trame du film). On peut donc être déçu par le manque d'impact de cet instant crucial où la jeune femme s'anime, bien que la séquence soit admirablement composée, dans un film immédiatement placé sous le sceau de la grâce. Peu de temps après son retour chez lui, le jeune homme développe les photographies d'Angelica et les scrute dans des séquences qui convoquent inévitablement le Blow Up d'Antonioni, car les deux films sont portés par la même intelligence géniale, cependant qu'à la froide théorie et à la scène de crime d'Antonioni succèdent la poésie et le réveil de la morte amoureuse d'Oliveira.




Mais alors qu'il passe tous les clichés en revue l'un après l'autre, s'arrêtant pour observer la fameuse image en gros plan fraîchement développée et prise juste après l'éveil fascinant d'Angelica, se reproduit tout à coup l'improbable résurrection : Angelica s'anime sur le papier glacé, semble regarder le photographe et lui sourit à nouveau avec tendresse. Le plan est très bref, interrompu par un contrechamp qui nous montre Isaac paniqué, reculant soudain comme devant une apparition terrifiante, littéralement stupéfait. Comme la première fois, l'effet de surprise (et donc le magique) de ce réveil d'entre les morts n'opère pas sur le spectateur aussi violemment que ce dernier aurait pu le croire ou l'espérer. La scène est néanmoins extrêmement belle et déjà inoubliable. Oliveira décompose ici pour nous la matière même du cinéma : une suite de photogrammes arrêtés que leur juxtaposition enchaînée anime et qui donnent dès lors le sentiment de la vie. Il n'y a de fait que dans l'objectif de l'appareil d'Isaac, puis sur le photogramme qui en est tiré et qui se voit transformé en objet filmique par l'enregistrement dans la durée qu'en fait la caméra du cinéaste, que la défunte puisse s'animer, revivre. La photographie, événement arrêté, mort instantanée, retrouve une dimension temporelle quand elle est filmée par la caméra d'Oliveira et retrouve donc la vie. De là, cette renaissance subite, dès lors évidente. Comme nous l'a déjà rappelé Apichatpong Weerasethakul dans son dernier film, le cinéma est ce lieu des morts qui ne nous quittent jamais tout à fait. La photographie conserve et suspend un instantané de l'existence, le cinéma enregistre la vie et son inscription dans le temps. De sorte que c'est pratiquement le film lui-même qui, en filmant la photographie d'Angelica, image fixe, et en lui donnant l'accès à une durée, la force à s'animer. Toutefois, et sans doute pour les mêmes raisons, ce nouvel éveil du visage de la morte survient sans beaucoup plus de surprise que le premier.




En revanche, et c'est là que s'exprime à nouveau l'immense talent de Manoel de Oliveira, un nouveau contrechamp filmé depuis le balcon succède au recul effaré du héros, en plan large sur la face intérieure de la chambre dans le second plan de laquelle apparaît l'hôtesse du photographe, Justina, qui lui rend visite. Tout en haut du cadre, au premier plan mais à bonne distance de la caméra, se logent face à nous les photographies de la morte accrochées à un fil métallique. L'une d'elles, balancée par la brise qui pénètre dans la chambre par l'ouverture du balcon, est vaguement mise en avant par un effet de brillance, reflet d'une lumière venue de l'extérieur, dans notre dos, comme produite par le projecteur derrière nous, celui qui anime les images que nous regardons (à condition de voir le film au cinéma). Il s'agit précisément de la photographie du visage d'Angelica, qui vient de s'animer deux plans plus tôt. Or notre regard n'a de cesse de se porter sur elle, délaissant les personnages, Isaac et Justina causant d'affaires et d'autres, pour s'assurer de ne pas rater un éventuel et peu probable nouvel éveil, guettant le moindre mouvement du visage photographié d'Angelica dans l'espoir d'un nouveau sourire. C'est là, contre toute attente, que le cinéaste nous saisit véritablement. Ce plan se veut finalement bien plus percutant que l'événement résurrectionnel en lui-même. Et par miracle, nous voilà soudain médusés non par l'événement filmé à deux reprises en gros plan mais par un détail de l'image dans un plan large apparemment anodin, absolument non-événementiel, détail vers lequel Oliveira a le don de nous diriger. Le cinéaste nous plonge exactement dans la situation de son personnage et nous fait ressentir l'émotion qui est au cœur de son film tandis que nous quêtons un nouvel éveil de la trépassée : ce sentiment étrange et terrifiant qui s'empare de nous lorsque nous regardons le visage d'un mort que l'on croirait endormi et sur le point de s'éveiller. On a dans ces cas-là l'impression chevillée au corps de voir le mort respirer paisiblement, et parfois sommes-nous convaincus, un bref instant, de l'avoir bel et bien vu bouger... Oliveira aborde ce sentiment avec une délicatesse et une maîtrise incroyables, comme lorsque, plus tard dans le film, il symbolise en la littéralisant cette troublante sensation qu'ont les vivants hantés par la mort d'un proche d'être observés ou visités par son fantôme, présence qui échappe pourtant aux sens et à la raison dès que l'on tente de la surprendre.




Le traitement que fait le cinéaste portugais de son beau sujet, la douce folie des vivants hantés jusqu'à leur propre fin par l'esprit des morts, fait parfois penser à certains contes de Maupassant. Le film est en réalité d'une richesse inouïe, nourri par tout un réseau de références et d'influences, sans pour autant se vouloir péniblement référentiel : nous sommes dans du pur Oliveira, quand bien même le film rappelle un certain nombre d'œuvres cinématographiques, picturales ou littéraires que l'auteur s'est gaiement appropriées. L’œuvre semble puiser ça et là dans la mémoire, la culture, l'expérience et le génie d'un cinéaste de 102 ans au faîte de son talent, dont la maîtrise incroyable n'a d'égale qu'une immense liberté, commune à quelques uns de ce artistes qui atteignent à la fin de leur vie et de leur art une forme de plénitude de l’expression. On peut penser à Ophuls, Rohmer, ou Mizoguchi. Ou par exemple à Hitchcock, qui tourna ses plus beaux films à la fin de sa vie, notamment quand Oliveira semble partager son goût des couleurs, lesquelles en passent par l'art de la lumière via un éclairage subtil, mais aussi et surtout son goût des lieux, de la composition scénique, sa science du placement (de la caméra, donc du spectateur), bref ce sens étonnant de la géographie. La chambre du photographe, filmée depuis la fenêtre vers l'intérieur, ou inversement, vers le fleuve et les champs face à l'appartement d'Isaac, possède sa logique propre de vectorisation de l'espace. Le fil métallique auquel sont suspendues les photographies d'Angelica, qui tinte avec force vibrations quand le photographe en décroche un cliché comme pour sonner les cloches des morts et ramener la jeune femme des cieux vers la terre, sert de frontière dans cet espace. Frontière verticale donc mais aussi horizontale, que le personnage doit passer pour voir s'éveiller la jeune femme ou pour rejoindre son esprit matérialisé sur le balcon, d'où ils s'envoleront à deux reprises.




C'est cette ultime frontière que passe Isaac à la fin du film (je vais ici dévoiler la fin du film), lorsqu'il meurt d'amour, appelé par Angelica à la rejoindre dans une très belle scène où la mort est un vœu exaucé, une pénible joie. Le fantôme de la jeune femme est lui-même passé de l'autre côté de la ligne pour venir chercher son amant parmi les vivants, flottant au-dessus d'Isaac à une hauteur presque accessible avant de reparaître au balcon pour appeler le jeune homme d'un geste des mains. Le corps terrestre d'Isaac, après avoir repoussé le médecin, dernier des terriens trop terre-à-terre qui l'entourent, s'écroule à l'instant où il outre-passe ledit fil et son esprit peut dès lors rejoindre Angelica et s'envoler avec elle par la porte du balcon devenue celle de la mort. L'hôtesse en referme finalement les volets afin de faire le noir et de clore le film, symbole funeste que nous refusons de prendre pour le testament de son auteur. Avec une telle conclusion à un film sur le regard, on pense au dernier long métrage du cinéaste portugais Joao César Monteiro, Va et vient, et à son plan final sur l'œil de son auteur, grand ouvert et contenant en son sein toute la lumière du monde. Le rappel est d'ailleurs relativement manifeste puisque Manoel de Oliveira n'a de cesse, dans ses deux derniers films, comme Monteiro dans le sien, de composer son cadre en creusant le milieu de l'image par un renfoncement tout en profondeur de champ, vers un encadrement centripète à forte valeur métaphysique qui replace le centre de l'existence en soi mais aussi dans un cadre pictural, ou purement cinématographique. Le titre du dernier Monteiro pourrait d'ailleurs s'appliquer au récit de L'Étrange affaire Angelica puisque le personnage n'a de cesse d'aller et venir depuis le monde terrestre vers celui des morts. "Cinéma, art de l'espace" écrivait Éric Rohmer à propos du Faust de Murnau, et c'est bien de cet art dont il est question ici. La chambre n'est un huis-clos qu'à la toute dernière image du film. Avant cette fermeture conclusive elle est au contraire un lieu perpétuellement ouvert sur l'extérieur. Par un découpage géographique d'une grande efficacité, c'est en observant ce paysage alentour à la jumelle dans une dialectique rappelant Fenêtre sur cour qu'Isaac aperçoit des travailleurs bêchant une vigne à la pioche au-delà d'un cours d'eau.




Isaac décide d'aller photographier ces travailleurs chantant qu'il aperçoit de l'autre côté du fleuve. Ce qui le passionne c'est leur manière de travailler, à l'ancienne, sans machines, comme des figures surgies du passé, affichant un drôle d'air, et qui de loin en loin nous évoquent peut-être les ouvriers de L'Avenue de Paul Gadenne ou les pâtres de L'Ensorcelée de Barbey d'Aurevilly. Ces apparitions archaïques permettent un nouvel écho au grand tableau du Vinci auquel nous renvoie le film via la composition encadrée de la fenêtre où apparaît la souriante Angelica, avec derrière elle un paysage désert coupé par un cours d'eau lui-même enjambé par un pont, lequel mène d'une époque à l'autre, car la question du temps est bel et bien au cœur du film. Après chaque nuit passée à rêver d'Angelica, Isaac entend le vrombissement de lourds camions qui défilent dans la rue au pied de sa chambre et qui sont conduits par d'autres travailleurs, plus contemporains sans doute. Ces bruits sourds et récurrents le ramènent à un présent moins anachronique. De part et d'autre de la rivière, deux espace-temps différents, deux paysages incohérents, séparés par ce cours d'eau, ou du temps, au-dessus duquel le fantôme de la bien nommée Angelica, gracieux et léger, emporte Isaac dans un vol par-delà les exigences du temps terrestre. Regagnant sa chambre après être allé photographier au plus près ces étranges travailleurs, Isaac développe les clichés et les suspend au fil métallique qui divise sa chambre en deux pour les faire sécher, disposés aléatoirement entre ceux d'Angelica. Oliveira réalise alors un plan sublime : un travelling latéral de la gauche vers la droite sur cette suite d'images à priori discordantes, alternant entre la figure morte d'Angelica et les travailleurs bêchant à la pioche. Les images de ces corps labourant, pris en plein mouvement, puissamment vivants, s'opposent ainsi à la mort immobile et tranquille, tout sourire, d'Angelica. Les travailleurs travaillent à leur propre fin, chantant impassiblement une inquiétante litanie. Ils semblent creuser leur propre mort. Leurs visages tirés par l'effort, dents apparentes, et les doubles pointes courbes de leurs pioches levées dans les airs puis enfoncées dans la terre en font une évidente allégorie de la Grande Faucheuse s'immisçant entre les portraits de la morte. Ce travelling est le substrat littéral d'un montage cinématographique en même temps qu'il est une représentation métaphorique de la pellicule elle-même et de son pouvoir d'incarnation et de juxtaposition. C'est une suite de photogrammes, mis côte à côte et bout à bout, enchaînés les uns aux autres par le mouvement, qui ainsi enchaînés font une scène, un cruel montage alterné, un film en soi, où la mort est au travail.




Si ce plan est extraordinaire, une autre scène, déjà rapidement évoquée, s'avère peut-être plus fabuleuse encore, c'est la première apparition du fantôme d'Angelica sur le balcon d'Isaac. L'effet spécial est rudimentaire. Angelica est incrustée dans l'image, en noir et blanc, entourée d'un halo bleuté. Oliveira nous rappelle alors La Fille de l'eau de Renoir, mais aussi Cocteau. Comme lui, comme Weerasethakul l'année dernière et quelques autres, Oliveira reste émerveillé par ce qui constitue l'essence de son art, par ce que le cinéma donne à voir sur un écran : des apparitions. A 102 ans le cinéaste est encore et toujours fasciné par ce qui apparente son art à la magie. Depuis Cocteau ou Méliès le cinéma n'a donc rien perdu de sa force, et sa puissance demeure intacte y compris dans sa simplicité première, tel que le pratiquaient les cinéastes des débuts. Les progrès techniques des effets spéciaux n'ont rien à voir dans cette affaire, seule la simplicité de la mise en scène et la croyance absolue du cinéaste dans son art permettent à cette magie d'exister. C'est aussi ça que l'on peut entendre dans la séquence où les trois scientifiques logés par l'hôtesse qui accueille Isaac discutent d'un ton pédant et détaché de la matière et de l'anti-matière qui, lorsqu'elles se rencontrent, produisent une énergie. Ces trois personnages toisent avec mépris le lunatique Isaac, lequel les écoute en observant le monde par la fenêtre et ne retient de leurs logorrhées que quelques mots qui le ramènent inévitablement à son obsession pour Angelica. Ils le dévisagent comme s'ils avaient affaire à un fou alors qu'il vit précisément ce dont ils parlent sans en avoir fait l'expérience. Alors qu'ils débattent platement de ce vaste sujet qui les dépasse, nous pouvons entendre, au fil du dialogue, cette réplique : "Ça n'a rien d'un spectacle hollywoodien". En effet, le spectacle de l'univers est beaucoup plus simple et néanmoins magnifique, car, comme ils le précisent : "la lumière des étoiles que nous voyons nous parvient 500 000 ans après leur disparition". C'est de cette lumière qu'est entourée Angelica, elle en est toute constituée, qui rayonne par-delà sa disparition. Angelica est faite de cette lumière lunaire dont Cocteau disait qu'elle est l'encre du cinéma. Quand Isaac rejoint Angelica sur le balcon, à peine a-t-il passé la ligne qui sépare les deux mondes que le voilà paré de la même anti-matière fantomatique.




Ils s'envolent et Oliveira réalise une séquence qui a tout du ridicule et qui pourtant nage dans le sublime absolu. Les deux amants volent par-dessus la ville, les champs, les cours d'eau, enlacés amoureusement, blottis l'un contre l'autre, souriant naïvement, couchés à l'horizontale au-dessus du monde. L'effet spécial remonte aux origines du cinéma et pourtant la scène est d'une vigueur, d'une fraîcheur, d'une beauté insondable et totalement euphorisante. Oliveira reprend avec une liberté et une virtuosité qui frôlent l'inconcevable la scène de vol galant de Superman et la conjugue à la danse aquatique purement cinématographique des amants nus (Johnny Weissmuller et Maureen O'Sullivan) de Tarzan and his mate, ainsi qu'à la rêverie amoureuse et érotique de L'Atalante de Vigo, dans une séquence qui, en termes de poésie, de simplicité et d'émotion, va au-delà de tout ce que l'on pouvait espérer. Quand Isaac se réveille, la chambre est sombre, et au centre du tableau formé par cette camera obscura se détachent, en contre-jour, dans l'encadrement de la fenêtre illuminée par la lune, les photographies d'Angelica suspendues en l'air et penchées à l'oblique, toujours déjà en plein vol. Cette scène est un joyau qui, entourée de tant d'autres images magiques, fait du film d'Oliveira un pur et simple enchantement et de toute évidence l'un des plus grands films de ces dernières années.


L’Étrange affaire Angelica de Manoel de Oliveira avec Ricardo Trepa et Pilar Lopez de Ayala (2011)