30 juin 2011

X-Men

En l'an 2000 sortait sur nos écrans le tsunami X-Men. Depuis, la saga a fait florès et compte pas moins de 4 films, sans compter les spin-offs passés ou à venir sur Wolverine et consorts. Mais je vous en ai déjà longuement parlé précédemment à l'occasion de la sortie récente de X-Men Le Commencement, inutile de remuer le couteau dans la plaie. En revanche il est temps de revenir sur le point de départ d'une épidémie. En 2000 j'avais 14 ans, j'étais ultra con, et il m'arrivait de feuilleter un ou deux comics entre deux bouchages de chiottes (ces trucs-là se lisent aux cabinets). Mon père est resté fasciné que de si grosses torpilles puissent sortir d'un si petit corps, il en a même gardé certaines. Comment conserver de la merde ? C'est la question que vous vous posez tous en ce moment. En ce qui concerne X-Men c'est très facile il suffit de garder le dvd. Retour au film qui en 2000 a secoué la planète ciné. Depuis dix ans maintenant, on ne bouffe plus que du film de super-héros et ça participe de l'abrutissement ambiant par le divertissement ricain clairement destiné aux adolescents attardés. Je vous replace dans le contexte de ces comic books incontournables : il existerait des mutants. En voila un qui passe à travers les murs, un autre qui est obligé de porter des Ray-Ban sous peine de faire cuire son appart, tel autre qui chie des roses, une telle qui fait tomber la pluie, quid ce celui qui peut se geler ses propres couilles... Et laquelle est-ce qui est condamnée à garder ses mains dans ses poches ? Et puis il y en a un, le roi des cons, qui s'appelle Magnéto. C'est le chef des méchants, méchants qui combattent les gentils. Parmi les gentils, le plus fameux reste Wolverine, qui n'a jamais besoin de fourchettes, véritable ustensile humain à barbecue. Mais revenons sur mon préféré, Serge Magnéto, disque dur vivant renfermant toutes les archives audiovisuelles du monde depuis la nuit des temps. A côté de lui le site web de l'INA c'est du pipi de chat. Le mutant ayant C'est pas sorcier, Va savoir et Il était une fois la vie dans sa base de données, il est bien-sûr d'une grande intelligence. Osons le dire, Ian McKellen est à Singer ce que De Niro est à Scorsese. Il est tellement habité par le rôle qu'il se balade dans sa tenue de Magnéto sur les chars de toutes les gay-parades du monde.


On se rappellera longtemps du costume à la gouache de Rebecca Romijn-Stamos, même si perso j'aurais préféré voir John Stamos dans le même appareil, j'en suis gaga

N'y allons pas par quatre chemins, j'ai toujours trouvé ces films de super-héros ultra cons. Certes X-Men et les films dans son genre sont autant d'allégories du Bien et du Mal, avec message de tolérance à la clé et réflexion métaphysique sur la notion de responsabilité et de justice. N'empêche qu'à l'image on a une bande de cons en costumes trois pièces qui se frappent les uns sur les autres jusqu'à ce que l'un dise : "Pouce, on reprendra notre baston dans la suite", ou alors : "Ok tu m'as foutu la rouste mais t'auras affaire à mon fils dans le numéro 2". C'est débile à souhait mais faut avouer qu'on se laisse facilement prendre au jeu, en tout cas quand le réalisateur fait son travail honnêtement comme c'est tout de même le cas ici avec notre ami Bryan. A partir du moment où on n'est pas totalement réfractaire au film de super-héros en lançant le film, on peut facilement aller au bout grâce à des personnages moins creux que de coutume, une mise en scène sobrement efficace et un résultat global qui n'est pas bâclé et qui du coup se laisse mater. X-Men premier du nom a le bon goût de ne pas trop se prendre au sérieux tout en évitant miraculeusement le ridicule des costumes ou des chorégraphies de combat qui enterrent le genre. Sans être géant, le film se défend dans une catégorie qui a tendance à sentir la mort.


Matez un peu ce que la mutation peut engendrer, ce type est capable de former un rectangle avec ses doigts

Pour finir, quelques mots sur Bryan Singer, ce golden-boy rendu célèbre par son breaktrough Usual Suspects, avec son twist final de malade mental qui nous révélait que Kevin Spacey avait habilement fait semblant de boiter pendant tout le film, et n'était pas réellement victime d'un pied-bot. Cet ex-futur Spielberg s'est très vite révélé être un élève pas très doué puisque son meilleur niveau a été atteint avec X-Men. Question à dix mille euros : citez-moi le titre de son dernier film (sans quitter cette page web, juste de tête).


X-Men de Bryan Singer avec Hugh Jackman, Halle Berry et Ian McKellen (2000)

28 juin 2011

Un Élève doué

Après le succès faramineux d'Usual Suspects, Bryan Singer était comme qui dirait attendu au tournant. Ne voulant pas s'enfermer dans un genre ou se voir accoler trop rapidement l'étiquette de fossoyeur du film "néo-noir", Bryan Singer décida d'abord de ne jamais engager un acteur de couleur et ensuite de s'emparer d'un sujet plus sérieux qui le ferait entrer dans la cour des grands. Dans cette optique il s'inspira de son modèle de toujours, Frank Darabont, qui avait compris avant lui que Stephen King est un auteur très éclectique et qu'il ne faut pas se limiter à son registre horrifico-fantastique pour aussi s'intéresser à sa veine réalistico-horrifique. Inutile d'aller inventer des monstres de pacotille, les monstres sont parmi nous. Ils sont en taule (comme dans The Shoeshank Redemption de Frank Darabont en personne) ou devraient y être comme dans le Misery de Rob Reiner ou précisément comme dans Apt Pupil (Un Élève doué) de notre estimé collègue Singer, ce cinéaste que nous avons décidé de porter au pinacle tout au long de la semaine.



L'histoire du film est prétexte à un huis-clos de tous les diables comme seul le Roi du Rock, le King, Steven King, en a le secret. Nous sommes donc en présence d'un élève doué qui découvre qu'un de ses voisins est un ancien Obersturmbannführer qui dirigeait un camp de concentration nazi durant la seconde guerre mondiale et qui se cache derrière une fausse identité de prof de gym. En prétextant vouloir s'améliorer en mathématiques, notre élève doué éponyme, interprété par un Brad Renfro que ce rôle a éjecté de la planète 7ème Art, s'incruste chez ce voisin au passé merdeux sous les traits aristocratiques de Ian McKellen. Acteur homosexuel caméléon, toujours en tête de proue à la Gay Pride, McKellen fut pressenti pour jouer Harvey Milk il y a trois ans ou, quelques années plus tôt, pour incarner la ville de Philadelphia dans Philadelphia. Car cet homme peut tout jouer : il est capable d'interpréter le dernier pédé ou de jouer le plus gros des homos en la personne de Gandalf le gris dans Le Seigneur des Anneaux. Et donc, pour laisser McKellen où il est et pour en revenir au film, sachez que le personnage incarné par Brad Renfro fait un choix pas banal. Plutôt que de balancer directement son nouveau prof de maths à la police, Brad Renfro s'immisce dans son intimité la plus poisse. L'homosexualité est plus qu'abordée dans ce film, car je considère que lorsqu'une œuvre de long métrage va jusqu'au coït homme-mâle vécu de l'intérieur, l'homosexualité est dès lors traitée.



Ce film fut aussi l'occasion pour David Schwimmer Arquette d'essayer, mais en vain, de se reconvertir et de se faire accepter dans un autre rôle que celui de Phoebe Buffay, la grande blonde excentrique de la troupe de Friends. Pour cela, l'acteur avait judicieusement choisi d'arborer la moustache de son beau-frère Tom Selleck, le Magnum, au grand dam de Bryan Singer qui trouvait que ça ne convenait pas à un personnage censé avoir 12 ans. Dans le même registre, David Chômeur opta pour la chemise à carreaux de Vichy, qui rappelle l'occupation allemande et la pire période que la France ait connue avant le mandat actuel de Nikos Sarkozy. D'ailleurs ça fait lien avec la moustache, qui est l'artifice de beauté principal des dictateurs du XXème siècle, de Staline à Pol Pot en passant par Mao Tse-Tung. Alors qu'il n'avait que le rôle de Second Couteau (drôle de blaze pour un personnage), Dave Cox Schwimmer (à tes souhaits !) tenait à rappeler le sérieux sujet du film par chaque détail de son costume. Mais un seul accessoire suffit à parasiter la dernière prestation costumée de l'acteur sur écran large : sa montre, bien visible sur l'image ci-dessus. Constamment pris entre deux feux, contraint de gérer un emploi du temps inhumain, l'acteur tenait à ce que sa Swatch soit un accessoire indispensable à son personnage pour ne pas rater l'heure de Friends. Bon j'en dis pas plus sinon ça va se voir que j'ai pas vu le film et que je voulais juste torcher un article pour avoir l'intégralité de la filmo de Singer sur mon tableau de chasse.


Un Élève doué de Bryan Singer avec Ian McKellen, Brad Renfro et David Schwimmer (1997)

27 juin 2011

Usual Suspects

Je marchais dans la rue et je repensais à tous les films qui m'ont troué le cul. Celui-là en fait partie. Il se pose là dans la liste des films qui m'ont botté le cul. Si j'emploie cette expression avec insistance c'est parce que c'est mon cousin qui m'a conseillé de voir ce film en me répétant : "Ça m'a foutu sur le cul", mais moi je préfère "trouer des culs". Bref. Tout le monde a vu ce film, tout le monde connaît le fin mot de l'histoire. Du coup je ne ferai pas de spoiler cette fois-ci. Inutile de rappeler qu'à la fin du film on découvre que Kevin Spacey ne boitait pas réellement. C'est le film fétiche des gérants de vidéo-club et c'est entre autres pour ça que ce business est en train de sombrer tel le Titanic, qui lui aussi a fait les beaux jours de ces commerces de proximité dorénavant moribonds.


Je ne vous dis rien, mais il se peut que le suspect mesure entre 5'00 et 6'00m... 

On a tous vécu ça : tu vogues dans les rayons, espérant que personne ne vienne te conseiller, tu zieutes sans relever la tête vers les plus hautes étagères garnies de pornos la teub en alerte, et là le gérant s'adresse à des néophytes et leur lance à la cantonade : "Et sinon y'a Usual Suspects qui va méchamment vous démolir le cul". Moi c'est Bryan Singer qui m'a mis le cul à sac. Pendant tout le film il nous force à nous demander qui est Keyser Söze. Il a juste oublié un détail, c'est qu'au début du film, dans le générique d'ouverture, le nom des acteurs accompagne celui de leurs personnages, et en face de Kevin Spacey on peut lire "Keyser Söze", ce qui donne un petit indice.


Kaïssa Saussé, sur le toit du monde !

Le vrai Kaiser Sauzée je l'ai trouvé moi, en fait il s'appelle Franck Sauzée, il a joué au Panathinaïkos, à l'Atalanta, et surtout il a gagné la Ligue des Champions avec l'OM, aux côtés de Dédé "Philipe Guildaz" Deschamps, Eric "la giro-broyeuse" DiMeco, Basile "No woman, no cry" Boli, David "Ziggie Stardust" Bowie, Rudy "Le Renard" Völler, "Fabulous Fab" Barthez, "Haleine de chacal" Boksic, Le Roi Pelé, Jocelyn Angloma, Marcel "Des Milliards de saillies" Desailly, Juan-Jack Eydelie, etc.... Et en face y'avait qui ? Le AC Milan. Et y'avait qui au AC Milan ? Y'avait JPP "Le traître" Papin, le Éric Besson du ballon rond, celui-là même qui a déclaré la veille du match : "Je quitte l'OM, je trace au Milan, je veux gagner la Coupe d'Europe des clubs champions", et qui le lendemain se faisait enculer par ses amis d'hier. Il a quitté les amoureux du Ricard pour rejoindre ce tocard de Frank Rijkaard. Frank Sauzée est bel et bien un suspect usuel dans la cité phocéenne, et certes il boîte à cause d'une carrière faite de béquilles et de tacles au-dessus de la carotide, car même si c'est lui qui les exécutait ça l'empêchait pas de boiter systématiquement après. Du coup rien à voir avec le vrai Kaiser, aka Franz non pas Sauzée mais Beckenbauer, le Lolo Blanc des Balkans.


Usual Suspects de Brian Singer avec Kevin Spacey, Gabriel Byrne, Benicio Del Toro et Stephen Baldwin (1995)

25 juin 2011

Lemming

Ce film-là, je suis passé à côté. C'était le deuxième Moll après le tremblement de terre intitulé Harry un ami qui vous veut du bien. Après ce premier film, la France pensait avoir trouvé son Hitchcock en la personne de Dominus Moll, et son Anthony Perkins sous les traits cubiques de Sergi Lopez. Mais surtout les dames avaient fait main basse sur un nouveau sex symbol digne de Cary Grant : Laurent Lucas. Un front barré par les soucis, un nez droit comme la justice, des sourcils en équerres et un menton volontaire. Des yeux d'un bleu vif et percutant, aussi, puis surtout une voix. Laurent Lucas a vite fait de recouvrir toutes les couvertures de ELLE magazine. Dominik Moll en a fait son égérie en le collant à l'affiche de son second film. On parle de Scorsese-De Niro, de Desplechin-Devos, de Cassavetes-Rowlands, de Ridley Scott et Russel Crowe, de James Cameron avec Bill Paxton et de Carpenter et Kurt Russel, désormais il faudra compter avec Moll/Lucas.


Ici on retrouve ce goût de l'inquiétant cher à Moll dans l'expression faciale du Cary Grant bourguignon, dans cette assiette qui ne contient bizarrement que de la salade et dans le reflet inversé de cette assiette sur le verre concave du pot à eau : tant de maîtrise force l'admiration

Lemming fait partie de ces films qui ont un titre tapageur pour pas grand chose, comme Cloverfield, Kaboom, Mammuth ou Synecdoche New-York. C'est typiquement le genre de film que Moll a mis en boîte avant de se demander comment l'appeler. Alors que le titre Harry un ami qui vous veut du bien lui était apparu comme une évidence, Lemming tarda à monter au cerveau du réalisateur. En fait ça désigne à la fois l'animal que Gainsbourg retrouve dans la cuvette de ses chiottes après le passage éclair de Rampling aux cabinets, et le jeu préféré du cinéaste sur Nintendo DS. Dominik Moll l'a prouvé, il est intarissable sur le gameplay de Lemming ou sur celui de Worms, quant à moi j'ai un pote qui est incollable sur Moll. Les autres réalisateurs préférés de mon ami sont Douglas Sirk, Frank Borzage (qu'il prononce comme il faut quitte à ne pas se faire comprendre en soirée : "Borzégui"), Kubrick, Bergman, Hitchcock ou Bong Joon-Ho, et contre toute attente il place Dominik Moll au même niveau. Pour lui c'est les Rois Mages. Tout réal dont le blaze finit par "ick" a une chance de lui plaire : Kubrick, Sirk, Moll Dominik et il s'est même forcé à aimer The Tree of Life de Malick. Il m'avait vraiment vendu Lemming, mais c'est aussi parce qu'il a des billes dans le projet : c'est lui qui a fait l'affiche, matez-la en grand format et rendez-vous compte qu'il n'est pas fan des mirettes de Rampling. Si vous souhaitez rencontrer cet ami, rendez-vous entre le 1er et le 5 juillet au festival de ciné de La Rochelle, il y est chaque année, il a ses petites habitudes, vous le trouverez en tongs à la terrasse d'un café en train de manger une saucisse enrobée dans de la salade, c'est son plat préféré, celui qui lui permet de tenir bon tout le long de ses marathons cinoche.


Sur ce glaçant photogramme du film, tout est anxiogène : les bras ballants et les verres fumés de Charlotte Rampling, surprenant l'étreinte des tourtereaux ; l'auréole de sueur dans le dos de chemise de Lucas ; le profil de Charlotte Gainsbourg. Mais le Malin rôde dans un autre niveau de l'image, au second plan, au milieu et au fond de la pièce

Pour revenir au film, on n'a pas tenu plus d'une demi heure assis devant. J'ai du mal à être captivé par des films dont l'action se déroule dans des décors surréalistes comme des maisons de banlieue high-tech dessinées par des architectes illuminés, avec un mobilier ultra moderne estampillé Philippe Stark. Quant à la dimension "conflit de famille" à coup de dégâts des eaux, j'avoue avoir eu ma dose avec ma propre belle-mère, qui s'est servie de l'unique manuscrit de mon mémoire de fin d'année presque finalisé pour lessiver sa baignoire. Je vois qu'on n'a rien dit de Charlotte Gainsbourg, premier rôle du film, et je crois qu'on en sort grandis. Ne pas l'insulter relève du prodige, vu que c'est une merde.


Lemming de Dominik Moll avec Charlotte Rampling, Charlotte Gainsbourg, André Dussolier et Laurent Lucas (2005)

23 juin 2011

Insidious

Que dire ? Il y a parfois des films dont l’extrême nullité laisse sans voix et, surtout, dont on ne parvient même pas à s’expliquer le succès qu’ils ont rencontré auprès du public. Insidious est de ceux-là. Je suis atone mais mes doigts prennent le relais pour votre plus grand plaisir. Insidious est la troisième collaboration entre le réalisateur James Wan et le scénariste et acteur Leigh Whannell. Après Saw, c'est leur deuxième film qui réussit à faire trembler le box office US et à ramasser le pactole, récoltant des millions (76M$ and counting !) à partir d’un budget pourtant dérisoire (1,5M$ dont une grande partie dépensée en Comté "Nos régions ont du talent" pour satisfaire les desiderata du comédien Pat Wilson). Si la qualité de Saw était ma foi toute relative, son succès m’était au moins compréhensible, notamment grâce à son twist final débile mais qui surprenait forcément. Là... Mystère ! On est en présence d’une daube d’envergure internationale, que j’ai pourtant vue dans les meilleures conditions possibles, bien accompagné, et avec la simple envie de voir un film d’horreur divertissant, sachant remplir le cahier des charges. Que nenni ! Passez votre chemin !


James Wan et Leigh Whannell découvrant les propriétés euphorisantes des liquides riches en bicarbonates.

Insidious est un film d’horreur ridicule de bout en bout, le genre de film qui conforte le cinéma d’horreur dans le tiers-monde du 7ème art, qui le rabaisse tout entier et vient nous rappeler que le genre est bel et bien composé à 99% d’infâmes saloperies. Pour vous donner une idée, dites-vous qu’Insidious est une sorte de parent dégénéré du déjà très mauvais Jusqu’en enfer de Sam Raimi. Les deux films m’ont l’air similaire sur bien des points. On sent la même volonté chez les deux metteurs en scène d’embarquer les spectateurs dans une pauvrette attraction de fête foraine mise sur pellicule, dans un train fantôme avançant laborieusement et manquant tristement d’inspiration pour surprendre son voyageur, cachant cela dans un déluge d'effets indigestes. Le genre est ici abordé de façon old school et très frontale, avec des objectifs que l’on sent très modestes (faire peur, divertir salement) et justement annihilés par des ambitions de bas étage, jamais transcendées par la volonté toute simple de torcher un bon film avec un minimum de prétentions artistiques.


Un caméo aussi flippant qu'écolo : celui de Nicolas Hulot

Un peu à la manière de Jusqu’en enfer, mais de façon peut-être encore plus flagrante et embarrassante, Insidious a le vilain défaut de ne pas savoir sur quel pied danser. On navigue entre la parodie maladroite et pas drôle du film de maison hantée, avec un second degré mal maîtrisé et un humour qui tombe toujours à plat ; et le sérieux le plus mortel et pathétique d’une série-b tout juste bonne à être diffusée en deuxième partie de soirée sur RTL9. Vous savez, ces téléfilms sur lesquels on zappe malencontreusement, dont on se moque gentiment 2 minutes, puis qu’on oublie aussi sec en se disant que la télé c’est de la merde et qu’on a vraiment la rage de payer une redevance. Les prestations des acteurs sont tout à fait dignes d’un téléfilm. Ils sont tous lamentables et ne semblent pas du tout concernés, à commencer par le si fade Patrick Wilson, un acteur ô combien transparent que j’avais déjà rapidement égratigné quand je vous avais parlé de Morning Glory et sur lequel je ne m’acharnerai donc pas davantage. Quoique… Le fantôme du film, c’est lui ! Il est à ranger dans la catégorie des Steven Seagal et autres Vin Diesel, les muscles, le charisme et l’art de la baston en moins (il ne lui reste donc pas grand-chose sur son CV !). Quant à Rose Byrne, son charme est ici largement insuffisant pour faire abstraction des limites qu'affiche son jeu si maussade et peu inspiré. Si Nicole Kidman avait profité du film Les Autres pour étaler tout son talent et jouer la peur comme personne, donnant à elle seule de l'intérêt à ce film, on est très loin de pouvoir en dire autant sur sa compatriote australienne, en mode pilote automatique, subissant des vents latéraux et autres turbulences désagréables.


Rose Byrne ne supportait pas l'haleine effroyable de son collègue fan de fromages à pâte pressée cuite, d'où certaines scènes de dialogues où l'actrice évite manifestement le face-à-face.

Il faut voir ce couple vedette sans relief réagir impassiblement quand une vieille médium au profil de lévrier afghan lui explique enfin, vers l’heure de film, l’origine des phénomènes surnaturels qui sont survenus dans leur première baraque et qui ont continué à se manifester après avoir pris refuge chez la mamie, incarnée par une Barbara Hershey faisant peine à voir. Une histoire sans queue ni tête qui reprend cette vieille légende urbaine comme quoi il existerait des personnes (dont Pat Wilson et son fils dans le coma font partie) capables de sortir de leurs enveloppes corporelles et de errer dans un univers parallèle : un monde infesté d'esprits évidemment maléfiques qui cherchent à revenir dans la réalité pour faire le mal. Entre parenthèses, moi je pensais que cette faculté de sortir de son corps pour mieux se mater de l’extérieur était réservée aux plus grands acteurs pornos et pouvait être à la portée du gars lambda lors d'une bonne partie de jambe en l’air durant laquelle le point G est touché du doigt. Mais bref passons sur ce détail...


Après ce film, vous ne regarderez plus les babyphones de la même façon

Le film est truffé de clins d’œil appuyés à une petite pelletée de films fantastiques, on pense par exemple à Paranormal Activity, Poltergeist, Shining, La Malédiction, Shutter, Amityville et même SOS Fantômes. Des références pas toujours très heureuses qui constituent une accumulation fatigante sans doute destinée à placer le spectateur en terrain connu et à se le mettre dans la poche. Sauf que ça ne marche pas. Au sein d’une telle saloperie, toutes ces références ont plutôt l’air d’être autant d’insultes adressées à un cinéma de genre trainé dans la boue. Insidious accomplit même l'exploit de faire passer tous ces films pour des purs chefs-d’œuvre (Paranormal Activity exclu, n’exagérons rien). Ici, il n’y a donc rien à sauver, ou si peu... Soyons sympa et évoquons deux passages assez réussis : cette scène où Rose Byrne découvre le fantôme d’un gosse dansant bizarrement sur une vieille musique diffusée par un gramophone ; et ces apparitions de jeunes femmes en petites robes gothiques, étrangement figées et ne gesticulant que par à-coups (apparitions qui s'incluent lors de l'errance finale dans l'univers des morts, qui rappelle les jeux vidéos Silent Hill et même Max Payne, c'est dire jusqu'où James Wan est allé piocher...). Deux moments très fugaces, complètement noyés par le reste, et dont je suis bien généreux de me rappeler. Car à part ça, tout m'est apparu complètement raté dans ce film qui, en outre, cristallise toutes les pires rengaines des films d'horreur merdiques actuels, comme par exemple ces inévitables effets sonores stridents qui essaient de faire sursauter et accompagnent chaque scène-choc, la mise en scène étant bien incapable d’effrayer autrement (elle est de toute façon incapable de créer quoi que ce soit).

Je ne regrette quand même pas de l'avoir vu, je n'ai pas passé un si mauvais moment devant de tels sommets de ridicule, et une daube pareille mérite qu'on y jette un coup d'œil, on en croise pas si souvent. Aussi, faut dire que j’ai passé la majeure partie du film à faire des commentaires pourris où je tentais systématiquement de placer le mot « insidieux », tout en sifflotant Alpha Beta Gaga de Air, au grand dam de ma compagne...


Insidious de James Wan avec Patrick Wilson, Rose Byrne et Leigh Whannell (2011)

21 juin 2011

X-Men : Le Commencement

J'ai vu le premier X-Men à sa sortie au cinéma. J'ai décidé d'arrêter d'aller voir des films de cette saga après avoir vu le second volet également sur grand écran. Mais en apprenant la sortie de ce prequel dont tout le monde vantait les mérites, j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis renvoyé toute la série d'un coup en quelques jours pour être prêt à affronter les origines de ces super-héros incontournables. Tout y est passé : X-men, X-men 1.5, X-men 2, X-Men : The Last Stand et X-Men Origins : Wolverine. Mater tout ça d'une traite, ça vous secoue la semoule un bon coup ! Surtout le dernier opus cité, sorte de sous-marque réalisée par un ouvrier dans le cinéma nommé Robin Wood, mais toujours estampillée Bryan Singer et produite par lui, puisqu'il est le traducteur officiel de Stan Lee sur écran géant. Deux autres "Origins" sont à venir, et si cette trilogie des origines est du même acabit que son premier titre, ce sera sans doute le pire triptyque de l'Histoire du "pop-corn movie". Bref on est face à une franchise déjà monumentale et qui n'a pas fini de se répandre puisque X-Men : Le Commencement n'est que le premier volume d'une trilogie de prequels (un peu façon Star Wars épisodes 1, 2 et 3). Donc autant s'y attaquer en temps et en heure, histoire d'être à la page et de suivre un peu le merdier en chantier, car ne nous voilons pas la face, le film de superhéros c'est la nouvelle coqueluche d'Hollywood depuis près de dix piges, et on ne peut vraiment plus passer entre les gouttes.



Mais que donne ce nouvel épisode ? Force est de constater que dans le genre, c'est pas mal ! En tant qu'ancien lecteur des comic books, ça m'a rappelé quelques souvenirs, que ce soit l'habit originel des X-Men en licra jaune, le véritable casque de Magnéto (il était temps, celui des premiers films étant d'une laideur sans nom), ou certains membres de la troupe, comme Le Hurleur (assez bien reproduit) ou Alex Summers, aka Havoka. Concernant les acteurs, James McAvoy et Michael Fassbender sont très bien choisis pour incarner Charles Xavier et Magnéto dans leur jeune âge : ils leur ressemblent physiquement et entrent bien dans le rôle. D'ailleurs la jeunesse de ces personnages est plutôt bien dépeinte et leur donne une épaisseur qu'ils n'avaient pas dans la série des trois premiers films (dont le troisième est une relative chiure, je tiens à vous le rappeler). C'est surtout vrai concernant le Professeur X qui n'est pas une simple copie juvénile du vieux sage de la trilogie initiale mais un jeune séducteur insatiable et facétieux, d'abord insouciant puis peu à peu éveillé à ses responsabilités. En revanche l'actrice qui joue Mystique (Jennifer Lawrence), ne ressemble pas du tout à Rebecca Romjin Stamos et ses talents d'actrice restent à prouver. C'est dommage, tout comme le "caméo" de Romjin Stamos d'ailleurs, d'assez mauvais goût (contrairement à une autre apparition clin d’œil plutôt bien sentie et que je ne dévoilerai pas ici). Le Fauve n'est pas tellement réussi non plus, alors qu'il avait plutôt fière allure dans X-Men 3. En revanche voir l'aguichante Rose Byrne en sous-vêtements affriolants dans sa première scène n'est pas complètement désagréable. Enfin Kevin Bacon s'en sort bien en mutant nazi et il faut noter cette scène où Charles le fige en plein mouvement : aucun effet spécial ne se supplée au talent de l'acteur qui s'immobilise comme personne dans une moue de merde inimitable.



Quelques détails font un peu tâche parfois, sans empêcher l'adhésion à l'histoire, comme certains effets un poil kitchs, quelques scènes surjouées ou écrites à la truelle. Mais dans l'ensemble ça se regarde sans déplaisir. La Guerre Froide en toile de fond n'est pas forcément un choix très heureux mais on passera aussi là-dessus. Certains iront s'extasier qu'un film de pur divertissement ayant tous les atours du film pour ados aborde de lourds sujets tels que le racisme, le principe de responsabilité, la culpabilité de "ceux qui obéissent aux ordres" et ainsi de suite, mais comme souvent ces thématiques ne sont pas profondément traitées au-delà de leur simple évocation dans les dialogues. Pas de quoi crier au film philosophique non plus. En même temps c'est pas ce qu'on attend d'un film de super-héros hollywoodien qui, contrairement à la saga Batman de Christopher Nolan, ne se prend pas trop au sérieux et se contente de remplir honnêtement son cahier des charges, sans tomber dans la débilité profonde non plus, ni dans le second degré à tout prix. On peut par ailleurs noter des moments sympathiques et bien trouvés, comme les scènes qui concernent les nouvelles recrues. Notamment la séquence où les jeunes gens se mettent au défi de révéler leurs pouvoirs dans ce qui ressemble à une salle de jeu pour enfants. La scène aurait facilement pu tourner au ridicule, au lieu de ça elle fait montre d'un certain panache en nous présentant ces superhéros en herbe qui prennent conscience de leur gémellité sans connaître les implications de leurs pouvoirs. L'autre séquence sympathique, du point de vue de la mise en scène, si, si, est celle où les futurs X-Men s'entraînent d'arrache-pied pour maîtriser leur don. L'utilisation du splitscreen dans cette séquence de recrutement, même si elle est un peu abusive, passe bien en cela qu'elle rappelle volontairement les cases disproportionnées des comic books qui s'interpénétraient et qui nous rendaient dyslexiques à souhait. Bref, un épisode peut-être moins "réussi" que les deux premiers de la première trilogie (encore que les personnages y soient plus épais et moins caricaturaux que Wolverine), mais qui se regarde facilement. A voir pour ceux qui ont maté les autres films de la saga sans se ronger les ongles. C'est typiquement sympa un dimanche soir (ou un dimanche après-midi).


X-Men : Le Commencement de Matthew Vaughn avec James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon, Jennifer Lawrence et Rose Byrne (2011)

19 juin 2011

L'Agence

Il existerait donc des types, tout de costards gris vêtus et couverts d’un indispensable stetson, qui, obéissant avec diligence à une force omnisciente et bienveillante (Dieu ?), veilleraient sur l’Humanité pour éviter que celle-ci ne fasse de trop grosses conneries. Ces « agents » interviendraient par de petits gestes tout bêtes (les « ajustements » du titre original) pour qu’aucun malheur irréversible ne survienne et pour remettre les gens dans le droit chemin qu'ils leur ont concocté. Une clé oubliée ? Un portable égaré ? Un lacet défait ? Un chat passé par la fenêtre ? Un jean taché ? Une chaussette trouée ? Une tasse à café renversée ? Les agents farceurs du bureau d’ajustement sont derrière tout ça ! Et c’est par ces petits gestes apparemment anodins, mais qui font le piquant de nos existences, que ces agents interviennent en toute discrétion pour nous rendre la vie meilleure. Dormez tranquille. On est très loin du thriller parano que l’affiche laissait présager. On nage ici en plein bonheur. Matt Damon a beau courir dans tous les sens et suer comme un bœuf, il devrait rester tranquille, tout finit par s’arranger. Qui sait, ce sont peut-être ces agents ajusteurs qui ont mis dans les pattes de DSK une femme de chambre irrésistible et adepte des libations oro-péniennes ? L'Agence pose plus de questions qu’il ne donne de réponse. C’est à cela que l’on reconnaît les grands films (je plaisante). Une chose est sûre : l’Holocauste, les deux guerres mondiales, le sale état de la couche d'ozone, le Moyen-Âge, et j'en passe : tous ces évènements pas spécialement glorieux qui ont marqué l’Histoire correspondent tout simplement à des périodes où ces personnes si bien intentionnées avaient laissé l’humanité agir à sa guise. Par contre, la Renaissance, les Lumières, Rome (sic), tous ces trucs plutôt positifs, c'est eux, c'est signé ! C’est dit dans le film, mot pour mot. Croyez-moi. Matez la scène. C’est l’un des meilleurs passages, avec celui où l'on explique à Matt Damon comment s'y prendre pour ouvrir une porte et pour que celle-ci offre un raccourci magique vers l'endroit que l'on souhaite (d’où le stetson, car c'est lui qui permet d'avoir ce super-pouvoir !).


Ces gens nous veulent du bien. Le film se joue ainsi des codes habituels du thriller parano. Tu parles !

Bon, allez, faisons preuve de bonne volonté. Fermons les yeux un instant et admettons à coeur ouvert cette histoire de SF de derrière les fagots. Soyons fous ! Hélas, ce film est un tel tas d'inepties que même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de ne pas être terrassé. Parce qu'il faudrait être drôlement doué pour tirer un bon film d’une histoire pareille, ce que George Nolfi n’est évidemment pas. Pas même une seconde. Selon moi, il faudrait surtout se limiter à l’essentiel pour que tout ça ait une petite chance de fonctionner. Il vaudrait mieux en dévoiler le moins possible sur un scénar qui apparaîtra de toute façon bidon quand on en dévoile trop. Il faudrait peut-être simplement garder cette idée plutôt rigolote de ces personnages condamnés à « ajuster » la vie des gens par ces petit gestes anodins mais qui changent tout, et faire un film quasi conceptuel, avec une vraie économie de moyens, mais une ambition au beau fixe. Malheureusement ici, on a bien entendu droit à tout l’inverse. Le film débute de telle façon et sur un rythme si soutenu que je pensais avoir téléchargé la bande-annonce ou un spot de campagne électorale. J’aurais dû sentir l’anguille en matant le nom du réalisateur derrière tout ça : George Nolfi. Si ça c’est pas un pseudo… Le type aurait dû aller au bout de son idée et signer sous le nom "Nolife". Le couple d'acteurs vedette se démène, mais c'est plus pathétique qu'autre chose. Emily Blunt, un genre d’Emmanuelle Devos mainstream, fait tout pour mettre le spectateur dans sa poche en arborant des jupes ras-la-teuch et des décolbards indécents. Mais ça ne prend pas, rien n'y fait. Notre attention reste fixée sur le menton en galoche et le regard infiniment stupide et revêche de l'actrice. Seul Matt Damon voit rouge et l'embrasse fougueusement 30 secondes chrono après l'avoir rencontrée pour la première fois. Les mystères de l'amour. Un Matt Damon qui est plutôt crédible dans son rôle de jeune politicard survolté, constamment collé aux basques par un conseiller joué par Eric Woerth en personne, qui vient d'ajouter une bien sombre ligne à son CV...


Franco, je préfère Devos.

Hey Matt Damon, quand tu reçois un tel scénar, t’as pas mille questions à poser à celui qui l’a écrit ? Parce que moi, devant ton film, j’ai à nouveau 5 piges, je retourne à cet âge où on est un insupportable moulin à questions, je demande sans arrêt : « Et pourquoi ci et pourquoi ça ». Mais ça tombe bien, car mieux vaut que je retombe à cet âge-là, sinon je ne tiendrais pas une minute devant un si triste spectacle. Bon, Matt, quand tu lis une saloperie pareille, ça te chatouille pas un peu sur le sommet de ton crâne couvert de brins de paille filasse ? Tu te dis quoi exactement ? Comme j’aimerais être à tes côtés pendant ces moments-là ! En plus je t’aime bien, avec ta grosse tronche, ton front gigantesque et ton air gentil, tu me fais penser à mon frère aîné. Je t’adore Matt. T’es un peu de ma famille. Mais même si t’étais vraiment mon bro’, je ne me ferais certainement pas prier pour te dire que tu tournes dans de la merde. Réveille-toi mec, tu files un mauvais coton. Tu voulais sûrement jouer dans un divertissement sympa. Je te vois venir à 20 kilomètres. Entre deux films d’auteur ou deux films indés, tu te dis qu’il est bon pour ton image d’être en tête d’affiche d’un gros blockbuster hollywoodien de divertissement facile et méga bête. C’est le genre de choix qui peaufine et cultive ton image de star assez à l’aise pour jouer sur tous les tableaux. Tu espères ainsi que les amoureux de Gus Van Sant comme ceux de Doug Liman te porteront toujours dans leurs cœurs malgré ta filmographie à cors et à cris. Une carrière finalement très classique. Ils font à peu près tous ça, et c'est souvent des bons potes à toi. C’est pas original pour un sou, mais faut croire que ça marche. Mais t’es demeuré Matt, tu paumes ton temps. Tu n'es pas à ta place dans cette histoire sans queue ni tête tirée de Philip K. Dick, à l'origine de quelques bons films de SF mais aussi de belles saloperies. Une réussite pour mille saloperies, j’ai calculé. Souvenez-vous de Paycheck. D'ailleurs, en tournant dans L’Agence, Matt Damon a peut-être cherché à adresser une belle et grande preuve d’amitié à son pote Ben Affleck. En s’obligeant à traverser la même épreuve que son ami Affleck a jadis affrontée bien malgré lui : être le héros d’une adaptation terriblement bête de l’écrivain le plus connu d'Hollywood après Stephen King. C'est beau Matt, mais tu aurais pu t'en passer, et plutôt proposer à ton collègue de faire un truc ensemble, comme au bon vieux temps.


"Je te jure c'est écrit dans le script ! - Mais dis pas nawak !"

Bon, reparlons plus précisément du film. J'aimerais revenir sur deux choses qui me tiennent à cœur, deux détails qui ne provoqueront sans doute pas la même réaction chez le spectateur lambda, mais qui personnellement me révoltent ! L’Agence véhicule une très affreuse idée, que l’on croise hélas dans un trop grand nombre de films. Je vous situe le contexte : pendant pratiquement tout le film, Matt Damon se démène comme un diable pour retrouver Emily Blunt, celle qui lui a tapé dans l’œil dès la première scène du film et qu'il ne parvient plus à oublier. Quand Matt Damon réussit enfin à mettre le grappin sur l'élue de son cœur, c'est pour rester avec elle une petite paire d’heures à peine, tout juste le temps de niquer rapidos, d’échanger quelques politesses et de fumer une clope la tête basse, avant d’être à nouveau séparés par le bureau d'ajustement. Avant la très laborieuse dernière partie du film, Matt Damon retrouve Blunt pour de bon, après une séparation longue de 3 ans durant laquelle celle-ci s’est rabibochée avec son ex et s’apprête même à se marier ! Mais quand Damon et son gros menton débarquent, ni une ni deux, Blunt oublie le contrat de mariage qu’elle s’apprêtait littéralement à signer. De cette façon, L'Agence entre dans cette vaste catégorie de films miteux où seule l'histoire d'amour vécue par le héros a de la valeur, les autres comptant forcément pour du beurre. Et c'est lamentable, car ça n'aide certainement pas à rendre la romance de nos héros plus poignante, bien au contraire. Le film le plus connu dans cette catégorie est l'inévitable Titanic. Petit rappel des faits : dans Titanic, Kate Winslet passe à peine une paire de jours en compagnie de Leo DiCaprio, le véritable amour de sa vie. Ok il est beau gosse, il dessine bien, c'est un artiste. Mais ils passent seulement deux jours ensemble. Et moi on me répond que je suis ridicule quand je raconte ma relation passionnelle de trois ans avec ma chatte siamoise nommée Marguerite, qui a tragiquement trouvé la mort suite à une opération de stérilisation administrée par un boucher. Bref. Si l’on suit bien le film Titanic, on comprend facilement que le personnage incarné par Kate Winslet a malgré tout connu un autre homme après avoir survécu au naufrage qui fut fatal à DiCaprio. Un homme avec lequel elle a passé toute sa vie et fondé une famille, dont est issue la jeune femme blonde que l’on voit au début du film. Une belle histoire donc. De bien jolies noces j'imagine. Mais quand la vieillarde crève à la fin du film, après avoir si bêtement jeté à la flotte un caillou d’une valeur inestimable dans un geste ponctué d’un « oups » abominable, hé bien c’est Leo DiCaprio qu’on la voit rejoindre dans ce qui semble être le paradis qu’elle s’imagine. Leo DiCaprio ! Ce con d'arriviste qui a forcément été parfait puisqu'il a seulement passer 48 heures et des brouettes avec elle. Pas le temps de péter ni de roter, pas le temps de se laisser-aller dans ces petits écarts qui tuent l'amour au quotidien. Mais hé ! Et le type qui s’est fait chier à lui faire des gosses et à gaspiller sa vie avec elle, à crever d'une crise cardiaque en lui creusant une piscine, alors, il compte pour du beurre ? C'est ça ? C’est l’évènementiel, le pur accident, qui prime ici sur la durée tangible, solide et vraie. C’est l’éphémère effet du coup de foudre qui balaie 40 ans de mariage. C’est le romantisme le plus crétin qui dégomme le plus vieux des couples. En filmant ça, James Cameron est indéfendable. Il pousse toutes les femmes à l’infidélité, les confortant dans le romantisme le plus idiot, et il pousse tous les maris au plus grand désarroi possible. Une idée qui m’agace tout particulièrement, car vous l'aurez compris, moi je m'imagine plutôt dans le rôle du tocard qui se fait avoir. Bon, je dis ça, mais j’adore Titanic. A l’époque où Winslet pesait 90 kg, c’était une tuerie. Et avec Speed, c'est un de mes films favoris des nineties.


"- T'es timbré, mec - Je sais. On me la sort à chaque fois."

Revenons à L’Agence. Ce film véhicule une autre idée, peut-être encore plus détestable que la première. Tenez-vous bien. Je sais que mon texte est indigeste, et si vous avez tenu jusque-là, c'est un miracle ; mais j’en suis désolé, c’est ce film qui m’a mis dans un état d’ébullition incroyable. Le personnage de Matt Damon est un sénateur promis à un brillant avenir politique. Pour faire plus simple : il est le futur Président des États-Unis, carrément. Et c’est un poste qui, dans ce film, est évidemment le plus important du monde, celui qui permet d’éviter à l’humanité de sombrer, tout bonnement. Soit, ne nous attardons pas davantage sur cette considération de bas étage. Mais le destin de Matt Damon vers la présidence est tout tracé si, ET SEULEMENT SI ce con-là ne tombe pas dans les griffes d’Emily Blunt, cette jeune femme qui le fait littéralement disjoncter dans son slip et oublier son ambition politique dès qu’il la croise ! C’est dire si l’homme est une bestiole politique ! Tu parles d’un guignol. François Hollande a fait une croix sur Ségolène pour s’ouvrir les portes de l’Elysée, ou du moins espérer (moi j'y crois ! je suis hollandais !), et on peut pas dire que ça soit le roi des scrutins. Et Royal, elle envoie plus que Blunt, avis perso. Mais là encore, passons ! Tout cela, on le sait donc parce que ce sont les agents du bureau du titre qui racontent tout à Matt Damon pour le persuader de ne pas se détourner de son si brillant chemin. Bien évidemment, les agents ne se demandent pas un seul instant si le fait de tenir informé Matt Damon de son futur ne changera justement pas ses agissements ! Ce serait trop compliqué. De son côté, Emily Blunt a également un destin radieux qui s’offre à elle : elle va devenir « la danseuse et la chorégraphe la plus connue du monde », rien que ça ! C’est le pauvre Terence Stamp qui nous l’annonce, vieil acteur classieux tristement embarqué dans cette galère qui campe ici le rôle d’un agent très haut placé. Il prévient donc aussi Matt Damon que si Emily Blunt se met en couple avec lui, elle finira par "enseigner la danse à des gosses de 6 ans (sic !)". Quelle tragédie ! Je m’attendais à ce qu’on annonce à Damon qu’elle allait se casser une patte, finir en chaise roulante, ou un truc comme ça, mais non, elle va juste devenir prof, et c'est franchement dégueulasse, faut bien le reconnaître. Pour faire simple, le message de ce film est donc le suivant : l’amour détruit nos carrières professionnelles, tenons-nous en éloigné ! Amoureux, et donc heureux, on en oublie nos objectifs professionnels, forcément les plus importants, c’est bien connu. Ça me troue le cul. C’est abominable comme message, mais tristement d’actualité. Dans son happy-end ignoble, le film retourne sa veste et démontre que l’amour finit par l’emporter. Mais quel amour ? Pourquoi l’un, celui du héros, vaut-il mieux que l’autre, celui du pauv’ type qui se fait voler sa femme au moment de lui mettre la bague au doigt sur les marches de la mairie ? Et à quel prix ? A quel prix ?! Surtout, rappelons qu’avant cela, c’est-à-dire pendant tout le film, c’est God himself qui a essayé par tous les moyens de détourner Matt Damon d’Emily Blunt, attirés l’un par l’autre comme deux chiens en période de chaleur. Ça ne change donc pas grand-chose à l’affaire.


Le film ne dit pas si c'est l'Agence qui a provoqué l'élection d'Obama, mais on peut aisément le penser.

Blague à part : pour ma part, je vais bientôt déménager dans la Creuse parce que ma copine a trouvé un super poste là-bas (en gros, elle est médium spécialisée dans les vieillards aux portes de la mort). Je vais vivre là-bas avec elle, je la suis par amour, et je n’hésite pas une seconde à le faire. Une fois que j’aurai atterri dans ce coin paumé, terre promise de la Grande Faucheuse, j’essaierai de trouver un job de merde ou bien je serai carrément chômeur. Plongé dans le désarroi le plus total, je finirai même par abandonner le blog. C’est écrit. Alors qu’en restant là où je vis actuellement, l’avenir me réserve sûrement autre chose, c’est certain. Le message du film est donc vrai, me concernant. Et ça me fout d’autant plus les boules. Franco ce film voit juste. Chapeau bas. C’est balèze. J’ai les boules je vous dis. Je suis intenable.


A droite Eric Woerth, à nouveau dans de beaux draps après avoir été trainé dans la boue suite à l'enlèvement d'Ingrid Bétancourt. Notez que sans lunettes, il a déjà moins l'air con !

Pour finir, sachez que j’aurais préféré un film sur des gars réellement chargés d’ajuster des trucs, dans le sens le plus terre-à-terre du terme. Des gars qui s’invitent chez les gens pour replacer un meuble d’un centimètre vers la droite pour qu’il soit parfaitement aligné avec le rebord de la fenêtre. Des gars sympas capables de remettre le téléphone bien en place quand on l’a posé de travers et que sa batterie se vide progressivement en douce. Des gars qui nous coupent le gaz avant le départ pour les vacances histoire d’éviter de retrouver Mamie grillée à notre retour. J’aurais préféré. Franchement, j’aurais adoré. Vous pensez que je peux envoyer le scénar à Matt Damon ?


L'Agence de George Nolfi avec Matt Damon, Emily Blunt, Terence Stamp et Eric Woerth (2011)

17 juin 2011

La Reine des pommes

Son nouveau film autobiographique, La Guerre est déclarée, a ému aux larmes toute la croisette, aussi ai-je envie de vous parler du précédent long métrage de Valérie Donzelli. Je crois connaître assez bien le cinéma d’Éric Rohmer pour pouvoir dire qu'à mon avis ce film (et ce cinéma-là en général) n'a strictement rien à voir avec Rohmer, ni de près ni de loin, quand bien même la réalisatrice s'en réclame plus ou moins. Si on veut vraiment chercher un rapport, on peut dire que les acteurs articulent en parlant dans un film Français réalisé avec très peu de moyens (ce qui n'est d'ailleurs vrai que pour une certaine partie des films de Rohmer). A la limite, quitte à trouver une filiation au film de Donzelli, il faudrait plutôt aller du côté de Truffaut ou d'un certain cinéma de Truffaut, à savoir en gros la série Doinel, et au sein de cette série surtout Baisers volés voire Domicile conjugual. Par ailleurs je connais assez peu Jacques Demy, mais effectivement si on se sent obligé de citer Demy quand il y a des chansons "narratives", mal écrites et mal chantées, dans un film Français, alors il faut le citer maintenant. En somme c'est une filiation coutumière en France, puisque c'est aussi ce qu'on pourrait dire des films de Christophe Honoré (pour le pire) ou d'Emmanuel Mouret (pour le meilleur). Même si leurs films ne se ressemblent pas au-delà de ça.



Hormis ce petit topo sur les sources d'inspiration du film, je n'ai pas grand chose à en dire. A part qu'il m'a profondément ennuyé, qu'il ne m'a rien dit de particulier, qu'il ne m'a pas fait marrer une seconde et qu'il ne m'a pas paru bien fait. Ça donne l'impression d'être un long court métrage mal fagoté et volontairement mal interprété, très second degré mais tombant toujours à plat et qui laisse le spectateur que je suis de marbre pour ne pas dire consterné. La misère financière peut normalement déboucher sur une liberté artistique dont la réalisatrice ne jouit jamais, préférant accoucher d'un film faiblard fait sur le pouce et rempli de gags déjà vus ailleurs sans davantage de bonheur. C'est pas non plus détestable puisque précisément ce n'est rien. Le seul point positif à mon sens c'est de voir qu'on peut aujourd'hui en France réaliser un film avec trois euros et le voir sortir dans les salles Utopia (à condition d'être une actrice quand même un peu connue et légèrement exhibitionniste). A part ça j'aurai totalement oublié La Reine des connes dans exactement deux minutes. Reste à savoir si le nouveau film de la demoiselle est bel et bien d'une autre trempe que ce téléfilm anecdotique.


La Reine des pommes de Valérie Donzelli avec Valérie Donzelli (2010)

15 juin 2011

Mon pote

En ce moment, Benoît Magimel est au top du top. L'acteur est à son zénith. Il est tout en haut, sur un nuage, et il nous contemple avec son si beau regard, aussi azuréen que bienveillant. A l’heure actuelle, il n'a selon moi aucun équivalent dans le paysage cinématographique mondial. Je le dis comme je le pense. Il était déjà le seul à sortir indemne voire grandi du fléau nommé Guillaume Canet, puisqu’il campait un homosexuel refoulé et convaincant dans Les Petits mouchoirs. L'acteur surdoué parvenait à ne pas trop se noyer dans la caricature, contrairement à tous ses partenaires, et ce malgré des cheveux d’une couleur carotte assez incongrue. Une nomination à l'Oscar aurait été amplement mérité pour l'ex de Juliette Binoche (rien que ça !) et sosie moins chevelu du footballeur Philippe Mexès. Plus récemment encore, il s'est illustré dans le téléfilm L'Avocat, un thriller efficace sur fond de mafia montpelliéraine qu'il porte à bout de bras ! Rappelons aussi que Benoît Magimel fait partie de ces nombreux talents découverts par Étienne Chatiliez, le véritable Arsène Wenger du septième Art, aux côtés d'autres poids lourds de l'actorat français comme Isabelle Nanty et Tsilla Chelton aka Tatie Danielle. Celui que l'on surnomme Magic'mel a explosé très tôt, dès l'âge de 6 ans, dans La Vie n'est pas un long fleuve tranquille, un titre qui aujourd'hui ne manque pas de faire sourire quand on sait à quel point la vie du jeune comédien, programmé pour triompher, semblait déjà écrite. Le pire, c'est que je ne pense pas un traître mot de ce que je suis en train de déblatérer, mais je vais un peu continuer sur ce ton, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour réussir à torcher un papelard sur ce maudit film qu'est Mon pote.



A gauche, Benoît Magimel avec le maillot de l'équipe de France lors d'un match de gala organisé au profit des victimes du earthquake japonais. A droite, Philippe Mexès en costard le 27 mai 2008 après avoir remporté pour la deuxième fois consécutive la coupe d'Italie.

Cette fois-ci, c'est à un film de Marc Esposito que Benoît Magimel donne des allures de classique instantané, à ranger aux côtés des plus grosses infamies françaises des années 2000. Le lauréat du prix d’interprétation masculine du 54ème Festival de Cannes incarne ici un taulard roi du "braquo", fan incollable de grosses cylindrées, qui se voit offrir l'occasion en or de regagner sa liberté à condition de devenir un pigiste sérieux au sein d'un magazine sur les quatre roues dirigé par un Édouard Baer au grand cœur. Comme tous les films signés Marc Esposito, LE cinéaste de l'amitié homme-mec, et comme son titre l’indique sans détour, Mon pote est le récit poignant de la relation unique qui va progressivement se nouer entre les deux personnages principaux, qui sont donc campés par un Ed Baer mortellement sérieux et l’incontournable Ben Magimel.


Preuve de la grande amitié qui s'est développée entre les deux hommes, ici Édouard Baer présente Benoit Magimel à son père (au centre) qui a l'habitude de porter constamment un casque autour du cou pour ne rien rater de son émission radiophonique préférée "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet.

Dans ce dernier Esposito, il y en a littéralement pour tous les goûts. On est en présence d’un film multicéphale naviguant entre différents genres. Cela va du polar rugueux à la Michael Mann (on notera une scène de braquage à couper le souffle) au film social à la Dardenne (même si contrairement aux jumeaux belges, Esposito se paie le luxe de ne jamais tomber dans le misérabilisme) en passant par la comédie pure et la tragédie grecque. En outre, Marc Esposito nous gratifie de quelques plans fabuleux, véritables toiles mouvantes immortalisées par un as de la caméra en pleine possession de ses moyens faisant preuve d’un sens du cadre hors du commun. Avec ce film, le réalisateur français, par ailleurs fondateur de deux des plus grandes revues consacrées au septième art (Studio Magazine et Première), nous rappelle tous les possibles du cinéma. Son film est d’une laideur infinie. Voir ça sur grand écran doit littéralement rendre malade et donner envie de casser des rétroviseurs de bagnoles à la sortie. Pour ne rien gâcher à la fête, Esposito a fait appel à de véritables professionnels pour torcher la bande originale de son film. Un supplice récurrent, à base de banjos et autres instruments à cordes mal accordés, signé Calogero et son frère Giaocchino. On reconnaît immédiatement la patte folle du musicien natif d’Echirolles (38), accompagné par son frère cadet, vraisemblablement débile.


Benoît a profité du film pour faire découvrir l'une de ses grandes passions à son pote Édouard : la junk food. On les voit ici en train de déguster les pâtes cartonnées de la Mezzo di Pasta. Quick, FastSushi, Speed Rabbit, Mad Kebab, Domino's Pizza et l'inévitable McDo... tout y passe.

Le cliché ci-dessus en dit long sur la complicité qui régnait entre les désormais meilleurs amis du monde, puisque c'est à ce moment précis que Benoît Magimel demande un conseil crucial à Édouard Baer et que celui-ci lui répond : "Canet te propose de jouer un homo refoulé dans son film une bande de gros connards qui passent des vacances de beaufs au Cap-Ferret pendant que leur pote est en train de clamser à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière et qui se font remettre les idées en place par un producteur d'huitres à la manque et bourrées d'hydrocarbures aromatiques polycycliques ? Fonce mec, ne te pose même pas la question, fonce !" Chose à relever également dans Mon pote : le générique, qui ravira ces grands écumeurs du quotidien à la recherche d’endroits où s’étale leur police préférée, j’ai nommé le Comic Sans MS. Les premières minutes du film rendent en effet hommage à cette typographie bien connue et contenteront tous ces passionnées ayant 2.0 de QI qui collectent ses moindres apparitions, les immortalisant quand ils en croisent dans la rue sur des panneaux publicitaires, l’APN toujours autour du cou, ou sur l’internet, l'index de la main gauche constamment rivé sur la touche « Imp Ecr ». Avis aux amateurs, donc, vous tenez là une petite perle.


Ci-dessus, un aperçu de la scène-clé du film que je vous spoile sans vergogne : le personnage joué par Benoît Magimel décide de changer de sexe (c'est effectivement lui ci-dessus à droite grâce à l'aide exclusive du célèbre maquilleur-prothésiste Rob Bottin) pour pouvoir vivre pleinement sa passion pour Édouard Baer. Ce dernier s'avouera "bluffé et troublé" par ce travestissement réussi.

Mon pote est truffé de moments que je me suis surpris à me repasser en boucle, comme pour me pincer et m’assurer que je n’avais pas halluciné ce que je venais de voir. Je ne ferai pas l’énumération de toutes ces scènes rendues mémorables par leur bêtise, les couacs présents à l’écran, ou leur profonde connerie, autant d'aspects chers au cinéma d'Esposito. Ce serait trop long et bien laborieux. J’évoquerai donc rapidement ces passages où apparaît la femme d'Édouard Baer (campée par Diane Bonnot, une actrice au sourire ignoble, y'a pas d'autre mot), un personnage vulgaire et con qui donne un aperçu effroyable de la haute idée que doit avoir Marc Esposito du sexe opposé. Je ne peux pas passer sous silence cette longue scène de dialogue filmée en plan-séquence, dans un travelling arrière laborieux, anéantie par le frottement du blouson en cuir de Benoît Magimel. On n’entend strictement rien à cause de ce goof ridicule provoqué par la volonté tenace d’un comédien bien décidé à ne pas quitter son blouson préféré. Enfin, comment ne pas évoquer ce moment terrible où Magimel sort définitivement de taule ? On a alors droit à tous les vieux clichés pourris. On le voit être aveuglé par le soleil (alors qu'il prenait l'air quotidiennement), prendre une grande inspiration et lâcher, soulagé, "Je suis sorti putain...". Une scène navrante qui rappelle les plus belles tirades de Romain Duris dans le chef-d’œuvre de Klapisch, Paris. Sachez que l’on a aussi droit à un passage aussi court qu’exquis où Magimel se met à raper, improvisant un morceau de slam qui annonce une belle carrière d’acteur-chanteur. Je m’arrêterai là.

Pour la petite histoire, sachez que j'ai maté ce film en iDTGV, sur un écran 4 pouces. Ça valait pas mieux. Plus exactement, je l'ai maté en compartiment iDZAP, espace soi-disant propice à la convivialité, aux rencontres et aux échanges. Y'avait un homme d'affaire qui se seiguait non loin de moi. Je le lui ai fait remarquer. "Hé, tu te seigues là ?!". Et il m'a juste répondu "Bah on est en iDZAP, reste tranquille, respire, sors ta teub et fous-toi à poil". Chaud... Vous comprenez bien pourquoi je me suis aussitôt replongé dans ce film dégueulasse, une daube sans nom dont la morale douteuse lui fait paradoxalement éviter le pire : être encore plus prévisible dans son extrême nullité.


Mon pote de Marc Esposito avec Benoît Magimel, Édouard Baer, Atmen Kélif et Diane Bonnot (2010)

12 juin 2011

Le Gamin au vélo

Le Gamin au vélo est un film admirable. Qui méritait largement un prix à Cannes et qui en a naturellement reçu un. Reste à savoir si le Grand Prix suffisait en compétition face au film de Malick... m'est avis que les Dardenne auraient mérité la Palme d'Or, quitte à décorer leur cheminée d'un troisième trophée, et que Malick aurait pu se contenter du Grand Prix, car à octroyer une récompense à Tree of Life, film bien moins abouti et loin d'être aussi parfait que celui des Dardenne, le jury aurait fait meilleure figure en louant sa prétendue témérité narrative, son audace visuelle ou son originalité par le Grand Prix. Mais peu importe, laissons les prix où ils sont et contentons-nous de voir et de revoir ce film des Dardenne, d'y repenser volontairement ou malgré soi avec bonheur et d'en parler. Voir les Dardenne réaliser un nouveau film aussi brillant me pousse définitivement à les considérer parmi la poignée de cinéastes les plus talentueux et les plus importants de notre époque. Ils sont au sommet du Mont Blanc avec ce film qui nous raconte l'histoire de Cyril, bientôt 12 ans, qui n'a qu'une idée en tête : retrouver son père. Ce dernier l'a placé provisoirement dans un foyer pour enfants et Cyril fait tout pour s'en échapper afin de retourner auprès de lui. Il rencontre par hasard Samantha, une jeune femme qui tient un salon de coiffure et qui accepte de l'accueillir chez elle pour les week-ends.



La première chose éblouissante dans ce film c'est son art de la narration. On est littéralement happé par le film dès les premières secondes et on le reste pendant une heure et demi. Comme d'habitude avec les Dardenne - mais c'est ici porté à un niveau encore plus exceptionnel - leur art de l'ellipse (dans la macrostructure) et du montage (dans la microstructure) est unique et absolument remarquable. Ils coupent toujours au moment idéal, évitant tout ce qui pourrait être superflu, et ils jouent de ces coupures et des enchaînements pour permettre au film de s'articuler, au récit de puiser sa vigueur et son énergie dans les manques dont il s’enrichit et au spectateur de combler les vides sans effort pour mieux rester captivé, sidéré par un récit fulgurant et par son mouvement. D'un bout à l'autre de l’œuvre on est complètement plongé dedans, corps et âme, on respire au rythme du film et c'est une sensation pour le moins rare. Peu importe ce que les Dardenne décideraient de nous raconter, on serait invariablement embarqué dans leur histoire. Ils ont un don de conteurs (qui est dans leur cas un pur don de cinéastes car l'histoire du Gamin au vélo n'est pas extrêmement originale ou surprenante en soi, mais l'histoire pour les Dardenne c'est le point de vue, le montage et les acteurs), un don qui n'est guère partagé. A ce titre ils me font penser à Abdellatif Kechiche, l'autre grand storyteller français contemporain. Non seulement on ne s'ennuie jamais devant ce nouveau prodige des frères Dardenne, mais on est impliqué comme jamais dans le film.



Si je devais concéder un léger bémol, en rapport justement avec ce mode de récit typique des Dardenne, je dirais qu'il gît peut-être dans une habitude des cinéastes ici poussée un peu trop loin. A l'époque du Silence de Lorna, le seul semblant de reproche que j'avais pu adresser au film c'était sa manière de systématiser et de surexploiter la fameuse caméra "dans le dos" si anxiogène et si chère aux Dardenne depuis Rosetta. Ici ce qui semblait devenir un système redevient un style puisque la caméra, si elle suit toujours les personnages de près, ne colle plus perpétuellement à leur nuque comme c'était le cas dans le précédent film des cinéastes qui accumulait infatigablement des séquences insoutenables où le spectateur était pris à la gorge par la crainte d'un danger pouvant sourdre à tout instant. Le Gamin au vélo, délesté de cette pesanteur systématique, trouve son seul possible défaut dans une autre habitude des cinéastes utilisée avec insistance, celle qui consiste à laisser au spectateur un temps d'avance sur les personnages. On en sait toujours plus que les protagonistes, on pressent ce qui va advenir et qu'ils ignorent, que ce soit dû à des effets de scénario (par exemple quand Cyril suit le jeune garçon qui lui a piqué son vélo pour tomber dans une sorte de traquenard), ou à des effets d'annonce pas toujours très finauds (comme à la fin quand le gamin dit à Samantha qu'il va acheter du charbon de bois dans un autre magasin). Mais en fin de compte ces légers défauts sont aussi des qualités. D'abord parce que les effets d'annonce, s'ils sont confirmés par le scénario (car il arrive bien quelque chose après chaque annonce, comme on l'attendait), sont toujours légèrement trompés par l'évolution du récit (par exemple le gamin ne se fait pas rouer de coups par les camarades du voleur de bicyclette, et il ne tombe pas non plus sur la bande du soi-disant dealer quand il va chercher du charbon de bois), si bien qu'on est quand même toujours surpris. Et puis il faut dire que malgré ces effets d'annonce, qui pourraient donner l'impression que le scénario serait cousu de fil blanc, on reste imperturbablement absorbé par le film, ce qui achève de prouver l'immense talent de metteurs en scène des Dardenne. Conclusion : je n'ai aucun bémol à adresser à ce film.



En prime les frères Dardenne se départissent un peu de la politique du pire qu'ils semblaient avoir irrémédiablement embrayée avec Le Silence de Lorna. Recelant quelques touches d'humour appréciables, leur nouveau film n'est pas complètement gai pour autant mais il est bien moins éprouvant et anéantissant que le précédent. Les frères Dardenne ont expliqué ce changement de ton en conférence de presse à Cannes, où ils ont loué les mérites du jeune acteur qui incarne Cyril, Thomas Doret, dont l'énergie communicative et la bonne humeur inébranlable auraient contaminé tout le plateau lors du tournage. L'explication vaut ce qu'elle vaut, toujours est-il qu'à l'image transpire la bienveillance des cinéastes à l'égard de leurs personnages. La caméra au plus près des acteurs, les suivant dans leur sillages et ne les précédant jamais, comme tributaire des faits et gestes imprévisibles de ceux dont elle enregistre le mouvement, se veut moins oppressante que dans les films précédents où elle semblait cerner les protagonistes et les enfermer dans son cadre vers une suite de malheurs toujours plus grands. Le regard attendri des cinéastes semble protecteur et, conjugué à celui, parfois désespéré, des personnages, il provoque et permet à lui seul l'espoir. Néanmoins, quand bien même la qualité de ce regard a changé, le style reste le même et il s'améliore encore. On peut commencer à songer sérieusement que les Dardenne sont les véritables héritiers de Robert Bresson, bien davantage que Bruno Dumont qu'on inscrit habituellement dans la première lignée de cette filiation. La façon qu'ont les Dardenne de coller au plus près des acteurs, de se déplacer avec cet enfant qui remue tout le temps, qui court, qui pédale, qui donne au film sa propre vitesse ; la manière dont ils filment avec simplicité, comme voulant enregistrer les faits et gestes de leurs personnages pour nous les rendre passionnants dans leur authenticité, substituant toute psychologie à leurs regards, mots, corps, tout en créant une mise en scène parfaite, limpide, allant à l'essentiel, et qui fait sens dans sa continuité, où elle gagne toute sa beauté, par l'enchaînement des plans et par les manques qu'ils glissent entre ces plans ; leur utilisation du son, toujours savante, ou de la musique qui scande le film et qui, coupée après ses premiers accords, signifie peut-être la frustration des protagonistes et leur incapacité momentanée à se focaliser, ces premiers accords du 5ème concerto de Beethoven sont utilisés exactement comme Bresson utilisait les premiers accords de la messe en ut mineur de Mozart dans Un Condamnée à mort s'est échappé : cessant dès la fin du générique, la courte phrase d'introduction revenait à plusieurs reprises accompagner certaines fins de séquence afin de ne rien ajouter à une œuvre par ailleurs d'une musicalité rare, déployant une harmonie de sons et de silences, et pour manifester la répétition, au sens littéral et au sens théâtral du terme, comme signalant des relances dans les tentatives successives d'évasion pour aboutir à une libération ; mais on peut aussi parler de l'humanisme chrétien des Dardenne, quand ils finissent tous leurs films par une chute ou une immersion dans l'eau, tout cela n'est pas sans rappeler un film comme Mouchette par exemple, ou tout l'art de Bresson de manière plus générale.



La précision obsessionnelle de la réalisation s'efface à l'image pour laisser place à un récit qui s'écoule en toute simplicité et qui a l'aspect de l'évidence. Car l'intelligence des Dardenne est aussi une intelligence émotionnelle. Quand le gamin demande : "Pourquoi tu as accepté de m'accueillir ?", Samantha répond : "Je sais pas", et on sait que c'est vrai. Samantha n'est pas une femme sans enfant frustrée, c'est simplement une femme qui accueille un enfant et qui se met à l'aimer, et on y croit sincèrement. On croit d'autant plus à cette relation que les Dardenne ne suivent pas le canevas narratif habituel, convenu et insupportable hérité de la tragédie et mis au tapis par une écrasante majorité de mauvais films basé sur son modèle, le fameux : "Tout va bien - Élément perturbateur, tout va mal - Résolution temporaire - Nouvel élément perturbateur, tout va encore plus mal - Résolution finale, tout est bien qui finit bien" (à ceci près que dans la tragédie le personnage est plutôt censé mourir lors du dénouement). Ce faisant ils s'évitent le passage central obligé où tout est censé être idéal. En général ces séquences-là sont constituées d'une plage musicale couvrant une écœurante imagerie de clip où l'on voit les personnages s'amuser, rire, s'aimer dans le bain, dans le lit ou à la plage de préférence, et exit le son diégétique de la scène, à part pour les éclats de rire, au profit d'une musique mielleuse placée là pour emporter le sourire du spectateur et mieux le lui arracher ensuite via un second emmerdement bien vachard. Les Dardenne ne font pas dans le chromo ou dans l'idylle mensongère. Ce n'est qu'à la fin du film que Samantha et Cyril s'accordent une après-midi heureuse avec un pique-nique dans l'herbe, après avoir été réellement soudés par des événements difficiles et après une réconciliation compliquée, bref après 1h15 de film, soit après que leur relation le permet effectivement et encore ne sont-ils pas en train de dialoguer en grands amis intimes, ils se contentent d'inviter des amis à manger et de rire un peu.



Ce souffle de vérité est perpétuel dans le film. On peut admirer aussi les regards du gamin qui parfois balayent dans le vide avec ce sérieux typique de l'enfance, qu'il soit en train de rire avec Samantha ou d'entendre le pire de la bouche de son père. Ces regards-là, sa façon de passer ses doigts sous un jet d'eau sans rien dire, le moment où il se frappe dans la voiture, toutes ces scènes sont d'une sensibilité et d'une exactitude précieuses. On y croit parfaitement, d'autant plus qu'on s'y reconnaît forcément, à moins que ce ne soit l'inverse. On croit même aux moments moins crédibles du scénario comme quand le copain de Samantha lui pose un ultimatum ou quand le gamin arrive à mettre KO deux types. Les personnages ne sont jamais triturés, expliqués, grossis à la loupe, et pourtant ils sont complets et fascinants. Y compris le personnage du père, joué par un excellent Jérémie Rénier qui parvient à donner corps à l'homme qu'il incarne en très peu de scènes et avec presque rien. Tous les acteurs sont partie prenante de la puissance du récit, car ce qui rend le film si beau c'est la justesse improbable dont les Dardenne font preuve en permanence. Que ce soit dans l'élaboration du rapport entre Samantha (Cécile de France, excellente, enfin) et le gamin, par exemple quand elle va le voir dans son lit et qu'il lui parle de sa respiration chaude, qu'il sent sur son épaule. Que ce soit encore la façon dont se nouent les liens entre ces deux personnages, jamais psychologisés ou laborieusement expliqués. La naissance de leur relation est sublimée par la mise en scène. Après avoir croisé Samantha dans une salle d'attente de médecin au rez-de-chaussée de l'immeuble de son père, et après s'être agrippé à elle pour échapper aux éducateurs du centre où il ne veut pas retourner, Cyril la retrouve au foyer quand elle lui ramène son si précieux vélo, racheté à l'homme auquel son père l'avait vendu. Concluons d'ailleurs cet éloge avec l'évocation de ce plan séquence discret mais savant, qui n'est peut-être pas le plus touchant du film mais qui en résume bien les enjeux, où le gamin récupère son vélo, moyen idéal d'accélération voire d'évasion, fait quelques démonstrations de maîtrise de l'engin à Samantha et finalement tourne autour de la voiture de la jeune femme, qui démarre pour quitter le foyer. Soudain le gamin accélère dans la roue du véhicule, ce que nous prenons aussitôt, comme les éducateurs du centre, pour une tentative de fuite. Mais un raccord nous montre l'enfant s'arrêtant simplement au niveau de la portière de Samantha pour lui demander s'il peut aller chez elle pour les week-ends. Elle répond qu'elle va y réfléchir et qu'elle rappellera. Et les Dardenne se gardent bien de nous montrer l'attende du coup de fil ou l'appel lui-même, on saute immédiatement au premier week-end partagé par Cyril et Samantha. Cette virtuosité sans afféteries de la mise en scène et cette intelligence suprême du montage sont rarissimes, et font de ce nouveau film des frères Dardenne une œuvre en tout point admirable.


Le Gamin au vélo de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Thomas Doret, Cécile de France et Jérémie Rénier (2011)