30 juillet 2009

Cliente

Il est comique de se rappeler comment Josie Balasko a vendu son film sur toutes les télés françaises. Elle a longuement raconté que son scénario avait été rejeté par tous les producteurs du pays après une vaine lutte acharnée contre la censure et les esprits étriqués d'une intelligentia hexagonale toute-puissante et outrageusement pudibonde. Désespérée de ne pouvoir tourner ce film qui lui tenait tant à cœur, Josée Balasko s'était alors résolue à faire de son script un roman, qui fut couronné d'un engouement du public fnac et massif. Forte de ce succès d'estime, Josué Tabasco s'en est donc retournée montrer patte blanche aux producteurs qui tous se disputèrent le bout de gras (et quand on parle de Balasko du gras y'en a), en vue d'un triomphe en salle aussi lucratif que celui des libraires. Ayant fait la preuve de la qualité de son récit et de l'intérêt qu'il devait susciter chez les gens, J.G. Balardsko pouvait faire la nique à tous ces financiers désormais alléchés par son histoire de gigolos. Et c'est ainsi que son film si sulfureux, prêt à briser bien des tabous, abordant un sujet tu jusque là et parlant sans ambages de la vérité sexuelle des femmes, pouvait enfin être mis en scène au cinéma, par nulle autre que Joe Balmasqué elle-même.

Regarder le film à la lanterne du souvenir de ce matraquage promotionnel devient alors comique, ou tragi-comique, puisque le film est une des "choses" les plus conventionnelles, plates, convenues et bêtes sorties au cinéma. De la mise en scène au récit en passant par la palette des personnages jusqu'au dénouement sans oublier le discours, tout est un immense cliché navrant. Ce qui fait de Josiane "Grotte de" Balasko la cinquième roue du carrosse d'un Cinéma Français populaire dont tous les pneus étaient déjà bien crevés.



Le film raconte l'histoire d'une bourgeoise de 50 ans pleine aux as et présentatrice de télé-achat qui se paye les services d'un escort-boy (ou gigolo) pour se faire mettre quelques fois par semaines par ce jeune prolo hideux qui fait ce boulot de trainé dans le dos de sa femme qui le croit charpentier et à qui il permet d'ouvrir le salon de coiffure dont elle a toujours rêvé avec l'argent de ses coups de queues... La bourgeoise ne croit pas à l'amour mais en l'argent et elle vit en se payant ses plaisirs éphémères... Sa collègue de travail, jouée par Josiane Kosovo elle-même, est une dépressive en quête d'amour qui finit par trouver son paradis sous les traits d'un énorme Indien d'Amérique (le vrai nouveau mari de Balasqaw qu'elle a tenu à foutre dans le film pour que chacun puisse témoigner de son nouveau bonheur et se dire que tout est possible)... Le gigolo et sa femme sont mal coiffés et ils vivent avec la mère et la petite sœur hystérique en pleine crise d'adolescence (interprétée par l'insupportable Mariloops Berry)... Y'a un noir aussi dans le tas, histoire que tout le panel de la société ait un petit morceau à se tailler dans le gras du film de Balascrocs... La femme du gigolo (Isabelle Carré) finira par découvrir qu'il est gigolo, elle voudra le quitter, puis finira par lui demander de recommencer pour ne pas foutre la clef sous la porte, sans pouvoir pour autant supporter la situation... Le gigolo (Eric Caravaca, le jour où celui-là sera payé pour se foutre à poil, il fera chaud) finit par se tirer avec sa vieille riche qu'il aime bien mais il revient avec sa femme... Ils sont tous très différents mais on ne se mélange pas trop pour autant. La bourgeoise reste seule et les prolos retournent ensemble.



Ce qui est intriguant c'est qu'une fois de plus, l'imaginaire morbide du cinéma Français dominant décrit le couple comme irrémédiablement lié à l'argent. Cliente succède à Hors de prix, Le prix à payer ou encore Combien tu m'aimes. Dans les cerveaux confits des réalisateurs populaires Français, l'amour se monnaye, le couple s'achète. Tristes sires. Pauvre France.


Cliente de Josiane Balasko avec Nathalie Baye, Eric Caravaca, Isabelle Carré et Josiane Balasko (2008)

25 juillet 2009

La Liste noire

Hier soir j'ai revu ce film. C'est ce genre de films que j'aime bien foutre le soir quand je sens que je vais m'endormir, et souvent je reste éveillé jusqu'au bout alors que je bosse le lendemain à 14h du matin... C'est un film de Irwin Winkler, sorti en 1991, avec Robert De Niro et Annette Bening entre autres, qui raconte la fameuse "chasse aux sorcières" à Hollywood au début des années 50, quand le gouvernement et les tribunaux Américains ont établi une "liste noire" sur laquelle ils inscrivaient les artistes supposés communistes, présumés coupables, soumis à la question et forcés devant le juge de collaborer en donnant des noms sous peine de perdre leurs biens et leur emploi. Le film est sobre et très efficace. Il montre bien l'ampleur du mouvement répressif américain de cette époque, fachisant, rétrograde, conservateur, totalitaire et moyen-âgeux, à travers le parcours d'un illustre metteur en scène (interprété par De Niro) qui est dénoncé par d'autres artisans d'Hollywood, accusés puis sommés de donner les noms de leurs propres amis. Le metteur en scène et personnage principal du film est jugé coupable de communisme parce qu'il a assisté à quelques réunions du parti en 1939. Il est alors écarté des studios, traqué, espionné et rejeté, pour finir devant le tribunal. Ce film est un autre exemple de cette faculté qu'on les Américains à parler de leur Histoire, même dans ses épisodes les plus honteux, sans ambages et avec une grande force critique.



Le film est assez simple, il va droit au but, il évite bien des débordements et se contente de raconter une histoire sans trop en faire, avec justesse et vérité. Et puis quelques petites pointes délicates de mise en scène, précises, fugaces et intelligentes évitent à l'ensemble d'être formellement trop plat. C'est peut-être aussi ce film qui m'a rendu De Niro tout à fait sympathique il y a quelques années. Avant ça je l'avais déjà vu dans beaucoup de bons films, où il était très bon acteur. Mais il m'agaçait parfois un peu, toujours empêtré dans le même carcan du héros nerveux et grimaçant, à l'instar de son personnage de Mean Streets, que j'appréciais mais dont il me semblait être prisonnier. Je me suis bien rendu compte de son immense talent dans The Deer Hunter et puis encore dans Il était une fois en Amérique. Ce type a quand même joué dans deux des plus grands films de l'Histoire du cinéma... Mais dans La Liste noire ("Guilty by suspicion" en VO) je l'ai redécouvert tout en nuance, brillant dans une grande retenue, à l'image du film, très discret mais d'une redoutable efficacité, voire franchement impressionnant.


La Liste noire de Irwin Winkler avec Robert De Niro et Annette Bening (1991)