27 juin 2009

Rasta Rockett

Cet article vous étonnera peut-être. En effet, à quoi bon parler encore d'un film clé des années 90 sur lequel tout a déjà été dit et redit ? Seulement voilà, ce film est terriblement d'actualité, et je vais tout de suite vous dire pourquoi. Une récente étude scientifique américaine très sérieuse menée à l'université du South Dakota, dans le Dakota du Sud, vient de prouver la chose suivante par A+B : tout le monde, dans sa vie, a vu ou verra au moins un film de Jon Turteltaub. Il s'agit donc de savoir lequel ! Et il s'agit souvent de l'inévitable Rasta Rockett. Pour ma part, j'ai fait un peu de zèle, j'ai vu 4 de ces films, rien que ça !

Rasta Rockett est, de loin, son chef d'œuvre, son film phare, celui qui nous donne la grille de lecture essentielle pour comprendre l'artiste qu'est Turteltaub. L'idée est simple : on va créer une équipe de bobsleigh en Jamaïque. Le succès : planétaire ! Je l'ai vu en CM2, en fin d'année. On nous avait dit "Bon, vous avez plus de devoirs, mais venez quand même à l'école pour pas faire chier vos parents chez eux ! Vous avez le droit d'amener chacun une k7 qu'on matera ensemble." Le lendemain, on avait tous amené notre exemplaire de Rasta Rockett. On l'a donc vu 28 fois. 28 fois en une journée, ça dépasse la journée, et ça te la pourrit sévèrement. 28 jours plus tard, on y était encore. C'est l'un de mes films cultes. Y'a un nombre de répliques mythiques à faire pâlir Jean-Marie Poiré.




Je l'ai revu en 2nde. Véridique. Notre prof principal d'hist-géo, un grand gaillard nommé Porquétébas, nous avait dit "Bon, demain, c'est le 20 juin, date fatidique pour moi autant que pour vous : plus rien à foutre des cours et rengaine habituelle ; vous remplacez vos trousses par le dvd de votre choix, un film qui vous tient à cœur en particulier. Faites-moi rêver, j'ai pas foutu les pieds au cinoche depuis que ma femme daltonienne a choppé un bus à travers la tronche et ne peut plus se déplacer toute seule. Je veux voir un film de cinéma. Car au cinéma, je ne peux plus y aller". Le lendemain, sur 12 élèves (les autres ayant pris des vacances anticipées), 11 exemplaires de Rasta Rockett "édition Prestige" et 1 documentaire sur le skate. On a maté le docu sur le skate puis Rasta Rockett qui, à côté, paraissait encore mieux ! Le prof avait des larmes de gros crocos !




Je l'ai revu en Terminale, 5 ans plus tard (la Première fut pour moi une année qui a duré 4 fois 365 jours, dont peut-être une fois 366, il faudra que je vérifie ça sur mon calendar ! Mais je suis plus à un jour près !). Ma prof principale d'SES (SiencES), une fillette de 21 ans nommée Pascale Weeks, à la veille des vacances d'été, nous avait annoncé "Pendant les révisions du bac, faites donc des pauses, videz-vous la gueule, effacez-vous la tronche ! Matez les films qui vous évadent le plus ! Vous serez encore plus efficaces lors du bachot, croyez-moi !". Résultat : mes révisions du bac ont consisté en une étude en long, en large et surtout en travers de l'œuvre Rasta Gémini Cricket. Je connais ce film sur le bout des doigts, et j'ai eu mon bachot au repêchage, grâce à une excellente note obtenue en espagnole à l'oral (coeff 3, j'avais 8 points à rattraper, j'ai eu 3.25/20, 4x3.25, le calcul est vite fait, 8 points allègrement dépassés Claude, j'ai eu mon diplôme comme ma grand-mère a paumé ses dernières dents : sans bouger les doigts !).
Je vais ptêtre me le revoir d'ici peu. On est fin juin. C'est pile la période où j'ai envie de Rasta Rockett.




Pour en revenir rapidement aux autres films de Jon Turtelteub, histoire de parler de ce que je connais le mieux : sachez donc que oui, Phenomenom est bel et bien un phénomène. Le jeu de mot est simple, alors je m'y vautre comme un clébard.

Quant à la série des Benjamin Gates, elle enterre tout simplement Indiana Jones et ses arches perdues. Nicolas Cage EST le nouvel aventurier.

Turteltaub, Turteltaub, prononcez son nom à plusieurs reprises et vous comprendrez que cet homme-là n'a pas eu la carrière qu'il méritait !


Rasta Rockett de Jon Turteltaub (1993)

23 juin 2009

American Beauty

J'étais persuadé d'avoir téléchargé American Booty, le fameux film introuvable, indisponible à la BU, emprunté depuis des lustres à MediaPorn, la médiathèque Porno de Toulouse. C'est l'affiche qui m'a trompé. C'était osé de la part de l'équipe marketing du film de coller un gros trou du cul (certes impeccable) à côté d'une rose sur le poster du film. Finalement c'était donc American Beauty, pour lequel Sam Mendes a obtenu l'Oscar du meilleur film. C'est d'autant plus fort que c'était le tout premier film réalisé par Sam Mendes. Cette année-là American Beauty était en concurrence avec Sixième sens pour l'ultime récompense de ce cinéma hollywoodien moribond depuis près de 15 ans. Ces deux films ont en commun d'avoir engendré, ou d'avoir ravivé des modes tout à fait détestables, insupportables aujourd'hui. Concernant Sixième sens : le film fantastique pour tout public, ambitieux et modeste, ainsi que l'usage abusif du twist final perçu comme la clé d'un succès assuré ; sans oublier le retour sur le devant de la scène des enfants autistes, personnages aussi fascinants que têtes à bouffes (Haley Joel Osment, aujourd'hui condamné à donner sa voix aux films Pixar, tant l'adolescence s'est avérée pour lui l'équivalent d'une guerre mondiale, rivalisait dans ce domaine avec Sean Penn).



Concernant American Beauty, de Sam Karman Mendes, qui nous intéresse aujourd'hui, il a peut-être fait pire, car plus sournois. En effet American Beauty c'est l'épanouissement d'un certain genre de films indépendants, pasteurisés, demi-écrémés, sans sucre ajouté, dénués d'apports journaliers. Si ce film était un produit de consommation ce serait de l'Actimel, un petit truc qui ne sert à rien mais qui fait le bonheur de ces dames. Ma phrase n'a aucun sens puisque American Beauty EST un pur produit de consommation. Sam "Je suis Sam" Mendosa a lancé toute une vague de films indés manufacturés, produits à la chaîne, ayant pour sujet la petite famille américaine et ses petits tracas, pleine aux as mais rarement épanouie. Toujours le même père de famille en pleine crise de la cinquantaine, déconnecté de ses gamins, plus vraiment excité par sa femme, aigri par son boulot (le sempiternel "bureau"), attiré par de nouvelles sensations de type pédophiles et désireux de rattraper sa jeunesse perdue. Toujours la même mère désintéressée de ses enfants, encore bonne mais totalement asséchée, qui rêve d'un gang-bang avec dix blacks fraîchement échappés de taule, d'une sorte de gros nettoyage de printemps. Toujours la même fille à la sexualité récemment inondée, aux seins qui poussent plus vite que la musique, brillante au lycée mais peu motivée, en guerre contre ses parents et avec sur les écoutilles un discman diffusant The Shins en boucle. Elle aussi rêve d'un gang-bang avec dix blacks fraîchement échappés de taule (même si sur sa liste de noël elle précise qu'un seul suffirait, dans une lettre adressée à un Santa Claus qui fondra sur place en lisant ses mails). Toujours le même petit-ami mal vu par les parents, car synonyme d'une virginité bientôt rencardée au rang de souvenir pour leur progéniture, un type sombre, cynique, torturé, vêtu de noir, qui fait un peu de cinéma avec sa Super 8, qu'est fan de Lynch, qui a toujours les volets tirés et qui sait révéler sa conne de copine à elle-même en employant parfois des ustensiles de cuisine.



Sam Mendosa, avec tous ces ingrédients de merde, a pondu le prototype de ce cinéma qui nous pourrit la vie depuis quinze longues années. Ce prototype c'est un film d'une banalité confondante, con comme ses pieds, qui croit dénicher l'Amérique dans ses petits secrets, filmé le plus platement et le plus scolairement possible (Dawson Creek n'est pas loin), avec un fond de chansons sympas, et parfois une touche soi-disant provocante ou "osée", tandis que Kevin Spacey se branle sous la douche de dos en nous saoulant de sa voix-off la moins inspirée. L'acteur reconnaîtra plus tard avoir davantage pris son pied en doublant Monsters Inc., le bébé de Pixar. Encore cette semaine sortait Smart People, un film directement calqué sur ce prototype affreux lancé par Sam Mendes. La seule originalité dans ce dernier film c'est le personnage du tonton qui rêve de s'enculer sa nièce.



La pire scène du film reste celle où le petit ami de Thora Birch lui montre un des milliards de torchent-cul (qu'il appelle des "films") qu'il a capté avec sa caméra Super 8, il lui présente celui qu'il préfère. Dans ce film il tente de capter toute la beauté du monde en filmant un sac plastique qui flotte et virevolte au gré d'un petit tourbillon du vent dans une rue de banlieue. C'est Mendes qui nous parle à travers ce personnage auquel il s'identifie sûrement. Ce même Mendes qui en 1999 a vécu une "année noire" malgré son Oscar puisqu'il s'est fait plaquer par sa femme et ses dix gosses, tragédie qui lui a inspiré le triste métrage qui aura fait son succès. Il veut nous rappeler que la vie n'est pas toujours très gaie mais qu'un sac plastique ça reste beau. Avec cette scène (littéralement) au ras du sol, Mendes donne sa définition du cinéma et résume en une séquence cette tendance actuelle qui consiste à vénérer la médiocrité et l'insignifiance.



Au final Kevin Spacey a obtenu un oscar en laissant libre cours à sa libido endiablée le temps d'un tournage. Les regards qu'il lance à ce poiscaille qu'est Mena Suvari, c'est tout ce qu'on lui demande, mais ils n'ont rien d'artificiel. C'est l'acteur qui zieute à ce moment-là. Sam Mendes a la curieuse habitude de nettoyer ses lunettes avec son calebarre, il ne s'étonne plus d'avoir les yeux qui puent la queue. Depuis ce film il s'est vautré dans Les Sentiers de la perdition. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne jamais tomber sur Jarhead Leto. Tout dernièrement il a eu la brillante idée de réunir Kate Winslet et Dicaprio, sans même être au courant que les deux acteurs s'étaient déjà noyés ensemble dans le Titanic. Un sacré coup marketing inconscient ! Ceci dit la petite histoire ne raconte pas qu'aujourd'hui Mendes est plongé dans son manuel du Droit de la Propriété Intellectuelle, et il essaye de "coincer" un James Cameron plutôt intouchable sur ce coup, puisque c'est bien lui qui a eu l'idée de créer ce couple en premier, et dix années d'écart entre les deux films donnent raison à Cameron. A la barre seront appelés les dix piges et les milliards de témoins ayant fait de James Cameron le Picsou des temps modernes, le maître du monde.


American Beauty de Sam Mendes avec Kevin Spacey, Mena Suvari et Annette Bening (2000)

19 juin 2009

Barton Fink

J'ai toujours confondu - et je confonds encore - trois films : Barry Lyndon, Barton Fink et Larry Flint. Pourtant, rien à voir... Le premier cause d'un duelliste aux prises avec son mousquet qui lui pète dans les doigts, le second parle d'un débile figé sur son stylo plume, et le troisième raconte l'histoire d'un pornographe opportuniste tout entier accaparé par son appendice caudal. Barry Lyndon était interprété par Barry Pepper dans le film de Stanislav Kubrick, Larry Flint était campé par Woody Goldberg dans le film de Milos Forman, et Barton Fink, qui nous intéresse aujourd'hui, c'était John Turturro, dans le film des frères Coen. Ce que je vais vous dire là je le dis rarement parce que les gens ne me croient pas et s'imaginent que j'essaie de jouer l'ami des stars, pourtant croyez-moi, y'a pas de quoi se vanter d'être l'ami d'une telle star. Je veux parler de John Turturro, que je connais bien puisqu'il a pendant longtemps été mon voisin de palier. C'était mon voisin Turturro. Et une entente cordiale régnait entre nous. Sauf quelques soirs où ce fameux John Turtleteub, comme j'aimais à l'appeler pour me moquer, se mettait à hurler des insanités que je pouvais entendre depuis ma chambre et qui m'empêchaient de fermer l'œil. La cloison qui séparait nos deux appartements était si fine que la nuit venue, les bruits de la rue s'étant tus, je pouvais distinctement entendre chaque mot qu'il prononçait depuis chez lui.



En réalité, au bout de quelques semaines, il aurait aussi bien pu arrêter de prononcer ces mots-là... Je les aurais entendus quand même, je les avais enregistrés dans ma mémoire, ces mots, invariables, qu'il répétait de soir en soir, inlassablement. En fait il était au téléphone avec sa copine ou bien sa femme - j'ignorais les détails de sa "situation" - et ils terminaient chacune de leurs discussions par le sempiternel "Raccroche - Non toi d'abord", ce jeu qui sert d'interminables adieux téléphoniques aux couples les plus puérils. Sauf que dans le cas de mon voisin Billy Bob Turturro, ce jeu "trop mignon" typique des amours enfantines tournait systématiquement court et le ton s'emballait pour monter dans les décibels. Tous les soirs, j'entendais mon voisin John Totoro dire à sa femme "Allez bye...", puis quelques secondes de silence plus tard: "Raccroche... Non toi... Non toi d'abord... Allez quoi raccroche, ça va bien maintenant... Allez raccroche ma parole !... Ta gueule ! Raccroche. Ta gueule ! Non non TA gueule ! Raccroche, TA GUEULE !" et ainsi de suite...



Drôle de mec ce Turturro quand j'y repense. Mais c'est quand même une chance d'avoir vécu près de lui, même si j'y ai perdu des milliards d'heures de sommeil. Ma vie est devenue celle d'un gros loir à cause de John Turturro. A chaque fois que je pionce je fais le tour du cadran et j'y perds autant de temps que d'argent ; mais j'ai été le voisin, le "girl next door" de Johnny Turturro.



Concernant le film j'en ai vu qu'une petite demi heure, mon sommeil m'ayant très vite rattrapé. C'est une sorte de critique d'Hollywood, un peu onirique, un peu fantastique. Un mélange entre Lynch et Terry Gilliam. Un film cafi de rêves. Je ne verrai donc jamais l'heure manquante. Je fais suffisamment de rêves en pionçant des journées entières pour mater des films qui m'en montrent d'autres, et de forts laids. Faut que je pionce, je suis vraiment faaaaa


Barton Fink de Joel et Ethan Coen avec John Turturro (1991)

15 juin 2009

Terminator Renaissance

Terminator Renaissance est un film avec des terminators réalisé par un tocard aidé dans son travail par toute une équipe de tocards, interprété par une bande de tocards et produit par des gros tocards dépourvus de cojones. Ce film est court mais paraît long, il est propre sur lui mais si on marche dedans du pied gauche ça porte chance, il est rempli de références pour ses glorieux prédécesseurs (je ne parle pas du 3) mais c'est pour mieux les rendre ridicules.

Les deux exemples suivants se passent de commentaires :
Femme de John (un tromblon) : "Fais attention John", réponse de John "Je reviendrai".
Première rencontre entre Marcus Wright et Kyle Reese => "Viens avec moi si tu veux vivre".

Ode à la tristesse
Tristesse, tristesse, lorsqu'elle sourd, elle m'accompagne lors de mes nuits d'effroi
Tristesse, tristesse, lorsqu'elle se manifeste, je ressens une douleur jusque dans mon foie
Tristesse, tristesse, pourquoi as-tu mis sur mon chemin une telle ineptie faite de bruit et de vide ?
Tristesse, tristesse, toi et moi c'est pour la vie si tu continues à rendre ces moments si perfides


S'il existait un royaume des tocards, ce type-là aurait un duché

Les clins d'oeil aux précédents Terminator, dont le point d'orgue est l'apparition inopinée d'un T-800 doté de son revêtement charnel, sont tous plus idiots les uns que les autres. Une manière insultante et dénuée de subtilité de forcer la filiation et de faire plaisir aux fans. En tant que fan de Terminator (pas le 3 !), je n'ai ressenti aucune joie à voir Schwarzy rendre l'intrigue plus absurde par son apparition. Ok on est pas loin de la chaîne de fabrication des tous nouveaux prototypes de T-800, mais pourquoi on se retrouve avec un seul d'entre eux à poil et fini en liberté dans les coursives de la prison pour humains du building de Skynet ? Et tu l'as fait péter à la fin Skynet ou pas, hein, John ? Il est fini l'ordi ? Y a pas de T5 alors (s'il vous plaît) ? Qu'en est-il de nos amours ? T'as tout fait péter mais qu'est-ce que t'as fait péter au juste ? Et Marcus qui a un mal de chien à te charrier jusqu'à l'hélico alors qu'il vient de bousiller à mains nues un T-800, c'est plus un robot ? Il est robot quand ça lui dit ? Il fait un rôt pendant que John Connor dit "bo" ? Dis-moi John, pourquoi tu fais tout péter autour de ta base secrète au moment où tu courses Marcus, c'est pour que les machines la découvrent plus facilement ? T'en as marre de vivre ? T'en as marre de voir la tête de tromblon de Bryce Dallas Howard quand tu te lèves le matin ? Et les grands hangars dans lesquels toi et tes potes résistants vous rangez vos avions et hélicos, vous faites comment pour que Skynet qui contrôle tous les satellites autour de la Terre et possède des tas de vaisseaux espions ne les voit pas ? Vous les couvrez avec des branches d'arbres coupés à la serpe tels les chasseurs avec leur cabanes à oiseaux ? Et vos communications, vous les brouillez ? Vous les codez ? Vous n'avez que faire d'être entendus et espionnés par les robots ? Dis-moi tout John.

Entre recherche de filiation maladroite et "trahison nécessaire pour pouvoir partir sur de nouvelles bases", on obtient un film souvent incohérent, absurde, rempli de scènes d'action et de SFX rocambolesques pour masquer la peau de chagrin d'un scénario hâve réécrit à la hâte par des gens qui auraient dû pratiquer un autre activité professionnelle. Profiter d'un nom de franchise de qualité pour surfer sur la vague de sa réputation avec un résultat aussi médiocre, c'est malhonnête. Y a pas mort d'homme c'est sûr, mais mes 5,60€ iront en partie dans la poche de ces gens qui en feront usage pour pondre d'autres saloperies et salir les salles de cinéma avec leurs chaussures pleines de boue. Le jour du jugement dernier, 3 milliards d'êtres humains mourront sous le feu nucléaire provoqué par un ordinateur susceptible et rancunier. J'espère que ce jour-là, McG et ses copains auront décidé d'aller dans un square profiter du beau temps pas très loin de l'épicentre de l'explosion. Si James Cameron, cet homme si sensible, a eu l'occasion de voir ce film, il a probablement pleuré, il s'est réfugié seul dans sa salle de bain, a fait couler l'eau froide, il s'est mis tout nu au fond de la douche dans une position fœtale, il a hurlé, les voisins ont appelé les flics, il est maintenant dans un institut spécialisé, il réapprend à marcher, à manger, à communiquer avec ses semblables, il essaie d'oublier son univers trainé dans la boue, tous les écueils qu'il avait évités et dans lesquels McG et ses potes se sont vautrés dès les premières minutes de T4. De toute manière, ce McG n'est surement pas capable de faire mieux, il a probablement tout donné dans ce film, un tocard reste un tocard.

Aucune clémence quand on a à sa disposition une telle base à exploiter et qu'on en fait un tel merdier.


"Tocard appelle la base, copy that ?"

C'est toi qui a commencé George Lucas ? C'est toi avec tes nouveaux Star Wars tout pourris sans queue ni tête mais avec des tas d'effets spéciaux agissant tel un arbre cachant la forêt d'un scénario anémié, débile et abscons ? Ou bien c'est toi Michael Bay à force de balancer tes films de merde dans nos gueules qui a décomplexé tout un tas d'idiots qui ont fait pareil mais n'arriveront jamais à la cheville de tes Transformers pour ce qui est de la médiocrité ? C'est toi le père spirituel de ces types-là ? C'est toi le Pape du nouvel Hollywood ? T'en es fier ? C'est toi le savant fou qui a lobotomisé Spielberg ?

Quand on met McTiernan en prison en l'ayant dégouté pour toujours de la réalisation après le 13ème Guerrier, quand on empêche James Cameron de faire ses films et qu'on remplace en cachette les cerveaux de Spielberg et de Zemeckis par les moitiés du cerveau de Dominic Sena, qu'on ne soit pas étonné. James Gray a raison, Hollywood ne sait plus raconter d'histoire. Je sens qu'en 2009, et comme les années précédentes, on va pouvoir se brosser dru pour avoir un blockbuster SF/Fantastique/Action digne de ce nom (quelqu'un a dit "Avatar" ?) ?


Terminator Renaissance de McG avec Christian Bale et Sam Worthington (2009)

Ça se soigne ?

On pourrait douter qu'un seul acteur soit capable de faire aimer un film par ailleurs à la limite du néant. James Stewart, Jean Gabin, Gary Cooper, Marlon Brando et Mel Gibson l'ont fait, au moins une fois. Thierry Lhermitte s'ajoute définitivement à la liste grâce à ce film de Laurent Chouchan, le fils adoptif à peine caché des deux chansonniers inséparables et défigurés que sont Laurent Voulzy et Alain Chouchon. C'est d'ailleurs grâce à ses parents imposables sur la fortune que Laurent Chouchan a pu accomplir son rêve en donnant un rôle sur mesure à notre idole à tous : Thierry Lhermitte. Le film raconte l'histoire d'un type pour qui tout va bien et qui du jour au lendemain tombe en dépression. Autrement dit l'histoire est un gros prétexte pour que Lhermitte puisse déplier tout l'éventail de son si riche talent d'acteur, du comique au tragi-comique. Pour les fans de Lhermitte, c'est un "must have", pour les autres, c'est un "must have had" au moins. Pour les plus radins ou les plus pauvres, c'est un "must have had and sold on e-bay the day after tomorrow to the first port-de-boucain connected on the web".



Quand je dis que Lhermitte suffit à faire aimer ce film, et qu'il y parvient miraculeusement malgré un entourage infect, ça n'est pas peu dire. Tout ce qui se trame autour de lui a l'odeur typique d'un corps en putréfaction. Les seconds rôles qui servent la soupe à Lhermitte sont tous des cageots humains, des moins que rien, des cas sociaux abîmés par la vie. Avec en tête d'affiche Julie Ferrier, celle qui m'a rendu pédé et qui nous a tous violés le soir de la cérémonie des Césars en exhibant un sein monstrueux qui inspirerait sans doute une trilogie à Cronenberg intitulée "Le bourdon" (en VO: "The Bumble-bee") ; et François Xavier-Demaison, lui et sa tronche affreuse, son jeu d'acteur kafkaïen, et sa tristement célèbre imitation dite de la "Marmotte", lui qui ne sait pas qu'il imite un gros phoque 24h/24, et à la perfection, ce qui lui interdit de traîner en caleçon sur les plages de la côte d'Azur sous peine d'être harponné par un pêcheur au gros à peine bigleux et un peu impulsif, comme il y en a tant dans la région PACA.



Quel plaisir, quelle jouissance, de voir tous ces trous-du-cul, derniers rejetons maléfiques de la vieille maison Canal+, hantée du cellier au grenier, trainés dans la fange par un Lhermitte asocial, irrité jusqu'au bout des cheveux et bourré d'Omega 3. Car enfin il s'agit quand même de parler de lui. Lhermitte est le dernier des gars du Splendid à encore s'amuser et nous faire rire. C'est aussi le dernier de gauche, avec la grosse Balasko, qui vote à babord parce que si elle va à tribord le bateau chavire. Y'a aussi Anémone qui votait à gauche, mais depuis quelques années elle vote à droite, en fait depuis que Tiberi la croit morte, lui qui glane les voix des trépassés pour se faire réélire un peu partout.



Bref dans ce film on a droit à un festoche de Thierry Lhermitte. Il a toujours été un peu taré et il l'est de plus en plus en vieillissant. Combien d'émissions de télévision a-t-il soumises à son joug en y passant deux secondes avant d'être emporté par deux vigiles morts de rire. De même, il prend chaque scène du film de Chouchan à son compte, à bras le corps, pour en faire ce qu'il veut. Et ce que veut Thierry Lhermitte c'est nous faire marrer, tout en se marrant lui-même. Si Lhermitte plaît aux femmes, c'est notamment à cause de ses petites rides aux coins des yeux, celles qu'on appelle "rides d'expression". Ces rides-là naissent en riant. Merci Thierry. Tu m'as refilé tes rides et je n'ai que 12 ans ! Merci Titi !


Ça se soigne ? de Laurent Chouchan avec Thierry Lhermitte (2008)

Home

Actualité oblige, nous nous devions de mater Home, le film de YAB, et de vous en toucher un mot. YAB c'est Yahn Arthus-Bertrand, aussi appelé YABI-YABON ou encore L'IlYAB et l'Odysée. Le petit trublion de la scène écologique française, et donc de la scène politique de notre pays. Il avait déjà foutu son grain de sable dans l'élection de 2007 en dévoilant, pendant l'entre-deux tours, les kilos de papier cul épuisés par Ségolène Royal chaque jour et le nombre de phoques abattus pour décorer ses lèvres. Il avait prononcé la fameuse phrase "Pas très écolo tout ça Ségo", au micro d'un Pujadas depuis longtemps de droite. De quoi filer un coup de pouce à celui qui est désormais marié à celle qui s'est fait refaire la tronche dès son 25ème anniversaire parce qu'elle s'était découvert une fossette, ride dite "d'expression", quand elle riait*.



YAB est le Français préféré des Français, ce qui tend à faire de lui un gros connard. Petit retour en arrière sur YAB, qu'on confond trop souvent avec beaucoup d'autres. YAB c'est l'Île au trésor, c'est Faut pas rêver, c'est Talachia, c'est Téléfoot et c'est Ushuaïa. A la télé y'en a que pour lui, et c'est sur ce "média" qu'il a d'abord voulu rendre les gens sensibles à son souci majeur : l'écologie. Même si pour téléfoot, il s'est permis un petit écart, en signant les "Z'insolites" chaque semaine, où il cherchait avant tout à concilier ses deux passions : l'humour british et le ballon rond. Ce fan incorrigible des Monty Python s'est ensuite fait remarquer de tous en signant le best-seller des années 2000, le bouquin le plus vendu en librairie du 21ème siècle : Ma mère vue du ciel. Un classique des fêtes des pères. Le cadeau qu'on a tous offert à notre paternel. Il est aussi célèbre pour avoir animé Le Vrai journal pendant des années sur la chaîne cryptée ; pour avoir présenté des objets métalleux en plastoque et autres inventions foireuses à Philippe Gildas (prononcez comme Poelvoorde: "Guildaze") dans Nulle Part Ailleurs ; pour avoir littéralement servi la soupe à Dechavanne (aka "K2R") dans toutes ses émissions ; et pour avoir gagné ses galons de trouble-fête auprès du grand public en promenant sa gueule rousse à la Kidman sur toutes les tribunes de la demi-révolution de Mai 68. Yahn Arthus-Bertrand, YAB, après avoir signé l'idée originale de la série télé JAG, a enfin lâché son sac-à-dos, ses doc marteens et sa caméra portative qui ont fait les belles heures d'Ushuaïa Nature, pour se lancer dans le cinéma militant, sérieux, de propagande, à échelle mondiale. C'est là qu'on en vient à Home, dont le sous-titre n'est autre que "Home Alone, Maman j'ai pas loupé l'avion vu que je suis calé dedans et que je prends des photos de ton gros cul vu d'ici, les sourcils collés à l'hublot".Lien

A la copie, préférez l'original, allez voir du côté de Koyaanisqatsi. A Jean-Michel Jarre, préférez Philip Glass. A YAB préférez les sous de Coppola. Dommage tout de même pour les Verts. Si Koyaanisqatsi était sorti en même temps que Home ils auraient fait 40% aux dernières élections eurockéennes au lieu de 20% (20% X 2).


*Si je vais en taule pour ça, j'irai ganté de noir et avec un sourire fendu sur le visage.


Home de Yahn Arthus-Bertrand avec Jacques Gamblin (2009)

L'Emmerdeur

Y'a pas une heure, Félix était fier comme Artaban de m'annoncer qu'on pourrait enfin voir le dernier Weber, fraichement téléchargé. Francis Weber, on le connaît tous, on ne le présente plus. On l'appelle aussi Francis "The King of Comedy" Weber, ou bien "L'homme aux pistolets d'or". Francis Weber c'est la seconde fortune de France, juste derrière Yannick Noah. Weber c'est l'homme à la double carrière la plus fructueuse depuis Primo Levi qui avait su conjuguer littérature et blue jeans. Weber de son côté a su bâtir un empire sur un bouquin de science fiction populaire tâchant d'établir que les fourmis vivraient en société. Par ailleurs il a réalisé bon nombre de nos comédies frenchy les plus reconnues du 21ème siècle, allons-y franco. J'ai nommé La Chèvre, Les Compères, Les Complices, Les Converse, Le Dîner de cons, Le Placard des cons, Tais-toi gros con, et ainsi de suite. J'ai vu rouge quand Félix m'a montré le fichier .avi corrompu et bourré de trojan du film. Il l'avait déjà téléchargé au printemps dernier, juste après la sortie du film, et on avait déjà essayé de le mater du coin de l'œil en bouffant un énième plat de pâtes aux spaghettis (on les appelle comme ça histoire d'avoir l'impression que nos pâtes sont parfumées, étant donné qu'on n'a pas un rond à foutre dans une sauce quelconque).



Et déjà la première fois j'avais fait sauter les fusibles de l'appart pour arrêter le film dès le premier quart d'heure passé. Faut dire que c'est le premier film de l'histoire du cinoche tourné derrière une moustiquaire. Francine Weber n'a sans doute pas trouvé d'autre filtre pour donner une identité visuelle à son gros slapstick. Le problème c'est aussi que Patrick Timsit (prononcez Patsy Kensit), joue le rôle d'un gros dépressif, et Dieu sait qu'il est fait pour incarner des surexcités et autres hyperactifs. Quant à Richard Berry, et sa mèche folle et grasse, celle qui le précède toujours et qui dit presque les répliques avant lui, il est du genre à m'inspirer un gros caca nerveux, pour remettre au goût du jour une expression injustement tombée en désuétude. Pour terminer, elle est facile, mais je me suis emmerdé devant L'Emmerdeur. Tout comme j'ai massacré des gens à la tronçonneuse devant Massacre à la tronçonneuse, mais ça faut pas le dire, ça reste entre nous, je suis troisième sur la "most wanted list", derrière Jamiroquaï et Benjamin Laden.


L'Emmerdeur de Francis Weber avec Patrick Timsit et Richard Berry (2008)

9 juin 2009

Le Dernier Voyage du Juge Feng

Là vous vous dîtes "Oh putain j'en ai rien à foutre !". Rassurez-vous moi aussi. Vraiment. Je l'ai vu au cinéma ce film-là. C'était pas atroce. C'était même pas chiant. C'était juste une sorte de "black-out" dans ma journée, et dans ma vie. C'est un trou d'une heure et demi dans ma vie, dont j'ai tout oublié. J'en ai un autre qui a duré près de six heures mais c'était pour le Nouvel An 2007, suite à un coma éthylique. J'en ai aussi eu un autre dixit mon père, qui a duré la bagatelle de trois heures, juste après ma naissance. J'ai cessé de respirer pendant trois plombes. Tout le monde était persuadé que j'étais mort et ils m'ont jeté à la poubelle. Trois heures après je revenais à la vie en crachant mes poumons, le cerveau oxydé et les yeux révulsés. J'ai été mort pendant trois heures. D'après les médecins c'est un miracle que je sois capable d'écrire ces lignes à l'heure qu'il est. C'est pas que je sois débile, non, simplement mon corps est partiellement atrophié depuis cet accident cérébral, et mes doigts sont des merdes. Ce que ces cons de docteurs ignorent c'est que je tape les touches avec mes deux couilles. Et vu qu'elles sont énormes, celle de gauche s'occupe de la partie "AZERT" de mon clavier, et la droite s'octroie la partie "YUIOP". A chaque fois que je fais un espace mes gros roustons font bravo en se ruinant l'un contre l'autre, mais je suis progressivement devenu insensible à la douleur. Frappez-moi en-dessous de la ceinture, je ne ressens rien. Mais faîtes une remarque sur mes crayons ou mes yeux exorbités et je prends la mouche.



Bref c'est pas de ça dont je voulais parler, ça c'est la partie intime de ma vie et j'ai autre chose à faire que l'étaler sur un blog. Ce que je voulais dire c'est que je ne parlerai pas de ce film, qui est assez insignifiant. Je veux plutôt parler d'un phénomène que j'ai pu constater un certain nombre de fois et qui est agaçant. Le Dernier voyage du juge Feng est un tout petit film chinois sans prétention et sans importance, sorti en catimini en France et ailleurs. Personne n'en a parlé et c'est pas plus mal puisqu'il n'y a strictement rien à en dire. Quand je suis allé le voir, il y avait une dizaine de personnes dans la salle. Pour la plupart des gens entre deux âges, de bons parents cinquantenaires délaissés par leurs étudiants d'enfants, des soixante-huitards attardés, des socialistes retraités et sympathiques. D'ailleurs Daniel Cohn-Bendit était assis à ma gauche, le vieux rouqmoute avec ses boucles chenues, ses lunettes à triple foyers, son grain de beauté qui se fait la malle au coin du nez et son fameux t-shirt blanc décathlon planqué sous sa légendaire chemise ocre et blanc cassé. Il sentait la Mort dans ses frusques de révolutionnaire de mes deux, et la Mort je la connais pour avoir passé trois heures en tête à tête avec elle dès ma naissance, à débattre sur mon droit de vivre ou d'y passer. Il fait partie de ces gens-là qui vont souvent voir ce genre de films, intrigués par le petit artisanat du terroir chinois dont Télérama a plus ou moins fait les louanges, en parlant de simplicité et de vérité profonde tout en racontant l'histoire du film, celle de ce vieux chinois parcourant à dos d'âne les montagnes reculées de la vieille Chine, encore miraculeusement épargnée par la mondialisation, voire même par toute forme de civilisation. L'histoire si touchante de ces gens de l'arrière pays qui vivent encore sans l'eau courante ni l'électricité et qui au fond gardent un peu de ce qu'il reste en ce triste monde d'humanité, coincé avec un peu de crasse et de champignons entre leurs vieux doigts de pieds.



Ces gens-là riaient, très régulièrement, comme des métronomes, à de faux gags, à des répliques pas vraiment drôles, très banales, dites sur un ton parfois particulièrement occidental dénué des modulations chantantes qui font la spécificité de la langue chinoise. Et c'est précisément pour ça que ces gens-là riaient. Ils n'auraient même pas esquissé un sourire pour les mêmes dialogues ou pour les mêmes gestes s'ils avaient été prononcés ou faits par des occidentaux dans un film occidental. Ce qui les faisait pisser de rire c'était que des chinois disent ou fassent ces choses-là comme eux. Ces situations étaient cocasses uniquement parce qu'elles étaient étonnamment chinoises. Ces gens-là ne sont pas racistes. Et ils le sont encore moins en allant voir ce film. Mais un autre racisme est là, moins dangereux, plus vicieux, une sorte de seconde couche cachée bien profond et indépendante de la première, plus tacite, plus naturelle et plus banale, mais non moins grisante. Ces gens-là rient de voir que ces chinois qu'ils supposaient si différents, si "autres", et qu'ils sont allés voir au cinéma précisément parce qu'ils sont tellement autres, ne sont finalement pas du tout éloignés de nous. Ces chinois sont finalement si simples, si naturels, si normaux, si humains... Il y a une certaine malice à rire pour un oui pour un non afin de se sentir en connivence avec ces étrangers du fond du Népal. Ces spectateurs-là, du dimanche, sortent de ce genre de film avec le sourire niais qu'impose le désir d'apprécier ces petites gens bridées si touchantes d'humanité. Leurs situations, leurs actes et leurs paroles sont plats, banals, voire redoutablement chiants mais ce sont d'authentiques petits Chinois, alors les spectateurs, ces gens-là, sont d'office parés pour rire au premier semblant de gag ou pour s'émouvoir du premier avatar de sentiment, en toute urgence, car il faut à tout prix aimer l'autre quitte à se forcer, par une complaisance inquiétante. Il y a comme une hâte à accepter l'autre et à se sentir accepté par cet autre en riant et en pleurant à son film. Cette urgence que ces gens-là éprouvent à communier avec l'étranger, à faire la paix avec lui, à l'accepter, révèle peut-être en réalité une certaine volonté exacerbée de refouler les prémices fantomatiques d'une peur de cet autre dont on craint qu'il ne nous fasse ni rire ni pleurer. Si ces gens-là rient aux phrases les moins drôles de ces Chinois c'est moins parce qu'ils s'en sentent proches que parce qu'ils ne veulent pas s'en sentir éloignés. Ils se rendent compte qu'ils ne sont au final pas si différents d'eux - ce dont ils doutaient au départ, et c'est pour ça qu'ils sont allés au cinéma, pour se rassurer. Ce genre de film permet de saisir le fond de racisme commun et latent qui sourd au fond des spectateurs de cinéma les plus foncièrement innocents. Ce racisme qui brille par son absence, ou plutôt par son revers irréprochable... Vous devez connaître la série des Livres dont vous êtes le héros ? On vient de m'offrir un livre anglais dont la couverture est blanche, censée être dessinée par celui qui l'achètera. Fameuse idée. Je vole le concept le temps d'un article. A vous d'écrire la fin. Moi je pars boulotter un gros tas de samosas (pour me sentir tout près des petits Chinois) !


Le Dernier Voyage du Juge Feng de Liu Jie avec Baotian Li (2007)

8 juin 2009

Looking For Eric

Tout le monde s'est plu, critiques, spectateurs, acteurs et producteurs, à employer un vocabulaire footballistique pour parler de ce film. A moi d'en faire autant et pas qu'à moitié. Ce film c'est une passe de Cantona à Ken Loach. C'est une passe aveugle. Mais pas décisive. C'est une passe en or qui finit sur le poteau de corner. Cantona n'y est pour rien. C'est un match de gala, il ne fait qu'une apparition polie. C'est Loach qui foire sa frappe. Et c'est le banc qui n'est pas bien fourni, du coup quand Cantona n'est pas à l'image on se fait chier. Les autres ne parviennent jamais à concrétiser leurs occasions. Putain j'arrête tout. Le parallèle film/foot ça devient vite ultra chaud à lire ! Comme dans le film d'ailleurs, c'est vite lourd d'entendre Cantona donner des conseils de foot au personnage principal pour l'aider à mener plus rondement sa vie. Si ton adversaire est plus fort, joue-la en finesse ; si ton adversaire est plus petit, joue en hauteur ; si ton adversaire est droitier, passe à gauche ; si ton adversaire est plus grand, suce lui la queue etc. Il est chaud cet article... C'est la première fois que je passe un mauvais moment devant le film ET devant l'article.




On passe son temps à obéir au titre, Looking for Eric, du début à la fin on le cherche et il n'est que rarement à l'image... Voila, en gros à part ce genre de jeux de mots pourris sur le titre, rien ne me vient. Le footballer de nos cœurs est présent peut-être dix minutes dans le film. Et son rôle est si minuscule et répétitif qu'il lasse très rapidement. Loach aurait dû appeler son film "Locking for Eric", ça ne veut rien dire mais j'entends par là "cadenasser Cantona". Ou alors "Cooking for Eric", on aurait vu l'acteur principal lui préparer des repas anglais typiquement affreux. Je sais pas moi, j'essaie d'avoir des idées... On sent que Cantona a proposé un truc à Loach qui s'est résumé à offrir sa présence dans un film, laissant toute l'écriture au metteur en scène, car il est lui-même analphabète. Et Loach a foutu Cantona dans quelques scènes par un prétexte scénaristique foireux, histoire de réunir toutes ses apparitions dans une bande annonce mensongère pour s'attirer quelques cons dont je fais partie. Puis il a brodé une grosse intrigue socialo-policière ultra chiante là-dessus pour ne pas changer et pour que ça passe la barre des 1h15.




Dans la salle tout un tas de gros gars avaient le bras autour des épaules de leurs meufs, l'air heureux d'enfin pouvoir concilier leur passion (le foot) avec celle de leur femme (le cinoche). Moi j'y suis allé avec Félix, la main posée sur ses couilles, et on conciliait chacun de notre côté nos deux passions, impatients de consommer notre troisième passion, la plus rebutante, dans notre canapé éventré, une fois la séance terminée.




J'ai que dalle de plus à dire sur ce film. Si ce n'est que je l'ai vu après Étreintes brisées (dont nous parlerons peut-être ici, qui sait ? Si vraiment un jour on s'emmerde...), et Drag me to hell, et qu'il est avec ceux-là un des films dont les médias ont beaucoup parlé à Cannes. Ca donne une assez bonne idée de la tristesse de la sélection 2009. Thierry Frémont, je te préférais quand tu incarnais Francis Heaulmes sur petit écran, lui qui aurait certainement fait une meilleure sélection que toi, de meilleur goût, sachant que c'est un tueur et un sacré fumier !


Looking For Eric de Ken Loach avec Eric Cantona (2009)

Une Histoire Vraie

Avez-vous déjà passé 2 heures 30 à mater un vieux con à califourchon sur un tracteur miniature ? Moxopussy, Iowa, juin 1994. Alvin, un veillard tétu, enfourche sa tondeuse à gazon pour traverser une grande partie des Etats-Unis afin de retrouver son frère frâichement tombé malade et depuis longtemps perdu de vue. Près de 400 kilomètres parcourus sur un petit engin fort inapproprié, certes particulièrement économe en gazoline (2 litres au 100) mais d'une lenteur extrême (15km/h en vitesse de pointe).

Cette petite histoire somme toute très bête et à peine digne de figurer dans un guiness book parcourt peu à peu le pays, d'abord véhiculée de bar en bar par des vieux de la bande d'Alvin, souvent moqueurs et pas toujours admiratifs de son odysée ridicule. Il faut savoir qu'entre eux, Alvin était déjà appelé "le vieux con", et il était seulement célèbre pour avoir le gland devenu d'un vert unique avec le temps. Avec les joies du "téléphone arabe", l'histoire se déforme, et l'une de ses plus fameuses versions précise par exemple qu'Alvin a fait le trajet entièrement nu en ayant la gaule de bout en bout. Elle parvient finalement jusqu'aux oreilles décollées de David Lynch, qui y voit là un scénario miracle, l'occasion idéale pour signer son retour aussi original qu'inattendu dans un genre qu'il a déjà éclaboussé de son talent relatif par le passé : le road movie. Comme il n'est pas à une connerie près, David Lynch choisit d'intituler son film "a straight story", comme pour nous signaler qu'il racontait là l'histoire d'un homme "qui en a deux grosses". Plus consensuel, le titre français n'est pas "Une histoire d'hétéro" mais tristement "une histoire vraie".



Ce titre peut faire l'objet de bien des critiques. Rien qu'en y pensant, il m'a bouffé pas mal de mon temps. Lynch raconte une histoire vraie et il l'appelle "une histoire vraie". Il s'est battu avec les studios pour appeler tous ses autres films "fiction #1", "fiction #2", et ainsi de suite, ça n'est jamais passé, mais "une histoire vraie" est passé entre les mailles du filet. En tout cas, ça montre bien la profondeur d'esprit de David Lynch. Ça reste un mec vachement terre-à-terre, contrairement à ce que certains de ses films peuvent laisser penser aux plus naïfs d'entre nous. La petite histoire veut qu'à l'origine, le titre intégral fut peu ou prou "Une histoire vraie, réelle, tirée de faits réels, basée sur la vérité, poignante et touchante, je veux vous en mettre plein la race".

Via ce film, le réalisateur le plus lynchéen* de notre époque, Lynch himself, ne veut-il pas tâcher de lancer une bonne fois pour toutes sa seconde carrière, ou carrière perpindiculaire mainstream, déjà ébauchée avec Elephant Man, un succès mi-figue mi-raisin ? On pourrait le croire, tant cette histoire vraie est dépeinte avec le moins d'implication possible. On est quasiment face au premier "tractumentaire" de l'histoire (un docu sur les tracteurs). Lynch, qui a bâti un petit empire sur l'art de jongler entre un son intradiégétique et extradiégétique, des effets de mise en scène, des jeux de lumière, des ellipses à St Tropez, des scénarios alambiqués, triturés jusque dans leurs moelles, surprend ici avec cette histoire vraie ô combien linéaire, désespérément plate, assurée tout risques, filmée de dos, et peuplée d'acteurs certainement pas lynchéen (exit Bill Pullman et sa vieille raie sur le côté, exit Laura Dern et son fion de méduse, exit Patricia Arquette et ses dents de la mer...). Nous sommes en présence d'un UFO dans l’œuvre volante jamais identifiée d'un connard fini !



Lynch a souvent répété en interview (après avoir corrigé la prononciation de son nom, qu'il faut prononcer "David Linge") que selon lui, chaque film est une expérience et doit être vécu comme tel, dans les conditions idéales et propices à son expression la plus totale que réunit une salle obscure hi-tech. D'après lui, écran géant, image optimale, son dts à te défenestrer la gueule, et fauteuils aquagyms sont nécessaires et indispensables pour apprécier un de ses films à sa juste valeur. Quand on prend ces directives en considération pour Une Histoire vraie, on sort seulement du film la gueule ravagée par le bruit incessant et assourdissant du moteur diesel HS du tracteur en rade d'un vieillard aux portes de la mort.

J'ai un pote de la fac, celui qu'au foyer on surnomme l'Hélicoptère, qui a traversé Toulouse d'est en ouest du Mirail au Jardin Jap', à cloche-pied, nu comme un ver, avec une grosse plume au cul. J'attends fébrilement une Histoire Vraie #2 par le même Dave Lynch, à jamais et pour toujours mon idole !



*Lynchéen : adj. masc. Se rapporte à tout film glauque.
[hist] Dave Lynch est l'un de ces rares réalisateurs qui, à l'instar d'Hitchcock, ont droit à un adjectif propre.
[sens figuré] Merdeux.
Exemple: "Fils, va nettoyer les chiottes, ils sont dans un état lynchéen".


Une Histoire Vraie de David Lynch avec Sissy Spacek et Richard Farnsworth (1999)

6 juin 2009

Transamerica

J'ai vu ce film. J'ai pas fait exprès. Ce soir-là j'avais prévu d'aller voir un autre film au cinéma d'art et essai de mon quartier. Seulement ce cinéma-là avait un programme chaque jour différent, et je me suis gouré de jour. Je suis arrivé au guichet en demandant une place tarif étudiant, sans préciser le titre du film. C'était inutile puisqu'il n'y en avait pas d'autre, ce petit cinéma de quartier ne possédant qu'une seule salle. Je me suis vautré dans mon fauteuil très confiant. J'ai attendu que ça commence. L'affreux morceau de Bossa Nova supposé nous faire patienter s'interrompit, le silence se fit, les lumières s'éteignirent, et là l'horreur, c'est Transamerica qui commençait devant mes yeux dilatés par la surprise et plissés par la douleur. A ce moment là on pense forcément à se tirer en douce. La loupiote verte "Sortie de secours" prend tout son sens, elle qui fait d'habitude toujours chier à se refléter dans les lunettes des plus pauvres d'entre nous qui n'ont pas pu se payer le luxe des verres anti-reflets. Elles me tendaient les bras ces foutues loupiotes, j'en voyais mille à cause de mes reflets. Mais j'ai payé quatre euros alors quitte à les avoir brûlés façon Gainsbourg autant voir le film pour lequel je viens de me foutre dans le rouge à la banque. Mon portable vibre en mode silencieux dans ma poche, les ondes bouillonnent dans mon slip et je viens sans doute de perdre mes derniers espoirs de fertilité. C'est à n'en pas douter mon banquier au bout du fil. Les vibrations cessent puis reprennent. Je vois le petit voyant lumineux bleu de mon mobile Sagem clignoter à travers la toile de mon pantalon en toile de jute qui me colle au cul, trempé de sueur. Mon banquier m'a envoyé un texto. Je sors discrètement mon portable de ma poche, je l'ouvre, sa lumière s'allume et derrière moi un homme entre deux âges secoue mon siège avant de me tirer les cheveux d'un coup sec. Je fais mine de rien avant de rapidement lire le sms de mon seul "contact". C'est bel et bien mon banquier et son message dit: "Petit merdeux". Je suis donc bel et bien dans la merde. Et je suis donc resté dans la salle pour savourer mon dernier petit plaisir coupable. Ma dernière séance de ciné légale de cette année. Oh j'y suis bien retourné dans les jours suivants, mais sans passer par le guichet. En longeant les murs, vêtu de noir, encagoulé, avec des mitaines aux mains et des semelles anti-dérapantes aux pieds pour me faire la malle au premier contrôle des tickets. Bref, j'ai vu Transamerica. En entier. Et sur grand écran.



Je ne vais pas parler du film parce que personne n'en a rien à foutre, et moi le premier. Simplement soulever une question qui me chauffe depuis quelques temps. La question de l'amour propre des actrices. Où finit l'amour propre et où commence le mépris de soi ? Dans un entretien accordé par la chaîne TCM suite à la sortie de Rois et reine, le réalisateur du film et son actrice, Arnaud Desplechin et Emmanuelle Devos, revenaient sur leur parcours commun. Ces deux-là sont éternellement liés puisqu'il n'y a pas un film de Desplechin sans un rôle pour Devos, souvent principal, parfois secondaire, au pire une simple apparition, mais d'importance, dans Esther Kahn. Ainsi le réalisateur et sa comédienne "fétiche" évoquaient leurs souvenirs, la qualité de leurs liens, la grande chance qu'ils avaient de s'être trouvés, et la genèse de leur union artistique. A ce propos l'actrice raconte alors qu'elle a d'abord refusé de jouer dans le premier film de Desplechin (La vie des morts), parce que dans une scène du film son personnage devait quitter une pièce et être résumée par un autre acteur en ces termes : "Elle est moche, elle pue et c'est une pute". Ayant fait part de sa gêne à l'idée d'être ainsi décrite dans un de ses premiers films, et inquiète à l'idée d'être choisie par le réalisateur pour incarner une telle merde humaine, Emmanuelle Devos s'est vue rassurée par Desplechin qui lui expliqua que son personnage était si grossièrement décrit par un autre uniquement parce qu'à cet instant du récit ce dernier ne la connaissait pas et l'insultait ainsi pour libérer une colère tout à fait étrangère à elle. Devos a donc fait fi de sa vexation première et a accepté le rôle pour devenir la star césarisée qu'on connaît tous aujourd'hui.

Dans ce cas-là très bien. Mais tout le monde n'est pas Desplechin, et tout le monde n'est pas Devos. Je pense par exemple au film Bimboland, d'Ariel Zeitoun, sorti en 1998 et que je n'ai découvert que la semaine dernière sur Orange Cinéma Merdique, une des chaînes du bouquet Orange Cinéma que je capte par chance grâce à une astuce toute bête qui consiste à voler l'antenne de mon voisin d'en face pour la fixer sur mon toit et la brancher à ma petite télé perso. Ce film n'a visiblement pas eu le succès escompté, sans doute à cause de sa date de sortie en pleine coupe du monde, cette année-là où même les femmes préféraient Dugarry à DiCaprio. La principale et vaine ambition du réalisateur, Ariel Zeitoun, était certainement de faire entrer le mot "bimbo" dans toutes les bouches. Il a réussi son pari pendant un ou deux ans et depuis il a disparu.



Dans Bimboland, Judith Godrèche joue le rôle d'une scientifique à lunettes mal habillée et forcément malaimée. Elle est éprise d'un Gérard Depardieu prêtant ses traits à un éminent ethnologue. Le film est d'ailleurs une aubaine pour constater qu'en dix ans Gérard Depardieu en a pris trente, rien qu'en bouffant des plats caffis de gras matin midi et soir, en se vautrant partout avec sa moto et en survivant à quelques attaques cérébrales, lui qu'on surnomme à Paris "L'Outremangeur". A l'époque il avait encore forme humaine et pouvait interpréter un séducteur, un gendre idéal, ou même un intellectuel. Bimboland lui permit de réunir ces trois facettes plutôt flatteuses dans un seul et même personnage, et on sent bien que l'acteur préféré des français a accepté le rôle uniquement pour ça. Pour profiter de ses dernières années dans un corps goodlooking, et éventuellement pour humer Judith Godrèche au détour d'un champ-contrechamp. On le voit littéralement rôder dans les plans, se glissant dans l'image tel Charles "l'Harmonica" Bronson dans Il était une fois dans l'ouest avec un verre de scotch, un cigare au bec et la braguette ouverte. Un tel rôdeur a de quoi mettre en émoi la frêle Judith Godrèche, déjà complètement à côté de ses pompes il y a dix piges. Son personnage d'ethnologue en survet', bigleuse et empotée, n'avait aucune chance de séduire un Depardieu si charismatique et gouailleur. Mais la rencontre avec une "bimbo" épileptique correspondant idéalement à la définition d'une "cagole" et interprétée sans efforts par Aure Atika allait très rapidement mettre Godrèche sur la voie de la séduction et de la prostitution, l'éloignant de ses amies d'antan, elles aussi bigleuses et mal fagotées, interprétées par Armelle et Sophie Forte, ces deux-là ne pouvant quant à elles fonder aucun espoir sur un astucieux changement de look pour devenir ne serait-ce qu'à peu près tirables. Inévitablement et à jamais hideuses. C'est en tout cas ce que sous-entend Zeitoun.



Vous ne vous rappelez pas forcément d'Armelle et encore moins de Sophie Forte. Armelle c'est cette comique insupportable qui faisait des sketchs déprimants sur le plateau de Fogiel il n'y a pas bien longtemps et qui avait décroché bec et ongles le tout petit rôle de la meilleure amie d'Amélie Poulain, dans le rôle de la seule hôtesse de l'air atroce de l'Histoire du cinéma. Quant à Sophie Forte c'était une comique très petite des années 90, qui avait une coupe de cheveux malhonnête, des lunettes à quadruple foyers, un tout petit visage perdu au milieu d'une énorme tête surmontée d'une tignasse pas possible. Je crois qu'elle officiait surtout à la téloche, dans une des mille émissions de Ruquier... Mais ce qui est sûr c'est qu'elle a tout à fait disparu aujourd'hui.



La façon dont je viens de décrire ces deux femmes est un peu limite, un peu dégueulasse. C'est du pur et simple délit de sale tronche. Et j'en suis conscient. Mais je me le permets d'abord parce que je fais ce que je veux, ensuite parce qu'il me semble que les deux femmes dont il est question m'approuveraient sans sourciller, ou en rajouteraient même une couche... Et c'est là toute la question. Car ces deux femmes ont évidemment basé leurs carrières de comiques professionnelles sur une certaine laideur semble-t-il assumée et mise en valeur. C'est un peu la même chose pour les hommes. Très souvent les comiques mâles sont des petits hommes chétifs et mal agencés ou autres grands dadets mal fagotés. Comme Louis de Funès, Bourvil, Danny Boon (qui joue d'ailleurs dans Bimboland), Pat Timsit, Danny de Vitto, Elie Semoun, Arthur, et beaucoup, beaucoup d'autres. Mais enfin de tous temps l'humain s'est montré moins exigeant vis-à-vis de la beauté des hommes que des femmes. Plusieurs raisons à cela. La longue domination machiste et patriarcale des hommes sur les femmes, la plus grande beauté intrinsèque du corps et des traits féminins, le vieillissement avantageux pour les hommes et souvent ingrat pour ces dames, et j'en passe.

Bon je vais couper court. De toute façon si quelqu'un a tenu jusque là c'est déjà un miracle. Tout ça pour dire que dans Bimboland, les deux "comédiennes" citées plus haut, Armelle et Sophie Forte, sont qualifiées à plusieurs reprises, et par tous les acteurs chacun son tour, de gros thons lamentables, de femmes abominablement laides et de petites merdes humaines. Si ce ne sont pas, à la lettre, ces termes, c'est en tout cas ce que les leurs, pas plus gratifiants, disent en substance. Et ça n'est jamais démenti. C'est présenté comme une vérité absolue et immuable. Et les actrices interprètent avec entrain ces rôles unanimement et gaiement qualifiés de chiures féminines, de crevardes, de "freaks". Elles ont lu le script, signé un contrat sans doute peu juteux, et interprété ces rôles de femmes si oecuméniquement laides que tout le reste du casting les roule dans la boue en paroles, séquence après séquence, profitant de la comparaison pour se mettre en valeur. Et alors je me pose la question de l'amour propre. Qui sont ces femmes qui acceptent tout ça ? Cet accablement consenti et enjoué me choque. Et ça n'est pas un cas isolé. Dans bien des films, bien des femmes acceptent de jouer le rôle de la fille hideuse et détestée pour ça, sans se plaindre, sans monter sur un escabeau pour se pendre au beau milieu du plateau avec un testament épinglé à la cravate disant : "Connards !". C'est un mystère pour moi. Vous allez me dire : "quand on s'appelle Armelle ou Sophie Forte, et qu'on a besoin de fric pour manger et de rôles pour exister, on accepte ce qui traîne par terre". Bon bon, fort bien. Mais quid de Felicity Huffman ?



Et là je reviens au film en question dans cet article, Transamerica. Ce film raconte l'histoire d'un homme qui va tout faire pour devenir une femme. C'est l'histoire d'un trans. Et le rôle est interprété par Felicity Huffman, que vous connaitrez sans doute pour son interprétation en ce moment sur vos écrans d'un des quatre ou cinq rôles principaux de la série Desperate Housewives. L'actrice s'était déjà fait un nom depuis deux ans grâce à cette série de merde mondialement adulée avant d'accepter le rôle titre du tout petit film de Duncan Tucker (prononcez "Ducon Tucker" ou bien "Duncan Tocard"), qui n'est sorti que dans trois salles à travers le monde et que personne n'a vu sauf moi. Et dans ce film, Felicity Huffman joue le rôle d'un homme, qui veut devenir une femme. Ils auraient pu choisir un homme pour jouer le rôle, ça se serait même avéré assez logique. Mais ils ont choisi de prendre une femme. Sans doute pour signifier qu'un transsexuel qui se vit comme une femme est davantage une femme qu'un homme. C'est pas si bête dans le fond. Mais ça devient à priori compliqué quand il s'agit de choisir une actrice pour jouer un hermaphrodite et de lui expliquer qu'on l'a castée parce qu'elle ressemble à un mec tant elle est physiquement pas au point. Ok un acteur ou une actrice peuvent et doivent pouvoir tout jouer. Ok il faut mettre son orgueil de côté pour tout donner. Mais quand même, l'amour propre ça existe... Comment Felicity Huffman ne s'est-elle pas dit : "Je suis si mal foutue et si naturellement inesthétique qu'on me propose de jouer un mâle, une fausse femme, une meuf avec la gueule au carré et du poil aux couilles. Je suis si peu gracieuse que je vais jouer le rôle d'un être humain totalement à l'opposé de ce que je suis, je vais jouer mon contraire. Je suis si peu féminine que je vais jouer un type, un malabar".

Peut-être bien qu'elle s'est dit tout ça mais qu'elle a tiré un gros trait sur sa fierté pour obtenir un Golden Globe. C'est de toute évidence un rôle à Golden Globe. J'ai vu le film, et je peux vous assurer que Felicity Huffman n'y joue pas particulièrement bien la comédie. Son travail est même, à l'image du film, relativement nul, ou tout au plus insignifiant. Mais jouer un travelo c'est comme prendre trente kilos, se raser le crane, se vieillir avec du maquillage ou apprendre à faire de la boxe, c'est forcément le gage d'un extraordinaire talent d'acteur et ça mérite Oscars et tapis rouges, c'est bien connu. Huffman peut donc se féliciter puisqu'elle a obtenu son Golden Globe, qu'on peut traduire par "boules en or". Ce fût donc un bon moyen pour l'actrice de se faire des couilles en or en acceptant de se laisser greffer des grosses burnes entre les jambes le temps d'un tournage. Personnellement je soupçonne Felicity Huffman de n'être réellement pas une femme. Je crois que Felicity Huffman n'est autre que Philip Seymour Hoffman, qui a une double identité bien cachée lui permettant de jouer aussi bien Truman Capote (prononcez Capoti) que Lynette Cavo, une femme au foyer désespérée à force d'être monstrueusement conne. D'où ce rôle de "shemale" qui lui permet d'assumer au cinéma sa passion pour le "transgenre" et le travestissement sous toutes ses formes. Cet article c'est du gros gaspillage, ça va que j'écris pas sur du parchemin sinon j'aurais Domino's Voynet au cul !


Transamerica de Duncan Tucker avec Felicity Huffman (2006)

5 juin 2009

Monsieur N.

Je n'ai pas vu ce film. Comme tout le monde. Je critique un film que je n'ai pas vu. C'est peu recommandé. Mais je n'ai pas vraiment le choix, je ne l'ai pas vu. Guilty as charged de n'avoir pas vu ce film. Mais qui l'a vu ? Quelqu'un l'a-t-il seulement vu ? Moi pas en tout cas. En fait je voulais parler de ce film parce qu'en allant au cinéma, au milieu des vingt minutes de publicités et de bandes annonces qui précèdent chaque film, j'ai vu l'annonce de la prochaine fête du cinéma, qui aura sans doute lieu très bientôt. Des tas de gens peu fréquentables, et peu fréquentés, se bousculent et gigotent dans cette annonce, séparés par de petites cases, des grosses têtes dans des petites cases dansant ou grimaçant avec des frusques sur les os et du maquillage plein la gueule. Des gens pour la plupart absolument éloignés de l'idée même de cinéma. Entre autres : Elisa Tovati, dont la carrière se résume au second rôle de Chochanah Boutdeboule dans La vérité si je mens 2 ; Tomer Sisley qui après 25 ans de stand up minable dans une cave Parisienne s'est récemment vu offrir le premier rôle du film Largo Winch, dont le héros est passé du blond vénitien au juif-tunisien en un coup de typex pour les besoins de l'adaptation ; François Xavier "Que la peste soit de vos" Demaison ; Julier Ferrier qui après un one man show (j'insiste sur "man") a décroché un rôle de cadavre dans Paris, le dernier Klapisch ; Hélène de Fougerolles, l'éternelle cagole des planches de théâtre ; Andréa Ferréol, qui collectionnait les rôles de nymphomanes frustrées dotées d'un appétit morbide pour le zob dans Les Galettes de Pont-Aven, dans La Grande bouffe ou ailleurs ; Zoé Félix qui subit une descente aux enfers en tenant le premier rôle d'une série télé à ras le bonbon après avoir littéralement "servi la soupe" à Gérard Darmon, de 100 ans son aîné, dans Le cœur des hommes 1 puis dans Le Cœur des hommes 2 ; Sara Forestier, aussi appelée "la nuit des longs chicots", qui s'est rendue célèbre en parlant comme une Port-de-Boucaine dans L'Esquive et qui lit désormais Proust dans un théâtre en parlant toujours comme une Port-de-Boucaine ; Mylène Jampanoï qui a ce qu'on appelle "les dents du bonheur", cette particularité physique qui dans son cas porte bien son nom puisque cet écart entre ses deux principales dents a été forcé, creusé, par... Bref, étonnant de réunir un tel casting de comiques ratés pour donner envie d'aller au ciné.

Mais dans cette annonce il y a aussi toute la famille de Caunes au grand complet, père et fille, Antoine et Emma. Encore une fois, que font-ils là ? Vous avouerez que c'est pas tout à fait à eux qu'on pense quand on entend le mot "cinéma".

Du côté de la fille, elle a lancé sa carrière de comédienne dans Ma mère de Christophe Honoré, aidée peut-être par un gros coup de pouce de son papa, et pourtant tout de même contrainte d'écarter ses jambes en full frontal (plein cadre) dès son premier film, comme tout le monde ! Depuis, sa carrière stagne et la télé s'en repaît. Emma de "Pauvre" Caunes n'a plus qu'à allonger la liste moisie de sa filmographie pour parvenir à ses fins et devenir, visuellement, l'égale hexagonale d'Asia Argento, la fille du grand maître de l'épouvante, qui aura réalisé son meilleur film d'horreur en mettant sa gosse au monde.




Du côté du papa, Antoine de Couenne, une première carrière assez réussie en tant que comique pour Nulle part ailleurs, largement aidé par un José Garcia toujours en pleine forme, avant un premier et dernier pas devant les caméras de cinéma dans Les deux papas et la maman aux côtés de Smaïn, sosie français officiel de Martin Scorsese. Puis quand il s'est agit de passer derrière la caméra, Antoine "Coup de pied" De Coin a commis quatre films, que personne n'a vus. Non, j'exagère un peu. Personnellement j'ai vu le début des Morsures de l'aube en croyant avoir téléchargé un documentaire sur l'horrible région de l'Aude où j'ai vu pourrir mes premiers jours. J'ai aussi vu Désaccord parfait, et en entier. Un film intriguant sur deux vieillards, interprétés par Jean Rochefort et Charlotte Rampling, qui se font des cunilingus l'un l'autre en permanence. En revanche j'ai su résister à l'attrait de Coluche, l'histoire d'un mec quand il est sorti au cinéma, un poil aidé je l'avoue par le fait qu'aucune salle de cinéma en France ne l'a diffusé. De la même façon Monsieur N. N'a (je mets toujours une majuscule après un point) jamais croisé mon chemin. Et si cela devait arriver je n'y couperais pas, en grand fan de Torreton que je suis. Ce type a beau être d'une laideur sans nom, il a beau jouer la comédie comme on tronçonne un arbre, il me plaît. J'aime ce mec.

La famille de Caunes c'est avant tout pas mal de piston, de la soupe au pistou et un peu de pesto ! Ne comptez pas sur moi pour participer à cette fête du cinéma parrainée par des anciens comiques hideux et des actrices pas chères. Ils devraient diffuser ces spots publicitaires à la télé au lieu d'en infester les cinémas, puisque ceux qui les voient en salles sont de fait des gens qui y vont déjà, au cinéma... Et au moins la famille de Caunes serait à sa place.


Monsieur N. d'Antoine De Caunes avec Philippe Torreton (2003)

4 juin 2009

Jack

J'ai vu ce film quand j'étais dans le Lubéron chez ma grand-mère avec mon frère et mon cousin, qui est devenu schizo depuis (c'est pas drôle mais c'est vrai). Un soir que mémé avait rencard avec son groupe d'anciens résistants-collabos, elle nous a embarqués dans sa bagnole pour qu'on aille louer le film de notre choix à Pertuis, quarante kilomètres plus loin. On est revenus chez ma grand-mère avec le dvd de Jack, suite à un douloureux compromis entre mon frère, mon cousin et moi. On voulait tous les trois un film différent, et ces trois films étaient disposés dans les étalages de telle façon qu'ils formaient un triangle, au centre duquel trônait le Jack de Coppola. Et ma mémé a tranché, elle qui connaissait un brin de cinoche et qui avait reconnu le blaze de Francis Ford. Quand on ne loue qu'un dvd par an et que le dvd en question c'est celui de Jack, on peut parler d'une année de merde.

Je crois vraiment que c'est ce soir là que la schizophrénie de mon cousin Sam s'est manifestée pour la première fois. Il a passé le plus clair du film à imiter Jim Carrey dans Dumb & Dumber en relevant ses jambes derrière ses oreilles pour péter le cul en bombe sur la flamme d'un briquet idéalement placé par mon frère et moi pile devant ce qu'on peut nommer "son étoile noire". Jack vieillissait à vue d'œil sur l'écran de la téloche pendant que mon cousin pétait tout son méthane et foutait le feu aux broderies en soie de mémé.



Pour quand même dire un mot du film, il s'agit d'une pierre angulaire dans la filmographie de Coppola puisqu'il réunit ses thèmes favoris: le temps qui passe, le vieillissement, l'âge, le poids des années, la fuite du temps, les éphémérides, les temps qui changent, les époques formidables, les illusions perdues (avec le temps), l'écoulement des années, le sablier du temps qui se fait la malle, les premières rides, la chute des cheveux, le blanchissement des perruques, le tassement des os, la chute des chicots d'argent, les articulations qui se coincent, la rate qui se dilate, la cellulite sur les joues de sa mère et ainsi de suite. Jack a effectivement une maladie très rare, son vieillissement est d'une rapidité fulgurante. Il croupit quatre fois plus vite que la moyenne et à dix ans, il en paraît donc soixante. Qui choisir pour incarner Jack ? La question ne se pose même pas. Robin Williams est un éternel adulescent, un bambin à jamais enfermé dans la peau d'un vieillard prof de philo. Robin Williams est né et il mourra "entre deux âges". L'acteur n'a rien à se reprocher dans ce film. Il apporte sa fraîcheur et son enthousiasme naturels pour faire de cette œuvre autre chose qu'un naufrage, ou disons un naufrage à peu près doux à l'œil.

Mais que dire de Coppola, qui, dans le making-of de son dernier film en date (L'Homme sans âge), interviewé chez lui au coin du feu, tente vainement avec son énorme bide de camoufler sa dvdthèque ikéa dans laquelle Jack côtoie Apocalypse Now et la trilogie du Parrain, et même Virgin Suicides, qu'il revendique et qu'il semble s'être approprié en bel opportuniste qu'il est, cafi de gras. Ce réalisateur, grand nom incontournable du cinéma contemporain, semble ne pas être totalement en harmonie avec son passé. Il n'a pas l'air d'être en paix avec lui-même. C'est bel et bien lui qui a choisi Jennifer "The Butt" Lopez pour incarner une prof de littérature. Jennifer Lopez. Littérature. Jennifer Lopez. Littérature. J-Lo. Littérature ! Ces deux mots ne vont pas ensemble.



Une chance qu'il fût plus inspiré dans sa jeunesse en choisissant Bob Duvall et Marion Brando dans Apocalypse Now. S'il l'avait tourné aujourd'hui on aurait retrouvé Justin Timberlake et Eminem sur les plages Vietcong. Si Coppola avait tourné Le Parrain dans les années 90 c'est Elton John qui aurait joué le rôle titre avec des cotons dans les gencives, et la star à paillette Prince, aussi appelé "Prince of Persia, la gangrène de la pop et la reine des gang bang", aurait remplacé Al Pacino. Coppola a beau être le roi du cinoche italo-américain contemporain, on est bien obligé de considérer sur un pied d'égalité toutes les composantes, voulues et existantes, de son œuvre.


Jack de Francis Ford Coppola avec Robin Williams et Jennifer Lopez (1996)

3 juin 2009

L'Enquête - The International

The International (en français "L'enquête", à ne pas confondre avec Contre-enquête avec Jean Dujardin, lui-même remake de Mystic River de Clint Eastwood) est un film dans lequel le héros est incarné par Clive Owen. Ce héros mène une enquête à couteaux tirés sur de cruels banquiers luxembourgeois sans scrupules accusés de se faire de l'argent sur la misère du Tiers-Monde en leur vendant des armes à crédit. Son but est alors de démanteler ce trafic d'armes et les transferts d'argent associés qui n'ont rien de très catholiques. Notre héros est avant tout motivé par la recherche de l'explication de pourquoi son collègue qui enquêtait à ses côtés tel un ours avec son pot de miel s'est fait refroidir de manière si saugrenue devant la toute nouvelle gare de Berlin Ouest ! Il faut souligner là le regard de Clive quand il voit tomber son pote de toujours, quand il le voit se vider de ses tripes, séparé de lui par une chaussée glissante traversée par de nombreuses voitures toutes plus rutilantes les unes que les autres, l'empêchant de rejoindre son ami en train de perdre l'usage de ses jambes et de le fixer avec une incrédulité mêlée de résignation, ce regard si intense m'a déchiré le cœur. En effet, ici Clive Owen sort le grand jeu, il sort grandi, il est grand. A partir de là et grâce à ses talents d'acteur indéniables, le spectateur est littéralement happé par cette enquête. Il sera entrainé de la plus classe des manières par un impeccable Clive aux quatre coins du globe en un temps record, plusieurs menaces pesant sur les épaules du héros et le pressant de découvrir les tenants et les aboutissants de toute la conspiration dans laquelle il a mis son doigt. Cette conspiration si bien huilée dans laquelle notre héros est un infime clou rouillé qui pourrait en briser l'un des rouages et entrainer avec lui toute la terrible machinerie et, par là même, empêcher la vente d'armes dangereuses à des gens peu recommandables. Et si en plus il est aidé par la talentueuse et mutine Naomi Watts, l'intrigue n'en est que plus intéressante à suivre.




Clive Owen éclabousse ce film de sa classe internationale (d'où le titre qui, au départ est un documentaire centré sur la vie et l'oeuvre de Clive Owen et qui devait s'appeler The International Class), qu'il soit vêtu tel un sans-abri ou tel un sportif amateur du début des années 1990. Malgré toute l'admiration que je porte à cet acteur-caméléon, je reconnais tout de même que le nombre de ses expressions faciales est relativement limité, en tout cas dans ce film-là, ce qui est dommage quand on a tant de classe et qu'on a joué auparavant avec tant de brio dans Les Fils de l'homme.




Pour en revenir au sujet, dans sa quête quasi sacerdotale, Clive finit sa route à Istanbul. Le climax de l'aventure se joue dans ce lieu à l'histoire si dense et si glorieuse. Tous les personnages clés sont réunis dans cette ville autrefois appelée Byzance, la capitale de l'Empire Romain d'Orient, puis de l'Empire Ottoman, berceau de culture et de civilisation, lieu d'invention de l'un des mets les plus fins et les plus originaux, qui a depuis, grâce à ses nombreuses qualités gustatives, et pour notre plus grand bonheur, été exporté dans le monde entier. De Pékin à Los Angeles, de Göteborg à Johannesburg, tout être humain a potentiellement la possibilité, je dirais même l'opportunité, d'effleurer du doigt l'aubaine de goûter ce délice d'Anatolie, cette douceur ottomane, ce régal stambouliote, ce bonheur d'Asie Mineure, ce ravissement du Bosphore, cette bombance Perse, ou tout simplement le kébab comme le nomment les amateurs et les puristes du monde entier.




Clive Owen termine donc sa quête et son enquête, venge son pote, finit avec du sang sur les mains et prouve qu'on peut être beau, bien habillé et manger des kébabs. En effet, en fin amateur de ce festin turc, qu'il ne prend qu'accompagné de son traditionnel gazi, fromage turc apparenté à la féta, Clive Owen s'oblige à l'issue de son enquête à tester tous les kébabs d'Istanbul, provoquant ainsi un allongement de la durée du film qui passe d'1h45 à 4h53. Il les déguste complets et avec sauce blanche. Au final, chacun des 835 kébabs fabriqués dans l'ancienne Constantinople est savouré et analysé en plan fixe, face caméra. Les impressions de Clive sont recueillies à chaud et on se prend à se passionner pour cette investigation atypique dans le lieu de naissance de ce met si cher à nos coeurs. Là est la véritable enquête du film, son point d'orgue dans ce voyage au milieu des saveurs de la Mer de Marmara.




Depuis ce film, Clive Owen a mis sa carrière en stand-by, taraudé par l’idée de débusquer le meilleur kébab du monde. Actuellement on peut le croiser à Metz, ville-étendard en France pour tout ce qui est spécialités turques, et deuxième ville au monde la plus fournie en kébaberies, juste derrière Istanbul, seule ville en France à posséder une « rue des kébabs » dans laquelle tous les commerces sont monopolisés par la fabrication de ce met si délicat. On y retrouve souvent Clive assis au milieu de la chaussée sentant ses doigts, les traits tirés, les yeux humides, l’émotion prégnante.


L'Enquête - The International de Tom Tykwer avec Clive Owen et Naomi Watts (2009)