31 octobre 2008

Titanic

Encore hier j'étais le dernier à ne pas avoir vu Titanic. Aujourd'hui, c'est réparé. Par contre le film ne m'a pas branché. Je me suis tellement ennuyé que j'ai failli partir trois fois mais j'étais chez moi dans mon salon, j'allais pas me faire foutre à la porte de chez moi par un film de merde. L'histoire cousue de fil blanc, le bateau qui coule à trois reprises, et les gens qui tombent à trois reprises, dans un sens puis dans l'autre... Je ne comprends pas pourquoi tout le monde s'est rué sur ce film tellement Hollywood. Pas assez brut, pas assez réaliste. Il n'est jamais fait mention de ce passager qui selon les témoignages des derniers rescapés a passé tout le naufrage à se bâfrer dans les cuisines du navire pour finalement se jeter la tête la première sur une des cheminées du paquebot à la renverse. James Cameron nous montre le capitaine du bateau fier d'aller se planter devant son grand volant en attendant que l'eau explose les vitres de la cabine de pilotage pour l'engloutir, mais un témoin a pourtant raconté dans une interview accordée au Times à l'époque qu'il avait vu de ses yeux vu le capitaine à barbe blanche du Titanic sauter à pieds joints sur l'iceberg qui venait de causer la fin du plus grand paquebot du monde pour regarder son bébé couler tout seul, croyant ainsi s'assurer une survie qui se révéla toute relative. Le film fait l'impasse sur cet épisode édifiant de l'histoire du naufrage, et en un mot comme en cent la version de James Cameron est largement arrangée, manipulée pour le grand public.




Regarder ce film c'est comme manger un kilo de sucre au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner. Un bon film historique se doit d'être un peu leste sur la salière, avec un zeste de citron et un peu de cacao à l'état pur (pour l'amertume) : vous obtenez un PH neutre. Je me demande encore pourquoi tant de gens sont allés se passionner pour les amours d'un gosse de 12 ans et d'une obèse. C'est plat, plat, plat, même au moment où cet ado pré-pubère s'envoie la baleine dans une vieille deuch. James Cameron ferait mieux de s'intéresser au sort de son pays d'origine (le Cameroon) plutôt que de nous infliger une scène de nu impliquant une actrice, dénommée Kate Winslet, qui serait à peine crédible dans le rôle de la bouchère du navire. La légende dit que l'épitaphe de la dernière survivante du Titanic était une insulte en langage assez châtié adressée tout droit à James Cameron et à son fidèle acolyte Bill Paxton, accusés d'avoir ramassé un gros pacson sur le dos de la congélation de milliers de malheureux.




Dans la catégorie "film de bateau" je préfère me retourner vers le grand classique USS Alabama où Denzel Washington, chauffé à blanc, est la réincarnation avant l'heure d'un Barak Obama opposé à un ersatz de McCain sous les traits de Gene Hackman, vert de rage. Mais je triche un peu car il s'agit d'un film de sous-marin. Pour rester dans le domaine du bateau à vapeur et même dans la catégorie très fermée des films sur le Twitanic, au remake préférez l'original, jetez vous sur la version télé avec John Zéta Jones !


Titanic de James Cameron avec Leonardo DiCaprio et Kate Winslet (1997)

30 octobre 2008

Mongol

D'abord nous tenons à nous excuser, ça fait un fameux bail qu'on a pas écrit le moindre article. Désolé, on hésitait sur la couleur de notre nouvelle bagnole.

Mongol ça sera pour moi un prétexte pour écrire un petit essai sur les papas au cinéma. Ou plus exactement, les papas de héros au cinéma. Ou encore plus exactement les papas de grandes figures historiques. Je crois qu'il y a fondamentalement deux stéréotypes de papas de figures historiques. Y'a d'un côté le papa nauséabond, pourri jusqu'à la moelle, qui va tout mettre en ordre pour faire chier son fils et faire de son destin celui d'un grand personnage historique. Et y'a de l'autre côté le papa putain de responsable, à l'écoute, zélé, qui va en faire des tonnes pour apprendre à son fils la droiture, le nom des arbres, le sens de la justice et de la loyauté, les idéaux, le goût de la liberté et toutes ces conneries; et là aussi, le fils deviendra un personnage important. Donc dans les deux cas c'est pareil. Mais ce qui est vérifiable et notoire, c'est que jamais un personnage historiquement important ne nous est vendu sans que le portrait du père (tout bon, ou tout mauvais) ne nous soit d'abord peinturluré sur l'écran pendant une bonne heure de film (ces films-là durent en général la bagatelle de trois plombes).



Quelques exemples édifiants : quid du père tortionnaire d'un certain Monsieur N ; quid du père exemplaire mort pour la liberté du dénommé Brave Hard ; quid du papa gâteau de Francis Heaulmes (Thierry Frémont en avait tellement fait des couches dans ce rôle, il paraît que les autres acteurs l'appelaient Copycat sur le tournage, il est vraiment tombé dans le mimétisme le plus vachard en devenant lui-même tueur en série pour s'identifier à Heaulmes) ; quid du père engatsé et haineux de Johnny Cash dans Walk The Line ; quid du père de Joseph Staline qui lui donnait des briques à tremper dans son lait chocolaté le matin au réveil (on aperçoit cette anecdote dans le film Quand passent les corbacs, et dans sa suite Faute de grives on mange des cigognes) ; quid du père d'Alex le Grand qui d'après la biographie non-autorisée par Stone Olivier, faisait bouffer de la macédoine de légumes à son rejeton chaque jour de son enfance, matin midi et soir, et ça, Dieu m'est garant que ça forge le caractère d'un gosse.



Et quid donc du père de Genghis Khan, foreign language academy award nominee, qui a embrigadé son fils dès l'adolescence en le rouant de coups plusieurs fois par jours, en le forçant à traverser la grande Steppe Mongolienne avec les mains attachées dans le dos, en lui enseignant chaque matin l'heure du jour et de la nuit, en lui jurant sur sa tête qu'il le tuerait pour l'âge de sa majorité, et en l'obligeant à conduire une bagnole avec les mains menottées et le bouc noué au volant comme seul moyen de piloter pour éviter les bancs de sable trop profonds. Quid d'un léger anachronisme de ce point de vue étant donné que les premières caisses qui ont roulé dans le désert de Gobi c'était pour le Paris-Dakar 2008 et c'était des véhicules égarés.

Nota Bene : Souvent les gens se ruent sur ce film, croyant avoir affaire à un spin off de Gremlins qui serait entièrement consacré au personnage du petit Mogwaï. Mais si on prononce le titre correctement, il s'agit bien de Mongol.


Mongol de Sergei Bodrov avec Tadanobu Asano (2008)

12 octobre 2008

Notre Univers Impitoyable

La réalisatrice de ce film, Léa Fazer, a connu un chemin de croix sans pareil avant d'arriver dans le grand bain du cinéma. Elle a commencé par créer un site qui s'appelait Potes-d'il-fût-un-temps.com, vite bouffé par le monopole Copains-d'avant, qui bénéficiait d'un titre plus accrocheur. Ensuite, forte de cet échec, elle s'est lancée dans la création du site Bouquin-de-gueule.fr avant de découvrir son retard, puisque le bien connu facebook prenait déjà le large. J'ai peut-être oublié de le préciser, mais donc au départ Léa Fazer essayait de devenir webmaster. Après l'échec cuisant de Bouquin-de-gueule.fr, Léa Fazer s'est aventurée dans un nouveau concept, celui de la vente par correspondance, en lançant le fringuant Àmonbled.fr, mais le site n'a pas fait long feu face à Amazon.com, qui avait pignon sur rue dans le domaine de l'import-export. Finalement, quoiqu'un peu lasse mais convaincue d'avoir flirté avec le succès, Léa Fazer invente C-Tombéducamion.fr, site de bonnes affaires en tout genre, que le grand C-Discount aura tôt fait d'engloutir. Pour finir, Léa Fazer, un peu à bout mais toujours conquérante, démarre un nouveau projet nommé Montrou.com, et si c'est Myspace qui récupèrera ses quelques premiers membres, c'est bel et bien le géant du porno en ligne Bangbros qui rachètera le nom de domaine.

Le symbolisme de Léa Fazer est lourd, lourd lourd ! Cet énorme robinet en forme de vit fatigué qui pend près de la bouche d'Alice Taglioni, dans un film tout public rappelons-le, et, pire, devant le robinet, cette coupe de champagne en forme de tube à la base de laquelle sont placés deux fruits rouges en guise de bourses... Assez, c'est trop !

C'est grâce à ce rachat en pot-de-vin opéré par le grand magnat du web hardcore que Léa Fazer établit ses premiers contacts dans la grande famille du cinoche. Et c'est ainsi qu'elle peut réaliser son second rêve (après celui d'être la webmaster d'un pilier du net financièrement fructueux) en réalisant son premier film : Notre univers impitoyable. Malheureusement, une fois de plus Léa Fazer se fait coiffer au poteau (un poteau large de 10 ans) par Pile et Face de Peter Howitt, autre film qui jongle entre les deux destins possibles d'une même jeune femme, destinées diamétralement opposées qu'un simple retard de train téoz éco aura suffi à provoquer. Ce film c'est comme le battement d'aile d'un papillon à Jérusalem qui provoque un ouragan à Tel Aviv, au départ c'est jamais qu'une comédie de plus, à l'arrivée c'est une thèse de sociologie blafarde pondue par une étudiante rendue chauve par sa 4ème première année de fac de socio avec mineure psycho. Le scénario de ce film, pour en dire quand même un mot, c'est un arbre généalogique terrible avec mille incestes et deux mille enfants bâtards, ou quand Tata devient Papa.


Notre Univers Impitoyable de Léa Fazer avec Pascale Arbillot, Jocelyn Quivrin et Alice Taglioni (2008)

Le Premier Cri

Premier film, premier cri. Gilles de Maistre a lancé son projet plein de bonnes intentions : il voulait parcourir le monde et filmer des accouchements partout, histoire de nous rappeler qu'une femme noire du Sud-Soudan accouche pareil qu'une femme blanche de la Sarthe. Démarche profondément humaniste, résultat catastrophique d'un tournage apocalyptique. Premier jour de tournage, première destination, l'Ouganda : premier mort-né. Seconde destination, la Suède : deuxième mort subite du nourrisson. Troisième destination, le Brésil : troisième fausse couche. Quatrième destination, la Corée du sud : cette fois-ci ça passe ! Pile au moment où Gilles de Maistre commençait à penser qu'il portait la méga poisse, un enfant naît vivant, presque en trop bonne santé : 22 kilos à la naissance, dont 12 kilos de genoux et trois kilos de cheveux, s'il est bien vivant, il s'agit néanmoins d'un freak, tant pis, De Maistre s'écrie : "Il vit ! La putain de sa race il vit !".



À la cinquième naissance, direction le Canada (De Maistre n'avouera jamais que pour ce 5ème accouchement il a choisi un pays plus civilisé et donc beaucoup moins touché par la mortalité infantile), tout se passe comme sur des roulettes, l'enfant est sain et sauf et normal. Mais cette fois-ci c'est dans le regard du père qu'un bouleversement s'opère. En effet, alors que Gilles de Maistre filme la sortie du nouveau-né de son giron maternel, en gros plan et en cinémascope, on entend un râle du papa qui vomit toutes ses tripes à côté du cadreur. C'est le cas classique du malaise vagal en pleine maternité. L'histoire somme toute assez banale d'un père qui s'est un peu trop impliqué dans l'accouchement de sa femme, qui n'aurait pas dû prendre trop à cœur sa fonction de reporter in vitro, et qui après avoir vu le sexe de son épouse s'ouvrir de plusieurs dizaines de centimètres en largeur comme en longueur, se prend de haine pour lui-même et de dégoût pour elle. Comment retrouver du désir, comment se rediriger vers ce gouffre béant qui, sanglant, a donné le jour à son fils Andreasen, comment accepter une gâterie de cette bouche qui embrasse ses enfants chaque jour, mais c'est un autre débat, un dommage collatéral de la triste épiphanie survenue le jour J de l'accouchement. C'est le malheur des pères. C'est ce qu'a réussi à capter la caméra sans peur et sans reproche d'un Gilles de Maistre à l'estomac bien accroché. Que l'enfant meure en naissant, qu'il naisse avec des genoux de 12 kilos ou en pleine santé, dans tous les cas, le papa en pâtit et un couple se meurt.


Le Premier Cri de Gilles de Maistre (2007)

Raining Stones

J'ai vu ce film en CM, pas en cours magistral, en cours moyen, en CM2. Le prof nous a dit : "On va voir Raining Stones". Dans ma classe y'avait Chantôme, un élève qui avait pour hobbie de balancer des mokos en les plaçant au bout de son ongle et en les catapultant au petit bonheur la chance, souvent avec une précision démente. En temps normal je m'asseyais toujours à côté d'un freak humain en la personne d'une petite fille nommée Matsuidi qui avait une touffe de cheveux frisés complètement géante et qui me servait de pare-feu contre les assauts merdeux de Chantôme. Matsuidi avait pour habitude de finir toutes ses journées d'école avec un sapin de noël de merde sur le crâne, excepté le mercredi où Chantôme avait entraînement de foot. Pendant le générique d'ouverture de Raining Stones où j'attendais un concert des Rolling Stones, et tandis qu'on était plongés dans l'obscurité, ce con-là a balancé un de ses plus gros morceaux dans ma direction, droit sur le carreau droit de mes lunettes à double foyer. Mais ce jour-là, Matsuidi n'était pas là, elle était blessée, rupture des ligaments croisés, forfait. Du coup pendant tout le film j'ai cru qu'un personnage en forme de merde nasale digne de la Chose dans Les 4 fantastiques se tenait en permanence dans un coin de l'image. Et pour vous donner une idée plus précise de la forme qu'avait pris le moko en allant s'exploser sur mes binocles, le personnage en question semblait avoir les mains sur les hanches et l'air dubitatif.




À la fin du film, quand le prof a rouvert les rideaux, il nous a parlé de Ken Loach et nous a expliqué qu'il dénonçait ici la lutte des classes avec la force de Taye Taïwo et la précision de Juninho. Moi je me souviens surtout de la force et de la précision des lancers de mokos de Clément Chantôme.


Raining Stones de Ken Loach avec Bruce Jones (1993)

8 octobre 2008

MR73

J'habite au 36 Quai des Orfèvres, ma bagnole est immatriculée MR73, ça commence à me courir, je me sens cerné par Olivier Marchal, l'ancien flic, actuel réalisateur et futur taulard qui m'a pris pour cible. J'attends que le titre de son prochain film dévoile ma date de naissance et mes coordonnées bancaires pour lui coller un procès au cul. Ce connard de George Lucas m'avait déjà foutu dans la merde y'a trente piges avec son THX1138 qui correspondait à deux trois chiffres près à mon digicode, que j'avais été contraint de faire modifier. J'ai récemment dû déménager après la sortie du film Banlieue 13, qui portait le blaze du quartier où je créchais. Comme j'ai pas trouvé d'appart après mon déménagement j'ai dû loger à l'hôtel. J'arrive à la réception, le type me dit : "Il nous reste que la chambre 1408", je lui ai répondu : "Non j'ai vu le film, je sais que ça tourne mal pour John Cusack". Tout à l'heure je vais en cours, le titre de la leçon: "1492 Christophe Colomb", je me suis tiré fissa, j'avais déjà suivi ce cours et j'ai eu . Pas plus tard que la semaine dernière, mercredi, je croise une amie devant le Gaumont et je l'invite le samedi suivant : "Viens à 8h" et j'ajoute, boutade : "Si t'es là à 7h48 ce samedi là, je te ferai pas la gueule". On lève la tête vers les affiches du Gaumont, venait de sortir 7h48 ce samedi là. Elle a senti l'entourloupe. J'ai passé la journée du samedi à l'attendre et j'ai passé une après-midi de chien à cause de Sydney Lumet. L'autre fois, j'appelle un taxi, je monte dedans et là je m'aperçois sur la carte du chauffeur que je suis dans le Taxi 2, j'ai aussitôt ouvert ma portière et sauté sur le bitume, j'ai pas seulement perdu 21 grammes en me chiant dessus pendant la chute, j'y ai aussi laissé deux côtes. Hier à mon taff, mon patron me dit : "Promotion canapé : Tu seras muté à LA en 2013", je lui rétorque aussi sec : "Tu m'avais déjà muté à NY en 1997, je vais pas toutes les faire". Je me lève l'autre jour, je me sens pas bien, j'ai de la fièvre, je me fous un thermos au cul, j'ai 37°2. 37°2 le matin ! Je file chez mon toubib, qui a son cabinet sur la route de Madison, sa secrétaire me dit : "Pour les consultations c'est sur la gauche, la neuvième porte !".

Le week-end passé je vais chez mes parents, ils habitent une vieille demeure au pied des Pyrénées, et je me suis retrouvé en face à face avec 13 fantômes, là je parle du film, et putain il est chaud.


MR73 d'Olivier Marchal avec Daniel Auteuil et Oliva Bonamy (2008)

7 octobre 2008

Old Boy

Kelly Reichardt, quelle réalisatrice... On lui doit Donnie Darko, rien que ça. Rien que ça, c'est pas ironique du tout, elle a fait que ça. Après un tel premier film on était en droit d'attendre beaucoup d'elle. Et en effet on a pas été déçus. Enfin moi si, j'ai été déçu. Mais pas le reste du monde. Un peu comme pour Donnie Darko. Tout le monde l'a aimé ce film, perso je l'ai pas vu.

Bref. Qui se serait douté qu'une jeune réalisatrice bien Américaine, ayant signé un premier film fantastico-féérique lui-même bien Américain; qui se serait douté que cette même jeune femme qui a lancé sur des charbons ardents Maggie Gyllenhaal, plongeant se faisant le jeune frère de l'actrice dans l'ombre; qui se serait douté que cette artiste qui avait, par un coup de génie, renouvelé le genre du film de mafiosi en plongeant une frêle inconnue telle que Maggie Gyllenhaal entre deux pontes du film noir Américain tels que Al et Pacino; qui se serait douté que cette meuf-là irait tourner son second film en Corée, en plein Singapour, avec non seulement un cast mais aussi une crew à 100% Taïwannais ? Pas moi.



Après avoir condamné le genre du film de mafiosi fantastique, Kelly Reichardt s'empare du film de vengeance laissé de côté par un Park Chan-Wook sous le charme de la savane Américaine. Comment s'étonner que tant de fans dorment, mangent et boivent Old Boy. Quel film... L'histoire d'un type qu'on enferme dans une piaule d'hôtel moisie pendant 40 ans, nourri comme un clébard. Au bout de 40 ans il s'échappe (ou bien lui ouvre-t-on la porte, toujours est-il qu'il sort de la piaule). Alors notre ami décide de se venger de ce petit contretemps de 40 ans qu'on lui a imposé en draguant des putes et en bouffant des poulpes. Voilà qui nous vaut deux scènes choc, parce que je vous cacherai pas qu'après 40 ans passés tout seul enfermé dans une chambre d'hôtel, notre héros n'a pas tout à fait les yeux en face des trous. On a donc d'abord droit à l'enculade d'un poulpe, puis à une scène cannibaliste, anthropophagiste, putaine, dans laquelle Choi Min-Sik (qui pour une fois n'a pas eu le choix) dévore une pute sans en laisser une miette (séquence sans trucage, en temps réel, qui vaudra à l'acteur un César d'honneur au festoche de Cannes). Après quoi, soulagé et repu, notre héros peut s'attaquer plus sérieusement à la gent féminine. Il tombe alors sous le charme d'une femme qui lui plaît spécialement car elle lui ressemble étrangement trait pour trait (Choi Min-Sik joue les deux rôles). Après quelques verres dans un bar, le héros finit par ramener la demoiselle chez lui (tout en se ramenant lui-même, je vous rappelle que Choi Min-Sik assure l'interprétation des deux personnages) et s'ensuit une terrible scène de coït à marquer d'un X dans ma chronologie cinéphilique. La légende raconte que le chanteur Marylin Manson se serait fait retirer deux côtes pour pouvoir s'auto-pépom, concernant Choi Min-Sik, la même légende est mise à rude épreuve par les images sans concession de Kelly Reichardt.



À la fin du film, on découvrira qu'un ami d'enfance du personnage principal était derrière tout ça. Tout ça c'est quoi ? C'est l'histoire d'un type qui a chipé une bille à un camarade de classe à la récré en CE2, lequel camarade n'a pas apprécié ce larcin. À tel point qu'il décide des années plus tard de se venger de ce vol de bille en enfermant le coupable pendant 40 ans et en mettant au point une machination qui lui prend un temps fou et qui a pour but de faire coucher sa victime enfin libérée avec sa propre fille devenue femme. Au passage, le vengeur masqué récupère ses billes puisqu'il demande à la fin du film au héros de s'arracher les yeux pour connaître la vérité sur sa vie de merde. Ce vengeur voulait donc le beurre (la bille), l'argent du beurre (la satisfaction d'avoir infligé 40 ans de taule au voleur), et le cul de la crémière (la jeune fille qui n'avait rien à voir avec cette histoire et qui se retrouve enceinte de son père).

Rideau. Palme d'or. Prix du jury. Prix du public. Quinzaine des réalisateurs. Coffret dvd Prestige de deux tonnes. Un Certain Regard. Oscar du meilleur film étranger. Ours d'or de Berlin. Lion d'Argent de Venise. César d'honneur. Grand Bell Award. Best Film Award. Standing ovation. Hola. Como te llamas ? Kelly Reichardt, Richard Kelly.


Old Boy de Kelly Reichardt avec Choi Min-Sik (2004)

Old Joy

Le dernier opus de la saga du réalisateur coréen Park Chan-Wook a de quoi surprendre. Qu'on me dise tout de suite si je me trompe mais il me semble que Park Chan-Wook est LE metteur en scène contemporain de la vengeance, et chez qui la vengeance est un plat qui se mange congelé. À tel point que dans son déjà célèbre Sympathy for Mrs Devil, la vengeance n'a jamais lieu, le film pourtant long de 4 heures étant trop court pour que la vengeance ait le temps d'arriver. Qui n'attend pas un hypothétique Sympathy for Mrs Devil 2, histoire d'enfin voir la vengeance tant préparée dans le premier ? De la même manière, pendant toute la durée d'Old Joy, le nouveau film de notre cinéaste coréen préféré, on attend que la vengeance arrive, mais rien ne suscite jamais la moindre possibilité d'une vengeance.



Deux amis se perdent dans les bois et aucun des deux n'a de ressentiment envers l'autre, aucun des deux ne prend l'autre en grippe, même si l'ambiance n'est quand même pas géante. Et pourtant, on tend à penser, connaissant sur le bout des ongles la carrière de Park Chan-Wook et son penchant pour les vengeances les plus sanglantes, que quelque chose est pourri dans ce couple d'ami, peut-être quelque chose qui s'est passé hors champ, peut-être quelque chose qui s'est dit en off, peut-être quelque chose du passé qu'aucun flashback ne nous aura dévoilé, à nous de bosser sur notre imagination, pas de twist final en vue. On en vient à espérer que Will Oldham assassine le clebs de son meilleur ami en représailles d'une partie de cartes qui aurait mal tourné dans leur jeunesse... Tout est bancal, tout est suspect, jusqu'à la musique de Yo la tengo dont chaque accord se termine sur ce qu'on appelle en musique un "canard", une fausse note ô combien désagréable. La scène cruciale arrive enfin dans les bains d'eau chaude. Will Oldham s'approche dangereusement de son ami et entame un massage des épaules langoureux. D'une minute à l'autre la noyade peut arriver. Mais non, rien ne se passe. Sinon le début d'une relation entre deux pédés qui ne s'ignorent plus tout à fait.



À la fin du film, lors de l'interminable voyage du retour, j'étais persuadé que Will Oldham allait enfin se débarrasser, par pur et simple esprit de vengeance, de son pseudo-ami en s'emparant du volant pour propulser leur voiture dans un arbre, ayant au préalable constaté que lui seul serait protégé par un airbag. J'ai pensé que peut-être le personnage évite ce stratagème pourtant malicieux en pensant au petit chien endormi sur la banquette arrière qui aurait pu finir tanqué dans sa nuque. Et puis le générique de fin se déroule, et je regarde en arrière, inquiet de l'après-midi passée devant ce film, et je me rends compte que je n'ai vu ni vengeance, ni rien d'autre. Rien que quelques arbres et un acteur principal que je qualifierais de "frontal" en la personne du chansonnier Will "Terrible Forehead" Oldham. Dans le front de cet homme est caché le spindle contenant tous les cds qu'il a prévu de sortir dans les prochaines années. En guise de conclusion je reprocherais volontiers à Park Chan-Wook de surfer sur la vague du succès pour sortir sur grand écran et sur galettes son dernier film de vacances à la montagne en compagnie de deux américains très moyens.


Old Joy de Park Chan-Wook avec Will Oldham (2008)

6 octobre 2008

Good Bye Lenin !

Ce film-là c'est un des grands classiques du cinéma que je n'avais pas encore vus, aux côtés de Good Morning Vietnam, Se7en, La Mort aux trousses ou Kundun. Il fallait à tout prix que je le voie, et j'avais peu d'excuses étant donné qu'il est diffusé trois fois par mois sur Arte (chaîne souvent beaucoup plus Allemande que Franco-), contrairement à des films qu'on n'a jamais le loisir de croiser dans Télépoche, à l'instar du film Kundun. J'ai loupé le bébé de Wolfgang Becker trois fois ce mois-ci, et bien loupé. Faut dire que j'achète le journal mensuel Télé 2 semaines, et le film a été programmé trois fois dans la quinzaine manquante de ce magazine. Bref entre Goodbye Lenin! et moi c'est une longue histoire du chat et la souris. Jusqu'à ce soir j'arrêtais pas de dire "Faut que je le voie, faut que je le voie, faut que je le voie". Et je l'ai vu. Good Bye Lenin! je le place aux côtés de Star Wars et de son R2D2 de mes deux, parmi les films soi-disant classiques sur lesquels je chierai tout mon saoul.




Good bye Good bye Lenin! et Good Morning Kundun.


Good Bye Lenin ! de Wolfgang Becker avec Daniel Brühl (2003)

1 octobre 2008

Children of Men

Nouvelle critique, nouvelle analyse de titre, nouvelle titrologie. Cette fois-ci on s'intéresse à Children of men, œuvre phare d'Alfonso Cabron, nouvelle égérie du cinéma d'anticipation Hollywoodien à tendance nombriliste qu'on surnomme, entre nous autres savants du grand écran, Bellywood*.

Children of men que les français ont eu la mauvaise idée de traduire "Les fils de l'homme". Or il s'agit bien des "enfants des hommes", à ne pas confondre avec le film anglais riche en testostérone Sons of Man avec Wesley Snipes (prononcez Snipès du fait de ses origines cubaines) dans la peau d'un tueur à gage contraint de liquider toute sa famille pour un simple contrat, le seul film qui s'ouvre par la phrase "putain de contrat" et qui se termine sur la phrase "métier de merde".

Petit topo sur le film : On est en l'an deux mille et quelques de notre ère, la planète est encore plus pourrie qu'aujourd'hui et les femmes ne peuvent plus enfanter. L'espèce humaine est devenue stérile et court à sa perte. Que sont devenus les enfants des hommes ?




Retour sur le titre. Retour sur le genèse d'un titre. Car tout est dans le titre : Children of men. Ce titre est si riche de sens qu'on a décidé d'en faire un papier. Être les enfants des hommes, c'est un héritage commun et irrémissible. Le film tâche de nous dépeindre cet héritage pas très catholique. La planète est sans le sou. La planète est la cible de tous les terroristes. La planète est stérile. Il y a plusieurs millions d'années les dinosaures ruled the earth, aujourd'hui, après seulement quelques milliers d'années de propriété de la planète Terre par l'homme, celui-ci, dans le futur X dépeint par Cuaron, touche à sa fin. Les enfants des hommes ont hérité d'une terre sacrée et déjà par trop abîmée, et il leur incombe de la sortir du trou. La première des choses pour ce faire reste de ne pas clamser tout de suite autant que faire se peut. Tous les maux du monde actuel sont présents et exacerbés dans le futur Y que Cuaron dresse sous nos yeux esbaudis. Le cinéaste Mexicain Alphonso Curaon fait preuve d'un pessimisme alarmant mais hélas de rigueur : terrorisme journalier, guerre quotidienne, immigration zéro/migration totale, pollution générale atteignant le point de non-retour, délabrement des eaux et des os, contamination de l'air, etc. On ne peut pas dire tout le reste. Dîtes-vous bien que tout est là. Clive Owen passe même une demi heure du film dans un embouteillage, pour que rien des tracas de chaque jour ne nous soit épargné dans cette fin du monde aux accents orwelliens où la publicité d'un monde nouveau est permanente.




Là où le titre est intéressant, c'est qu'il dit tout. Il dit tout, du tout au tout. Il est à la fois espoir et angoisse. Espoir : Children, l'enfance, synonyme d'espoir toujours. Angoisse : Of men, l'héritage nauséabond (comme dans Of mice of men, clin d'œil appuyé à J. Steinbeck, auteur social et charitable de la charité humanitaire et du romantisme à fleur de peau made in the US of A). La légende raconte qu'une fois le titre trouvé, Alphonson Cabron avoua que lorsqu'il trouva le titre du film tout le boulot était fait. C'était ni fait, mais à faire. Il hésita même à le tourner du coup. Le titre dit tout, notre article aide à ne pas le comprendre. C'est l'anti-Piège de cristal, titre qui n'en dit pas assez puisque dans le film de McTiernan, piège il y aura, de cristal aussi, mais pas que, des pièges et des cristaux, par scène y'en a un wagon, un pacson. C'est aussi un contre-exemple des 400 coups, titre qui lui en dit trop, puisque dans le film seuls une demi-douzaine de coups sont bel et bien à l'écran. Children of men est donc le titre parfait.

Le titre français : Les Fils de l'homme, homme sans majuscule, est caduc.


*Belly = ventre, wood = bois, Bellywood est donc la contraction linguistique des termes Hollywood et bellybutton (nombril). C'est cette nouvelle mouvance du cinéma Américain qui confond humanisme et humanitaire, un cinéma très replié sur lui-même, qu'on pourrait presque rapprocher du mouvement musical "shoegaze" en indierock, qui consiste à mater ses pompes en plein solo guitare.


Children of Men d'Alphonso Cuaron, avec Clive Owen et Julianne Moore (2006)