24 juin 2008

Jumper

J'ai vécu un truc de malade ! Ce matin j'ai bouffé un peu innocemment (c'est mon pote qui m'a poussé) une plaquette entière de pastilles de vitamines C, après avoir bu quelques verres de jus d'ananas (un cubi), tout ça pour être en alerte rouge devant ma feuille de partiel. Donc j'ai passé une journée démente, à péter le feu, à chier de partout, enfin bref la journée bizarre qu'on peut attendre d'un mélange aussi explosif ingurgité au petit matin. Et là je viens de mater Jumper. Et ça m'a autant surpris que ça vous sautera à la gueule en me lisant, mais je vous assure que c'est vrai, j'ai causé aux morts pendant le film. Je voyais des macchabées tout autour de moi, et j'ai discuté avec eux un certain temps. Pendant tout le film en fait. Comme une séance de spiritisme sauf que je n'ai convoqué personne dans mon salon. Les gars crevés sont entrés sans frapper. Et du début à la fin de Jumper j'ai causé à des morts. Sans doute un moyen mis en place par mon subconscient pour éviter de voir ce film de merde. Oh ça vous paraîtra peut-être étrange mais dîtes-vous bien que ce n'est rien comparé au film.


Hayden Christensen peut se téléporter où il veut et il en profite pour aller étendre son linge devant les pyramides d’Égypte, sans oublier d'emporter avec lui son précieux lecteur cd portable.

Dans ce film un type se rend compte qu'il a le pouvoir de se téléporter, et la seule chose qu'il décide d'en faire c'est de passer d'une pièce à l'autre en sautant la porte. À un moment il perd son pouvoir et en pleine course poursuite il galère trop pour tourner une poignée. Son pire ennemi lui crie dessus qu'ouvrir une porte ce n'est pas comme faire du vélo, ça s'oublie... Enfin voila, le film aussi est bizarre. Mais ma soirée putain je ne suis pas près de l'oublier. J'ai causé à des gens méga morts. J'ai causé à un arrière-grand-père paternel qui m'a raconté comment il avait engrossé mon arrière-grand-mère maternelle, c'était vachement intéressant. En tout cas on était bien 50 dans mon salon, moi et 49 morts, et y'a quand même un grand cousin éloigné dans le tas qui m'a dit avoir kiffé Jumper.


Jumper de Doug Liman avec Hayden Christensen, Samuel L. Jackson et Jamie Bell (2008)

Soyez sympas, rembobinez

Quand je suis allé voir ce film au cinéma, j'ai été pris pour cible par un curieux spectateur qui m'a lancé ses crottes de nez sur la gueule pendant tout le film. Le gars était deux rangs derrière moi et du début à la fin du film il m'a envoyé ses mokos droit sur la gueule. À la fin de la séance, quand les lumières se sont rallumées, laissez-moi vous dire que j'étais littéralement devenu une montagne de mokos. Mais c'est quelques minutes plus tard que je me suis rendu compte qu'en fait j'ai regardé le film chez moi, tout seul dans mon salon, sur mon fauteuil pourri. J'ai fait de ma personne un amoncellement de merde nasale. J'ai transformé mon corps maigrelet en une sculpture moko. J'étais un véritable tas de moko vivant. Je me suis moi-même envoyé une tonne de mokos dans ma propre gueule, et j'ai fabulé, j'ai inventé toute cette histoire de séance obscure et de spectateur lanceur de mokos dans ma tête, tout ça pour échapper à ce film.


Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry avec Mos Def, Jack Black, Danny Glover et Sigourney Weaver (2008)

23 juin 2008

Le Dernier des Mohicans

Avec ce film, en 1992, Michael "Da" Mann s'ouvre définitivement les portes du grand Hollywood. Et qui s'ouvre les portes d'Hollywood les referme derrière soi, pris au piège par la machine infernale. Il signera en effet pas mal de films oubliables après ça (quid de Ali ou de Public Enemies, paumés au milieu de Collatéral ou Miami Vice, que certains tiennent pour de purs chefs-d’œuvre). En 1992, à Hollywood, se tournaient encore de grands fresques historiques, filmées avec intérêt et professionnalisme, dans un style académique assumé et honnête, avec des têtes d'affiche, de grandes batailles et des musiques imposantes. C'était même devenu une sorte d'artisanat. En 1990 Edward Zwick tournait le remarquable Glory, sur l'avènement du premier régiment de noirs dans l'armée Nordiste durant la guerre de sécession, film qui allait révéler Denzel Washington au monde entier. En 1991 Kevin Costner faisait ses premiers pas derrière la caméra avec Danse avec les loups, qui longtemps après La Captive aux yeux clairs ou Little Big Man, achevait de montrer les Indiens pour ce qu'ils étaient en portant sur leur tragédie un regard humaniste. Soucieux de s'inscrire dans l'histoire du genre, il reprenait d'ailleurs sous les drapeaux le compositeur John Barry qui avait fait la gloire de Zoulou en 1964.



Et puis le mouvement atteignit une sorte d'apogée en 1995 avec un autre film d'acteur se mettant en scène, Braveheart, qui devait s'ériger en référence absolue du film sanglant en costume, qu'on pourrait appeler le "film de batailles historiques filmées en costard". Mel Gibson ayant calmé les ardeurs du genre, ce dernier connaîtra un coup de mou de quelques années pour refaire quelques pâles étincelles en 2000 avec Gladiator de Ridley "boy" Scott (dans lequel l'Histoire s'effaçait plus que jamais au profit du personnage de fiction) et The Patriot de Roland Magdane qui sortirent coup sur coup. Depuis le mouvement s'est à nouveau calmé, malgré quelques soubresauts ponctuels, comme Edward Zwick qui tâchait péniblement de remettre le couvert en 2004 avec Le Dernier Samouraï et un Tom Cruise en kimono cocaïné jusqu'aux pointes des cheveux. Et si le genre n'est pas mort, disons qu'il a déjà connu son heure de gloire, et que cette heure de gloire s'est clairement étendue de 1990 à 1995, années durant lesquelles les grands films de cette espèce étaient à la mode et se faisaient avec passion et labeur, bien qu'à la chaîne. Le Dernier des Mohicans s'inscrit très exactement dans cette époque et la marque de toute son importance. L'histoire se situe en 1757 et raconte la guerre entre Français et Anglais dans l'État de New-York pour l'appropriation des terres Indiennes. Rares sont les films qui ont dépeint ce moment de l'histoire et Michael Mann s'est acquitté de cette dette qu'avait le 7ème art en n'hésitant pas à adapter un des plus grands romans (fondateur de la littérature Américaine) de James Fenimore Cooper pour s'en foutre plein la cagnote.



Allez tournons cette page d'histoire. Soyons francs, ce film c'est celui d'un Michael Mann inspiré, en roues libres, un freewheelin' Michael Mann. Pour s'en convaincre il suffit de lancer le film et d'admirer son incroyable générique d'ouverture durant lequel, dans ce qui servira d'introduction à l'œuvre, Nathaniel "Hawkeye" (interprété par Daniel "D-Day" Lewis, encore très bel homme et piètre acteur à l'époque), s'en va chasser le daim. Avec son père adoptif (le dernier des Mohicans en question), nommé Chingachgook (rebaptisé "Chinkatchouk" en version française par un doubleur pressé de rentrer chez lui), et son frère d'adoption, "Un cas", il court dans les bois à la poursuite d'un cerf. Séquence filmée à même la mousse des arbres à un rythme effréné. Dans cette ouverture Michael Mann tâche de nous rappeler que si l'on se plaint à l'idée d'aller faire trois courses au Lidl, à l'époque c'était autrement plus angoissant de penser à bouffer. Il fallait s'y prendre tôt le matin et être un Mohican rusé pour réussir à abattre un cerf en plein vol d'une balle de tromblon idéalement placée dans la nuque. Une fois la chose faite et la musique du duo Randy Edelman et Trevor Jones apaisée (laquelle vous restera plantée dans le crane des jours durant, et avec quelle délectation !), les trois Indiens se recueillent au-dessus de la dépouille du cerf crevé et s'excusent de l'avoir tué. Mais revenons sur l'incroyable musique de ce film, mélange abracadabrant de mélodies traditionnelles irlandaises (rappelons qu'il n'y a rien d'Irlandais dans le film) et de rythmes modernes ténus, pour accompagner des plans magnifiques surplombant les forêts d'Amérique prêtes à disparaître.



Pour ceux qui aiment les représentations cinématographiques de la grande Histoire qui restent dans la mémoire vive, que dire de la première escarmouche, avec Wes Studi, fameux acteur indien qui incarne ici le chef des Hurons (et qui jouait le méchant dans Danse avec les leups et plein d'autres films réclamant de méchants indiens, mais aussi et presque à contre-emploi le rôle éponyme du fameux Geronimo de Walter Hill, avec Matt Damon, Gene Hackman et Robert Duvall, réalisé dans la même période charnière, en 1994). Notre Huron pur souche se fait passer pour un indien Mohawk histoire d'escorter les anglais et de les massacrer à coups de tomahawk, avec l'aide de ses hommes embusqués dans la forêt qui borde le chemin parcouru par la colonne dans une séquence survoltée. Du moins jusqu'à ce que Chinkatchouk, "Un cas" et Daniel "Hawkeye" Lewis ne viennent les mettre en déroute pour sauver les filles du Colonel Munro et se les tirer en toute légitimité. Que dire des scènes d'amour torrides et pourtant chastes sous les cascades des chutes du Niagara entre les damoiselles de la haute société Britannique et les derniers des derniers Mohicans. Que dire de ces longs dialogues entre Patrice Chéreau (dans le rôle du général français Montcalm), ne pipant mot d'anglais et lisant à la vue de tous un vulgaire prompteur caché hors-champ, échangés avec un Wes Studi en pente douce, parlant Français comme le dernier des clébards et jurant d'arracher le cœur du Colonel Edmund "tête grise" Munro, qui s'avère être le père des deux filles que niquent depuis peu les Mohicans : pas de veine pour elles, coup de bol pour le film. Et que dire de la fin, avec le suicide de la sœur cadette qui se jette du haut de la falaise pour échapper à l'emprise du terrifiant Magua, sous les yeux de sa sœur aînée impuissante (Madeleine Stowe, en plein possession de ses moyens...), et de Chinkatchouk qui rattrape le groupe de Hurons la rage au corps, lui qui vient de voir tuer son fils "Un cas" et qui, au rythme d'une musique poignante, découpe Magua en tranches en hurlant son propre nom, "Nardinamouk", imprononçable même pour lui. Les derniers mots du film résonnent encore dans mon âme d'enfant : "Ask death for speed, for they are all there but one - I, Chingachgook - last of the Mohicans (...) And new people will come, work, struggle. Some will make their life. But once, we were here." En français ça donne quelque chose comme : "Demande à la mort de se magner, parce qu'ils reposent tous là sauf un - moi, Caoutchouc - dernier des Mohicans (...) Et d'autres peuples viendront, travailleront, en chieront. Certains feront leur vie. Mais à un moment, on était putain de là".


Le Dernier des Mohicans de Michael Mann avec Daniel Day Lewis, Madeleine Stowe, Wes Studi et Patrice Chéreau (1992)

21 juin 2008

Bons baisers de Bruges

Tout est bizarre dans ce film. Le ton est bizarre, le duo d'acteurs est bizarre, l'intention de départ est bizarre. C'est supposé être une comédie et on ne rit presque jamais, sinon jaune, façon humour british. Le plus souvent c'est quand même une ambiance plutôt morose qui règne à Bruges, voire pathétique avec ces personnages de tueurs à gage au bout du rouleau, tantôt suicidaires, tantôt courant après la vie. Bizarrerie d'un scénario dont on ne sait jamais où il nous mène. Bizarrerie d'un rythme résolument lent qui n'ennuie jamais. Bizarrerie d'une brillante scène d'appel téléphonique qui dure 20 minutes et qui marque le tournant dramatique du film. Bizarrerie d'un buddy movie qui au lieu de baser la dualité de ses deux personnages principaux sur une différence de taille, de gabarit, de couleur, ou d'humeur (comme dans la tétralogie mythique Lethal Weapon, ou dans Die Hard 3, Le Dernier samaritain, Jumeaux, etc.), se limite à différencier ses héros par ce que j'appellerais un "sourcil d'écart". Il saute aux yeux que Colin Farrell est la nemesis sourciliaire du brave Brendan Gleeson, qui se retrouve avec un front épilé à la cire tandis que son acolyte penche vers l'avant sous le poids de ses astéro-sourcils en accent circonflexe qui, sur les plans d'ensemble comme sur les gros plans, sont utilisés comme des balises par le chef op' qui s'en sert bizarrement pour délimiter son cadre.



Al Pacino aurait dit de Colin Farrell qu'il est l'acteur le plus doué de sa génération. Brendan Gleeson aurait dit de Brendan Fraser : "Je n'ai rien à voir avec ce con". Ces deux mercenaires de la pelloche qui ont tourné dans les plus grands pays du monde sont accompagnés d'un casting 5 étoiles, avec Ralph Fiennes, Jérémie Renier et la jolie Clémence Poésy. Malgré tout, le film repose en très grande partie sur les épaules ô combien robustes de Farrell et Gleeson qui nous en foutent plein la gueule. Et si ce film est un polar original, une carte postale au vitriol, une comédie amère, et ainsi de suite, c'est avant tout un fameux duel d'acteur et un film de vacances intriguant. Qui n'a jamais rêvé de voir Brendan Gleeson se payer des vacances à Bruges ? Au final, le film est un petit ovni, très original, très décalé, assez intéressant.


Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Clémence Poésy, Ralph Fiennes et Jérémie Renier (2008)

Drillbit Taylor

C'est l'histoire de 3 gosses qui en bavent au collège. Tous les jours, à la récré de 10h puis à celle de 15h, deux grands gaillards de 23 ans qui n'ont normalement plus rien à faire au bahut, les attrapent par le col et leur bousillent la gueule. On a droit à ce triste spectacle pendant une bonne heure de film. Chaque quart d'heure étant consacré à une nouvelle pratique ancestrale de torture mise en place par les deux taulards qui ont fait de ce petit lycée de quartier leur terrain d'entraînement pour de futures guerres du Golfe. Ainsi durant le premier quart d'heure on voit les trois jeunes souffre-douleurs récurer les chiottes de l'école avec leurs dents, tenus à bouts de bras par leurs tortionnaires. Dans la seconde partie, les deux tarés de l'école s'appliquent à chier dans des assiettes et forcent les trois mauviettes qui nous servent de héros à bouffer leur merde à la cantine. Dans l'avant-dernier quart d'heure, les trois jeunes gosses voient leurs vêtements cramer dans un grand feu au milieu de la cour de récréation. Et enfin dans le dernier quart d'heure, un classical, qui vous rappellera peut-être les plus sombres heures de votre scolarité : les deux repris de justice qui ont élu domicile dans ce petit collège de campagne qu'ils ont manifestement décidé de transformer en camp de concentration, écartèlent les jambes de leurs victimes en les soulevant du sol, et courent à toute allure, en tenant chacun une jambe de leur martyr, vers un tronc d'arbre massif afin de leur exploser les couilles à même l'écorce, avant de laisser leurs cobayes pour quasi-morts, recroquevillés au sol en position fœtale, remués de quelques timides spasmes post-traumatiques. Tout ça sur fond de musique indé comme ça se fait aujourd'hui dans les comédies américaines ayant pour personnages principaux et pour public cible de jeunes adolescents.


L'originalité dans le cas présent réside dans le léger décalage entre les images d'une intolérable violence qu'on nous assène, et les titres polp-rock'n'folk mignons, "sucrés", qui les accompagnent. Ainsi tandis que Lilly Allen chantonne son dernier tube en fond sonore, on assiste, désemparé, au spectacle d'un enfant à moitié mort, en boule au pied d'un arbre sur lequel sont encore accrochées ses couilles. Et alors que Feist entonne son dernier succès en date intitulé One two three four, on est aux côtés de l'enfant, allongé, inconscient, sur un lit d'hôpital. Ses parents le pleurent, un médecin leur fait comprendre à demi-mot qu'il est dans un coma profond et que si d'aventure il venait à survivre, il devrait tirer un trait sur une éventuelle progéniture. On a alors droit à un long travelling partant du visage enfin apaisé de l'enfant à demi-mort, passant sur un bocal contenant ses couilles entourées de glaçons, et s'arrêtant sur le moniteur électronique qui sonne au rythme des faibles pulsations de son cœur malade. Rappelons, pour l'amour du ciel, qu'à la fin de ce mouvement de caméra morbide, Feist, sur un ton enjoué, chante : "one two three four five six seven all good children go to heaven".


Bref, la première heure de ce film laisse non seulement pantois, mais mal à l'aise. Il y a là de quoi faire douter ceux qui s'en vont passer le Capès en toute hâte et qui s'orientent vers une carrière ayant un rapport quelconque avec l'école en général. Ceci dit ce film est le reflet d'un fait de société alarmant, à savoir le manque évident de personnel de surveillance dans les collèges. Certains y trouveront peut-être une nouvelle vocation d'assistant d'éducation, de pion.

Après ça nos trois z(h)éros (si vous n'aimez pas ce genre de jeux de mots sachez que nous non plus, et un petit conseil, ne lisez plus Studio Ciné Live, Première et consorts) décident d'engager un body guard. Et après un long casting (la seule scène qu'on sauvera dans ce merdier), ils tombent sur un clodo se faisant passer pour un vétéran de l'armée (Owen Wilson), qui verra dans ce nouveau job un bon moyen d'escroquer ces jeunes un peu naïfs et de leur tirer leurs meubles en douce. Mais rien n'apaisera la terreur suscitée par la longue ouverture du film, pas même une absence presque religieuse de vannes. Et en guise de conclusion, on ne s'étonnera qu'à moitié de l'immense liste de cascadeurs qui défile au générique de clôture de ce teen movie interdit à tout public.


Drillbit Taylor de Steven Brill avec Owen Wilson (2008)

12 juin 2008

Phénomènes

C'est un des premiers films que je vais voir à la fois à reculons et en cavalant. À reculons parce que j'avais vu les deux derniers films de Manoj Nellyatyu Shyamalan, et en cavalant parce qu'il restait deux minutes à mon chrono avant le début de la séance. Dès les premières minutes, avec l'appui de la musique si caractéristique de James Newton Howard, on sait que Manoj est revenu à ses amours d'antan, c'est à dire à un cinéma franchement ancré dans son genre, très simple et très codé, qui sait regarder dans son dos tout en gardant les mains sur le guidon, même si du coup il a les pieds dans les rayons. En d'autres termes moins cyclistes, Shyamalan tâche de placer son film dans la lignée des œuvres classiques du cinéma fantastique des années 50 et 60 en n'omettant pas de mettre au goût du jour les paraboles politiques indispensables au genre pour se concentrer sur une préoccupation bien d'aujourd'hui : l'écologie.



À grand renfort de sujets d'actualité, comme la disparition des abeilles qui faisait encore la une du NouvelObs.com la semaine dernière, ou le terrorisme devenu le mobile envisagé en priorité en cas de grands accidents aux États-Unis (Shyamalan utilise d'ailleurs à souhait toute l'imagerie du 11 septembre), M. Nellyattu nous raconte ici comment la nature, les arbres, l'herbe, les buissons et consorts, vont changer biologiquement pour se venger du mal que leur font les hommes. Et très tôt dans le film, une fois écartée l'hypothèse chère aux protagonistes et finalement si pratique de la perfide attaque terroriste, on saura de quoi il retourne : la nature réagit et pousse les hommes au suicide en guise de représailles. À noter la volonté pour M. Night de se débarrasser de sa vieille habitude du misérable twist final au profit d'un simple soubresaut ultime du type "c'est pas vraiment fini !", ce qui cependant ne l'empêchera pas de rater complètement la fin de son film, suivez mon doigt qui pointe d'un air vengeur les cinq dernières minutes du film dont on se serait très bien passé. Conjuguant une terreur invisible et purement fantastique, issue d'un élément banal du quotidien et ayant pour aboutissement une mort toujours hors-champ provoquée par le bruissement du vent dans les feuilles (éléments fondateurs du récit directement inspirés des Oiseaux d'Hitchcock), à la barbarie sanglante digne d'un Sam Peckinpah orchestrée à travers d'obscurs volets clos par des Américains typés du sud armés jusqu'aux dents et protégeant la sacro-sainte propriété privée en ouvrant le feu à bout portant sur la jeunesse de leur pays, Shyamalan...



Wow wow wow. Vous y avez cru ? Vous avez cru à un grand film ? Vous avez cru à une critique organisée, intelligente, bien ficelée, avec un plan, des sous-parties, une réflexion et un cheminement de pensée ? Vous y avez vraiment cru ? Non, soyons sérieux. C'est une critique à l'image du film. Une annonce de plan mais pas l'ombre d'un développement. Y'a bien une introduction mais y'a pas de grands chapitres. Vous trouverez bien des mots mais ils n'auront aucun sens mis bout à bout. Trouvez la majuscule mais cherchez encore le point final. Neyallitu Shyamalan, qui était encore chez moi hier soir pour faire un piccolo foot devant Pays-bas/Italie et qui a fini rétamé sur le canapé, ça reste un pote, un type pour qui j'ai une grande sympathie, vous l'aurez constaté, j'ai essayé de faire deux chapitres qui se tiennent, mais ça reste une embuscade, au fond ça reste un type qui a des défauts, comme tout le monde. Son film, comme cette critique, part d'une idée audacieuse, fait montre d'un certain courage, d'une grande ambition, y'a comme un grand potentiel là-dedans, mais derrière y'a rien de concret, des occasions ratées, des rencontres manquées, des lapins posés à des rendez-vous fixés. C'est pas un film de merde, c'est un film complètement raté, qui aurait pu mais qui n'a pas... Tout ce qu'on est persuadé de voir venir à l'écran n'y est pas. Tout ce que Shyamalan installe, il l'oublie et passe à la suite. En clair, on n'a rien de ce qu'on est en droit d'attendre. Et au final on se dit que c'est pas plus mal, qu'il évite les poncifs et autres passages obligés. Mais après coup, on se rend compte qu'en fait y'a rien du tout à l'image sinon un message de paix, d'amour, de gentillesse, un message pour le tri des déchets. Ce film ce sera mon screensaver et rien d'autre.



Manoj garde le mérite d'avoir un potentiel de départ, aussi inexploité soit-il. Il a le mérite de porter la responsabilité de son film sur ses seules épaules puisqu'il l'a écrit, produit et bien sûr réalisé. Il a le mérite aussi d'oser réaliser un film dans la lignée des œuvres dont il s'inspire sans en être un vulgaire pastiche, et d'oser mettre en scène un scénario désarmant de naïveté, du genre qui depuis Les Oiseaux ou Duel ne dépasse normalement plus le stade du brouillon. Avec le postulat de filmer des suicides spontanés et de créer la terreur à partir d'un courant d'air, Nellyattu (natif de Pondicherry) a la volonté et l'honorable prétention de faire des images. En l'occurrence, pas de veine, ça ne fonctionne pas toujours, et surtout pas quand on filme un long métrage en 2008 comme on filmait un épisode des Envahisseurs pour la télé y'a 40 ans. En effet, soucieux d'épurer son style entre trois ou quatre ralentis de mauvais goût, Shyamalan n'a gardé que l'ossature, le moignon de sa mise en scène. C'est idem pour le scénario du reste, les idées de départ sont bonnes mais à l'arrivée elles sont mal ou pas du tout exploitées. Par exemple il rend les personnages amorphes et inhumains, incapables de communiquer ou d'exprimer quoi que ce soit à partir de l'instant où ils ont inhalé la toxine dégagée par les plantes tueuses, si bien que lorsque les personnages se suicident ils ne sont déjà plus humains, ils se tuent machinalement sans exprimer la moindre douleur, ce sont des morts qui se tuent, et du même coup on n'éprouve pas la moindre compassion pour ces morts suicidés, ces "morts en permission" comme disait Lénine. L'idée, servie entre parenthèses par des acteurs un peu à côté de la plaque mis au service de personnages toujours en décalage, ne tient pas vraiment debout : les plantes sont supposées détraquer un truc dans le cerveau qui nous retient d'accomplir des actions nocives pour nous-mêmes, sauf qu'au lieu de ça les gens s'immobilisent et cherchent à se tuer. Or, alors qu'ils ont perdu toute réactivité, transformés en corps sans vie, ils sont néanmoins capables d'organiser leur mort de façon très réfléchie : un tel qui se tire une balle dans la tête, tel autre qui va provoquer des tigres pour qu'ils le dévorent, ou, cerise sur le gâteau, ce type qui allume une tondeuse et va se coucher sur son trajet pour se faire ratiboiser le scalp. Tout cela n'a aucun sens et confine malheureusement au risible. Difficile de savoir comment Shyamalan aurait pu trouver une meilleure idée allant dans ce sens tout en restant original. Le cinéaste a dû se poser cette même question et il n'est manifestement pas ressorti vainqueur de ce débat avec lui-même. Idem quand il a fallu finir le film, Shyamalan choisissant de célébrer l'amour de son couple vedette dans une marche de l'un vers l'autre bravant le vent empoisonné... Tout est ainsi inachevé, hormis les deux globes oculaires fantasmagoriques de Zooey Deschanel, qui contiennent la galaxie d'Orion toute entière, celle que Will Smith cherchait pendant des heures dans MIB et MIIB. Un mot sur Marky Marc Wahlberg : présent. Y'a pas à dire il est là, il a taffé, il a pointé. Il est au générique de début et on le retrouve pour celui de la fin, il s'est pas barré entre-temps. On notera la présence de John Leguizamo (en Français dans le texte "Jean le Légumineux") dans un excellent supporting role de prof de mathématiques et de gymnastique, bougrement intelligent et putain de bon en sport.



À la sortie de la salle on ne peut que se réjouir de savoir que Manoj M. Night Shyamalan continue son petit bonhomme de chemin, et on est plutôt satisfait qu'il soit seul au volant de son véhicule infernal, dont lui seul dicte la route. On ne sait pas où il va, on sait seulement quand il s'arrêtera, à l'âge de 80 ou 83 balais, l'espérance de vie moyenne d'un natif de Pondicherry né en 1970.

À noter que The Happening (Phenomenon en Français), est le nouveau porte-drapeau de cette vague moderne de films en -ing, comme The Changeling de Clint Eastwood, The Shining de Stanley Kubrick, Lord of the Ring de Peter Jackson, The Fellowship of the Ring de Peter Jacskon aussi, The Return of the King également de Peter Jackson, The Thing de John Carpenter, Trainspotting de Danny "The Dog" Boyle, ou The Lion King de Walter "Don Bluth" Disney.



En conclusion on pourra dire que non content d'avoir filmé des petits hommes verts dans Signs, Shyamalan est désormais devenu lui-même un vert, nul doute qu'il votera Dominique Voynet plutôt que Barak O'Bama aux prochaines élections Américaines, même s'il aura bien du mal à la trouver sur la liste électorale des 46ème présidentielles qui auront lieu sur le sol Américain dans les prochains mois. Shyamalan s'accapare aux États-Unis le rôle de Nic' Hulot en espérant mettre son petit grain de sel dans les programmes électoraux. Son grenelle de l'environnement à lui c'est son script. Marcus Wahlberg, qui avait ouvertement soutenu Bush en jouant dans Les Rois du désert, se retrouve bien dans la merde.


Phénomènes de M. Night Shyamalan avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel et John Leguizamo (2008)

8 juin 2008

JCVD

Gare à vous, on tient là une perle de cette année 2008. Comme le laissaient présager les extraits du film qui nous arrivaient depuis un certain temps ou les merveilleuses interviews promotionnelles de Jean-Claude Van Damme, fort d'un charisme éblouissant et d'une pléiade de clins d'œil ravageurs à des journalistes tétanisés, ce JCVD tant attendu est un grand film.

L'acteur karatéka Belge aux mille facéties interprète son propre rôle, celui d'un homme parti à Hollywood, devenu une grande star mondiale, et aujourd'hui réduit à enchaîner les petits rôles minables dans de sombres productions Bulgares pour joindre les deux bouts et assumer un divorce difficile qui va lui coûter sa fille, lasse qu'on se foute d'elle à l'école à la moindre rediffusion télévisuelle des joutes verbales insensées que son paternel accumulait généreusement alors qu'il était drogué jusqu'à l'os devant des journalistes sans scrupule.



Mais ne vous détrompez-pas, si Van Damme joue Van Damme, ou Jean-Claude Van Varenberg de son vrai nom, nous avons néanmoins affaire à une fiction. En effet, par le biais d'une construction très fluide et largement profitable au récit, et à travers divers chapitres, différents points de vue ou plusieurs changements de lieu et de temps, nous est contée l'histoire d'un Van Damme revenu à la source, en Belgique, pour remettre les pendules à l'heure, et qui va être pris dans un braquage malheureux. Après un tournage difficile sous les ordres d'un réalisateur abruti et indifférent aux problèmes de la star sur le déclin (séquence "film dans le film" qui n'est autre que l'époustouflante ouverture de JCVD, dans laquelle on voit l'acteur dans son registre, massacrant à toute allure toute une armée de malfrats dans un plan séquence du tonnerre), après avoir vu un rôle à sa portée lui passer sous le nez au profit de Steven Seagal, après s'être résolu à l'idée que John Woo l'a définitivement oublié, lui à qui il a permis de venir travailler aux États-Unis et qui y a rencontré grâce à lui un immense succès, après avoir entendu sa petite fille déclarer à un juge qu'elle ne voulait pas rester avec son père, après bien d'autres embuches encore, Van Damme rentre au pays. Il vient d'accepter un rôle miteux que son agent lui a proposé sans même avoir lu le scénario en question. Il a besoin de cash, de liquidités. Et c'est pour ça qu'il va entrer dans une poste, en Belgique, après s'être excusé auprès d'une chauffeuse de taxi énervée, et après avoir fait des photos avec deux fans dans un vidéo-club, toujours serviable et modeste. Mais dans cette poste a lieu un braquage dans lequel Van Damme va se jeter tête la première, pour finalement non seulement faire partie des otages, mais devenir aux yeux du pays et au service des braqueurs le supposé preneur d'otages.

Tel est le point de départ du film. Or, laissez-moi vous le dire, il s'agit d'un grand film. Et c'est d'abord parce que nous avons là un grand acteur. Van Damme a vieilli, il porte sur lui-même un regard absolument lucide et intelligent, il a un regard sagace sur sa carrière, pleinement conscient de ce qu'il est, de ce qu'il a été, et donc de ce qu'il est devenu. Il a 47 ans et il est à son sommet. Première des choses, il est devenu extrêmement beau. Il a toujours eu une certaine présence mais ici elle est plus irradiante que jamais. Van Damme crève l'écran, qu'il parle ou non, qu'il se batte ou reste assis, son charisme est fulgurant. Force est de constater qu'il s'agit bien là d'un immense acteur. Dans ce film, impossible d'affirmer le contraire, même en faisant preuve d'une mauvaise foi sans borne, il déploie un talent d'acteur, un "acting" comme il dit, totalement sidérant. Il joue tout, il incarne tout, et sans la moindre difficulté apparente. C'est un grand, un très grand acteur que nous découvrons grâce à ce film.



Mais ça n'est pas tout. Ce film, contrairement à ce que présuppose son titre, n'est pas qu'un acteur. Dans le sens où l'acteur n'est pas seul impliqué dans la réussite de l'œuvre. Et dans ce sens-là uniquement. Car il faut bien le dire, sorti de ces considérations, le film est, ni plus ni moins, l'acteur. Il est bâti à son image, et c'est un mérite ô combien vertueux. C'est en effet une œuvre brillant, qui alterne un humour très efficace et une langueur émotionnelle poignante. Comme son acteur, ce film sait parfaitement ce qu'il est, signe d'une grande intelligence. On jongle entre cette biographie fascinante et une fiction dont la cocasserie est clairement assumée et revendiquée. C'est un va et vient permanent entre grandeur et décadence, de l'action pure et dure, brutale et saisissante, à une réflexion soutenue et interminable, ardue et passionnante, un questionnement sans relâche quant au métier d'acteur, au jeu des apparences, à l'existentialisme. La photographie du film, très à la mode (à base d'atténuation des couleurs vives, d'augmentation des gris et du marron, de saturation éblouissante des blancs) chez Spielberg notamment, qui en fait son cheval de bataille depuis près de 5 films, trouve ici tout son sens: c'est toute une imagerie à la mode au service d'un minable petit braquage au fin fond de la Belgique. Qui plus est ce style donne un côté vieillot, délavé, au film, typique de ces mornes villes pauvres telles que les cinéastes Belges se tuent à nous les dépeindre depuis des années. Cet aspect de morne banlieue qu'affichaient bien des films indépendants américains dans les années 70. On pense bien entendu à Un après-midi de chien de Sidney Lumet, qui racontait si brillamment un braquage foiré, et que JCVD pastiche d'une certaine façon, avec un Zinédine Soualem grimé, perruque à l'appui, en John Cazale. Le personnage de Soualem est d'ailleurs l'antithèse, l'autre pendant, de celui de Van Damme. Là où notre héros joue pleinement son propre rôle, Soualem, à force de peau blanchie, de perruque aux cheveux raides, et de méchanceté pure et dure, presque invraisemblable, est l'emblème du pur personnage de fiction, de la pleine création, du parfait imaginaire. À la réalité répond la fiction. Et à la fiction répond la réalité quand à la fin du film, Van Damme, utilisé comme bouclier humain par un des braqueurs, avec une balle dans le bras, se défait de son ravisseur d'un sublime coup de pied retourné avant de lever les bras au ciel acclamé par la foule, pour se réveiller soudain de cette rêverie insensée, toujours braqué par le dernier des preneurs d'otages, dont il se défait d'un banal coup de coude dans le ventre avant de voir les forces de police maîtriser le criminel.

Et puis l'histoire est finie, Van Damme va quand même aller en prison, condamné pour extorsion de fonds, lui qui avait demandé au commissaire (interprété par François Damiens, formidable acteur belge déjà croisé dans Dikkenek ou Cowboy), qui le prenait pour le braqueur de la poste un virement d'un million d'euros sur le compte de son agent, histoire de rendre plus crédible l'idée selon laquelle l'acteur Van Damme, au bout du rouleau, aurait pu commettre cette sombre prise d'otages. Mais après ce purgatoire, et c'est le dernier plan du film, Van Damme voit sa fille, au parloir, prête à le pardonner ou plutôt à se faire pardonner. Il s'est racheté une réputation et une autorité, en même temps qu'il a remis les pendules à l'heure.



C'est un très grand film auquel nous avons droit. Un film d'une rare et si précieuse intelligence, et surtout d'une prodigieuse liberté. Un film qui a su très intelligemment se façonner à l'image de l'acteur qu'il raconte. À mi-chemin entre le rire et la détresse, l'action et la réflexion, la fiction et la réalité. Un film superbement inspiré, qui va du plan séquence brutal sans concession où l'acteur fait son métier, bastonnant majestueusement des armées entières comme il sait encore le faire à 47 ans, à un autre plan séquence de huit minutes, où l'acteur fait son métier, et en plein film, s'élève soudain bien au-dessus des bassesses du plateau pour se percher parmi les projecteurs et analyser son parcours, sa situation, sa condition, dans un monologue aussi déconcertant que palpitant où le bel et puissant athlète se laisse aller à pleurer pour mieux dire sa vérité. Film d'action drôle et efficace aussi bien que méditation, distanciation Godardienne, et émotion pure. Voila ce qu'est JCVD, c'est un grand film.


JCVD de Mabrouk el Mechri avec Jean-Claude Van Damme, Zinédine Soualem et François Damiens (2008)

3 juin 2008

Deux soeurs pour un roi (The Other Boleyn Girl)

Je vous vois vous ramener d'ici. N'allez pas chercher la signification de "Boleyn" dans votre dico franglais/spanish, ne vous faîtes pas avoir comme je me suis fait avoir. Boleyn c'est le nom des deux sœurs dont l'histoire nous est contée ici, et qui ont fait partie des 8 femmes - si mes souvenirs sont exacts - qu'Henry VIII a décapitées parce qu'elles ne savaient pas lui donner un fils, un héritier pour la couronne d'Angleterre. Alors je ne suis plus tout à fait certain du déroulement exact des décapitations orchestrées par ce Roi un peu nerveux qu'était Henry VIII (Eric Bana), mais peu importe.

Dans le film, la première femme du Roi, Catherine, est écartée faute de savoir pondre un mâle. Quand il apprend ça, un certain Thomas Boleyn décide de se faire adorer du Roi et pour ce de lui offrir sa cadette, Anne (Natalie Portman), une fille de caractère qui semble déjà lutter pour la cause des femmes mais qui ne rechigne apparemment pas à l'idée d'être offerte à son souverain, lequel va malheureusement lui préférer sa sœur aînée, pourtant déjà mariée à un noble : Mary (Scarlett Johansson). Faut dire qu'il n'est pas tout à fait con sur ce coup-là étant donné que lors d'une ballade à cheval, la jeune Anne (Natalie Portman, je récapitule) a un peu bêtement entraîné le Roi à sa suite le long d'un chemin sinueux que le canasson royal n'aura pas bien appréhendé, se ruinant dans le fossé, et propulsant le Roi, un bras déjà dans le plâtre et un pied coincé dans l'étrier, par-dessus bord, sur un talus rocailleux. A son réveil, défiguré, quand il voit la jeune Mary (Scarlett Johansson), certes aussi jolie qu'une allumette de jambon fumé et déjà mariée mais un peu moins passionnée par les hippodromes que sa sœur lui apporter son casse-dalle au pieu, Henry VIII (Eric Banane) ne se laisse pas abattre et annonce que c'est finalement la sœur aînée qu'il veut pour femme.



C'est là le point de départ de ce film de radasses en jupons, intolérablement larmoyant. Eric Bana, plus proche que jamais physiquement de Pascal Elbé, n'est que l'ombre de lui-même, en supposant qu'il ait déjà incarné son propre corps à l'écran dans un autre film. Cet acteur est un candélabre, il tient les bougies et s'en contente. C'est une prouesse en un sens que d'être de tous les plans sans n'être jamais cité au générique du film. Du reste il n'est pas le seul comédien qui fasse pâlir de détresse dans cette œuvre. L'inqualifiable Scarlett Johansson, piètre comédienne s'il en est, ici plus affirmée dans son insondable laideur que jamais, est à la limite d'être hors-champs dans toutes ses scènes tant le cinéaste aimerait qu'elle n'y soit pas. Et nous donc ! Même avec une épaule bord cadre, elle continue d'étaler ses immenses joues à l'image, d'imposer son complexe bouche/nez intransigeant (aucun des deux éléments de son disgracieux et sur-jambonneux visage ne sachant céder du terrain à l'autre), et de voir ses yeux s'écarter à la mesure du 16/9. Assurément cette fille-là n'a pas la même vision que nous autres : elle doit pouvoir admirer ses oreilles et son nez en même temps dans son immense champ de vision cinémascopique d'écrevisse blanchâtre. Même Natalie Portman (qui, aussi jolie soit-elle, enchaîne inéluctablement les films de merde) en vient à nous épuiser à force de tirades comme lues au prompteur et à force de grandes eaux sans fin (quand elle pleure et que son visage subit les ravages des chutes du Niagara l'actrice devient aussi craignos qu'elle peut être belle dans son état normal, à sec).



Voici la description d'une scène importante du film, pour vous en toucher deux mots plus précisément et vous donner le sentiment de sa qualité : Mary (Scarlett Johansson) n'ayant à son tour su donner qu'une fille au Roi d'Angleterre, celui-ci se retourne vers Anne (Natalie Portman), celle que le père des deux sœurs lui avait d'abord destinée, au détriment d'une mère (Kristin Scott Thomas, enlaidie à qui mieux mieux... a-t-elle jamais été belle ? Mon père répondrait à cette question la fleur au fusil) qui seule avait vu dans ces manigances se tramer une merde noire sans pareille pour la famille Bowling tout entière. Ainsi, après moult querelles, et prenant les choses en main, le Roi se décide à sodomiser Anne (véridique). Résulte de ce coït bestial et sadique la gestation d'un enfant. Lequel enfant naîtra prématuré, ou plutôt ne naîtra pas, il est en effet mort-né. De là à savoir s'il est vraiment mort-né ou si c'est Anne elle-même qui l'a étouffé sous son coude jusqu'à ce que mort s'en suive, je n'en sais trop rien, n'ayant rien compris à la scène en question, filmée par-dessus la jambe. Mais mon bon sens me pousse à croire en la bonne nature de cette jeune femme, me condamne à placer des espoirs bienfondés dans l'humanité en général, me force à espérer que ce personnage sain d'esprit n'en est pas venu par je ne saurais trop quel dénouement psychologique abscons à décider de buter son gosse dès après les premières minutes de sa nouvelle vie d'être humain. Bref, il semble donc que l'enfant soit né prématurément et qu'il en soit mort. La jeune femme décide donc de faire un autre enfant, en cachant la naissance ET la mort du premier à son époux le Roi (de peur qu'il ne la décapuche comme il en a décalotté quelques unes avant elle), de sorte que ce dernier n'y verrait que du feu, faisant admettons peu de cas d'une gestation étonnamment longue de 18 mois. Or la jeune Anne, faute de mieux, décide que c'est à son frère de la mettre en cloque pour la tirer de cette panade. Voila qu'on frôlait l'inceste, qu'on flirtait avec le happening, qu'on enculait la morosité et la platitude d'une histoire chiante comme tout, qu'on s'apprêtait à taper dans le croustillant... Mais non, sachez que le grand frère n'en fera rien, faute de parvenir à choper la gaule devant sa sœur. Entre nous soit dit, sœur ou pas, quand il s'agit non seulement de Natalie Portman mais qu'en plus elle vous en supplie car il en va de sa vie, on ne réfléchit pas longtemps, on pense famille et on l'attrape à l'aise son "boner". Mais pas dans ce film. À la place, l'épouse du frère d'Anne, ayant surpris les machinations de son mari et de sa belle-sœur, s'en va tout raconter au Roi qui décapite tout le monde et retourne prestement chercher une salope capable de lui pondre un prince.



Pour terminer, un mot sur Justin Chadwick, qui a réalisé ce film. Ce type-là, non content d'avoir filmé des costumes criants de fausseté, tout droit sortis du pressing, avec les moyens d'un président et sans les mains, ce type-là s'est privé des filtres habituels pour donner à son film cette couleur jaune qu'il briguait tant, au lieu de ça il s'est contenté de longuement pisser sur ses milliers de mètres de pellicule pour leur conférer ce hâle jaunâtre immonde. Si vous n'aimez pas le jaune et ses différentes teintes les plus rances, passez votre route, ce film pisseux aura votre peau.


Deux sœurs pour un Roi (The Other Boleyn Girl) de Justin Chadwick avec Natalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana (2008)